Pierre Véron

Résumé

Pierre Véron Les araignées de mon plafond (1880)

Et d'abord l'absinthe n'est pas le seul breuvage funeste à la santé publique.
Que, demain, la loi réclamée par les pétitionnaires soit votée, les débitants auront tôt fait d'inventer un autre produit auquel ils donneront n'importe quel nom.
Ce n'est pas le goût de l'absinthe que recherche le buveur : c'est la surexcitation maladive qu'elle engendre.
Alfred de Musset, qui avait malheureusement des motifs pour être expert en ces tristes matières, s'est écrié jadis :
Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse !
Source : Gallica

Pierre Véron Les araignées de mon plafond (1880)

Mais la vérité m'oblige à constater que le bénisseur a moins de succès que le décourageur, son antipode.
Comme on sait qu'il décerne des éloges à tout le monde, on finit par le dédaigner. Et puis on lui en veut plus des applaudissements qu'il a colportés chez le voisin qu'on ne lui est reconnaissant de ceux dont il vous accable.
Le décourageur, au contraire, se fait craindre.
Excellent moyen. De même qu'un rayon de soleil, même blafard, paraît enchanteur dans un pays de brumes, de même le moindre mot
aimable ravit, dans la bouche de celui qui n'a d'ordinaire que sarcasmes et boutades.
Source : Gallica

Pierre Véron Les araignées de mon plafond (1880)

Avec la pluie, c'est le spleen compliqué de moisissure. Savez-vous rien d'horrible, de navrant, d'abrutissant, de pétrifiant, d'assassinant comme de contempler du haut de la falaise un immense et sinistre horizon dont le gris lugubre est zébré de noir par la giboulée?
Le bord de la mer n'est pas, je le confesse, mon idéal ordinaire. Je trouve que l'embourgeoisement de l'Océan est le plus écœurant des spectacles. Je trouve que l'orgue de Barbarie et
le piano font avec la vague le plus discordant trio que l'intelligence puisse détesfer.
Source : Gallica

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