“ Toute la nuit, Louve Grise veilla, à attendre son fils. Lorsque reparut le jour, elle s’assit sur son derrière et, levant vers le ciel ses yeux aveugles, elle poussa un long hurlement. Au loin, Bari l’entendit, mais ne répondit point. Son évolution était terminée. La Nature avait achevé de reprendre ses droits. Un monde nouveau et une vie nouvelle s’ouvraient définitivement pour le louveteau. ”
Louve Grise
Définition et enjeux
Citations sur “Louve Grise”
“ Il aima la tiédeur de l’air, la douceur de la vie, et n’eut plus que répulsion pour les obscures ténèbres de l’antre où il était né. Il ne tarda pas non plus à connaître que tout dans l’univers, n’était pas doux et bon. Un jour où un orage menaçait et où Bari rôdait, insouciant, sur l’ilot, Louve Grise le rappela vers elle et vers l’abri protecteur de l’arbre. Le louveteau, qui ne comprenait point ce que signifiait cet appel, fit la sourde oreille. Mais la Nature se chargea de le lui apprendre, à ses dépens. ”
James Oliver Curwood,
Kazan
(1925)
“ Le vieil élan, cette fois, réussit à l’enlever sur la large feuille palmée de sa corne unique et, le faisant danser en l’air, le rejeta en arrière, par-dessus sa tête, à moitié assommé.Mais Louve Grise était, comme toujours, arrivée à la rescousse. Elle avait rampé vers le train de derrière du vieil élan et, malgré sa cécité, avait réussi à happer de ses crocs, tranchants comme des couteaux, le tendon d’une des pattes de leur ennemi. ”
“ Mais si Louve Grise avait des visions sentimentales de ce genre, il n’en était pas de même pour Kazan. Le chien-loup s’était montré aussi froidement impitoyable à deux des petites créatures qui avaient envahi son domaine que l’avait fait le lynx pour la première portée de Louve Grise. Ce succès remporté sur ses ennemis excitait davantage encore son désir de tuer. Il côtoyait, en proie à une sorte de frénésie, le bord de l’étang, grognant à l’adresse de l’eau trouble, sous laquelle Dent-Brisée avait disparu. ”
“ Non seulement il attribuait au lynx la cécité de Louve Grise et la mort des louveteaux, mais encore le départ de Jeanne et de l’enfant. Et, chaque fois que son flair découvrait l’odeur du gros chat gris, il devenait furieux comme un démon, grimaçant et grognant en retroussant ses lèvres sur ses longs crocs. Toute l’ancestrale sauvagerie du Wild reparaissait en lui. ”
“ L’adversaire avec lequel il avait à lutter, et qui avait abandonné Louve Grise, était autrement redoutable qu’un loup ou un husky. Une fois déjà, il s’était trouvé aux prises avec un lynx, tombé dans une trappe, et il avait tiré du combat des leçons utiles. Il gavait qu’il ne convient pas de s’efforcer à renverser le lynx sur le dos, comme on doit le faire avec un autre adversaire. Car le gros chat du Wild se bat des griffes plus encore que des crocs. Et ces griffes, coupantes comme autant de rasoirs, ont vite fait alors de lacérer le ventre de son ennemi et de lui ouvrir les entrailles. ”
George Sand,
La Mare au diable
“ Elle portait sans effort son double fardeau, couchant les oreilles et rongeant son frein, comme une fière et ardente jument qu’elle était. En passant devant le pré-long, elle aperçut sa mère, qui s’appelait la vieille Grise, comme elle la jeune Grise, et elle hennit en signe d’adieu. La vieille Grise s’approcha de la haie en faisant résonner ses enferges, essaya de galoper sur la marge du pré pour suivre sa fille ; puis, la voyant prendre le grand trot, elle hennit à son tour et resta pensive, inquiète, le nez au vent, la bouche pleine d’herbes qu’elle ne songeait plus à manger. ”
Eugène Sue,
Les Mystères de Paris
“ Parmi les ennemies les plus acharnées de Mont-Saint-Jean (c'était le nom du souffre-douleur) , on remarquait la Louve.La Louve était une grande fille de vingt ans, leste, virilement découplée, et d'une figure assez régulière; ses rudes cheveux noirs se nuançaient de reflets roux; l'ardeur du sang couperosait son teint; un duvet brun ombrageait ses lèvres charnues; ses sourcils châtains, épais et drus, se rejoignaient entre eux, au-dessus de ses grands yeux fauves; quelque chose de violent, de farouche, de bestial, dans l'expression de la physionomie de cette femme ”
Eugène Sue,
Les Mystères de Paris
(1876-1878)
“ Quelle fut sa surprise de voir les volets de cette fenêtre couverts de plaques de tôle et assujettis au dehors par deux barres de fer! Devinant une partie de la vérité, la Louve poussa un cri rauque, retentissant, et se mit à appeler de toutes ses forces : — Martial !. mon homme!. Rien ne lui répondit. Épouvantée de ce silence, la Louve se mit à tourner. à tourner autour du logis, comme une bête sauvage qui flaire et cherche en rugissant l'entrée de la tanière où est enfermé son mâle. ”
Pierre Louÿs,
Aphrodite. Mœurs Antiques
“ Une seule fenêtre l’éclaire, où s’encadre toute la nature. Au milieu, un chevalet de bois porte une motte d’argile rouge, et dans un coin, sur une chaise courbe, une jeune fille nue se tait. « C’est ici que tu modèleras Andromède, Zagreus, et les Chevaux du Soleil. Comme tu les créeras pour toi seul, tu les briseras avant ta mort. - C’est la Maison du Bonheur », dit tout bas Démétrios. Et il laisse tomber son front dans sa main. Mais Chrysis ouvre une autre porte. La troisième chambre est vaste et ronde. Une seule fenêtre l’éclaire où s’encadre tout le ciel bleu. ”
Eugène Sue,
Les Mystères de Paris
“ Ensuite elle est très-silencieuse, autre sujet d’étonnement pour ces créatures qui, pour la plupart, tâchent toujours de s’étourdir à force de bruit, de paroles et de mouvements. Enfin, quoique digne et réservée, elle s’est montrée compatissante, ce qui a empêché ses compagnes de se choquer de sa froideur. Ce n’est pas tout. Il y a ici, depuis un mois, une créature indomptable surnommée la Louve, tant son caractère est violent, audacieux et bestial ; c’est une fille de vingt ans, grande, virile, d’une figure assez belle, mais dure ”
Paul Féval, Oeuvres de Paul Féval soigneusement revues et corrigées… (1878)
“ Je suis le maître ici, disait Yaumy, qui se redressait avec importance sur ses courtes jambes. Il faut bien quelque chose pour amuser ces bonnes gens : on leur parle de la Louve, mais la Louve, voyez-vous. Il haussa les épaules au lieu d'achever. L'homme au manteau s'arrêta et croisa ses bras sur sa poitrine. Comme il était ainsi tête levée, un rayon de lune glissa sous le rebord de son feutre, éclairant les traits mâles et fièrement dessinés de l'Espagnol don Martin Blas. – Alors c'est perdre son temps que de chercher la Louve ? dit-il. – Non pas ! s'écria le joli sabotier en riant ”
Pierre Louÿs,
Aphrodite. Mœurs Antiques
“ Djala, accroupie près du mur, se souvint des chants d’amour de l’Inde : « Chrysis... » Elle chantait d’une voix monotone. « Chrysis, tes cheveux sont comme un essaim d’abeilles suspendu le long d’un arbre. Le vent chaud du sud les pénètre, avec la rosée des luttes de l’amour et l’humide parfum des fleurs de la nuit. » La jeune fille alterna, d’une voix plus douce et lente : « Mes cheveux sont comme une rivière infinie dans la plaine, où le soir enflammé s’écoule. » ”
Paul Féval, Oeuvres de Paul Féval soigneusement revues et corrigées… (1878)
“ La Louve était un homme déguisé en femme, un grand coquin de sabotier ne rêvant que plaies et bosses, toujours prêt pour le massacre ou pour le pillage, – un gentilhomme plutôt, car un simple paysan n'aurait point eu sur ses pareils cette autorité absolue ; – une vraie femme, une vieille femme revêche et barbue qui rôtissait les pieds des gens du roi en fumant sa pipe et en égrenant son rosaire de cuivre, – une belle créature fière et triste comme l'archange déchu de Milton, dont le visage rayonne une lueur sombre au milieu de la nuit sans fin. La Louve était tout cela ”
Alexandre Dumas,
Black
(1859)
“ Allons donc! s'écria impétueusement Louville; la contagion vous gagne, il me semble : vous devenez fou, Gratien, plus fou, sur ma parole, que le bonhomme qui vous parle! Mais je suis là, moi, par bonheur, et je ne vous laisserai pas vous enferrer davantage. Répondez-lui donc, une fois pour toutes, par un non bien sec et bien carré, afin qu'il nous laisse dormir en repos, et aille au diable, lui, son infante et leur chien! Et, en manière de péroraison, Louville lança un coup de pied à Black, pour lequel, on se le rappelle, il n'avait jamais eu une grande affection. ”
Renée Vivien,
La Dame à la louve
“ Elles étaient à une courte distance de la terre, lorsque la Dame, épuisée, se tourna vers Helga, comme pour lui dire : « Je suis à bout... » Et voici que se passa une chose douloureuse et solennelle. La louve, qui avait compris, prolongea vers la terre proche et inaccessible son hurlement de désespoir... Puis, se dressant, elle posa ses deux pattes de devant sur les épaules de sa maîtresse, qui la prit entre ses bras... Toutes deux s’abîmèrent dans les flots... ”
Pierre Louÿs,
Aphrodite. Mœurs Antiques
“ Au coin de l’île du Phare et de la jetée, Rhodis, dans la multitude, reconnut Chrysis auprès d’elle. « Ah ! Chrysé ! garde-moi, j’ai peur. Myrto est là ; mais la foule est si grande... j’ai peur qu’on ne nous sépare. Prends-nous par la main. — Tu sais, dit Myrtocleia, tu sais ce qui se passe ? Connaît-on le coupable ? Est-il à la torture ? Depuis Hérostrate on n’a rien vu de tel. Les Olympiens nous abandonnent. Que va-t-il advenir de nous ? » Chrysis ne répondit pas. ”
Pierre Louÿs,
Aphrodite. Mœurs Antiques
“ Elle portait magnifiquement toutes les souillures de l’orgie. L’esclave sortie ne revenait pas. Chrysis gardait sa pâleur de pierre et ne bougeait pas plus qu’une déesse sculptée. La plainte rhythmique et monotone d’une femme en amour non loin de là lui mesurait le temps écoulé. Il lui sembla que cette femme gémissait ainsi depuis la veille. Elle aurait voulu tordre quelque chose, se casser les doigts, crier. Enfin Séléné rentra, les mains vides. « Le miroir ? demanda Bacchis. — Il est... il n’est plus là... il est... il est... volé, » balbutia la servante. ”
Pierre Louÿs,
Aphrodite. Mœurs Antiques
“ Quand, pour prendre son peigne de cuivre, elle posa la main sur ses cheveux en levant un bras plié, selon le geste des Charites, toute la belle ligne de son corps se développa sous l’étoffe et le soleil alluma dans l’aisselle une rosée de sueur brillante et menue. Enfin, quand, pour soulever et défaire son collier de lourdes émeraudes, elle écarta la soie plissée qui voilait sa double poitrine jusqu’au doux espace empli d’ombre où l’on ne peut glisser qu’un bouquet, Démétrios se sentit pris d’une telle frénésie d’y poser les lèvres et d’arracher toute la robe... mais Chrysis se mit à parler. ”
Pierre Louÿs,
Aphrodite. Mœurs Antiques
“ Quand je te regarde et quand je me vois, je ne sais plus pourquoi tu m’aimes en retour. Tes cheveux sont blonds comme des épis de blé ; les miens sont noirs comme des poils de bouc. Ta peau est blanche conme le fromage des bergers ; la mienne est hâlée comme le sable sur les plages. Ta poitrine tendre est fleurie comme l’oranger en automne ; la mienne est maigre et stérile comme le pin dans les rochers. Si mon visage s’est embelli, c’est à force de t’avoir aimée. O Rhodis, tu le sais, ma virginité singulière est semblable aux lèvres de Pan mangeant un brin de myrte ”
Pierre Louÿs,
Aphrodite. Mœurs Antiques
“ «Regarde bien, ma Rhodis; regarde, Myrtocleia. Ce que vous verrez aujourd'hui, les yeux humains ne l'ont jamais vu, depuis le jour où la déesse est descendue sur l'Ida. Et jusqu'à la fin du monde on ne le reverra plus sur la terre.» Les deux amies, stupéfaites, se reculèrent, la croyant folle. Mais Chrysis, perdue dans son rêve, marcha jusqu'au monstrueux Phare, montagne de marbre flamboyant à huit étages hexagonaux. Elle poussa la porte de bronze, et profitant de l'inattention publique, elle la referma de l'intérieur en abaissant les barres sonores. ”
Pierre Louÿs,
Œuvres complètes de Pierre Louÿs…
(1896)
“ Aussi l’ivoire est très vieux, et jaune comme s’il était doré. On y a ciselé une jeune fille qui passe dans un marais de lôtos plus grands qu’elle, où elle marche sur la pointe des pieds pour ne pas se mouiller... C’est vraiment un beau peigne... Je suis contente que tu me le donnes... J’ai aussi de petits griefs contre celle qui le possède. J’avais offert le mois dernier un voile bleu à l’Aphrodite ; je l’ai vu le lendemain sur la tête de cette femme. C’était un peu rapide et je lui en ai voulu. Son peigne me vengera de mon voile. — Et comment l’aurai-je ? demanda Démétrios. ”
Pierre Louÿs,
Aphrodite. Mœurs Antiques
“ « J’apporte la petite coupe », dit-il avec un sourire obséquieux à l’adresse de l’amant royal. Démétrios garda le silence. Chrysis égarée leva la tête. « Allons, ma fille, reprit le geôlier. C’est le moment. La ciguë est toute broyée. Il n’y a plus vraiment qu’à la prendre. N’aie pas peur. On ne souffre point. » Chrysis regarda Démétrios, qui ne détourna pas les yeux. Ne cessant plus de fixer sur lui ses larges prunelles noires entourées de lumière verte, Chrysis tendit la main à droite, prit la coupe, et lentement la porta à sa bouche. ”
A. Gennevraye, La Petite Louisette, par A. Gennevraye
“ Et, en trois bonds, il sauta dans la carriole et voulut prendre les rênes de la Grise. Mais Jean, après avoir fait monter Louisette et Franjon dans le fond, reprit les rênes à M. Armand en lui disant : a La Grise est une bonne personne, mais il ne faut pas la taquiner, elle aime connaître son monde; je la conduirai, car je ne veux pas qu'il arrive malheur à ceux qui sont dans ma carriole ni à notre jument. ”
Pierre Louÿs,
Œuvres complètes de Pierre Louÿs…
(1896)
“ Mais moi, je veux mon peigne demain, et tu la tueras pour l’avoir. Tu as juré un serment. » Elle fit une petite mine à Démétrios qui regardait la terre. Puis elle acheva ainsi, très vite : « J’ai choisi aussi mon collier. Je veux le collier de perles à sept rangs qui est au cou de l’Aphrodite. » Démétrios bondit. « Ah ! cette fois, c’est trop ! tu ne te riras pas de moi jusqu’à la fin ! Rien, entends-tu, rien ! ni le, miroir, ni le peigne, ni le collier, tu n’auras... » ”
Pierre Louÿs,
Aphrodite. Mœurs Antiques
“ Comme l’attention des convives était tout entière attirée par le jeu dangereux de l’enfant, Timon regarda Chrysis, et peu à peu, sans être vu, il s’allongea derrière elle jusqu’à la toucher des pieds et de la bouche. « Non, disait Chrysis à voix basse, non, mon ami. » Mais il avait glissé son bras autour d’elle par la fente large de sa robe et il caressait avec soin la belle peau brûlante et fine de la courtisane couchée. « Attends, suppliait-elle. Ils nous découvriront. Bacchis se fâchera. » Un regard suffit au jeune homme pour le convaincre qu’on ne l’observait pas. ”
Pierre Louÿs,
Aphrodite. Mœurs Antiques
“ Sa bouche ne peut plus se fermer. Ses paupières ne peuvent plus s’ouvrir. Un feu grandissant fait rougir ses joues. Parfois ses dix doigts croisés s’unissent devant son visage. Parfois elle lève les bras. Elle s’étire délicieusement. Un long sillon fugitif sépare ses épaules haussées. Enfin, d’un seul tour de chevelure enveloppant sa face haletante comme on enroule le voile des noces, elle détache en tremblant l’agrafe sculptée qui retenait l’étoffe à ses reins et fait glisser jusqu’aux tapis tout le mystère de sa grâce. Démétrios et Chrysis... ”
Pierre Louÿs,
Aphrodite. Mœurs Antiques
“ Chrysis tenait, loin d’elle, un miroir de cuivre poli. Elle regardait distraitement les mains obscures de l’esclave se mouvoir dans les cheveux profonds, arrondir les touffes, rentrer les mèches folles et sculpter la chevelure comme un rhyton d’argile torse. Quand tout fut accompli, Djala se mit à genoux devant sa maîtresse et rasa de près son pubis renflé, afin que la jeune fille eût, aux yeux de ses amants, toute la nudité d’une statue. ”
Pierre Louÿs,
Aphrodite. Mœurs Antiques
“ Elle regardait furtivement par les portes ouvertes, les salles empestées par la fumée des lampes, où s’unissaient des couples nus. Aux carrefours, sur des tréteaux bas rangés devant les maisons, des paillasses multicolores criaient et fluctuaient dans l’ombre, sous un double poids humain. Chrysis marchait avec trouble. Une femme sans amant la sollicita. Un vieillard lui tâta le sein. Une mère lui offrit sa fille. Un paysan béat lui baisa la nuque. ”
