“ Mourzakine alla sans bruit éveiller Mozdar, qui n’eût peut-être pas entendu le canon, mais qui, au léger grincement des bottes de son maître, se leva et se trouva lucide comme par une commotion électrique. — Viens, lui dit Mourzakine dans sa langue. Le cosaque le suivit au salon. — Regarde cette fille, dit Mourzakine en soulevant le chapiteau de la lampe pour qu’il pût distinguer les traits de Francia ; la connais-tu ? — Oui, mon petit père, répondit Mozdar ; c’est celle qui a fait cabrer ton cheval noir. ”
Mourzuk
Définition et enjeux
Citations sur “Mourzuk”
“ Tu la plaideras bien tout seul ! — Non ! auprès de notre père. — Le père a bien le temps de s’occuper de toi ! Il est en train de faire un roi de France ! Fais-toi oublier, c’est le mieux ! Tu es bien ici, restes-y longtemps. Mourzakine comprit que le coup était porté. La marquise avait plu à Ogokskoï, et lui, Mourzakine, avait encouru la disgrâce de son oncle, celle du maître par conséquent, — à moins que la marquise ...; mais cela n’était point à supposer, et Mourzakine était déjà assez épris d’elle pour ne pas s’arrêter volontiers à une pareille hypothèse. ”
“ Richement, non ! pensa Mourzakine, puisqu’elle demeure dans un taudis et repasse ses nippes elle-même. Où donc ai-je déjà vu cette jolie petite figure chiffonnée ? Mourzakine pensait plus volontiers en français qu’en russe, surtout depuis qu’il était en France ; c’est ce qui fait qu’il pensait souvent de travers, faute de bien approprier les mots aux idées. Figure chiffonnée était un mot du temps, qui s’appliquait alors à une petite laideur agréable ou agaçante. ”
Alfred Jacobs, Voyage en Asie et en Afrique, d'après les récits des derniers voyageurs (1855)
“ Étant arrivé dans un défilé nommé Derbend, où campait l'armée musulmane, il posta les Yezidis sur différentes hauteurs pour écraser les musulmans en faisant rouler sur eux des rochers. Mourgo était un guerrier d'une beauté singulière ; il ne marchait jamais que vêtu d'une cotte de mailles et coiffé d'un casque étincelant, portant une masse d'armes que nul autre ne pouvait soulever. Curieux de savoir ce qui se passait dans le camp des Turcs, il se déguisa en derviche, et s'approcha jusqu'aux tentes du grand vizir, qui campait dans une prairie avec son harem, ses chevaux et ses esclaves. ”
“ Et après ce muet entretien avec sa pensée, Mourzakine se rappela qu’il avait laissé la marquise en tête-à-tête avec son oncle. — Arrivez donc, mon cousin, s’écria-t-elle en le voyant revenir. Venez me protéger. On est en grand péril avec M. Ogokskoï. Il est d’une galanterie vraiment pressante. Ah ! les Russes ! Je ne savais pas, moi, qu’il fallait en avoir peur. Tout cela, débité avec l’aplomb d’une femme qui n’en pense pas un mot, porta différemment sur les deux Russes. Le jeune y vit un encouragement, le vieux une raillerie amère. ”
Voyage illustré dans les deux-mondes… (1862)
“ Mourzouk est une vraie image de l'enfer : l'enfer est chaud et ce pays est brûlant; les damnés de l'enfer sont noirs, et les gens de ce pays sont aussi noirs qu'eux ; l'enfer a sept portes, et Mourzouk aussi a sept portes. Que diable voulez-vous qu'on fasse dans un pays où tout est pareil à l'enfer! ”
George Sand,
Un bienfait n’est jamais perdu
“ Mourzakine vit qu’il l’avait à demi persuadée et, lui prenant les deux mains dans une des siennes, il voulut lui ôter son petit châle bleu qu’elle tenait serré autour de sa taille, habitude qu’elle avait prise depuis qu’elle possédait ce précieux tissu français imprimé, qui valait bien dix francs. — Ne m’abîmez pas mon châle ! s’écria-t-elle naïvement, je n’ai que celui-là. — Il est affreux ! dit Mourzakine en le lui arrachant. Je te donnerai un vrai cachemire de l’Inde ; quelle jolie petite taille tu as ! Tu es menue, mais faite au tour, ma belle, comme ta mère, absolument ! ”
George Sand,
Un bienfait n’est jamais perdu
“ Francia s’assit sur une chaise et regarda Mourzakine. Comme il était calme ! Comme il l’avait oubliée ! Combien peu de chose elle était pour lui ! Il sortait des bras de la marquise, et déjà il ne se souciait presque plus de son petit oiseau bleu. Il le laissait au puissant Ogokskoï, il n’osait pas le lui disputer ; il essaierait, quand il aurait bien dormi, de se le faire rendre par une lâche supplication ; peut-être même ne l’essaierait-il pas du tout ! Francia mesura l’abîme où elle était tombée. La fièvre faisait claquer ses dents. Elle sentait son cœur aussi glacé que ses membres. ”
“ Morok haussa les épaules, et répondit avec une sorte d’exaltation farouche : — As-tu entendu parler de l’âpre désir du joueur qui met son honneur, sa vie, sur une carte ? Eh bien ! moi aussi... dans ces exercices de chaque jour où ma vie est en jeu, je trouve un sauvage et âpre plaisir à braver la mort devant une foule frémissante, épouvantée de mon audace... Enfin, jusque dans l’effroi que m’inspire cet Anglais, je trouve quelquefois malgré moi je ne sais quel terrible excitant que j’abhorre et que je subis. ”
Anonyme, Le Livre des mille nuits et une nuit
“ En effet, le beau Mourakisch avait un ami très aimé, à qui il ne refusait jamais rien. Et, comme il l’avait mis au courant de sa singulière aventure, ce jeune ami souhaita avec instances être introduit de la même manière auprès de la princesse Fatimah, et se faire passer pour Mourakisch en personne, grâce aux ténèbres de la nuit et à sa ressemblance de taille et de manières avec son ami. Et Mourakisch se laissa vaincre par les instances de l’adolescent, et engagea par serment son consentement. ”
George Sand,
Un bienfait n’est jamais perdu
“ Que faisait Mourzakine pendant que le complaisant Valentin procédait à l’installation de sa maîtresse dans les conditions les plus favorables à leurs secrets rapports ? Il était en train d’endormir les soupçons de son oncle. Ogokskoï avait revu madame de Thièvre à l’Opéra dans tout l’éclat de sa plantureuse beauté, il avait été la saluer dans sa loge : elle avait été charmante pour lui. Sérieusement épris d’elle, il était résolu à ne rien épargner pour supplanter son neveu. Mourzakine, sans renoncer à la belle Française, voulait paraître céder le pas à l’oncle dont il dépendait absolument. ”
“ Croisant ses bras sur sa poitrine, Morok lui dit d’une voix sèche et insolente : — Décidément, vous n’êtes pas poli... l’homme au savon ! Puis, se tournant vers les spectateurs, il continua en allemand : — Je dis à ce Français à longues moustaches qu’il n’est pas poli... Nous allons voir ce qu’il va répondre ; il faudra peut-être lui donner une leçon ; me préserve le ciel d’être querelleur ! ajouta-t-il avec componction, mais le Seigneur m’a éclairé, je suis son œuvre, et, par respect pour lui, je dois faire respecter son œuvre... ”
“ Ces cris furieux rappelant un instant Couche-tout-Nu à lui-même, il dit tout bas à Morok : — Mais c’est donc un carnage que vous voulez ? Je n’en suis plus... — Nous aurons le temps de prévenir à la fabrique... Nous les quitterons en route, lui dit Morok. Puis il cria tout haut en s’adressant à l’hôte, effrayé de ce désordre : — De l’eau-de-vie ! que l’on puisse boire à la santé des braves Loups. C’est moi qui régale ! Et il jeta de l’argent au cabaretier, qui disparut et revint bientôt avec plusieurs bouteilles d’eau-de-vie et quelques verres. — Allons donc ! des verres ? s’écria Morok ”
“ Tout à coup le dompteur de bêtes sembla défaillir, ses genoux fléchirent ; sa tête livide, violacée, se pencha sur ses épaules ; ses yeux se fermèrent... Le missionnaire, pensant qu’une faiblesse passagère succédait à l’accès de rage de ce misérable, et qu’il allait tomber, cessa de le maintenir pour lui prêter secours... Se sentant libre, grâce à sa ruse, Morok se releva tout à coup pour se jeter avec rage sur Gabriel. Surpris par cette brusque attaque, celui-ci chancela et se sentit saisir et enlacer dans les bras de fer de ce furieux. ”
George Sand,
Un bienfait n’est jamais perdu
“ Mourzakine essaya d’obéir, il ne put le faire ; il se sentit comme paralysé. Ogokskoï ouvrit la loge et, laissant la porte ouverte pour y faire pénétrer la lumière du couloir, il regarda très-attentivement Francia, qui se retournait avec surprise. Au bout d’un instant, il revint à son neveu en disant : — Tu m’as menti, Diomiditch, elle est jolie comme un ange. Je veux savoir à présent si elle a de l’esprit. Va-t’en là-haut saluer monsieur et madame de Thièvre. ”
Nicolas Vassiliévitch Gogol,
Les Âmes mortes
“ Après avoir dit ces mots, Khlobouëf sortit ; en s’éloignant il pensait : « Mourâzof est un homme aussi intelligent que bon ; s’il me donne une mission qui me sépare de toutes ces intrigues et ces scandales d’ici, il ne le fait pas sans avoir bien réfléchi. » Mourâzof resté seul répétait, se parlant à lui-même : « Oui, Tchitchikof est un homme d’un caractère singulièrement équivoque ; il a un but que j’ignore, et je le crois peu scrupuleux sur les moyens d’y arriver ; avec cet esprit de persévérance et cette force de volonté, que n’est-il dans la bonne voie ! » ”
Muḥammad ibn ʿUṯmān al- Ḥašāʾišī, Voyage au pays des Senoussia, à travers la Tripolitaine et les pays touareg (1903)
“ J'ai vu à Mourzouk très peu de personnes s'adonner à l'étude des sciences. La plupart des habitants ne connaissent que le Coran. Les notables et les commerçants sont pour la plupart étrangers à la localité. Les principaux sont: Abderrahman Titiou, Sidi Chérif Senoussi, El Hadj El Kilani El Houni, Si El Hadj Mohammed ben Aloua, originaire du pays, son frère Si El Hadj Abdallah, Zarrouk El Tadjer, Mehdi El Amri, Si ben El Hassan El Aminé, Si Moussa ben Otsmane, Sidi Ahmed Mokhtar, cheikh de la ville et Khalifat de Sidi El Mahdi et son grand imam. ”
“ Morok ne sourcilla pas ; sa face de marbre resta impassible ; il replaça d’une main ferme son verre sur la table. Mais Jacques, en déposant son verre, ne put cacher un léger tremblement convulsif causé par une souffrance intérieure. — Voici qui est bravement bu..., cria Nini-Moulin ; avaler d’un seul trait le quart d’une bouteille d’eau-de-vie, c’est triomphant !... Personne ici ne serait capable d’une telle prouesse... et si vous m’en croyez, dignes champions, vous en resterez là. ”
“ Morok tressaillit ; ses bras tombèrent le long de son corps. Jacques fut frappé de la pâleur et de la contraction des traits du dompteur de bêtes. — L’Anglais... tu l’as vu ? s’écria Morok en s’adressant à Goliath ; tu en es sûr ? — Très-sûr. Je regardais par le trou de la toile, je l’ai vu dans une petite loge presque sur le théâtre ; il veut voir les choses de près... il est bien facile à reconnaître à son front pointu, à son grand nez et à ses yeux ronds. ”
“ Dagobert et les deux jeunes filles avaient, depuis un quart d’heure à peine, quitté en fugitifs l’auberge du Faucon blanc, lorsqu’un violent craquement retentit dans la maison. La porte avait cédé aux efforts du bourgmestre et de Morok, qui s’étaient servis d’une lourde table pour bélier. Guidés par la lumière, ils accoururent dans la chambre des orphelines, alors déserte. Morok vit les draps flotter au dehors, et s’écria : — M. le bourgmestre... c’est par la fenêtre qu’ils se sont sauvés ; ils sont à pied... par cette nuit orageuse et noire, ils ne peuvent être loin. ”
“ Morok s'approcha du juge en lui désignant du regard les orphelines; il recommença de lui parler bas.— Ah! s'écria le bourgmestre avec indignation, vous allez trop loin.— Je n'affirme rien... se hâta de dire Morok, c'est une simple présomption fondée sur... Et de nouveau il approcha ses lèvres de l'oreille du juge.— Après tout, pourquoi non? reprit le juge en levant les mains au ciel, ces gens-là sont capables de tout; il dit aussi qu'il vient de la Sibérie avec elles; qui prouve que ce n'est pas un amas d'impudents mensonges? ”
H. Moser, Revue des Deux Mondes
“ L’oasis de Merv, à cheval sur le Mourgab, se trouve au sud-est du désert turcoman à 130 verstes à l’orient de Sarakhs, à 250 verstes de Hérat, à 400 verstes de Khiva et à 180 verstes de Tchardjoui; le Mourgab, qui en alimente les vingt-quatre canaux, grâce à un barrage soigneusement entretenu, est un fleuve qui prend sa source dans les monts du Paropamise, au nord de Hérat, et va se perdre dans les sables au-delà de Merv. ”
“ Mourzakine lutta comme on peut lutter contre le pouvoir absolu. — Non, cher oncle, dit-il en affectant une gaîté qu’il était loin de ressentir, je vous en prie, ne la voyez pas. Vous êtes un rival trop dangereux ; vous m’avez mis au plus mal avec la belle marquise, laissez-moi ce petit échantillon de Paris, qui n’est vraiment pas digne de vous. — Si tu dis la vérité, reprit tranquillement le comte, tu n’as rien à craindre. ”
“ En effet, un jeune homme d’une figure ouverte, hardie et intelligente, entra dans le cabinet. — Tiens... Couche-tout-Nu ? s’écria-t-il à la vue du convive de Morok. — Moi-même. Il y a des siècles qu’on ne t’a vu, Olivier. — C’est tout simple... mon garçon, nous ne travaillons pas au même endroit. — Mais vous êtes seul ? reprit Morok. Et montrant Couche-tout-Nu, il ajouta : — On peut parler devant lui... il est des nôtres. Mais comment êtes-vous seul ? — Je viens seul, mais je viens au nom de mes camarades. — Ah ! fit Morok avec un soupir de satisfaction, ils consentent. ”
“ Voyez... voyez... le dompteur de bêtes va tirer sa flèche sur la panthère ! dit tout à coup le marquis ; c’est sans doute après, qu’il simulera le combat corps à corps. Morok était à ce moment sur le devant du théâtre, mais il lui fallait le traverser dans sa largeur pour arriver jusqu’à l’entrée de la caverne. Il s’arrêta un moment, ajusta une flèche sur la corde de son arc, se mit à genoux derrière un bloc de rocher, visa longtemps ;... le trait siffla et alla se perdre dans la profondeur de la caverne où la panthère s’était retirée après avoir un instant montré sa tête menaçante. ”
“ Ce sombre costume donnait au dompteur de bêtes une physionomie plus sinistre encore. Sa barbe épaisse et jaunâtre tombait à grands flots sur sa poitrine, et il enroulait gravement une longue pièce de mousseline blanche autour de sa calotte rouge. Dévot prophète en Allemagne, comédien à Paris, Morok savait, comme ses protecteurs, parfaitement s’accommoder aux circonstances. ”
“ Théodore n’était donc plus dans les mains des Russes, et sa sœur pouvait se tranquilliser. — Ah ! s’écria-t-elle en joignant les mains, il est sauvé ! Vous êtes le bon Dieu, vous, et je vous remercie ! Mourzakine, en lui traduisant le rapport du cosaque, s’était attribué le mérite du résultat, en se gardant bien de dire que son ordre était arrivé après coup. Elle baisa les mains du prince, reprit son châle, et voulut partir. — C’est impossible, répondit-il en refermant la porte sur le nez de Mozdar sans lui donner aucun ordre. Il te faut une voiture. Je t’en envoie chercher une. ”
“ Pendant le silence qui suivit l’allocution de Morok, le bruit s’entendit de nouveau : il était cette fois plus précipité. — Le locataire est innocent, dit Morok avec un sourire sinistre ; il est incapable de s’opposer en rien aux élans de notre joie. ”
“ Il est impossible de peindre la mêlée désespérée furieuse, qui suivit cette panique de gens effarés se ruant sur l'unique porte de l'antichambre afin d'échapper au péril qu'ils redoutaient, et là, luttant, se battant, se foulant aux pieds, afin de fuir par cette étroite issue. Au moment où le dernier de ces malheureux parvenait à gagner la porte, se traînant épuisé sur ses mains ensanglantées, car il avait été renversé et presque écrasé durant la mêlée, Morok, l'objet de tant d'épouvante... Morok apparut. ”
George Sand,
Un bienfait n’est jamais perdu
“ Mourzakine n'était pas riche. Il n'était pas certain de n'être pas brouillé avec son oncle; mais il n'osa pas dire à Martin de marchander, et, une heure après, le valet revint lui apporter la clef de son nouvel appartement en lui disant:—Tout sera prêt demain soir. Votre Excellence y trouvera ses malles, son cosaque, ses chevaux, une voiture fort élégante qui est mise à sa disposition pour les visites; en outre mon ami Valentin, valet de chambre du propriétaire, sera à ses ordres à toute heure de jour et de nuit.—Le tout pour... combien d'argent? dit Mourzakine avec un peu d'inquiétude. ”
