“ Non pas une contrée inconnue, mais nos alentours les plus immédiats, saisis d'incohérence par le voisinage formidable de l'au-delà. Les meubles d'une chambre, les arbres que l'on aperçoit par la fenêtre: mais ils nous apparaissent un peu plus loin que nous n'avons l'habitude de les voir, pris déjà dans la zone d'attraction du surnaturel. Comme une comète, en entrant dans les parages d'un grand astre, se raréfie, se lézarde, se déchire et rend au néant, les éléments dont elle est faite, c'est ainsi que les Illuminations surprennent notre monde en train de céder à l'autre ”
Les Illuminations
Définition et enjeux
Citations sur “Les Illuminations”
Maxime Du Camp,
Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie dans la seconde moitié du XIXe siècle
“ Si médiocre que fût ce système d’éclairage, il est le principe des illuminations quotidiennes dont nous profitons aujourd’hui ; il fit une véritable révolution qui ne déplut pas à ceux qui en furent témoins. ”
Ernest Delahaye,
Verlaine...
(1993)
“ Dans son opuscule les Poètes maudits, Verlaine a révélé Rimbaud, on a lu les Illuminations, Une Saison en enfer, les poèmes. On a cru y voir l'homme qui voulait sortir de la condition humaine. Et comme il est évidemment le suprême artiste, comme son art, dont on ne cherche pas à saisir le procédé, est en dehors, croient ces jeunes gens, des traditions connues, les sensibilités, les acquisitions de son âme ne peuvent répondre à aucune morale traditionnelle. Une phrase des Illuminations leur est chère : « L'orgueil plus bienveillant que les charités perdues. » ”
“ C’est ce double état du marcheur que traduisent les Illuminations : d’une part les petits vers, qui ressemblent à une ronde d’enfants et aux paroles d’un libretto, de l’autre les images décoordonnées qui substituent à l’élaboration grammaticale, ainsi qu’à la logique extérieure, une espèce d’accouplement direct et métaphorique. « Je devins un opéra fabuleux. » Le poète trouve expression non plus en cherchant les mots, mais au contraire en se mettant dans un état de silence et en faisant passer sur lui la nature, les espèces sensibles « qui accrochent et tirent ». ”
Paterne Berrichon,
Jean-Arthur Rimbaud
“ Voici qu’on commence à proclamer d’Une Saison en Enfer qu’elle est un chef-d’œuvre de la littérature française. Il nous paraît, après y avoir longuement réfléchi, qu’elle est autre chose d’encore plus exceptionnel. Elle est, de même au reste que les Illuminations, un fait métaphysique, un miracle. Car Rimbaud, évidemment, fut plus qu’un écrivain, plus qu’un poète, plus qu’un homme. ”
Paterne Berrichon,
Jean-Arthur Rimbaud
“ À la réflexion, du reste, tout outre qu’un chaste aurait-il pu produire les Illuminations ? Il n’éprouvera plus jamais la joie exclusive d’être un grand poète. Il constate même l’impossibilité d’être cela dans les temps modernes, cela qui, selon lui, comporte la pureté, la chasteté, la sainteté. « Les saints des forts s’écrie-t-il dans Une Saison en Enfer ; — les anachorètes : des artistes comme il n’en faut plus ! » La vie, la vie positive, cette « farce à mener par tous », le requiert. ”
Adrien-Joseph de Valois d'Orville, Les lanternes : histoire de l'ancien éclairage de Paris (1854)
“ Vous voyez après cela qu'en gagnant le Gros-Caillou , comme il a fait, en 1757, grâce à M. Bertin de Belle-Isle, l'éclairage va se trouver bientôt sans quartiers nouveaux où se répandre. Il ne lui reste plus guère que le rempart, qui commence à peine à s'appeler boulevard et qu'on est loin de considérer encore comme une rue. On ne pourvoit à son éclairage qu'en 1769. (1) Mais depuis longtemps déjà, comme les remparts sont des promenades, des lieux de réjouissance, on les comprend dans les illuminations exigées par les grandes fêtes publiques. ”
Gustave Kahn,
La Nouvelle Revue
“ Entre temps, un retour néo-parnassien a fait combiner les sensations de nature avec des paganismes qu’on aurait pu croire rendus au passé. Il y a des sirènes qui parlent comme si elles avaient lu les Illuminations, des faunes qui ont l’humilité chrétienne de Sagesse, et ils font face dans le poème à des laboureurs, à qui rien de l’Hellas n’est demeuré étranger. Le mouvement poétique est trouble, confus, varié, aussi plein de redites que de nouveautés, et bien des redites s’y présentent avec des nuances nouvelles, avec des variations d’accents qui valent la peine d’être écoutées. ”
Paterne Berrichon,
La Revue blanche
“ Cependant, c'est à ce moment que Rimbaud suggérait à Verlaine les lois de cette poésie fluide, ténue, si vaguement troublante et précisément troublée dont se créeront les Romances sans Paroles, Sagesse, tout un art nouveau qui fera l’auteur des Fêtes galantes grand poète ; c’est à ce moment qu'il stylait de « diamant » ces notes qui seront les Illuminations placées au-dessus de toute littérature par la sagace et courageuse justice de quelqu’un pressentant, sans doute, que l’auteur aussi bien était en valeur humaine au-dessus de tous littérateurs ! ”
Paterne Berrichon,
Jean-Arthur Rimbaud
“ Néanmoins, il s’ouvre à sa mère du désir qu’il a de faire éditer un ouvrage. On dirait que la Chasse spirituelle ne lui apparaît déjà plus, à ce moment, comme suffisamment représentative de son génie. Il en déplore toujours la perte, c’est vrai il en invective les détenteurs. Mais ce qu’il voudrait voir imprimé, c’est autre chose. Et il poursuit les Illuminations : Ouvriers, Ville, Métropolitain, Promontoire, Parade, Veillées, etc... Dans ces poèmes en prose, la joie et l’orgueil égotistes d’être un suprême et unique poète commencent, on dirait, à s’affaisser. ”
Paterne Berrichon,
Jean-Arthur Rimbaud
“ Il suffirait, ce semble, de confronter les « paysages belges » des Romances sans Paroles avec ce poème en prose, cette illumination, pour se faire une nette idée de la différence existant entre le génie de Verlaine et le génie de Rimbaud, et pour voir combien celui de l’auteur des Illuminations est plus haut, plus vaste, plus intrinsèque en spiritualité, plus mystique, plus sur un autre plan que l’ordinaire humanité, plus divin. ”
Arthur Rimbaud,
Illuminations/éd. 1886
“ Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve, Le gouffre à l’étambot La célérité de la rampe, L’énorme passade du courant Mènent par les lumières inouïes Et la nouveauté chimique Les voyageurs entourés des trombes du val Et du strom. Ce sont les conquérants du monde Cherchant la fortune chimique personnelle ; Le sport et le confort voyagent avec eux ; Ils emmènent l’éducation Des races, des classes et des bêtes, sur ce vaisseau Repos et vertige À la lumière diluvienne, Aux terribles soirs d’étude. Car de la causerie parmi les appareils, le sang, les fleurs, le feu, les bijoux, ”
“ Là, chaque nuit, sa lampe attardée jusqu’au jour fut la seule lueur assistant de la terre à l’assemblée des astres. Douce lampe, dans la maison isolée, qui couvait de sa tiédeur, maternelle caresse, l’intellect nouveau-né... Douce science, dans ce cerveau isolé, qui grandissait on ne sait pour quelles destinées. ”
N.-P. Godefroy, La Cosmogonie de la révélation… (1847)
“ Dieu établit deux grands luminaires, l'un plus grand pour présider au jour, et l'autre moins grand pour présider à la nuit ; et, ces deux luminaires, il les met en splendeur dans le firmament du ciel pour éclairer la terre, pour présider à ses jours et à ses nuits, et marquer la succession de la lumière et des ténèbres. ”
Théophile Gautier,
Portraits et Souvenirs littéraires
“ La lampe, prés de s’éteindre, ne jette plus que des lueurs intermittentes, éclairant à demi des fantômes grimaçants et des chimères monstrueuses qui, d’un ton somnolent, murmurent des choses oubliées, incompréhensibles ou vaguement effrayantes. ”
Justin Maurice, Pensées du ciel et de la solitude (1834)
“ Aux bornes du chaos il est un ciel si pur Qu'un orage jamais n'en a terni l'azur. Ni lune, ni soleil, nul astre ne l'éclairé. Un rayon incréé, sainte et douce lumière, Ineffable mélange et de nuit et de jour, Est la lampe d'or pur qui brûle en ce séjour. Étoile aux feux divins, elle brille pour l'ame, L'œil humain ne pourrait en supporter la flamme : Source de tout rayon, principe de tout feu, Cette lampe mystique est l'œil même de Dieu. ”
Albert Gayet,
Ce que racontent les momies d'Antinoé…
(1914)
“ Sur des autels bas, la clarté incertaine des lampes, aux mèches fumeuses, met un tremblement de lumière sépulcrale, dans lequel d'autres figures mythiques se dressent, avec des illusions de mouvements qui leur prêtent des apparences de vie. ”
Marius Odin, Nos églises : pieuses circonstances (1932)
“ Lumignons encrassés par l'usage et qui font leur office quand même... Délicates lampes d'albâtre, la lumière y transparaît si douce, la lumière qui s'assoupit, s'éveille, puis retombe, et palpite ainsi toute une vie dans ces âmes frêles, hésitantes, mais translucides et pures. ”
“ Et dans l’objectif de cette représentation, tout ce qui auparavant l’occupait et le tourmentait s’éclairait tout à coup d’une lumière froide, blanche, sans ombre, sans perspective, sans différence de plans. Toute la vie se présentait à lui comme une lanterne magique au travers de laquelle, derrière un verre, il regardait longtemps à l’éclairage artificiel. ”
“ Qu’il y ait des luminaires dans l’étendue des cieux, pour séparer la nuit d’avec le jour, et qui servent de signes, et pour les saisons, et pour les jours, et pour les années ; 15 Et qui soient pour luminaires dans l’étendue des cieux, afin de luire sur la terre ; et ainsi fut. 16 Dieu donc fit deux grands luminaires ; le plus grand luminaire, pour dominer sur le jour, et le moindre, pour dominer sur la nuit ; il fit aussi les étoiles. ”
Léon Bloy,
Celle qui pleure (Notre Dame de la Salette…
(1908)
“ Mais on sait que la plus candide flamme terrestre, présentée au soleil, projette une ombre. De même, la Lumière de Dieu, si elle venait à se lever derrière la lumière du monde, cette dernière, à l’instant, donnerait une ombre noire, gluante, fuligineuse, de la plus impénétrable opacité. ”
Adrien Rouquette,
La Nouvelle Atala
“ Ce qui est de la terre doit retourner à la terre ; ce qui est du ciel doit remonter au ciel ! Prends ta part, et laisse-moi la mienne. La lampe virginale jette un éclat mystique qui dissipe les illusions des sens. ”
Henri-Dominique Lacordaire,
Conférences de Notre-Dame de Paris…
(1853-1855)
“ Sortons de la limite et de la poudre, entrons en nous-mêmes : ne sommes-nous pas des esprits? Oui, je suis un esprit. Dans ce sépulcre matériel que j'habite en voyageur, une lampe a été allumée, lampe immatérielle et pure qui éclaire ma vie , qui est ma vraie vie, qui descend de l'éternité et qui m'y ramène comme à mon origine et à ma nature. ”
L. Simonin, Les derniers Peaux-Rouges, souvenirs de voyage dans l’Amérique du Nord
“ Ils regardent les étoiles comme des lampes suspendues au firmament pour égayer la terre la nuit; lorsqu’ils voient filer une étoile, ils disent que c’est le fil qui s’en est cassé et que la lampe tombe. ”
Auguste-Jean Boyer d'Agen, Terre de Lourdes (1894)
“ Or voici que, d'un coin de cette nuit lointaine, inorientée, anormale, jaillit finalement une étincelle de lumière. L'étincelle se fixe, s'élargit, s'arrondit, surplombe l'horizon, s'élève dans l'espace, dégrade les ténèbres, déchire les brouillards, apparaît tout à coup à la cime des mondes dans la splendeur d'un lampadaire. ”
Vie de la bienheureuse Anne de Saint-Barthélemy… (1918)
“ Cette lumière, qui fait tout à coup succéder à la pénombre. l'éclat du soleil, devant laquelle les lampadaires électriques pâlissent comme les étoiles au lever du jour, est ineffablement douce à regarder : toute doréé elle ne semble point de cette terre. ”
Charles Martins, II. — Les Oasis, les Populations indigènes et la Vie au désert
“ Peu à peu le rose pâlit, l’arc éclairé se rétrécit, et la lumière qui l’illumine est blanche et pure comme celle qui doit briller dans l’éther au-delà des limites de notre atmosphère. Grâce à la transparence de l’air, tous les contours des objets terrestres sont parfaitement arrêtés. ”
Eugène-Melchior de Vogüé,
Revue des Deux Mondes
“ Une lampe merveilleuse verse des torrens de lumière sur tout le pays où nous voyageons ; elle est impuissante à éclairer la route où nous marchons ; si nous nous fions à sa clarté, nous trébuchons à chaque pas ”
comte de Auguste Villiers de L'Isle-Adam, L'Ève future
“ Sans l'illusion, tout périt. On ne l'évite pas. L'illusion, c'est la lumière! Regardez le ciel au-dessus des couches atmosphériques de la terre, à quatre ou cinq lieues, seulement, d'élévation: vous voyez un abîme couleur d'encre, parsemé de tisons rouges de nul éclat. Ce sont donc les nuages, symboles de l'Illusion, qui nous font la Lumière! Sans eux, les Ténèbres. Notre ciel joue donc lui-même la comédie de la Lumière--et nous devons nous régler sur son exemple sacré. ”
Paul de Martigny,
Mémoires d’un reporter
“ Tandis qu’elle travaille, la lampe nimbe d’or ses cheveux noirs et jette sa fine poudre de lumière blonde sur la peau brune de sa nuque... Et cette tache lumineuse me donne la même impression sinistre, la même commotion d’épouvante, me plonge dans les mêmes affres d’angoisse, que le reflet du couteau sous le rayon oblique du soleil, sous la lumière bleue de la lune. C’est le même vertige que je sens monter de mes doigts qui tremblent, à mon cœur qui se gonfle de la même joie étrange. Entre le reflet de l’acier sous le rayon de lune et celui de la nuque sous la lampe, existe un lien mystérieux. ”
Antoine Quémizet, Nouveaux principes tittoresques établis par Antoine Quemizet teinturier pour le Roy aux Gobelins
“ La lumiére, dit M. Para, qui dans un beau jour semble emplir et innonder l’immensité des Cieux, qui dans une belle nuit, s’épanouit en mille et mille faisseaux de notre œil à tous les points rayonnants du firmament, elle est un fluide persevérament existant dans la nature et qui n’à besoin pour briller que d’être agité et ebranlé par le corps lumineux ou bien elle est un fluide qui par une ... ”
Michel Corday,
Le Journal de la Huronne/La Houille rouge
“ De même, on perfectionnait indéfiniment l’éclairage. Pour dissiper la nuit, les lumières devenaient toujours plus nombreuses et plus vives. L’ombre gagne de nouveau les foyers et les rues, comme au moyen âge. ”
Gaëtan Niépovié, Études physiologiques sur les grandes métropoles de l'Europe occidentale… (1840)
“ Une riche et majestueuse illumination règne des deux côtés, tandis que de près et de loin, fuient, se croisent, s'entremêlent, naissent, meurent et s'engouffrent d'innombrables étoiles, les unes fixes, les autres glissant avec vitesse sur le fond noir de la nuit ”
Littérature contemporaine.... Volume 36 (1868-1891)
“ Par l'éclat voilé des étoiles vives, La lampe qui pend dans le sombre azur ; Sur les lacs, les monts, les bois et les rives, Dans le gouffre noir de l'air tiède et pur. Au soupir mourant des houles pensives, La lampe qui pend dans le sombre azur ; Par l'éclat voilé des étoiles vives. Elle éclaire, emplit l'horizon sans fin, De ses rayons purs, remplis d'étincelles, Eveillant l'oiseau, au fond du ravin, Et les papillons cachés sous leurs ailes. Elle envoie à l'ombre un reflet divin, Elle baigne l'air de ses étincelles ; Puis, elle poursuit l'horizon sans fin. ”
Augustin d’Hippone,
''Œuvres complètes de Saint Augustin''
“ Nous allumons la lampe chaque jour ; suions examinions alors comment la lumière naît du feu, notre esprit se reporterait sur un mystère invisible et ineffable, et le flambeau de notre intelligence pourrait s’allumer aussi durant l’épaisse nuit du siècle. Considère avec attention un homme qui allume sa lampe. Avant que cette lampe soit allumée, on n’y voit ni le feu ni l’éclat qui en jaillit. Dis-moi, maintenant : Est-ce la lumière qui vient du feu ou le feu qui vient de la lumière ? Chacun me répondra, car Dieu a semé dans tous les esprits les idées premières de l’intelligence et de la sagesse ”
Alphonse de Lamartine,
Méditations poétiques
“ À peine on aperçoit la tremblante lumière De la lampe qui brûle auprès des saints autels. Seule elle luit encor, quand l’univers sommeille : Emblème consolant de la bonté qui veille Pour recueillir ici les soupirs des mortels. ”
Edward Bulwer-Lytton,
La Race future
“ C’est de ce fluide que ces peuples extraient la lumière de leurs lampes ; ils la trouvent plus régulière, plus douce et plus saine que la lumière produite par les autres matières inflammables dont ils se servaient jusque-là. ”
Paul Claudel,
Connaissance de l’Est
“ Nous sommes réduits à nous-mêmes. Notre vision n’a plus le visible pour limite, mais l’invisible pour cachot, homogène, immédiat, indifférent, compact. Au sein de cet obscurcissement, la lampe est, quelque part, quelque chose. Elle apparaît toute vivante ! Elle contient son huile ; par la vertu propre de sa flamme, elle se boit elle-même. Elle atteste cela dont tout l’abîme est l’absence. Comme elle a pris au soir antérieur, elle durera jusqu’à ce feu rose au ciel ! ”
Jean Chrysostome,
Œuvres complètes
“ Soyons donc des lampes brillantes et élevées sur le chandelier, afin que notre lumière éclate de toutes parts. Allumons et entretenons en nous ce feu du ciel. Éclairons ceux qui sont assis dans les ténèbres, afin qu’ils sortent de leurs égarements et de leurs erreurs. ”
