“ Un mauvais génie avait pris ma place dans le monde des âmes ; — pour Aurélia, c’était moi-même, et l’esprit désolé qui vivifiait mon corps, affaibli, dédaigné, méconnu d’elle, se voyait à jamais destiné au désespoir ou au néant. J’employai toutes les forces de ma volonté pour pénétrer encore le mystère dont j’avais levé quelques voiles. Le rêve se jouait parfois de mes efforts et n’amenait que des figures grimaçantes et fugitives. Je ne puis donner ici qu’une idée assez bizarre de ce qui résulta de cette contention d’esprit. ”
Aurélia
Définition et enjeux
Citations sur “Aurélia”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques
“ Intimement persuadé de l’amour sincère d’Aurélia, il demanda sa main en mariage, et l’on peut imaginer avec quelle joie la baronne, qui se voyait par là tirée de l’indigence la plus profonde pour jouir d’une brillante fortune, consentit à cette proposition. Bientôt disparut du visage d’Aurélia, avec sa pâleur habituelle, l’empreinte particulière du chagrin profond et invincible qu’elle semblait nourrir ; on vit tout le bonheur de l’amour éclater dans ses yeux et s’épanouir sur ses joues comme la fraîcheur de la rose. ”
“ Je peuplais les coteaux et les nuages de figures divines dont il me semblait voir distinctement les formes. — Je voulus fixer davantage mes pensées favorites et, à l’aide de charbons et de morceaux de brique que je ramassais, je couvris bientôt les murs d’une série de fresques où se réalisaient mes impressions. Une figure dominait toujours les autres : c’était celle d’Aurélia, peinte sous les traits d’une divinité, telle qu’elle m’était apparue dans mon rêve. ”
Abel Quinton, Aurelia, ou les Juifs de la porte Capène… (1873)
“ Celle-ci, congédiée par Titus, n'avait point voulu garder cet anneau, gage et promesse d'une union qui ne pouvait plus s'accomplir. En quittant Rome, elle l'avait laissé, comme souvenir, à la fille de celui qu'elle aimait passionnément, et Julie, sur son lit de mort le passait aux mains de sa douce Aurélia, tout humide encore des baisers suprêmes et des pleurs confondus de la mère et de la fille. Les années de l'enfance s'écoulent bien tristement, quand un père et, surtout, quand une mère ne les embellissent point de leur tendresse. La jeune Aurélia en avait fait la dure expérience. ”
Gérard de Nerval,
Aurélia
(1927)
“ La lecture d'Aurélia me paraît plus émouvante par la modestie avec laquelle Nerval a confié son destin à son art, par la confiance qu'il a faite à sa profession, et le souci qu'il a eu de préférer au testament ou à la confidence une forme littéraire. Aurélia est à mon avis une leçon suprême de poésie. Le poète est celui qui lit sa vie, comme on lit une écriture renversée, dans un miroir, et sait lui donner, par cette réflection qu'est le talent, et la vérité littéraire, un ordre qu'elle n'a pas toujours. ”
Abel Quinton, Aurelia, ou les Juifs de la porte Capène… (1873)
“ Ils sont tous chrétiens!... tous, jusqu'à ma nièce Aurélia ? — Non, seigneur, la divine Aurélia a résisté jusqu'à ce moment à toutes les tentatives de Flavie Domitille, votre cousine, car c'est elle qui a répandu les poisons de cette doctrine dans toute votre famille ; mais si l'on n'y prend garde, elle succombera bientôt. ”
“ L’écriture frappe par sa sobre beauté, son élégance, sa netteté. Dans Aurélia, Nerval tourne le dos aux procédés du romantisme, et c’est à la source du rêve et de sa déraison qu’il puise les éléments de la création poétique. Démarche moderne, qui conduisit André Breton et Philippe Soupault à envisager de nommer leur mouvement surnaturalisme. Œuvre exceptionnelle sur tous les plans, troublante histoire d’une folie lucide, quête spirituelle de l’esprit divin, perdu et retrouvé, et quête de la femme aimée dans une descente aux enfers, Aurélia est tout cela, qui enthousiasma les surréalistes. ”
Gérard de Nerval,
Aurélia
(1927)
“ Je reconnus les traits chéris, et, portant les yeux autour de moi, je vis que le jardin avait pris l'aspect d'un cimetière. Des voix disaient : — L'univers est dans la nuit ! VII Ce rêve si heureux à son début me jeta dans une grande perplexité. Que signifiait-il? Je ne le sus que plus tard. Aurélia était morte. Je n'eus d'abord que la nouvelle de sa maladie. Par suite de l'état de mon esprit, je ne ressentis qu'un vague chagrin mêlé d'espoir. Je croyais moi-même n'avoir que peu de temps à vivre, et j'étais désormais assuré de l'existence d'un monde où les cœurs aimants se retrouvent. ”
“ Une dame que j’avais aimée longtemps, et que j’appellerai du nom d’Aurélia, était perdue pour moi. Peu importent les circonstances de cet événement qui devait avoir une si grande influence sur ma vie. Chacun peut chercher dans ses souvenirs l’émotion la plus navrante, le coup le plus terrible frappé sur l’âme par le destin ; il faut alors se résoudre à mourir ou à vivre : — je dirai plus tard pourquoi je n’ai pas choisi la mort. ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques
“ « Y a-t-il au monde, s’écria Aurélia, quelque chose de plus épouvantable que d’être réduit à haïr, à abhorrer sa propre mère ! » — Ainsi ni le père ni le vieux oncle d’Hypolite n’avaient nullement cédé à d’injustes préventions, et la baronne avait abusé le comte avec une hypocrisie méditée. ”
Mark Twain,
Contes choisis
(1922)
“ L’INFORTUNÉ FIANCÉ D’AURÉLIALes faits suivants sont consignés dans une lettre que m’écrit une jeune fille habitant la belle ville de San José. Elle m’est parfaitement inconnue, et signe simplement: Aurélia-Maria, ce qui est peut-être un pseudonyme. Mais peu importe. La pauvre fille a le cœur brisé par les infortunes qu’elle a subies. Elle est si troublée par les conseils opposés de malveillants amis et d’ennemis insidieux, qu’elle ne sait à quel parti se résoudre pour se dégager du réseau de difficultés dans lequel elle semble prise presque sans espoir. ”
“ Il y a en tout homme un spectateur et un acteur, celui qui parle et celui qui répond. Les Orientaux ont vu là deux ennemis : le bon et le mauvais génie. — Suis-je le bon ? suis-je le mauvais ? me disais-je. En tout cas, l’autre m’est hostile... Qui sait s’il n’y a pas telle circonstance ou tel âge où ces deux esprits se séparent ? Attachés au même corps tous deux par une affinité matérielle, peut-être l’un est-il promis à la gloire et au bonheur, l’autre à l’anéantissement ou à la souffrance éternelle ? — Un éclair fatal traversa tout à coup cette obscurité... Aurélia n’était plus à moi !... ”
Abel Quinton, Aurelia, ou les Juifs de la porte Capène… (1873)
“ C'était quelques jours après l'affranchissement de Cécilia. Aurélia attendait encore son vieux tuteur, Vibius Crispus, qu'elle avait de nouveau fait demander. La jeune fille était plus triste, plus pensive, plus tourmentée, plus inquiète qu'au moment où le patricien essayait de la consoler de là mort de Doris et des reproches que lui avait adressés sa cousine Flavie Domitille. On voyait qu'un amer chagrin, augmenté par de sombres pressentiments, agitait son coeur troublé par un dépit secret. ”
Abel Quinton, Aurelia, ou les Juifs de la porte Capène… (1873)
“ Une impatience, trahie par quelques gestes de mécontentement mal dissimulé, montrait mieux encore les angoisses qui navraient intérieurement cette jeune fille délicate et fière, atteinte dans ses sentiments les plus cachés. Aurélia avait, été insensible, au Forum, aux cris de reconnaissance et d'enthousiasme dont la multitude avait salué sa générosité envers Cécilia. Depuis le moment où elle s'était jetée tout en larmes dans les bras de la Grande-Vestale, en s'écriant : « Vespasien est chrétien! Tous mes rêves de bonheur et d'avenir sont terminés! » ”
Walter Berteval, Le théâtre d'Ibsen (1912)
“ Sa vie de débauches, il le sent, a laissé dans son coeur des racines trop profondes, la mort seule l'en affranchira. Aurélia, qui a mis en lui une radieuse espérance de vie, ne l'a pas vraiment connu, et n'a jamais compris la profondeur de sa souillure. Elle l'a rejoint maintenant, elle l'adjure de survivre, mais l'ambitieux vaincu n'a plus rien à attendre du monde que le remords, et il maudit le bonheur. Et, dans une fureur où il ne se connaît plus, et sous le regard de l'inexorable Furia, il tue l'épouse qui lui offre la vie! ”
“ La plus morne tristesse entra dans mon cœur. — J’allai coucher dans une auberge où j’étais connu. L’hôtelier me parla d’un de mes anciens amis, habitant de la ville, qui, à la suite de spéculations malheureuses, s’était tué d’un coup de pistolet... Le sommeil m’apporta des rêves terribles. Je n’en ai conservé qu’un souvenir confus. — Je me trouvais dans une salle inconnue et je causais avec quelqu’un du monde extérieur, — l’ami dont je viens de parler, peut-être. Une glace très haute se trouvait derrière nous. En y jetant par hasard un coup d’œil, il me sembla reconnaître Aurélia. ”
Abel Quinton, Aurelia, ou les Juifs de la porte Capène… (1873)
“ Aurélia poussa un cri presque joyeux, en s'élançant dans les bras de celle qui lui apparaissait ainsi comme une divinité secourable. Cette jeune fille,, on l'a deviné sans doute, était Cécilia! CHAPITRE XI. SAINT PAUL COMMENTÉ PAR AURÉLIA. Quel est le mobile de nos sentiments? Comment sommes-nous poussés à certaines affections? Quelquefois nous aimons ceux qui nous devraient être indifférents et même odieux ; quelquefois aussi nous ne sentons que froideur et éloignement, presque invincible* pour ceux qui nous tiennent à tant de titres chers et sacrés. ”
Edmond Jaloux,
L'esprit des livres. 2ème serie…
(1927)
“ Mais l'erreur est la même si l'on étudie Aurélia sans bien connaître la maladie de Nerval. Si nous ne savons pas ce qu'il doit à la maladie, nous ne pouvons juger en quelle mesure il a triomphé de cette maladie. Or, il est incontestable qu'Aurélia est un triomphe absolu de Nerval sur ses états morbides. La conclusion de M. Pierre Audiat est de la plus fine et de la plus juste critique littéraire. Il établit qu'il faut distinguer dans Aurélia le plan du réel, le plan du mythe et le plan du rêve. ”
Abel Quinton, Aurelia, ou les Juifs de la porte Capène… (1873)
“ Oh ! la divine Aurélia est très-affligée de l'a mort de sa coiffeuse ; elle dit qu'elle ne la remplacera pas facilement. On prétend même qu'elle la pleure beaucoup, mais on nous a répété encore ce matin qu'elle ferait traiter de la sorte tout membre de sa famille qui, comme Doris, livrerait les secrets de la maison à Marcus Régulus Eh bien! seigneur, qu'avez-vous donc? ”
Gérard de Nerval,
Aurélia
(1927)
“ Dès qu'un Français renonce à cette dispense de pesanteur que lui a accordée sa civilisation, il sait tomber plus vite et plus profond qu'aucun autre dans l'abîme. Tant d'abîmes se creusaient au-dessus et au- dessous, à la droite et à la gauche de Gérard de Nerval qu'il ne pouvait choisir : cet équilibre par la multiplicité des attirances infernales, c'est la vie de Gérard pendant les cinq dernières années de sa vie, et c'est le sujet d Aurélia. ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
Contes fantastiques
“ Alors la comtesse se glissa doucement hors de son lit, elle s’approcha de celui du comte, et, après avoir passé une lumière devant son visage, elle sortit de la chambre avec précaution. Le cœur d’Hypolite battait violemment ; il se leva, jeta un manteau sur ses épaules, et s’élança sur la trace de sa femme, qui déjà l’avait devancé de beaucoup. Mais la lune brillait dans son plein, et il put aisément distinguer de loin Aurélia, enveloppée d’un négligé de nuit blanc. Elle traversa le parc, se dirigeant vers le cimetière, et près du mur qui lui servait d’enceinte elle disparut. ”
Jean-François Simon, Gaston Chambrun
“ Il s’empressa de la satisfaire, heureux de pouvoir réaliser un de ses derniers désirs. L’émotion fut vive durant ce pèlerinage aux lieux témoins à la fois de ses rêves d’avenir et cause déterminante de sa vocation. Ensuite, elle voulut demeurer une journée entière à Saint-Placide près de son amie Marie-Jeanne. Le « Val de la Pommeraie » tout entier revêtu de sa floraison printanière, présentait autant de bouquets aux blancheurs virginales qu’il comptait de pommiers. Dans les allées du verger, Aurélia révéla à son amie ses fiançailles avec le Dieu qui se plaît parmi les lis. ”
Charles-Victor d' Arlincourt, Le chef des pénitens noirs, ou Le proscrit et l'Inquisition… (1828)
“ Votre sexe, trop fier quand nos passions lui abandonnent l'autorité, plie avec une facilité merveilleuse quand nous avons assez de sang-froid pour le remettre à sa place. Je saurai, belle Aurélia, conserver la supériorité que m'assurent mon sexe et surtout votre position..Votre soumission seule peut me désarmer. Voulez-vous sauver ou perdre votre amant? ”
Edmond Jaloux,
L'esprit des livres. 2ème serie…
(1927)
“ Il y a quelque chose en nous qui colore toute notre existence et qui se révèle difficilement par la peinture de ces incidents. Si Gérard de Nerval avait écrit directement ses confessions, il ne nous aurait pas fait sur son caractère et sur sa vie les révélations extraordinaires que contient Aurélia. Il y a là un point qu'il est nécessaire de marquer dans un moment où l'on a une tendance à exagérer l'importance des menues observations exactes. ”
Abel Quinton, Aurelia, ou les Juifs de la porte Capène… (1873)
“ Décidément, la journée paraissait devoir être mauvaise, et Parménon commençait à s'inquiéter. Mercure, dieu des larrons, des fénérateurs et des maquignons, vint à son secours. Déjà, dans le lointain, se montrait la tête du cortége de la divine Aurélia. Parménon, qui ne distinguait rien encore, comprit seulement qu'un riche citoyen s'avançait; une espérance subite vint illuminer son front et fit rayonner son visage. 44 AURÉLIA. — I. — LE DELATEUR. — Fais monter les esclaves de l'intérieur ! ”
Abel Quinton, Aurelia, ou les Juifs de la porte Capène… (1873)
“ Il faut bien que Régulus ait raison et que son esprit, pénétrant l'avenir, ne le trompe point, car, à peine la divine Aurélia a-t-elle acheté cette enfant, qu'un cri, qui est presque un cri de joie, et dont nos lecteurs ont gardé le souvenir, se fait entendre. ”
Gérard de Nerval,
Aurélia
(1927)
“ L'histoire d'Aurélia, telle qu'elle est établie par Monsieur Audiat, semble à première vue lui retirer le caractère d'une œuvre précipitamment conçue et réalisée.... Aurélia contient une série d'épisodes ou de descriptions que Nerval avait déjà utilisés.... La chronologie des faits qu'allègue Nerval n'est pas exacte.... Les réminiscences y abondent.... Mais c'est justement le dessein de M. Audiat de montrer « que les œuvres my- thiques paraissent enfermer plus de vérité que les œuvres confidentielles ». ”
Abel Quinton, Aurelia, ou les Juifs de la porte Capène… (1873)
“ De tous les personnages que nous avons mis en scène, il no reste plus que la divine Aurélia, les deux jeunes césars Vespasien et Domitien, le pontife Clémens, l'apôtre saint Jean, Olinthe, Cécilia, Gurgès, Marcus Régulus, Pline-le-Jeune, Apollonius de Thyane et même Eutrapèle, dont nos lecteurs ne connaissent pas les destinées dernières. ”
Jean-François Simon, Gaston Chambrun
“ La conversation roula d’abord sur la famille de Monsieur Richstone, sur l’agréable visite de l’année précédente, puis sur la tragique aventure de l’Île Pointe-Fortune. Le père alors se montra plus prodigue d’affectueuse gratitude qu’au jour du fatal accident. Il semblait se complaire à décrire les charmes de son enfant. — Une vraie gourmandise que ma petite Aurélia : spirituelle, aimable, jolie et bientôt en âge de s’établir. Certes les partis ne lui manqueront pas, avenante comme elle est et avec la dot respectable qui l’attend !... ”
“ Dans cette étoile sont ceux qui m’attendent. [...] Laisse-moi les rejoindre, car celle que j’aime leur appartient, et c’est là que nous devons nous retrouver ! » À la suite d’Aurélia, le lecteur trouvera Un Roman à Faire, texte publié dans la revue La Sylphide le 24 décembre 1842, sans nom d’auteur. Les six lettres d’amour qu’il présente sont proches des « lettres à Aurélia » publiées par Gautier et Houssaye dans l’édition posthume, sous le titre Le Rêve et la Vie. L’une d’elles avait d’ailleurs été utilisée par Nerval dans l’Octavie des Filles du Feu. ”
Abel Quinton, Aurelia, ou les Juifs de la porte Capène… (1873)
“ Régulus peut facilement satisfaire sa curiosité. Qu'il vienne à moi, et je lui apprendrai ce qu'on appelle nos secrets. — Cependant, seigneur, fit la divine Aurélia, vous avez loué Cécilia parce qu'elle refusait de parler. ”
Bibliothèque nationale, Gérard de Nerval : exposition organisée pour le centième anniversaire de sa mort… (1955)
“ Ce texte de la seconde partie d'Aurélia correspond aux p. 409-410 de l'édition de la Pléiade, les variantes du manuscrit avec le texte de la Revue de Paris, figurent dans la même édition p. 1188. « AURELIA » 71 310. NOTE AUTOGRAPHE DE GÉRARD DE NERVAL en marge d'un fragment d'épreuve d'Aurélia. 115 X 180 mm. — A M. Alfred Dupont. « Je crois que c'est ici que se placent naturellement les rêves : — Sur un pic élancé de l'Auvergne et les rêves qui suivent jusqu'au numéro 4. » (Ed. de la Pléiade, p. 1188.) 311. VOYAGE D'ITALIE, PANORAMA, AURÉLIA ET LA PANDORA, fragments autographes. 18 ff. ”
