Émilie Carlier

Résumé

Émilie Carlier Revue des Deux Mondes

Une troupe hurlante arrive sur nous, criant : « A l’église, à l’église ! » Maurice me dit : « Tire, mais en l’air, il ne faut pas en tuer. »
Au bruit, tous nos Arméniens hurlent épouvantés et se jettent à plat ventre ou se tassent dans les coins.
— Ce n’est pas tout cela, dit Maurice au bout d’une demi-heure, Mehemet ne revient pas. Il est peut-être tué. Il ne nous reste que Panayoti ; n’importe, la sûreté des nationaux avant la nôtre ! Je vais l’envoyer dire au vali que je lui ordonne de protéger les missions françaises.
— Panayoti ! crie mon mari par la fenêtre.
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Émilie Carlier Revue des Deux Mondes

Armons les domestiques, — les soldats turcs ont fini, ils sont gorgés ; maintenant, c’est la populace qui va donner.
Les domestiques refusent en tremblant les armes que nous leur offrons.
À ce moment arrive comme un fou, les vêtemens en lambeaux, le docteur Karakine, qui a échappé à une bande de forcenés ; on saccage sa maison. Aussitôt qu’on l’a vu entrer chez nous, voilà que de partout nous accourent des Arméniens, les mains pleines d’objets précieux. Ils se bousculent, crient, tombent.
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Émilie Carlier Revue des Deux Mondes

Je tenais bébé, je n’ai que le temps de le jeter sur le lit, de saisir une carabine et de tirer au hasard, en appelant. Aussitôt nos soldats sortent et peuvent reprendre leurs fusils qu’on allait enlever, tandis que Maurice et le cawas font un feu roulant. Cette fois, plusieurs hommes tombent, leurs camarades les emportent tout sanglans. Ils s’éloignent, affolés, en criant : « N’allez pas au consulat, il y pleut du feu ! »
La matinée se passe sur le qui-vive. Meurtres et pillages partout. Ce n’était pas la troupe, mais des montagnards du dehors.
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