“ Tels sont l’Archipel de S. Lazare dans les Indes, le grand banc de Terre-neuve, ces mers si peu profondes qui séparent l’Angleterre de la Norvège, celles qui baignent les côtes d’Allemagne, de Hollande, de France. Telle est dans la mer Baltique cette chaîne de montagnes appellée le Borneur, & mille autres pareilles que la Nature s’empresse d’offrir à nos yeux. Le bassin même de la Méditerranée, ceux de la mer Caspienne & de la mer Baltique seront desséchés long-tems avant que l’Océan nous laisse le chemin libre pour aller par terre en Amérique. ”
Résumé
« Telliamed », œuvre du philosophe français Benoît de Maillet, est un dialogue imaginaire entre un missionnaire et un philosophe indien, explorant les origines de la Terre et l'évolution des espèces. Publié au XVIIIe siècle, ce texte mêle géologie, biologie et cosmologie, en décrivant la formation des montagnes par l'action des eaux marines, la réduction progressive des mers, et l'apparition des animaux terrestres à partir de créatures marines.
Les thèmes de la pétrification, des volcans et des transformations du globe y sont abordés à travers des observations naturalistes et des spéculations sur la nature des planètes. L'ouvrage, à la fois scientifique et philosophique, propose une vision originale de l'histoire géologique de la Terre, illustrée par des exemples concrets comme les coquillages fossilisés ou les dépôts sédimentaires.
Citations de Telliamed (Benoît de Maillet)
“ Mais les habitans de Mercure, s’il y en a qui puissent vivre dans une si grande proximité du brûlant Soleil autour duquel il tourne, sont-ils assez voisins de nous ou de Venus pour connoître la conformation de nos globes, & juger si elle est pareille à celle de la petite boule qu’ils habitent ? Les habitans même de Venus & ceux de Mars, à qui notre Terre & son Satellite ne doivent pas paroître plus gros que ne nous paroissent à nous-mêmes les deux Planètes qu’ils occupent, sont-ils à portée de faire cette comparaison de notre globe au leur, de leur globe avec celui de la Lune ? ”
“ Je crois, Monsieur, continua notre Philosophe, avoir suffisamment prouvé la vraisemblance du systême qui fait descendre les animaux terrestres des marins, & qui établit la formation naturelle de ceux-ci dans la mer par les semences dont ses eaux sont empreintes, soit qu’on suppose ces semences éternelles, ou qu’elles n’existent que par une création, que vous admettez. Après cela il est aisé de concevoir comment peut se faire la génération de toutes choses vivantes, sensitives & végétatives dans un globe, soit qu’il se repeuple, ou qu’il n’ait point encore été peuplé. ”
“ Comme les singes à queuë ne descendent certainement point de ceux qui sont sans queuë, ne seroit-il pas naturel de penser de même, que les hommes qui naissent avec des queuës sont d’une espèce différente de ceux qui n’en ont jamais eu ? Aussi sont-ils encore caractérisés par des qualités fort différentes. Je sçai que bien des gens se persuadent, ou qu’il n’y a point d’hommes avec des queuës, ou que s’il s’en trouve quelques-uns, c’est une erreur de la nature, ou bien un effet de l’imagination des meres. ”
“ Que les eaux ne produisent pas aujourd’hui le même effet aux embouchures qui coulent à la Méditerranée, c’est parce qu’elles en sont empêchées par la barrière que l’Espagne & l’Afrique ont opposée à leur flux & reflux, & parce que les eaux resserrées dans un petit bassin, n’ont plus comme autrefois l’agitation qu’elles reçoivent dans des mers vastes du mouvement annuel du globe autour du soleil, & de son mouvement journalier sur lui-même. C’est ainsi qu’une eau resserrée dans un gobelet porté à la main n’est point sujette au même mouvement, que celle qui seroit portée dans un fort grand vase. ”
“ Ainsi non-seulement l’aspect de toutes les montagnes escarpées nous apprend la manière de leur composition par lits : la terminaison même de ces montagnes nous enseigne encore l’endroit d’où est venue la matière qui les compose. Pour peu donc que l’on ouvre les yeux sur la fabrication des montagnes de notre globe, on trouve en elles-mêmes des témoignages non-douteux de leur origine. ”
“ Les torrens & les rivières peuvent bien à la vérité former de pareils amas : il s’en fait aussi de semblables sur le penchant des montagnes & à leur pied, des pierres & des cailloux qui roulent de leur sommet ; mais ces assemblages n’ont aucune consistance, parce que la terre dont ces matières sont liées ensemble ne se pétrifie point comme le sable salé de la mer. Que s’il se trouve du sable mêlé dans les amas que forment les torrens & les rivières qui peuvent composer un tout plus dur, il ne s’y rencontre point du moins d’arrêtes de poissons, ni aucun coquillage de mer. ”
“ Or si la mer a bâti ainsi nos montagnes de leur pied jusqu’à leur sommet, comme il n’est pas possible d’en douter après les observations que je vous ai fait faire ; si ces compositions n’ont pû se former sans que ses eaux ayent surmonté leurs sommets les plus élevés ; si elles ont diminué depuis jusqu’à sa superficie présente, comme l’un suppose l’autre ; ce volume d’eau prodigieux incontestablement plus gros que n’est celui de tout ce qui reste à épuiser ne peut être passé d’une des parties du globe à l’autre, puisqu’elle a également diminué dans toutes les parties du monde. ”
“ C’est là que se trouvent les métaux & les minéraux, les pierres précieuses, tout ce qui fait l’ornement du globe, les commodités de la vie, le soutien du luxe, l’objet de l’ambition & de la cupidité. Or c’est par la composition de ces dernières montagnes, que dans la durée de leur existence & dans l’état de leur fertilité, les globes opaques contractent ce qui doit un jour la leur faire perdre. ”
“ Si au contraire les Volcans se multiplient jusqu’à menacer le globe d’un embrasement total, les hommes chercheront d’abord à se préserver de la mort en se retirant dans les climats les plus éloignés de leurs feux, jusqu’à ce que l’embrasement soit parvenu à pénétrer toutes les parties de la terre ; à quoi les flammes emploieront vraisemblablement des siècles nombreux malgré la petitesse de notre globe. ”
“ Il faut reconnoître, dit votre Poëte Lucrece, que la terre & la mer, le Soleil & la Lune, tout ce qui existe en un mot n’est point unique, mais plutôt que leur nombre est innombrable, & qu’il y a d’autres globes terrestres que le nôtre, qui sont habités par autant d’autres générations d’hommes & d’animaux. C’est ce que ce Philosophe a compris, sans être arrivé à la juste connoissance de la manière dont ces globes se perpétuent les uns par les autres. ”
“ Considérons avec attention ce qui s’offre à nos yeux de cet univers ; le jour & la nuit ; cette immensité du Firmament où nous voyons briller tant d’autres Soleils que le nôtre, qui sans doute ne nous paroissent plus petits qu’à cause de leur prodigieux éloignement. Figurons-nous ce qui est devenu très-vraisemblable depuis l’invention des Lunettes d’approche, que si nous étions placés au plus haut point de cette distance de notre terre, nous en découvririons encore autant au-dessus de nous, & de là peut-être une infinité d’autres qui ne seroient pas moins éloignés de notre vue. ”
“ Car le Philosophe Indien ne s’est pas contenté d’avoir reconnu l’origine de la terre que nous habitons : les lumières qu’il avoit acquises en étudiant cette matière, l’ont conduit à d’autres découvertes aussi curieuses, & encore plus intéressantes. Le fond même de son systême lui a fourni une preuve, qu’à mesure que ce globe existe, & que l’animation de tout ce qui a vie s’y continue, il se forme dans son sein même des causes de l’anéantissement de cet esprit vital qui doit y cesser un jour, & donner lieu à son embrasement. ”
“ L’Imprimerie, la Boussole, la Poudre à canon, ces inventions si belles & si utiles auroient-elles resté inconnues aux hommes pendant des siècles infinis ? Ces objections spécieuses pour des esprits superficiels & prévenus qui n’effleurent que la surface des choses, s’évanouissent comme la fumée devant les lumières brillantes & solides de la raison. Je ne vous parle point des changemens qui, supposé l’éternité du monde, doivent être arrivés dans le globe de la terre. ”
“ D’autres ont observé avec des yeux, plus perçans & moins prévenus des opinions vulgaires, la composition des différens terreins de notre Globe. Ils ont eu des lumières : ils ont semblé entrevoir la vérité ; mais parce que leurs regards étoient encore trop faibles pour en soutenir l’éclat, elle leur a échappé. La nature sembloit s’offrir à eux sans nuages : il ne leur restoit plus qu’à faire un pas pour arriver au plus secret de son Sanctuaire ; mais le peu de succès de bien des recherches n’a souvent que trop prouvé, que ce dernier pas est toujours le plus long & le plus difficile à faire. ”
“ Quiconque seroit capable d’une imagination pareille, pourroit croire de même qu’il ne seroit pas impossible de voir quelque jour, à la faveur d’un tremblement de terre, un mulet parfait sortir des entrailles d’une montagne. Il s’en faut bien, ajoute Scilla, que le grand nombre de coquillages & de dents de poissons qu’on trouve dans la substance de presque toutes les montagnes, soit, comme se le persuadent Crollius & ceux qui suivent son opinion, une raison de douter qu’ils soient de véritables corps marins, ou des parties véritables de ces corps. ”
“ Ce reproche peut également convenir à la plûpart des gens de Lettres ; mais cet usage pervers de l’esprit humain n’est en effet nulle part mieux marqué, qu’en ce qui regarde l’homme même. Je sçais les progrès étonnans, que la Philosophie a faits à ce sujet depuis deux siecles. L’Anatomie presque portée à son plus haut dégré de perfection, la nature de l’ame mieux éclaircie qu’elle ne l’avoit été pendant cinq à six mille ans, sont des preuves sensibles, je ne dis pas seulement du génie, mais encore du juste discernement de nos Modernes. ”
“ Il est vrai que toutes les espèces dont les semences sont contenues dans l’universalité de la matière, peuvent s’être déjà manifestées dans la multiplicité des globes qui y sont répandus, & y exister actuellement dans une vie parfaite ; mais il est plus croyable qu’elles n’existent point toutes dans tous, & qu’il y en a encore beaucoup à espérer pour le globe de la Terre, & même pour chacun des autres. Le globe que nous habitons ne nous a encore montré vraisemblablement qu’une partie des espèces d’animaux, d’arbres & de plantes, dont l’air & la mer qui l’environnent contiennent les semences ”
“ Les descriptions qu’elles renferment de toutes les côtes que la navigation a fait connoître, des Isles qu’on a découvertes, des bas-fonds & des écueils qu’on a remarqués dans les mers, l’état circonstancié des principaux caps & ports du monde, celui de leur profondeur & de leur étendue, les plans qui en ont été dressés avec tant d’exactitude, & que la peinture ou la gravure pourroient mettre en état de faire foi dans quelques milliers d’années de la diminution de la mer & de l’accroissement des Isles & des Continens, tout cela ne passera point à une postérité fort reculée. ”
“ Extravaguer pour extravaguer, on peut extravaguer dans la Mer comme dans le Soleil ou dans la Lune. Je n’en veux pour témoins que tous les Philosophes qui nous ont suivis ou précédés : y en a-t’il un seul, qui sur le flux & reflux de l’Océan, & même sur des points beaucoup plus importans, n’ait bâti quelque sistême aussi fabuleux que celui-ci, & aussi ridicule que le vôtre ? C’est cette conformité de génie & d’idées qui m’a enhardi à jetter les yeux sur vous, Illustre Cyrano, pour être le patron & l’appui de ce fruit de mes revêries. ”
“ Les coquilles quelles qu’elles soient, sont la peau, la maison ou la défense de l’animal. Il se la forme à lui-même à proportion de son accroissement ; & il l’augmente d’un jour à l’autre par une matière gluante qui transpire de son corps. La peau d’un animal croît avec lui, l’écorce avec l’arbre, la coque avec le fruit ; mais jamais on n’a vû, même dans les matrices naturelles, de peau d’animal naître sans l’animal même, d’écorce se produire sans le tronc de l’arbre, de coque ou de peau de fruit croître indépendamment de la substance dont elles sont la défense & la couverture. ”
“ Que si en passant dans notre voisinage, les Comètes nous paroissent tenir de même une route certaine & conforme au cours de nos Planètes, c’est qu’approchant assez de notre tourbillon, elles participent au mouvement que le Soleil communique aux globes dont il est environné. Elles sont aussi aidées sans doute de l’influence des rayons de quelques autres soleils voisins, qui par la matière subtile qui en émane, forment dans les espaces dont ils sont séparés du nôtre des espèces de courans par lesquels ces Comètes font leur route entre les tourbillons en un sens plutôt qu’en un autre. ”
“ En effet d’où avons-nous appris que la Lune étoit un globe tel que le nôtre ; qu’il s’y trouvoit de même des terres & des mers, des montagnes & des vallées ; qu’il avoit comme nous un jour & une nuit réglés, de quatorze à quinze des nôtres ; que par conséquent ce globe peut être habité, peuplé de poissons dans ses mers, d’animaux sur ses terres, peut-être même d’une espèce de créatures raisonnables, ou approchante de la nôtre ou diverse ? ”
“ Ce qui se passe à la génération des animaux par les espèces, est l’image de ce que la nature seule opère en ces semences dans le sein des eaux où elles sont répandues. La génération de l’homme & de la plupart des animaux par leurs espèces, disent les plus sçavans Anatomistes, arrive de la manière suivante. Lorsque le mâle est parvenu à un certain âge, les semences de son espèce se réunissent en lui par l’air qu’il respire & par les alimens dont il se nourrit, suivant une loi générale de la nature, qui veut que chaque chose cherche à s’attacher à son espèce. ”
“ Enfin si heureusement pour les hommes le soleil s’éteint avant que notre globe s’embrase & soit entièrement privé de ses eaux, nos observations serviront à les rassurer contre l’extinction totale du genre humain ; même à leur faire espérer que dans un nouvel arrangement de la Terre en un autre tourbillon, elle pourra rencontrer une situation favorable, qui lui restituant une partie de ses eaux sans la submerger, prolongerait cette génération à des siècles fort reculés. ”
“ Quoi de plus glorieux pour elle, que d’avoir tellement formé ce monde que nous habitons, qu’en y conservant toujours à peu près le même nombre de Globes opaques & lumineux, la destruction des uns servît au renouvellement des autres, sans qu’elle fût obligée d’en produire de nouveaux ? Quoi de plus digne du Créateur, que d’avoir établi un tel ordre dans la nature de cet Univers, qu’il portât en lui-même les principes de sa vie & de sa mort ”
“ Car sur ce que je vous ai dit, Monsieur, vous devez conclure que la Terre peut perdre également ses habitans, ou par l’épuisement total des eaux de la mer, qui sont la source des pluies & des rivières nécessaires à la fertilité, ou par l’embrasement général de ses Volcans, & par conséquent de tout le globe ; ou par un affoiblissement si considérable du feu du Soleil, qu’à son extinction la mer l’ait déjà universellement recouverte. ”
“ Oui, n’en déplaise à votre Lucrèce ; ce n’est point la terre qui a engendré les montagnes, ainsi qu’il le prétend [1] : c’est la mer qui les a fabriquées dans son sein, & depuis enfantées par sa diminution. En effet si cela n’étoit pas, si les flots n’avoient égalé du moins par tout le globe le sommet de nos montagnes les plus élevées, comment dans la composition des lieux les plus exhaussés trouveroit-on les mêmes témoignages qu’elle emploie encore chaque jour dans les ouvrages auxquels elle est occupée sur ses bords ? ”
“ N’apperçoit-on pas tous les jours sur les bords de la mer ces hasards se préparer de même pour les siècles futurs ? Ne voit-on pas, lorsqu’elle découvre dans son reflux sur les côtes de l’Océan des plaines de sables ou de vase qu’elle vient d’inonder, des morceaux de pierre & des cailloux d’une couleur différente à leur substance déjà à moitié ensevelis dans ce sable ou cette vase ; & ne les perd-on pas de vûe quelques jours après par de nouvelle vase du sable nouveau qui les ont totalement couverts ? On rencontre le même ouvrage en fouillant les montagnes voisines. ”
“ Mais en supposant même la matière créée ; en supposant de même la création de l’homme & des animaux par la main de Dieu, en ce sens qu’il est l’auteur de leur production & de leur espèce ; je ne vois pas que le sel propre aux eaux de la mer soit une raison d’empêcher que les animaux dont la terre est peuplée, tirent leur origine de ceux que celle-là renferme encore aujourd’hui dans son sein. ”
“ Il n’imaginoit pas que des hommes si différens, non-seulement en couleur, mais encore en figure & en inclinations, eussent une même origine. Il observe dans un autre endroit, que quoi qu’il y ait eu des Prophètes de toutes les Nations, il n’y en a jamais eu parmi les Noirs ; ce qui marque qu’ils ont si peu d’esprit, que le don de prévoyance, effet d’une sagesse naturelle qu’on a honorée en quelques-uns du nom de prophétie, n’a jamais été le partage d’aucun d’entr’eux. ”
“ On convient aujourd’hui assez généralement, que la Religion & la Philosophie ont des droits très-distingués, & une manière de raisonner qui leur est propre à chacune ; que l’une est supérieure à la nature, dont Dieu peut renverser les loix à son gré ; & que l’autre est la science de la nature même, dont le Créateur a permis que les Loix fussent soumises à nos recherches ; que la Foi est au-dessus de la raison, & qu’au contraire la raison est le flambeau qui doit nous éclairer pour arriver à toutes les connoissances naturelles. ”
“ Ajoutez que la superficie des eaux de la mer n’est pas moins convexe que celle de la terre. Si cet état qui leur est propre autour d’un corps sphérique qui tourne sur lui-même, souffre quelques légères altérations dans une tempête qui éleve les flots en quelque endroit & qui en un autre les abaisse de quelques coudées, cette tempête n’a pas plûtôt cessé, qu’elles retournent dans leur situation naturelle. Ainsi leur élévation doit être égale par tout le globe, & leur superficie uniforme. ”
“ Ils deviendront d’abord habitables, ensuite habités, jusqu’à ce qu’ils cessent de l’être, & s’embrasent totalement. Les globes opaques ou lumineux que renferme ce vaste univers, essuieront ces alternatives cent & cent fois : ils passeront successivement d’un de ces états à l’autre, en changeant de disposition & de tourbillon. Pour être cachées à nos yeux, ces vicissitudes n’en sont pas moins certaines, ni peut-être moins fréquentes dans cette immensité de globes, à laquelle notre imagination même ne peut atteindre. ”
“ Les Plongeurs ont seulement rencontré assez fréquemment des animaux rampans ou marchans dans le fond de la mer de figure approchante de ceux qui rampent ou marchent sur la terre. Si quelques poissons se trouvoient sur leur route, ils s’éloignoient avec vîtesse, plus étonnés sans doute de voir dans les abîmes qu’ils habitoient, un prodige si nouveau, que du bruit de quelques sonnettes attachées autour de la Lanterne, que l’air faisoit mouvoir sans interruption dans sa descente & dans son retour. ”
“ Mais notre Philosophe Indien est si sérieux, qu’il n’a pas semblé possible de le faire descendre de sa gravité. Ce sont d’admirables gens que ces Indiens ! de tous les animaux sortis de la main de Dieu, il n’y en a peut-être pas de moins risibles. Il n’a pas été donné non plus à tous les Philosophes d’avoir pour Disciple une aimable Marquise. L’idée seule d’un Missionnaire glace l’imagination ; & puis, tout le monde n’a pas le talent de badiner aussi ingénieusement que l’Auteur de la Pluralité des Mondes. ”
