“ Quant à mademoiselle Delphine Gay, que je vis pour la première fois vers cette même époque, ce fut, à mes yeux ravis, un éblouissement. Dans l’année 1822, Delphine Gay avait fait, au faubourg Saint-Germain, une entrée brillante. Couronnée par l’Académie française, pour des stances où elle avait célébré le dévouement des sœurs de Sainte-Camille, la jeune muse s’était vue tout aussi tôt l’objet d’un grand empressement de la part de toutes les femmes qui se piquaient d’esprit et de belles-lettres. ”
Citations sur “Delphine Gay”
Alphonse Séché,
Les Muses françaises
“ Delphine Gay disait bien, sans emphase ; son organe était plein et vibrant, son attitude décente, son air noble et sévère. Grande et un peu forte, la tête fièrement attachée sur un cou antique, le profil aquilin, l’œil clair et lumineux, elle avait dans toute sa personne un air de sibylle, accoutrée et quelque peu façonnée à la mode du temps. ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ La belle et blonde duchesse de Guiche remportait des succès dans la société" italienne : « Encore une victoire ! » s’écrie joyeusement Delphine, bonne Française. Pendant ce temps, le courrier pour France est chargé d’une lettre à l’adresse du marquis de La Grange ; Lamartine y a tracé ces lignes, qui sont la prose dont les pages du Cours familier sont la poésie : « Nous jouissons dans cet instant de votre amie Mlle Delphine Gay. Elle paraît une bonne personne, et ses vers sont ce que j’aime le moins d’elle. Cependant, c’est un joli talent féminin, mais le féminin est terrible en poésie. » ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ À ce moment même, Sophie Gay se prépare à partir en Suisse avec Delphine. « J’arrache ma Delphine à tous les hommages d’un succès enivrant, dont pourtant sa simplicité n’est pas dérangée. Elle est aussi étonnée qu’amusée, et moi seule en suis fière... Delphine me charge de vous dire qu’après le char de triomphe rien ne lui paraît plus glorieux que votre char-à-bancs. Si vous nous renversez du haut de cette gloire, vous aurez affaire maintenant à la postérité ; ce sera votre affaire personnelle, et nous nous en lavons les mains. » ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ Gay, avec ses belles touffes de cheveux blonds, son teint de lis et de roses, sa taille svelte et sa robe bleu-haïti. « Quelle est cette jeune femme ? demande le monarque ? — Mlle Delphine Gay, répond le premier gentilhomme. — Toujours Mlle Delphine Gay ! » et il poursuit sa route de mauvaise humeur. Y a-t-il un bal à la Chaussée d’Antin ? Tout le monde debout sur les sièges a les yeux fixés sur une contredanse. Quelle est cette jeune dame, qui chasse et rechasse si bien ? Mlle Delphine Gay. Toujours Mlle Delphine Gay ! C’est le marquis de Carabas de la société parisienne. ”
“ Je ne sais si, d’elle-même, Delphine eût souhaité, eût cherché du moins tout ce retentissement. Elle avait une âme forte et portée a la grandeur. Elle était passionnée, capable d’ambitions hautes. Mais de bonne heure, tout enfant, avant que de naître, l’éclat et le fracas, dans la personne de sa mère, lui ouvraient sa place en ce monde et lui préparaient son berceau. Madame Gay était une célébrité des premiers beaux jours de l’empire. ”
Julie Récamier, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de madame Récamier
“ La jeune muse se leva; elle récita d'une façon enchanteresse les vers sur les Soeurs de Sainte-Camille, que nous vîmes couronner par l'Académie française quelque temps après. Delphine Gay était grande, blonde, fraîche comme Hébé; sa taille élancée était alors celle d'une nymphe; ses traits étaient forts et son profil tourna plus tard au grand-bronze romain, mais à l'époque dont je parle, la grâce de la jeunesse prêtait à cet ensemble un charme infini. On remarqua combien elle s'embellissait en disant des vers, et combien il y avait d'harmonie entre ses gestes et les inflexions de sa voix. ”
George Sand,
Journal intime
(1926)
“ On dirait que j’ai fait un coup de tête et vous. Alfred, je sais bien que vous m’épargneriez. Cela serait moins humiliant sans doute que de faire dire à toutes ces belles dames que je me déguise en homme pour aller vous trouver la nuit ; et que je me traîne à genoux dans votre chambre. Mais, ô mon Dieu, qui donc leur dit cela si vite ? Ce n’est pas toi qui me railles devant elles ?... Non, le propos chez Delphine Gay ; mais ce mépris, un rire moqueur ! Toutes ces femmes qui disaient du mal de moi, et lui qui répondait : « Vous ne vous trompez peut-être guère ! » ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ Non : la muse, ce n’est ni Mme Bourdic-Viot, ni Mme Verdier, c’est Delphine Gay. Elle n’a pas vingt ans, elle est belle, simple, bon enfant. Elle dit ses vers comme elle les fait, avec élégance et grandeur. Sa conversation, pleine de substance, ne vise jamais au bel esprit. Elle se montre enjouée, sans grimace. Chateaubriand, Soumet, Guiraud l’entourent d’hommages respectueux. Les jeunes mêlent à ces hommages un sentiment plus tendre. ”
Delphine de Girardin,
Mme de Girardin
“ Recherchée dans les salons pour son talent et sa beauté, louée par les jeunes gens enthousiastes qui « méditaient une poésie nouvelle », elle s’est associée à tout ce qu’il y avait de plus délicat et de plus généreux dans la société de son temps. En 1831, elle quitte son nom de jeune fille : Delphine Gay, qu’elle a rendu célèbre ; elle épouse M. de Girardin. Une nouvelle phase s’ouvre dans sa vie, et aussi dans la vie du siècle. ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ De dix-neuf ans plus âgé que Delphine, il connut Sophie Gay dès qu’il arriva à Paris. Éborgné par une balle dès le collège, ce gros homme réussit à faire oublier cette disgrâce par son esprit, sa distinction, sa voix au timbre flatteur, insinuant, carressant, voluptueux. Il a le cœur ardent et passionné, le tempérament vif et amoureux. De goût sûr, il manque de style. Son esprit lui suggère d’impitoyables épigrammes. C’est un rude jouteur pour Sophie Gay, qui ne l’appelle jamais que « mon ennemi intime ». Pourtant, il lui a voué une amitié qui ne se démentira jamais. ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ Mlle Delphine Gay. Le général Foy est-il ravi à la France consternée ? Qui se fera l’interprète du deuil national ? Mlle Delphine Gay. La Congrégation perd-elle M. le duc de Montmorency ? Qui consolera l’autel et le trône ? Mlle Delphine Gay. Sa fabrique de vers est en aussi grande activité que celle des griffonneurs publics qui écrivent sur leurs carreaux : « Ici on fait des vers et couplets pour les fêtes et les noces. » Il n’y a qu’un malheur, c’est que Églé, belle et poète, a deux petits travers, Elle fait son visage et ne fait pas ses vers. ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ Un joli billet de Sophie Gay remercie le troubadour de ce compliment bien tourné. « Delphine, qui aime encore mieux la poésie que la gloire, regrette presque d’être l’occasion de ces vers charmants ; car elle les dirait sans cesse. Jamais la flatterie n’a employé de plus doux accents pour séduire. C’est bien l’harmonie la plus céleste et la plus dangereuse. Oh ! Ce plaisir d’être ainsi chantée doit consoler de bien des peines ! » Delphine en a, nous saurons bientôt lesquelles. ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ Soumet, le maître, l’ami de Delphine. Sûrement, elle sait cette poésie par cœur. À la prière de Mme Récamier, elle la récite « avec une grâce, une justesse d’inflexions, un sentiment vrai et profond » qui tiennent l’auditoire sous le charme. Ravie de ce succès, Sophie Gay dit à mi-voix à Mme Récamier : — Demandez à Delphine de vous dire quelque chose d’elle. La jeune fille esquisse un geste de refus ; la mère insiste ; Mme Récamier craint d’exposer à la critique d’un aréopage difficile et pas toujours bienveillant, un talent dont elle n’a pas la moindre idée. Mais Sophie Gay n’en démord pas ”
Jules Lecomte,
Le perron de Tortoni : indiscrétions biographiques
(1863)
“ En 1831, mademoiselle Delphine Gay, dont la beauté, comme le talent poétique, était dans tout son éclat, recherchée en mariage, malgré son peu de fortune, par une foule d'hommes distingués, choisit celui vers lequel la portail non pas son ambition, mais son cœur. Elle épousa M. Émile de Girardin, et partagea courageusement les bons et les mauvais jours d'un homme que ses talents mêmes désignaient à l'envie et à toutes les passions hostiles que fait naltre l'envie. ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ Delphine doit la première réciter son poème, puis Talma quelques tirades tragiques. Mais les dames Gay sont en retard. Talma les devance. L’assistance l’accueille par un murmure flatteur qui le ravit plus que des applaudissements bruyants. Delphine n’arrive toujours pas. L’auditoire commence à s’agiter ; pour calmer son impatience et lui procurer un peu de fraîcheur, car la chaleur augmente et les messieurs fondent dans le triple tour de leurs hautes cravates, Mme Récamier fait passer des rafraîchissements, des sorbets. À ce moment, Delphine et sa mère font leur entrée. ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ D’ailleurs, la beauté de Delphine elle-même n’est pas moins appréciée. « Hier, dit la comtesse Potocka, Mlle Gay apparut jeune et belle comme Corinne. Rarement une femme reçut en partage un si beau talent et sut, comme elle, voiler son génie avec tant de simplicité, de candeur et de modestie. Je voudrais l’entendre au Capitole et l’y voir couronnée. » ”
Sophie Gay,
Une aventure du chevalier de Grammont
“ Des plus sages vraiment troublerait le cerveau. Mais je connais Delphine, et je puis vous promettre Qu’aux lois d’un tel amant bien loin de se soumettre, Elle résistera sans efforts à ses vœux. N’a-t-il pas des défauts qui frappent tous les yeux ? MERVILLE. Et voilà justement ce qui me désespère ! Je le craindrais bien moins s’il était plus sincère ; Mais ce sont ses défauts qui le rendent charmant. Son cœur froid et léger lui laisse à tout moment Le loisir d’exprimer, du ton le plus aimable, L’amour qu’il ne sent pas ”
Delphine de Girardin,
Mme de Girardin
“ De là chez les enfants, chez Delphine surtout, la plus richement douée, cet épanouissement, cette joie de vivre. Avec sa beauté et ce qu’elle promettait de talent, elle ne fut jamais que fêtée. Cela pouvait être dangereux pour elle ; par bonheur, sa noble nature, naïve et fière, n’était pas sensible à la vanité. Elle nourrissait bien d’autres rêves ; et ces rêves, confus encore mais grands et purs, la préservaient. Et puis, à certains égards, elle trouvait chez sa mère de beaux exemples. Mme Gay ne vivait pas uniquement la vie factice des salons. ”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ Depuis ses dernières pensées, Mlle Delphine Gay, devenue Mme de Girardin, a fait bien des expériences ; elle reparaît devant le public, dépouillée de beaucoup d’illusions. On sent à son style que sa vie est devenue plus positive ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ Pour Delphine, c’est autre chose. Sophie Gay commença à pratiquer le métier d’auteur lorsque son mari perdit sa situation de receveur général. Maintenant qu’il n’est plus là, elle compte plus que jamais sur sa littérature pour alimenter son budget, et elle s’y livre entièrement. Mais bien vite elle comprend que le génie lui fait défaut. Elle n’est pas la seule. Ses romans et ses romances n’en connaissent pas moins la vogue ; par contre, à part l’opéra-comique, son théâtre ne lui ménage pas de triomphes éclatants, bien loin de là. ”
Léon Séché,
Delphine Gay, Mme de Girardin, dans ses rapports avec Lamartine…
“ Quelque temps avant son mariage (janvier 1830) , il vint faire une scène à la mère de Delphine à propos de rien, comme si la Muse «avait eu quelque prétention sur sa destinée conjugale [23] »—ce qui fit dire à Lamartine: C'est mal débuté. L'amitié va très bien à un homme marié, et la vôtre et celle de votre aimable mère m'auraient semblé, à sa place, un présent de quelque prix [24] .»Tout autre était Benjamin Constant, dont Sophie Gay déplorait tout à l'heure l'«affreux accident» et la longue convalescence. ”
Léon Séché,
Delphine Gay, Mme de Girardin, dans ses rapports avec Lamartine…
“ Sa belle âme était heureuse d'habiter un beau corps [1] .»Aussi bien, quand Théo lui fut présenté, Delphine avait-elle fixé depuis longtemps son cœur. Je ne fais pas ici allusion à son caprice pour Alfred de Vigny, sous-lieutenant aux escadrons nobles des Gendarmes rouges. «L'ange de l'adultère», comme l'appelait alors Sophie Gay, Alfred de Vigny, ne fut qu'une étoile filante dans le ciel de Delphine [2] . 9 Mais il est une autre étoile qui y brilla toujours d'un éclat incomparable: c'est Alphonse de Lamartine. ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ Delphine laissa sans doute échapper quelque parole vive comme dans sa discussion avec Vatout ; mais l’épiderme du peintre est susceptible. Le portrait de Sophie Gay paraît cependant supérieur à celui de Delphine : la peinture en est plus solide, plus vibrante. Le modèle, que coiffe toujours le turban de Mme de Staël, se montre dans toute la force de l’âge mûr, belle encore, l’œil vif, les lèvres prêtes à s’ouvrir pour quelque trait d’esprit. La toile n’est donc pas accrochée au Salon. Elle reste dans l’atelier d’Hersent. On l’y retrouvera à la mort du peintre. ”
Henri Malo,
Une muse et sa mère
“ Ce gros garçon exubérant et gai, brillant causeur tôt mis en verve par le bruit et les lumières, assez mal tenu de sa personne, toujours prêt à faire éclater des vêtements trop étroits pour son corps trop puissant, et dont les gros souliers laissent à chaque pas qu’il fait une empreinte dans les tapis, devait s’entendre à merveille avec Sophie Gay, comme lui exubérante et gaie, avec Delphine, avec Mme O’Donnell, un trio de femmes spirituelles, rieuses, et ne craignant pas les histoires salées qu’il conte volontiers. ”
Delphine de Girardin,
Mme de Girardin
“ Delphine Gay est née à Aix-la-Chapelle, le 6 pluviôse de l’an XII (26 janvier 1804) . Dès son entrée dans la vie, elle paraît privilégiée. Son père, receveur général dans le département de la Roër, jouissait d’une situation importante. Elle avait trois sœurs et un frère aînés, mais l’animation de ce foyer, son originalité, c’était la mère. Mme Gay, née Marie-Françoise-Sophie de Lavalette, s’est fait un renom comme femme de lettres ; et cela sans que le travail l’absorbât jamais. ”
Georges Renard, La Méthode scientifique de l'histoire littéraire… (1900)
“ Ses intimes la comparent à un bel orage. Mme Sophie Gay, auteur de romans applaudis, mais dont l'œuvre la plus célèbre sera sa fille Delphine, est également, pour prendre une expression qui a le tort d'être vulgaire, mais l'avantage d'être très claire, toute en dehors. On a dit d'elle t : « Tout en elle était sonore : ses amours, ses amitiés, ses haines, ses défauts, ses vertus. » Elle avait le verbe haut, la parole vive, animée. Elle était infatigable à causer, à veiller, à s'amuser. Elle avait cette surabondance de vie que les hommes de sa génération dépensaient sur les champs de bataille. ”
Léon Séché,
Delphine Gay, Mme de Girardin, dans ses rapports avec Lamartine…
“ On ne complète pas, à soixante-cinq ans, l'œuvre d'une femme de vingt-deux ans. Mieux vaut une œuvre inachevée que faite de pièces et de morceaux mal joints et de matière différente.Quant au reproche que Delphine faisait à son illustre ami, il aurait pu s'en justifier aisément. ”
Académie des inscriptions et belles-lettres, Le Journal des sçavans, nouvelle série…
“ On sait ce que le temps a fait néanmoins de ces deux renommées poétiques, si fort inégales en sens inverse pendant les années de la Restauration. Delphine a des chagrins, malgré tout. Elle voudrait épouser Vigny à qui sa mère interdit cette union pour le marier peu après à une étrangère qu’on croit riche et qui ne le sera point. Mme Gay emmène sa fille en Italie pour la distraire et ce voyage est un triomphe. À Lyon, la foule passe et repasse devant l’hôtel où est descendue la Muse pour la voir accoudée à son balcon. ”
Biographie universelle ancienne et moderne…
“ Et l’empereur, qui s’attendait à une autre réponse, s’éloigna en souriant. De ces trois enfants, deux que nous avons connus devaient être plus tard madame O’Donnell et madame Émile de Girardin (voy. ce nom) , les meilleurs livres de madame Sophie Gay sans doute, les véritables joyaux de Cornélie. À cette époque, madame Sophie Gay n’avait encore publié qu’une lettre adressée au Journal de Paris, et un roman intitulé Laure d’Estell, la lettre et le roman anonymes, mais dictés tous deux par la même pensée. L’apparition de Delphine avait produit une singulière émotion dans le public. ”
