“ À cette époque, un tourbillon rimé flottait dans le cerveau de notre poëte. Il parcourait, comme l’abeille, le vaste champ de la littérature et goûtait à toutes les fleurs. Tour à tour il passa de la comédie à la ballade, de la ballade à l’idylle, de l’idylle au dithyrambe, du dithyrambe à l’ode, et de l’ode au poëme épique, jusqu’au jour où il alla définitivement s’asseoir sur le trône de la chanson [3] . Presque toujours le hasard seul décide du genre dans lequel un homme de génie trouve son illustration. ”
Résumé
“Béranger”, est une œuvre de Eugène de Mirecourt. Des thèmes tels que Béranger, chansonnier ou poëte y sont abordés.
Citations de Béranger (Eugène de Mirecourt)
“ Béranger, personne ne l’ignore, est la bonté même. Un malheureux n’a jamais frappé à sa porte sans être accueilli ; mais plus d’une fois on l’a rendu victime de sa bienveillance. Un homme de lettres, obscur encore, et dont le talent pouvait grandir, poussé un jour par la misère, commit un acte d’indélicatesse assez grave pour se voir exposé à la flétrissure des tribunaux. Le poëte lui tendit la main au bord de cet abîme, le sauva de la prison et lui ouvrit sa bourse, afin de le détourner à l’avenir de toute pensée coupable. ”
“ M. de Sainte-Beuve, avec sa ruse et sa finesse habituelles, accuse notre chansonnier de n’être qu’un reflet de La Fontaine et de Molière. Certes, l’étude peut et doit amener la révélation d’un talent comme celui de Béranger ; mais ce talent ne procède que de lui-même, n’en déplaise à M. de Sainte-Beuve. S’il n’a pas eu l’idée sournoise que nous lui attribuons, il nous donne au moins, par sa phrase ambiguë, le droit de le supposer. M. de Sainte-Beuve sait à merveille qu’en lisant Molière on ne trouve pas le théâtre d’une accablante difficulté. ”
“ Ces deux derniers vers seront dans la bouche de nos petits-enfants, toutes les fois qu’ils parleront de Béranger. Nous leur apprendrons, ô vieux patriarche ! que chez toi la bonté s’alliait au génie et que tu as toujours marché modestement dans le chemin de la gloire. Va, sois sans crainte, ta renommée ne peut périr ! Si la moralité rigoureuse n’absout pas entièrement tes chansons, du moins aurait-elle tort de s’effaroucher outre mesure. Nous ne condamnerons pas ta douce philosophie, puisqu’elle a fait ton bonheur et le bonheur de ceux que tu as aimés. ”
“ Notre poëte saluait le talent toutes les fois qu’il le voyait surgir à l’horizon des lettres, sans demander s’il conservait les vieilles formes pour langes ou s’il affranchissait son berceau. Lorsque Chateaubriand publia le Génie du Christianisme, le rimeur impie fut un des premiers à applaudir. Quand les Harmonies de Lamartine virent le jour, Béranger s’écria : « Un poëte nous est né ! » Enfin, à l’apparition des Odes et Ballades, on le trouva partisan de Victor Hugo. « C’est un lion, disait-il : qu’on laisse croître ses ongles, et le troupeau classique sera dévoré. » ”
“ Un peuple en deuil vous fait cortège en route ; Du pauvre, moi, j’attends le corbillard. En vain on court où votre étoile tombe ; Qu’importe alors votre gite ou le mien ? La différence est toujours une tombe. En me créant Dieu m’a dit : Ne sois rien. Le Béranger d’alors est absolument le Béranger d’aujourd’hui. Son caractère et ses résolutions n’ont pas dévié d’une ligne. C’est un sage des anciens jours. Après la mort de Manuel, son plus cher et son plus constant ami, le poëte quitta la rue des Martyrs et se retira dans un petit logement de la rue de la Tour-d’Auvergne. ”
“ Nos lecteurs trouveront peut-être que, dans cette biographie, nous avons consacré trop peu de lignes à l’appréciation des œuvres de Béranger. Quand le soleil luit, on regarde le soleil, on se chauffe à ses rayons, et l’on ne cherche pas à expliquer ni son éclat ni sa chaleur. Au point où en est la gloire littéraire du chansonnier, c’est un astre que les aveugles seuls peuvent se plaindre de ne pas voir. Quelqu’un s’avisera-t-il de prouver aujourd’hui que Pindare, Horace, Molière et la Fontaine sont de grands poëtes ? ”
“ Il répète à qui veut l’entendre que Béranger n’est qu’un faux bonhomme. La médiocrité se blesse toujours en se frottant au génie. — Ah çà ! disait un soir quelqu’un chez Béranger, on n’entend plus parler de l’auteur d’Arbogaste. Est-ce qu’il est mort ? — Par exemple ! y songez-vous ? répondit le poëte. Quand Viennet mourra, on le saura bien, puisqu’il est immortel. Il n’y a, certes, aucune raison pour que l’esprit et la bonhomie ne soient pas frère et sœur. Béranger n’a jamais été jaloux de personne. ”
“ Sans l’hospitalité de madame de la Sablière et sans le calme heureux dont il put enfin jouir chez sa protectrice, jamais La Fontaine n’eût écrit ses fables. Sans les troubles politiques, sans la misère et sans Lisette, Béranger n’aurait pas composé ses chansons. Prétendre que ces trois grands hommes ne seraient pas devenus célèbres si les circonstances eussent autrement dirigé leurs travaux serait dire une véritable sottise. Le génie est comme un foyer de lumière : il illumine tout ce qu’on expose à sa clarté. ”
“ Un soir, mademoiselle Déjazet, au retour d’une promenade au bois de Boulogne, passait, sans le savoir, devant la porte du poëte. — C’est ici que demeure Béranger, dit la personne qui se trouvait avec elle. — Béranger ! murmura l’actrice tout émue ; vous avez dit Béranger ? — Sans doute. Vous devez le connaître ? — Je ne l’ai vu qu’une seule fois, chez Perrotin... il y a bien longtemps. Comprenez-vous cela ? moi, Frétillon, je connais à peine Béranger. ”
“ Souffrez que je la ménage. Le poëte est mort, l’homme se repose... Adieu ! » Il ajoute dans une de ses préfaces : « Jusqu’à présent, je n’ai eu qu’à me louer de la jeunesse ; je n’attendrai pas qu’elle me crie : Arrière, bonhomme ! laisse-nous passer ! » On ne peut sans injustice blâmer le soin que Béranger prend de sa gloire. Il lui était facile de battre monnaie avec sa renommée ; les éditeurs eussent couvert d’or un de ses manuscrits. Mais il sentait que ses deux muses, la muse politique et la muse égrillarde, avaient rempli leur mission. ”
“ Nous avons vu, de nos jours, beaucoup trop de gens descendre de leur gloire, en essayant de gravir l’échelle politique. Après tout, l’orgueil qui refuse est plus respectable que l’orgueil qui demande. On est venu vingt fois proposer à Béranger le trône académique, vingt fois il a répondu qu’il n’en voulait pas. Ceci n’est plus de l’orgueil, c’est de la finesse. Les humiliations de Balzac et les déboires de Victor Hugo lui donnaient à réfléchir. ”
“ Journaliste sans vergogne, écrivain sans âme et sans conscience, il ne put supporter le triomphe d’un poëte qu’il regardait comme son ennemi politique. Le lendemain il jeta sa bave sur le nom de Béranger, criant tout haut que l’auteur du Dieu des bonnes gens entraînait le peuple à des associations dangereuses. ”
“ Une science a des principes fixes, mathématiques, immuables, et la médecine n’a jamais été, depuis Esculape, qu’une tour de Babel, où les systèmes s’embrouillent et se confondent comme autrefois les langues. Un praticien purge, l’autre saigne ; la sangsue est ennemie du séné ; l’hydropathe et l’homœopathe se prennent à la gorge, et la sotte espèce humaine a confiance ! Revenons à la jeunesse du poëte. À cette époque, les hommes du pouvoir menaçaient déjà de persécuter les prêtres et de fermer les églises. Béranger fit sa première communion à onze ans et demi. ”
“ Malheureusement Lucien encourut presque aussitôt la disgrâce de son frère, qui venait de se couronner du diadème impérial. Il partit pour l’Italie. Béranger se croyait déshérité de toutes ses espérances ; mais il reçut la lettre suivante, datée de Rome : « Je vous prie d’accepter mon traitement de l’Institut, et je ne doute pas que, si vous continuez de cultiver votre talent par le travail, vous ne soyez un des ornements de notre Parnasse. Soignez surtout le rythme ; ne cessez pas d’être hardi, mais soyez plus élégant. » ”
“ Mais, si Béranger ne se montrait pas, le peuple songeait à lui. Son buste, couronné sur tous les théâtres de la capitale, fut salué par des cris d’amour. Jamais on ne vit plus éclatant triomphe. Nos provinces firent écho, et la France n’eut qu’une voix pour applaudir le père de la révolution. ”
“ « Il y a douze ans, mon cher Perrotin, que je vous cédai toutes mes chansons faites ou à faire pour une modique rente viagère de 800 fr. Le public m’ayant conservé toute sa bienveillance, de vous-même alors, et à plusieurs reprises, vous avez augmenté cette rente que ma signature vous donnait le droit de laisser à son premier chiffre. Bien plus, vous n’avez cessé de me prodiguer les soins dispendieux, les attentions délicates d’un dévouement que je puis appeler filial, etc. » Ces phrases n’ont pas besoin de commentaires : écrites par Béranger, elles font à tout jamais la gloire d’un homme. ”
“ Il est frais, robuste, vert et plein de santé comme un jeune homme. Son estomac fait honte à nos pauvres estomacs débiles. Quand on le voit courir Paris à pied d’un bout à l’autre, on lui donnerait un demi-siècle de moins. Le chansonnier va rendre visite à ses vieux amis ; il les a conservés tous, du moins ceux dont ne l’a pas séparé la mort. C’est aujourd’hui surtout qu’il peut dire : Et, bonne vieille, au coin d’un feu paisible, De votre ami répétez les chansons. Mais Béranger reste pour les entendre. Dieu merci, tous ses couplets n’ont pas été prophétiques. ”
“ « Hier M. de Chateaubriand a reçu sa démission. Il a quitté son hôtel de ministre et s’est rendu à sa maison de la rue d’Enfer. Là, il s’est habillé en jeune homme, ce vieillard ; il a mis une redingote légère, a pris une badine à la main et s’est rendu au no 21 de la rue des Martyrs. L’auteur du Génie du Christianisme allait voir l’auteur du Bon Dieu. » ”
“ Oh ! que la jeunesse est une belle chose, puisqu’elle peut répandre du charme jusque sur la vieillesse, cet âge si déshérité et si pauvre ! Employez bien ce qui vous en reste, ma chère amie. Aimez et laissez-vous aimer. ”
“ Sous peine de perdre tout son charme, la pièce des Hermaphrodites exigeait une représentation immédiate. N’ayant pas réussi à la faire jouer sous le Directoire, Béranger la condamna au feu, comme plus tard, dans un jour de dépit, il brûla tout un volume dont la censure n’autorisait pas la dédicace. Il est permis aux riches de prodiguer leur fortune. ”
“ Ce n’est pas la tante de Béranger qui l’a fait républicain ; mais le républicain lui doit d’être resté toujours honnête homme. L’imprimeur de Péronne [1] , découvrant chez son jeune compositeur une intelligence rare et une passion réelle à chercher tout ce qui pouvait l’instruire, le prit en affection, dirigea ses lectures, acheva de le fortifier dans l’étude de la langue, et lui donna moyen de compléter son éducation par ses travaux mêmes. En composant une édition d’André Chénier, Béranger s’essaya pour la première fois dans l’art des vers. ”
“ Galotti croyait trouver chez nous un asile inviolable. Eh bien, non ! La France n’est plus le pays de l’honneur et de l’hospitalité politique. Nos indignes ministres ont renvoyé Galotti, pieds et poings liés, à son gouvernement. — C’est impossible ! — N’est-ce pas ? Je disais comme vous : « C’est impossible ! » Mais l’infamie est trop évidente, les nouvelles de Naples sont authentiques. Voici ce que j’insère demain dans l’Album. Béranger prit une épreuve que Fontan lui présentait. — Lisez ! dit le journaliste. ”
“ La science s’en réjouit : elle sait maintenant jusqu’où la peau d’un mortel peut s’étendre. Resterons-nous indifférents devant un aussi beau travail de la nature ? Non ! Alors, nous dînerons samedi prochain, 28 juillet, chez la mère Saguet. ”
“ Mais non, tu n’as pas de secrets, ô poëte ! Ta vie est un beau rayon qui ne s’est jamais caché sous l’ombre de l’hypocrisie et du mystère. On connaît ton histoire, et nous n’apprendrons rien à personne. Seulement, cette histoire est comme tes chansons : plus on la répète, plus on l’aime. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Pierre-Jean de Béranger est né à Paris, le 17 août 1780, dans une maison de la rue Montorgueil, no 50, où son grand-père exerçait la profession de tailleur. ”
“ Il eut d’autant plus à se féliciter de sa conduite, qu’il fut, dans la même journée, rassuré sur le sort de sa créance, qui lui fut religieusement payée, sans l’intervention d’aucun ami officieux. ↑ Madame Judith Allard. ↑ Tout le monde connaît l’admirable conduite de cet éditeur, qui eut, après les frères Beaudoin, l’exploitation des œuvres du poëte. C’est un de ces hommes loyaux et probes qui ne s’en tiennent pas aux clauses tyranniques des traités, et qui partagent toujours avec un auteur la fortune qu’ils doivent à son génie. ”
“ Les rédacteurs de la Quotidienne attribuèrent une de ses chansons politiques à M. Béranger, auteur de la Morale en action et du Recueil amusant des Voyages. Inspecteur de l’Université, celui-ci pouvait perdre sa place. Notre chansonnier réclama toute la responsabilité de l’œuvre, la Quotidienne fit la sourde oreille et n’inséra point ses lettres. Ce fut à partir de ce jour qu’il signa J.-P. de Béranger, pour ne plus être confondu avec personne. ”
“ Pour la seconde, elle commençait à vieillir, et ce n’était plus l’heure de chanter Suzon, Lisette et Jeanneton. Béranger sut échapper encore à un autre écueil. Tous ses amis montaient au pouvoir. L’ambition venait frapper à sa porte, en lui apportant la carte des nouveaux ministres ; mais le poëte lui cria, comme autrefois à la fortune : « Passe ton chemin, je n’ouvre pas ! » Non, mes amis, non, je ne veux rien être ”
“ Pendant quelques mois encore il resta près de sa tante à l’aider dans le soin de son auberge, puis il entra à l’Institut patriotique, fondé à Péronne par un membre de l’Assemblée législative, Ballue de Bellanglise, grand citoyen qui essayait de propager au sein des écoles les doctrines révolutionnaires. Il ne voulait pas qu’on apprît le grec et le latin aux élèves. Chaque article du programme de la classe tendait à initier ces pauvres enfants aux manœuvres des clubs. On leur faisait écrire et débiter des harangues ”
“ Aujourd’hui il demeure à Beaujon, dans une pension bourgeoise, avenue Chateaubriand. ↑ Naturellement timide, il craint toujours d’être reconnu ; les curiosités indiscrètes l’embarrassent. ↑ On nous assure qu’il s’est repenti d’avoir brûlé ses révélations sur les hommes de son siècle. On lui aurait fait comprendre que la vérité est une dette que tout homme célèbre doit à l’histoire de son pays, et Perrotin, dit-on, a deux manuscrits entre les mains, prêts à être publiés quand le poète aura fermé les yeux. L’un est un manuscrit de vers inédits ; l’autre contiendrait les Mémoires de Béranger. ”
“ La médiocrité se venge du talent comme elle peut. Béranger savait que l’auteur des Orientales, se fiant un jour à de semblables promesses, avait été supplanté par M. Dupaty. Le candidat vainqueur était venu, le soir même, rendre visite au candidat vaincu. Comme la porte de Victor Hugo refusait de s’ouvrir, le nouvel académicien avait écrit sur sa carte les rimes suivantes : Avant vous je monte à l’autel ”
“ Béranger fit comme ses collègues. ↑ Désaugiers fit à l’auteur du Roi d’Yvetot l’accueil le plus aimable ; mais Armand Gouffé n’imita point cet exemple. Il voyait avec déplaisir le succès du nouveau chansonnier. Timide comme un enfant, Béranger ne se mit pas d’abord à l’unisson du Caveau ; ses couplets parurent médiocres ; mais bientôt il s’aguerrit et surpassa tous les autres. ↑ Nom qu’il donnait aux censeurs dans ses couplets. ”
Termes fréquents
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