“ Un kakemono, où l’on voit aux pieds d’une femme, un enfant nu, couché à terre, et qui s’est enveloppé la tête de la traîne de la robe de gaze noire de la femme, en sorte que son visage apparaît teinté de la trame noire et fleuri des fleurettes du tissu transparent. Un kakemono très original. En haut, une femme qui a un poisson au bout de son hameçon dans le ciel, dans le bas, un jeune homme penché en dehors du bateau, et remplissant une coupe, dans le reflet de son buste dans l’eau, — le reflet le plus réel qu’un peintre ait jamais fait. ”
Résumé
“Outamaro”, est une œuvre de Edmond de Goncourt. Des thèmes tels que Outamaro, la planche ou Série d'impressions y sont abordés.
Citations de Outamaro (Edmond de Goncourt)
“ Dans la planche de gauche, c’est le peintre littérateur Kioden Masayoshi, — oui, le peintre lui-même portant sur sa manche son nom — s’éventant avec un éventail, où est écrit : Il est bon pour un poète, d’être un maladroit, car si ses vers avaient le talent d’ébranler le ciel et la terre, il serait vraiment bien malheureux ! C’est sur cet éventail, un Kioka, une petite poésie légère, une petite poésie ironique, moquant une poésie lyrique du septième siècle, affirmant, que le vrai poète a le pouvoir de faire trembler par ses vers le ciel et la terre. ”
“ On voit le sommeil d’une fillette évoquer une exquise dînette, qu’elle mange gourmandement ; on voit le sommeil d’une charmante jeune fille, dont le visage transparait à travers l’écran rabattu sur ses yeux, et qui rêve qu’elle est devenue une princesse, dont le norimon traverse la campagne sous l’escorte d’une nombreuse troupe de femmes de compagnie et de service ; on voit le sommeil d’une courtisane du Yoshiwara, la transporter dans un petit intérieur, où la prostituée sortie de la prostitution, se livre avec l’homme aimé, aux soins du ménage ”
“ En ces assemblages, en ces groupements de la mère et de l’enfant, où l’existence des deux êtres n’est, pour ainsi dire, pas encore complètement séparée, et où, des entrailles de la mère, la vie de l’enfant semble être passée sur ses genoux, sur ses épaules, une des planches les plus heureuses est celle-ci : une mère a son enfant sur son dos, penché en avant par-dessus son épaule, et tous deux se regardent dans l’eau du creux d’un tronc d’arbre, et leurs deux figures paraissent se réunir, se rapprocher, s’embrasser presque, dans le reflètement de ce miroir de nature. ”
“ Maintenant, n’importe l’endroit, où la mort interrompra cette histoire, j’aurais au dos de la couverture de mon premier volume, par cette simple liste de cinq peintres, de deux laqueurs, d’un ciseleur du fer, d’un sculpteur en bois, d’un sculpteur en ivoire, d’un bronzier [2] , d’un brodeur, d’un potier, j’aurais indiqué le moyen et la méthode de raconter à l’Occident, en ses diverses et multiples manifestations, l’art du Japon, le seul pays de la terre, où l’art industriel touche presque toujours au grand Art. ”
“ Au commencement, c’est l’École boudhique, une école sortie des hauts plateaux de l’Asie, de l’Inde savante, et qui apporte avec la religion de Cakya Mouni, sa peinture à la Chine, au Japon, à tout l’Extrême-Orient : peinture représentant l’être humain dans une espèce d’immobilité sacrée, évitant de lui donner la ressemblance, se refusant à en faire un portrait, figurant sa face d’après un rituel d’art, avec des abréviations systématiques, — et de la réalité de sa personne, ne reproduisant que le détail et la richesse de ses vêtements. ”
“ Mais nous voici descendus tout en bas de la prostitution, là, où descend bien rarement le pinceau d’un peintre japonais. Sur la porte d’une maison de thé, des courtisanes regardent, comme avec une curiosité dégoûtée, de hideuses vieilles femmes, couvertes de haillons, des aïeules raccrochant dans la rue, près des entrepôts de bois, et se livrant à la façon de nos pierreuses, en plein air, à côté de chiens montés les uns sur les autres. ”
“ L’artiste n’a plus l’attention de séduire par cette gentillesse idéale, dont il revêtait la femme, il s’efforce, par la présence de ces « vilains hommes », de flatter le public d’alors, plus amoureux, dans l’image, de la drôlerie que de la beauté réelle, — du public d’alors, dont le goût est comparé par Hayashi, au goût de certains collectionneurs d’ivoires modernes de Yokohama qui, dit-il, « préfèrent la grimace à l’art. » ”
“ La Japonaise apparaît se dorant les lèvres ; s’enlevant le duvet de la figure avec le rasoir du pays ; faisant des deux mains le nœud de sa ceinture, portée derrière quand elle est une femme honnête, portée devant quand elle est une courtisane, — faisant ce nœud, en retenant parfois avec son menton contre son cou, quelque roman illustré de là-bas ; pliant des soieries, un coin de l’étoffe dans sa bouche, aimant à mordiller ”
“ L’Europe a des idées très fausses sur la prostitution japonaise, du moins sur la prostitution remontant au siècle dernier et aux premières années du siècle actuel. Les cinquante Maisons Vertes du Yoshiwara, et les centaines hors l’enceinte, devaient surtout leur fastueuse existence, leur splendeur, non à la population riche de Yédo, non aux étrangers, mais aux ambassadeurs, aux chargés d’affaires provinciales, commerciales, des trois cent soixante princes accrédités, près du Shogun, et qui vivaient dans sa capitale sans leur famille. ”
“ Ces impressions, dont la tête est toujours représentée avec ce hiératisme qui fait toutes les têtes à peu près semblables, mais avec ces fins sourcils arqués, une des beautés de la femme les plus appréciées au Japon, ont pour nous seulement l’intérêt du morceau de robe qui couvre les épaules, la poitrine de ces femmes, l’intérêt de l’éventail ou de l’écran qu’elles tiennent au bout des doigts. ”
“ XVIII L’étrange, l’invraisemblable, l’incroyable chez ce dessinateur, ce dessinateur idéaliste de la femme, c’est, quand il le veut, il se fait le dessinateur le plus exact, le plus rigoureux, le plus photographique, de l’oiseau, du reptile, de la coquille, oui, de la toute petite coquille, c’est quand il le veut, l’illustrateur le plus soucieux en même temps que le plus artistique de l’histoire naturelle qui soit. ”
“ Dans mon premier travail, j’avais cru cette impression composée seulement de trois impressions, parce que c’est l’état où on la trouve d’ordinaire, mais elle en a cinq. La quatrième planche représente une femme soulevant sous les bras, pour le mettre sur ses pieds, un jeune Japonais tout ensommeillé, qu’il est l’heure de mettre à la porte, et dont la main lâche cherche à attacher son sabre à sa ceinture. La cinquième planche représente le réveil d’un vieillard, si drolatique dans ses contorsions et son étirement ridicule, qu’une femme se sauve en riant. ”
“ IV À ses débuts, Outamaro se singularisa par une originalité. C’était l’habitude des artistes de ce temps, de faire un peu leur popularité avec la popularité des acteurs qu’ils représentaient, et en ce pays, où les vieux, les jeunes, les hommes, les femmes étaient et sont encore fanatiques des célébrités théâtrales, de mettre à profit, pour leur nom, la vogue d’un tel ou d’un tel. Outamaro se refusa à dessiner des comédiens, disant fièrement : « Je ne veux pas briller à la faveur des acteurs, je veux fonder une école qui ne doive rien qu’au talent du peintre ». ”
“ Et c’est ce jour-là, dit l’auteur des Maisons Vertes, que homme sans usage qui réclame une seconde baguette à manger, quand on lui offre des baguettes qui s’ouvrent en deux, qui demande qu’on lui serve quelque chose de meilleur, quand on lui sert un arami (poisson à os tendres) ... que l’homme répugnant, que l’homme antipathique peut gagner par son cadeau, le cœur de la courtisane... Et Jipensha-Ikkou ajoute : Dans ce monde, il faut essentiellement s’occuper de l’éclat extérieur de votre amie. Soyez généreux pour la dépense, et ne négligez aucune attention. ”
“ Intérieur d’un daimio où une société de femmes s’amuse à regarder danser un jeune prince en robe noire, en pantalon-jupe violet, l’éventail abaissé sur la hanche. Impression tryptique. Un bateau plat que fait glisser sur l’eau, un homme pesant sur un long bambou. Au milieu, un daimio, un faucon sur le poing, et entouré de femmes dont l’une se retourne pour embrasser son enfant qu’elle a sur le dos. ”
“ La feuille de gauche représente une femme nue, le bas du corps voilé d’un lambeau d’étoffe rouge, coulée au bord de la berge, une jambe déjà dans la mer, avec un frissonnement dans le corps appuyé sur ses deux mains rejetées derrière elle, et avec la rétractation en l’air d’un pied qui semble se reprendre à deux fois, pour entrer décidément dans l’eau. Au-dessus de sa tête, est penchée une seconde pêcheuse, qui lui montre de son bras étendu, quelque chose dans l’abîme. ”
“ Or donc, lorsque le professeur se présente pour la seconde fois, il est habillé de ses vêtements de lit, comprenant une casaque de crêpe rouge, surmontée d’une robe de nuit de satin violet, ornée de pivoines et de lions [35] brodés avec des fils d’or. Il laisse tomber en arrière ses noirs cheveux, capables d’enchaîner le cœur de mille hommes, et permet d’apercevoir un corps dont la blancheur mortifierait la neige elle-même. Sa figure, au sourire de prunier, est semblable aux fleurs de poirier, émaillées de gouttes de pluie. ”
“ Un kakemono tout à fait supérieur, c’est celui d’Outamaro, que M. Bing a exposé aux Beaux-Arts. Il représente, dans un gracieux contournement du corps, une femme attachant, de ses deux bras levés en l’air, une moustiquaire, au-dessus d’un enfant, étendu le dos à terre, les jambes en l’air : Sur le joli ton gris du papier de Chine de la composition, se détache le vert de la moustiquaire, un rien de rouge du tablier de l’enfant nu, le noir puissant de la ceinture de la femme, une ceinture laquée, où s’enlèvent des branches de fougère brillantées sur le mat du fond de l’étoffe. ”
“ C’est une grande composition en largeur, dans laquelle, au-devant d’une baie ouverte de terrasse, où monte la tige verte d’un arbuste, est couché sur un banc, un homme dont la figure qui fait face, est cachée par une femme vue de dos, l’embrassant sur la bouche, et ne laissant voir du visage de l’homme qu’un peu de joue, et un morceau de menton, que sa main a pris, et autour duquel elle tourne dans un empoignement passionné. ”
“ Dans cette série, signalons une planche qui a un grand caractère en ce pays de l’eau : c’est la basse prostitution de la rivière et du fleuve, figurée dans la nuit du ciel, dans la nuit du paysage, dans la nuit de l’eau morte, par une longue femme noire aux pieds nus, une femme immobilisée toute droite, et qui se détache, dans les ténèbres, sur la blancheur d’une barque au toit de roseau. En ce livre sur le Yoshiwara, Toyokouni, souvent l’égal d’Outamaro dans ses planches tryptiques, est battu par son rival. ”
“ Pour la représentation d’Outamaro, nous avons mieux que des planches problématiques, nous avons la douzième impression de la série des Tableaux de quarante-sept ronins représentés par les plus belles femmes, qui nous montre, dans la nuit d’un jardin du Yoshiwara, un homme au milieu de courtisanes, rendant une tasse de saké vide, à une femme penchée au-dessus de lui. Et sur le pilastre, au pied duquel l’homme est assis, est gravé : « Sur une demande, Outamaro a peint lui-même son élégant visage. » ”
“ Les souhaits de bonne année aux femmes d’une Maison Verte, adressés derrière un paravent — par les manzaï, ces joyeux danseurs aux vêtements historiés de cigognes et de branches de pin : les deux emblèmes de la longévité, — et qui, le premier Jour de l’An, parcourent les rues, traversent les maisons, en criant : manzaï manzaï, ce qui veut dire : souhaits de dix mille années de vie. ”
“ Cet Outamaro, qui dans sa série fantastique et tout à fait inférieur à Hokousaï, et qui n’a rien de pareil aux cinq têtes terrifiques de ce maître, possède le fantastique dans l’érotisme. Et voici ce que représente cette planche : une divinité marine, violée sous l’eau par des monstres amphibies au milieu de la curiosité de petits poissons cherchant à se glisser avec les monstres, tandis qu’accroupie sur le rivage d’un îlot, une jeune fille, une pêcheuse demi nue, regarde l’étrange et trouble spectacle de l’abîme, toute molle, toute ouverte à la tentation. ”
“ Le ciel et la terre, à la suite de cette retraite de la déesse, avaient été plongés dans les ténèbres, que les dieux les plus méchants avaient rempli d’un bourdonnement, qui avait amené une épouvante générale.Ce fut alors que tous les dieux, assemblés dans le lit desséché de la rivière Amenoyasou (rivière de la paix du ciel) tinrent un conseil pour apaiser la déesse, et tirant du fer des mines célestes, le dieu Itchi Koridomé, assisté du divin forgeron Amatsoumoré, réussit à forger un miroir immense et parfait, représentant l’auguste divinité d’Isé. ”
“ XXI Outamaro n’est pas seulement regardé au Japon, comme le fondateur de l’École de la vie, n’est pas seulement considéré comme un admirable dessinateur d’oiseaux, de poissons, d’insectes, il est admiré comme un des grands maîtres de la peinture du printemps : peinture qui, au Japon ne veut pas seulement dire la peinture du renouveau de la terre, mais ce que nous qualifions en Europe de « peinture légère. » ”
“ Entre toutes ces planches, une planche merveilleuse de réalité, est celle où une mère japonaise fait faire pipi à son enfant, les deux mains de la mère soutenant les mollets des deux jambes écartées du petit, pendant que dans un geste habituel à l’enfance, les deux menottes du bambin jouent distraitement au-dessus de ses yeux. ”
“ Le taïkomati était une espèce d’homme de compagnie amusant, de cornac drôlatique, de cicérone élégant de la prostitution, prié ainsi que la guesha, au salon des noces, par l’invitation de la maison de thé, et chargé d’apporter de la gaîté dans la réunion. Ces taïkomati étaient, disent les Japonais, des hommes très intelligents, très spirituels, au courant de tout ce qui se passait à Yédo. Et des hommes d’un caractère à ne pouvoir jamais se fâcher avec eux. ”
“ Mais dans cette grandeur, la perfection de l’impression est admirable, et le gaufrage, cette chose si peu artistique chez nous, si artistique chez eux, mettant le blanc relief d’un chrysanthème ou d’un pétale de cerisier, sur une robe bleue ou mauve, le blanc relief d’un entrelac dans une bordure, joue le trompe-l’œil d’un échantillon d’une robe de là-bas avec le ressaut de sa broderie [16] . ”
“ Dans cette impression en couleur, les femmes sont plus petites, plus mignonnes, d’une sveltesse toute gracile, et avec la délicatesse maigre de leur corps sous leur épaisse chevelure noire mouillée, elles ont dans l’eau quelque chose de la fluidité vague des apparitions chevelues, sous lesquelles les Japonais représentent les âmes mortes, revenant sur la terre. ”
“ Un interminable défilé de femmes à pied et à cheval, escortant une des leurs, dans une litière ressemblant à une châsse : toutes ces femmes coiffées d’étranges chapeaux verts pointus, et habillées d’harmonieuses robes, où le bleu, le vert, le mauve, le jaune, rappellent la décoration des porcelaines chinoises de la famille verte, — colorations qui ont eu une si grande influence sur l’aquarelle des maîtres japonais, antérieurs à Outamaro. ”
“ Parmi ces impressions consacrées à la maternité, il est une série, où le peintre nous fait voir, gambadant au-dessus de la tête de leurs mères, de gros enfants, aux bras et aux jambes engorgés, avec des plis de graisse aux jarrets et aux poignets, et qui apparaissent dans leur pléthorique nudité, habillés seulement d’un petit tablier, tels qu’on rêverait les enfants de leurs tripotents lutteurs. ”
“ VIII C’est que pour ses robes, la Japonaise a le goût des colorations de nature les plus distinguées, les plus artiste, les plus éloignées du goût, que l’Europe a pour les couleurs franches. Les blancs que la Japonaise veut sur la soie qu’elle porte, sont : le blanc d’aubergine (blanc verdâtre) , blanc ventre de poisson (blanc d’argent) ; les roses sont : la neige rosée (rose pâle) , la neige fleur de pêcher (rose clair) ; les bleus sont : la neige bleuâtre (bleu clair) , le noir du ciel (bleu foncé) , la lune fleur de pêcher (bleu rose) ”
“ La cinquième planche représente le matin de la nuit passée dans la Maison Verte. Nettoyage de la maison, préparation d’une tasse de thé, pendant qu’en dépit du bonheur intérieur que lui prête le livre, l’ami sérieux, assis sur le bord d’une baie vitrée de papier, regarde mélancoliquement le paysage neigeux, en se brossant les dents. ”
“ M. Hayashi possèderait au Japon un de ces rouleaux érotiques, d’une hauteur de trente-cinq centimètres sur une largeur de cinq mètres, à peine teinté sur papier écru de la Chine, et ressemblant assez à de certaines impressions de Shunman : des grisailles dans une tonalité légèrement mauve, avec des riens de colorations discrètes, çà et là, et comprenant neuf scènes d’une exécution admirable. ”
“ « Ce qui est payé aux hommes n’est pas perdu, mais ce qu’on laisse dans la rivière, ne porte pas d’intérêt. » En ce petit livre, il y a déjà un rendu spirituel des attitudes et des mouvements de grâce de la femme, et dans une composition représentant une lutte d’hommes et de femmes, commence à se montrer, chez l’artiste, une certaine connaissance des formes anatomiques. Le succès de ces petits livres imprimés en noir, amenait les éditeurs à lancer dans le public des séries d’un format plus grand, d’une exécution plus soignée, et où, tous les ans, le talent d’Outamaro grandit. ”
“ Une planche que ne décrit pas Jipensha-Ikkou, est une planche, où la sortie de la maîtresse de maison, sans doute pour une excursion dans la campagne, pendant la saison de la floraison des cerisiers ou des chrysanthèmes, amène un cache-cache formidable, dans lequel des femmes qui fuient la main qui va les saisir, tombent à plat ventre. ”
“ La peinture d’un Ho-ô (oiseau fabuleux) dans une Maison Verte. Dans l’admiration enfantine de femmes, dont l’une pour voir de plus près, est à quatre pattes sur le plancher, un peintre est en train de peindre sur tout un panneau d’un mur de la salle de l’exposition des courtisanes, un gigantesque Ho-ô — un peintre qui, par ses habitudes, pourrait bien vraisemblablement être Outamaro [22] . Aux temps, où a paru le livre des Maisons Vertes, les femmes se livrant à la prostitution dans le Yoshiwara, se divisaient en quatre classes. ”
“ Et en ce pays, où les tons éclatants des vêtements sont réservés aux enfants, quand Outamaro est amené à faire riches ses robes, ce merveilleux couturier apporte un soin, un art à éviter l’éclat criard, le voyant canaille. Quand il décore une robe foncée de papillons, au lieu de papillons vivement colorés, il y peint des papillons fauves, jaunâtres, s’harmonisant avec le fond ; quand il la décore de pivoines, il ne les choisit jamais d’un seul ton, et atténue leur blancheur par une teinte purpurine ”
“ OUTAMARO I Le peintre japonais, ayant comme nom de famille Kitagawa ; comme nom d’intimité Yousouké ; comme noms d’élève d’atelier, d’abord Nobou-Yoshi, puis Mourasakiya [1] ; — c’est une habitude des artistes japonais d’abandonner leur nom de famille pour prendre un nom de fantaisie — enfin comme nom de peintre sorti de l’atelier, et travaillant d’après sa propre inspiration, le nom d’Outamaro, est né, d’après des recherches récentes, en 1754, à Kawagoyé, dans la province de Mousashi, et non à Yédo ; ”
“ III La première connaissance que fit le public japonais du talent d’Outamaro, ce fut dans l’illustration de romans populaires, dans l’illustration de ces livres de petit format, à la couverture jaune, au tirage en noir, au papier commun, à l’impression un peu à la diable, et qui s’appellent au Japon, Kibiôshi, livres jaunes, tirant leur nom de la couleur de leurs couvertures : — publications à bon marché, et d’une grande vente, auxquelles l’artiste travailla depuis le jour de ses débuts, en 1783, jusqu’en 1790. ”
“ Zenseï Tagû-no-Kurabé, Réunion de femmes en grand épanouissement de beauté, les femmes, toutes longues qu’elles sont, dans l’amplitude, l’engoncement, l’ondoiement des robes, dans la somptuosité écrasante des étoffes, dans la surcharge des dessins et des broderies, n’ont plus la distinction élancée des femmes d’Outamaro ”
“ Il n’y a guère qu’un peintre, il n’y a guère qu’Outamaro, qui raconte avec du dessin et de la couleur, la vie privée de jour et de nuit de ces femmes, — et fait curieux ! — le peintre rival d’Outamaro, le peintre dont les longues et sveltes figures de Japonaises vous laissent parfois incertain dans l’attribution, et vous font chercher la signature, oui, Toyokouni a publié un livre sur les Maisons Vertes. ”
“ XXIII Parfois Outamaro abandonne la représentation de la vie réelle, et se laisse aller à des imaginations charmantes dans le chimérique. On connaît de lui une série d’une douzaine de planches, intitulée : Les bons rêves : c’est autant de gagné, où derrière la tête de l’homme ou de la femme qui dort, il montre, dans le lointain de la planche, il montre en action, le rêve qu’ils font. ”
“ XXV Parmi les peintres contemporains, en dehors de Toyokouni, qui a été le rival et le concurrent d’Outamaro, et qui, dans ses compositions a eu le même objectif de grâce, il est un autre maître, avec lequel parfois Outamaro a la plus grande parenté, et dans les impressions duquel il faut quelquefois, au meilleur connaisseur des estampes japonaises, chercher la signature, pour être bien sûr que l’image n’est pas du fondateur de l’École de la vie. ”
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