“ La ville va périr. ÉLECTRE. – Qu’elle périsse. Je vois déjà mon amour pour Argos incendié et vaincu ! Non ! Ma mère a commencé à insulter mon père, qu’elle achève ! CLYTEMNESTRE. – Quelle est cette histoire de coupables ! Que racontez-vous là, Égisthe ! ÉLECTRE. – Il vient de dire en un mot tout ce que tu nies ! CLYTEMNESTRE. – Qu’est-ce que je nie ? ÉLECTRE. – Il vient de dire que tu as laissé tomber Oreste, que j’aime les fleurs, que mon père n’a pas glissé ! CLYTEMNESTRE. – Il a glissé ! Je jure qu’il a glissé. S’il y a au monde une vérité, qu’un éclair nous le montre sur le ciel ! ”
Jean Giraudoux
Définition et enjeux
Jean Giraudoux, écrivain et diplomate français (1882-1944), est surtout connu pour son théâtre, où il réinterprète des mythes antiques à travers un prisme moderne, alliant poésie et ironie. Ses œuvres comme Amphitryon 38 ou Électre mêlent le tragique et le léger, explorant des thèmes universels tels que les relations humaines ou la quête d’un idéal inaccessible.
Dans Électre, il dénonce la violence des destins imposés, tandis que L’École des indifférents célèbre une quête intérieure fragile. Son style, à la fois élégant et audacieux, révèle une réflexion sur l’art et la politique, marquée par son parcours diplomatique complexe. La mort prématurée de Giraudoux en 1944 a laissé un héritage littéraire et intellectuel profondément ancré dans le XXe siècle.
Citations sur “Jean Giraudoux”
Jean Giraudoux,
Provinciales
(1909)
“ Non, monsieur l'Agent voyer. Je suis devenue femme lentement, sans m'en douter et sans y ajouter d'importance. Je suis née avec mes trente-deux dents; mes cheveux roussis par les limbes étaient blond-cendré au premier jour, et toutes mes photographies me ressemblent. Ma vie s'écoule comme un canal sans écluse et qui creusa sa propre pente. J'arriverai à la mort comme on arrive à la mer, naturellement, en descendant toujours. On m'étendra sur mon lit de jeune fille, et l'on nouera autour de mon menton le bandeau que l'amour ne mit jamais autour de mes yeux. ”
Jean Giraudoux,
Suzanne et le Pacifique
“ Le son métallique que mon île rendait parfois était ici plus marqué encore. Des scies grinçaient, les feuilles de palmier se heurtaient au fracas du zinc ; avec les cris des singes autour de moi qui jouaient à eux seuls toutes les fables de La Fontaine, se rencontrant de face sur une liane au-dessus d’un gouffre et ne cédant point, tirant par la queue une guenon sur le dos qui étreignait une noix, l’un d’en bas parlant à l’autre d’en haut qui mangeait une banane, j’avais plus encore aussi cette impression de me réveiller dans un jardin public, le matin, non loin d’une usine. ”
