“ C’est le choléra, le choléra-morbus, la chose la plus commune du monde dans ce temps-ci, et la maladie la mieux connue. Rassurez-vous, mon bel ange ! vous avez le choléra, une maladie qui tue en deux heures ceux qui ont la faiblesse de s’en effrayer, mais qui n’est point dangereuse pour les esprits fermes comme les nôtres. Ne vous effrayez donc pas, aimable étrangère ! Nous sommes ici deux qui ne craignons pas le choléra, vous et moi défions le choléra ! Faisons peur à ce vilain spectre, à ce hideux monstre qui fait dresser les cheveux au genre humain. ”
Choléra morbus
Définition et enjeux
Citations sur “choléra morbus”
non signé, Revue des Deux Mondes
“ D’ordinaire le style des docteurs est un mauvais style emphatique, boursoufflé, peu clair, visant à l’à-propos. Aussi le choléra a-t-il été un beau texte à brochures. Elles pleuvent comme la grêle ; elles se montrent sous toutes les formes, lettres, apologies, conseils, recherches, voyages, souvenirs : il n’est personne qui n’ait la recette certaine contre le choléra. J’ai remarqué que toutes ces recettes commençaient à peu près de la même manière : Pour éviter le choléra-morbus, il faut d’abord se bien porter. ”
Charles Rousset, Traité du choléra-morbus contenant l'historique… (1853)
“ Le choléra-morbus se transmet d'un individu malade à un individu sain , voilà ce que les faits nous apprennent ; mais si cette communication a lieu par une infection préalable des hardes, des meubles, des chambres, des maisons, ou par des contacts directs, c'est ce que nous ne savons pas. Au reste, qui nous dira que c'est pour être resté longtemps avec un cholérique, plutôt que pour avoir respiré ses miasmes, manié ses effets, que nous contractons la maladie? N'est-il pas assez d'exemples où l'invasion fut le fruit d'une courte visite, faite même à un cholérique aisé ? ”
Jean-Pierre de Lostalot-Bachoué, Les remèdes de l'âme et les remèdes du corps… (1843)
“ Donc le choléra-morbus alors observé était au moins contagieux par l'air; donc c'est une maladie qu'il faut craindre et ne pas nier. Mais le choléra-morbus n'est pas seulement contagieux par l'air. La manière dont il se propage à la faveur des relations qui existent entre les diverses nations, prouve que les corps autres que l'air, et surtout les corps humides, aqueux, peuvent aussi servir à sa transmission. ”
Alphonse Esquiros,
Les Excentriques de la littérature et de la science
“ Le choléra-morbus, au dire de M. Gleïzès, reviendra ; il promènera de nouveau sur le monde son poison voyageur ; tout ce qui sera plus animalisé que ne le comporte l’organisation, c’est-à-dire tout ce qui mange de la chair, périra inévitablement. ”
Charles Rousset, Traité du choléra-morbus contenant l'historique… (1853)
“ Traitement stimulant général. Le choléra-morbus réclame la médecine agissante; mais de quel côté se dirigera notre action? Nous ne pouvons attaquer l'élément morbifique lui-même; il est inconnu dans son essence, et il ne se manifeste à nous que par les ravages qu'il exerce sur l'organisme. C'est donc sur la nature seule que nous fixerons notre attention. ”
Félix André Augustin Poujol, Essai de thérapeutique, basée sur la méthode analytique… (1832)
“ De deux choses l'une, ou les évacuans irritent ou n'irritent pas ; si on niait qu'ils irritent, ce ne serait pas alors comme révulsifs qu'ils sont utiles dans le choléra-morbus; s'ils irritent, on n'obtiendrait jamais de leur emploi la plus légère amélioration. Or, comme il est indubitable qu'ils sont réellement avantageux, nous chercherons ailleurs, que dans une inflammation, la cause prochaine ou la nature de la maladie (1) . Dira-t-on, que les affections cholériques dépendent d'une altération du système nerveux? ”
Auguste-Nicolas Gendrin, Monographie du choléra-morbus épidémique de Paris… (1832)
“ Si j'avais à classer le choléra-morbus dans une nosographie, je le placerais, sous le nom de phlegmorrhentérie, à côté des diarrhées séreuses, et non loin de la suette du quinzième siècle qui vint aussi de l'Inde en Europe, cette terrible phlegmorrhagie cutanée dans laquelle la peau était l'émonctoire par lequel le sang perdait si rapidement son élément séreux. Le choléra-morbus que nous venons d'observer n'est point une maladie nouvelle ”
Charles Rousset, Traité du choléra-morbus contenant l'historique… (1853)
“ Tel est le choléra-morbus parcourant toutes ses. périodes. Mais que de variétés il a montré dans son invasion, sa marche, sa durée et sa terminaison ! Combien l'art, en s'opposant à son cours délétère, trop souvent, hélas ! sans succès , a lui-même multiplié les formes de la maladie ! Il nous importe de jeter un coup d'oeil sur les variétés que nous avons vues les plus fréquentes. Dans un grand nombre de cas, la maladie a une invasion soudaine ; on n'observe aucuns prodromes, soit qu'ils manquent réellement, soit que le malade les ait laissé passer inaperçus. ”
Charles Rousset, Traité du choléra-morbus contenant l'historique… (1853)
“ Dans tous les pays ravagés par le choléra, cette maladie a montré dans le développement de ses symptômes une variété remarquable. Tantôt sa marche est rapide ; ses signes les plus terribles apparaissent à la fois et se confondent, il frappe le principe de la vie et s'éteint comme la foudre. Tantôt il envahit l'organisme pas à pas, se dessine par quelques stades assez bien marqués, et laisse à la médecine le temps de lui opposer des moyens plus ou moins efficaces. ”
Armand Trousseau,
Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris…
(1861-1862)
“ Le choléra-morbus, qui n'a fait son apparition en Europe que depuis moins d'un demi-siècle, n'est revenu qu'à certaines époques, sans acception de saisons, et, tout en ravageant un grand nombre de localités, ne s'est abattu sur elles que successivement, à la façon des maladies épidémiques, et non sur toutes à la fois, sa cause nous restant toujours inconnue jusqu'ici. ”
Charles Rousset, Traité du choléra-morbus contenant l'historique… (1853)
“ L'influence des grands rassemblements d'hommes et des commotions politiques sur la marche du choléra-morbus est si bien établie, qu'il est permis de douter si son apparition en Europe et ses progrès ultérieurs n'eussent pas été retardés, et peut-être prévenus, sans l'état d'inquiétude et d'agitation dans lequel se maintiennent les peuples de l'Europe depuis plusieurs années. ”
Du choléra, de l'incendie, et de la guerre
“ Mais, comme le choléra diminue d'intensité en raison des dispositions physiques et même morales de l'homme, il s'ensuit que le choléra qui, dans les pays orientaux, est contagieux et morbifique, cesse d'avoir ces caractères quand il pénètre dans les régions de l'Occident. A parler exactement, chaque climat comporte ses maladies particulières. Telle qui, en Orient, porte le nom de choléra-morbus; reçoit en Occident celui de choléra sporadique. En passant d'unie contrée dans une autre, les maladies changent de nature. ”
Auguste-Nicolas Gendrin, Monographie du choléra-morbus épidémique de Paris… (1832)
“ Le choléra-morbus épidémique est un dans sa nature; il est toujours lui-même; aucune maladie ne présente plus d'identité chez tous les sujets quelle affecte ; toutes les variétés de forme que l'on observe ne le modifient point essentiellement, et ne doivent imprimer aussi à la méthode de traitement qu'il convient d'adopter que des modifications secondaires. ”
Nicolas-Louis-Marie Magon La Gervaisais, La Royauté possible (1835)
“ De même qu'à la grande stupéfaction des têtes, à la grande consternation des âmes, advient fortuitement ce semble, et court de lieu en lieu, et débute, cesse, reprend, le choléra-morbus physique; de même, et non avec surprise, avec épouvante, attendu qu'on n'a pas la conscience du mal et la connaissance des suites, apparaît en une façon, avec une marche analogue, le cholera-morbus moral, intellectuel. ”
Joseph Fleury, Quelques-unes de nos conversations médicales… (1868)
“ Si le choléra-morbus fit tant de victimes en Europe et en hiver, cette calamité ne tient-elle pas, en grande partie du moins, à l'oubli de l'aération des appartements du malade? Ouvrir partout et cela plusieurs fois dans la journée, est excellent. ”
Mathieu Besson, La Médecine des accidents, ou Dictionnaire de médecine à l'usage des gens du monde… (1870)
“ Le choléra-morbus, originaire de l'Inde, où il a sa source et ses conditions de genèse, est emporté par l' homme lui-même, au-delà des limites de son empire, et se propage au loin en se régénérant dans les victimes qu'il atteint sur son passage.. ”
Charles Rousset, Traité du choléra-morbus contenant l'historique… (1853)
“ Le choléra-morbus n'est pas, pour nos climats, une maladie nouvelle dont nous ignorions les causes; mais la maladie nouvelle que les Indiens appellent mordechi, et qui, sous le nom de choléra-morbus asiatique, est venue ravager l'Europe, décimant les populations sans distinction de tempérament , d'âge, de sexe , ni de condition , est pour nous une maladie inconnue jusqu'à ce jour ”
Charles Rousset, Traité du choléra-morbus contenant l'historique… (1853)
“ Cette tendance du choléra-morbus à se dessiner par périodes contribue à expliquer un autre fait que l'on cite à l'appui de l'origine atmosphérique que l'on assigne à la maladie. A une époque donnée, les atteintes sont en général plus graves et plus promptement funestes. D'après ce que nous venons de dire de la nécessité d'une prédisposition et d'une température propice , c'est durant la période d'accroissement et de station que les attaques doivent être les plus fatales, c'est vers le déclin qu'elles le sont moins. ”
Charles Rousset, Traité du choléra-morbus contenant l'historique… (1853)
“ Nous ne devons pas exagérer l'influence que les intempéries de l'air exercent sur la marche du choléra-morbus, car l'observation apprend que le choléra se montre partout assez indépendant des changements soudains de l'atmosphère ”
Jean Bouillaud, Traité pratique, théorique et statistique du choléra-morbus de Paris… (1832)
“ D'un autre côté, si l'on ne précise pas bien les faits, si leur signalement n'est pas fidèlement tracé, de quelle ressource seront-ils pour quiconque voudra se charger plus tard du lourd fardeau d'une statistique générale du choléra-morbus? Un travail de ce genre, exécuté sur des faits tronqués, incomplets, douteux, ne sera-t-il pas plus propre à nous induire en erreur qu'à nous éclairer sur les hautes questions dont la solution nous intéresse si vivement? ”
Félix André Augustin Poujol, Essai de thérapeutique, basée sur la méthode analytique… (1832)
“ La maladie que l'on a très improprement désignée sous le nom de choléra-morbus, peut se présenter sous plusieurs formes dont il est nécessaire d'offrir le tableau. Elle laisse après la mort des traces plus ou moins prononcées de son existence, ou bien, on ne rencontre rien qui puisse expliquer et rendre raison d'une mort si prompte et si rapide. C'est dans l'analyse des symptômes d'une part, et dans l'étude des recherches nécroscopiques de l'autre, que nous puiserons les connaissances qui nous sont nécessaires pour la combattre avec succès. ”
Charles Rousset, Traité du choléra-morbus contenant l'historique… (1853)
“ Malpropreté. La transpiration insensible est, sans contredit, une des fonctions les plus importantes de l'économie ; jamais on ne néglige impunément les règles hygiéniques que son entretien réclame, et, plus que toute autre maladie, le choléra-morbus est fait pour nous le rappeler. ”
Charles-François Tacheron, Statistique médicale de la mortalité du choléra-morbus dans le XIe arrondissement de Paris… (1832)
“ L'influence des professions sur la salubrité nous a fourni quelques différences sous le rapport de la mortalité pendant l'invasion du choléra-morbus; mais ces différences se rapportent le plus spécialement à l'état de misère, comme nous l'avons déjà dit; néanmoins l'influence meurtrière de certaines professions est positive, souvent même elle ne se borne pas exclusivement aux personnes qui les exercent. ”
Félix André Augustin Poujol, Essai de thérapeutique, basée sur la méthode analytique… (1832)
“ Je leur demanderai encore : comment se fait-il que depuis cette époque on n'ait jamais signalé les symptômes sympathiques caractéristiques du choléra? Il faut croire sans doute qu'une cause inconnue modifie notre être et le dispose de telle sorte, qu'une inflammation ordinaire affecte différemment l'économie animale. Mais alors quelle est celle cause inconnue ? 190 DU CHOLÉRA-MORBUS les nerfs de la vie animale et les nerfs de la vie organique étaient sains, mais encore les principaux rameaux qui se distribuent dans les membres (M. Scouttetten, loc. cit., pag. 108) . ”
Auguste-Nicolas Gendrin, Monographie du choléra-morbus épidémique de Paris… (1832)
“ Partant comme moi de l'observation des faits, un physiologiste, dont les opinions ont beaucoup de poids, prend pour point de départ de la stase du sang dans les veines, et de la vacuité des artères, l'affaiblissement de la circulation, et voit dans le choléra-morbus une maladie dépendante d'une diminution de la puissance contractile du cœur. ”
Dr Delpech de Frayssinet, Mémoire sur le choléra-morbus, pour servir à l'histoire de cette maladie sur le territoire français (1833)
“ C'est véritablement une lutte corpsà-corps entre la maladie et celui qu'elle s'efforce en vain de faire sa victime. Ce jeune homme , doué d'une force d'âme et d'une énergie peu communes, fut atteint de graves symptômes du choléra-morbus , après avoir visité un de ses amis mourant de l'épidémie. ”
Charles-François Tacheron, Statistique médicale de la mortalité du choléra-morbus dans le XIe arrondissement de Paris… (1832)
“ La classe pauvre de la société a eu la moitié de sa population atteinte par le choléra-morbus. La classe au contraire qui vit dans l'aisance ou du moins dans un état au-dessus du besoin, n'a compté qu'environ la sixième partie de sa population. ”
Charles Rousset, Traité du choléra-morbus contenant l'historique… (1853)
“ Dans plusieurs localités, l'apparition du choléra-morbus a été précédée, pendant plusieurs mois, de dérangements insolites des fonctions digestives ; grand nombre de personnes se plaignaient d'inappétence, de torpeur de l'estomac, de pesanteur à l'épigastre, de coliques, de flatuosités, etc. Pendant le règne de la maladie, les mêmes phénomènes apparurent plus intenses et souvent accompagnés de diarrhée chez une foule d'individus qui cependant ne furent pas atteints par le fléau. ”
Auguste-Nicolas Gendrin, Monographie du choléra-morbus épidémique de Paris… (1832)
“ Les crises sont d'autant plus faciles et d'autant plus fréquentes que la maladie a atteint une période moins avancée. Les métastases sont toujours à craindre lorsque la maladie a été très intense et a atteint la période cyanique; elles seraient peut-être alors sa terminaison la plus fréquente si les moyens de l'art ne les prévenaient. ART. I. Des crises du choléra-morbus. La terminaison naturelle du choléra ou de la période de coction, intermédiaire nécessaire à toute terminaison régulière de la maladie , s'est opérée par des crises chez la totalité des malades ”
Charles Rousset, Traité du choléra-morbus contenant l'historique… (1853)
“ Quelle que soit l'opinion qu'on s'est faite du mode de propagation du choléra-morbus, pour peu qu'on ait observé des cholériques, on demeure d'accord que la maladie s'étend avec facilité aux personnes qui habitent sous le même toit ; et soit qu'on attribue le fait à quelques conditions communes clans lesquelles les personnes se trouvent nécessairement placées, soit qu'on lui assigne d'autres causes, nous ne voyons pas que ni la constitution ni l'habitude infirment ce point d'observation. ”
Jean Bouillaud, Traité pratique, théorique et statistique du choléra-morbus de Paris… (1832)
“ Que le choléra ait été ou non précédé de phénomènes précurseurs, une fois développé, il marche avec la plus effrayante rapidité, à tel point que quelques-unes de ses victimes sont immolées comme si elles eussent avalé un poison violent. C'est là le choléra foudroyant; qui tue en vingt quatre heures au plus tard. Lorsque le choléra doit entraîner la mort dans la période algide, et avant qu'une réaction décidée ait pu s'opérer, il est rare que la vie se prolonge au-delà du quatrième jour. ”
Auguste-Nicolas Gendrin, Monographie du choléra-morbus épidémique de Paris… (1832)
“ Lorsque c'est l'entérite folliculeuse qui est le résultat de la métastase de la maladie, les accidents abdominaux se manifestent d'abord avec plus de lenteur et une apparence de bénignité qu'ils ne présentent pas, quand la gastro-entérite proprement dite éclate à la dernière période du choléra-morbus. Le malade conserve de la soif, la langue se sèche à son milieu, s'aplatit et devient comme luisante et lisse; la peau conserve une chaleur assez élevée qui n'est pas d'abord âcre et sèche; le ventre est indolent à la pression , il est demi-ballonné ”
Auguste-Nicolas Gendrin, Monographie du choléra-morbus épidémique de Paris… (1832)
“ Le choléra-morbus est une des maladies les plus graves; mais c'est aussi une de celles dans lesquelles on peut établir le plus facilement un prognostic assez certain , soit quant à la succession des accidents morbides qui lui sont inhérents, soit quant à sa terminaison définitive. ”
Charles Anglada, Étude sur les maladies éteintes et les maladies nouvelles (1869)
“ M. Wise, médecin anglais du Bengale, fut le premier à décrire la maladie nouvelle. M. Corbyn, médecin de la même résidence, l'étudia après lui, et chercha à prouver que ce ne pouvait être le choléra-morbus de Sydenham (3) . On peut dire que le corps médical fut unanime pour refuser à la maladie son nom habituel. On n'y vit qu'un choléra spasmodique, dont l'indication urgente (1) Fodéré, Leç. sur les épidémies, t. II, p. 394. 1823. (2) Broussais, le Choléra-morbus épidémique, etc. 1832 (passim) . (3) Gravier, Thèse citée, p. 8. ”
Charles Rousset, Traité du choléra-morbus contenant l'historique… (1853)
“ L'indication thérapeutique est toujours formelle dans le choléra-morbus. Les fonctions sont plongées dans l'adynamie , il faut les en tirer ; mais l'atonie n'est pas bornée à une fonction, elle s'étend sur l'économie entière, et, dans l'impossibilité de stimuler directement chaque organe en particulier, il faut nécessairement agir sur celui qui entretient avec les autres des sympathies plus nombreuses, plus facilement ressenties : ce ne peut être que l'estomac. ”
