“ Moi seul, avec une conscience pure, je veillerai comme un coupable, parce que la douce Léontine va manquer à ma vie. Oh! sait-on ce qu'il y a d'orages dans un coeur, et surtout combien il en peut contenir à la fois? Nous sommes inhabiles à faire notre destinée; nous marchons en imprudens, en fous. Pourquoi ai-je caché avec un sentiment de honte le désir si noble, si juste, de demander la main de Léontine ? ”
Léontine
Définition et enjeux
Léontine, figure littéraire centrale, incarne les tensions entre amour, devoir et destin. Dès le XVIIIe siècle, des auteurs comme le marquis de Sade ou Pierre Corneille abordent ses enjeux émotionnels, dépeignant un personnage à la fois fragile et résilient.
Dans Les six âges de Léontine, l’œuvre de Georges Lemay ou d’autres auteurs, elle symbolise la recherche d’équilibre entre passion et responsabilité. Ces textes, à travers des dialogues et des récits, révèlent une silhouette complexe, reflétant les préoccupations morales et sociales de leur époque.
Citations sur “Léontine”
“ Deux ans après, à la campagne, un bel enfant courait de Léontine à Amédée; il grimpait aux jambes de celui-ci, qui, en souriant, le regardait faire de grands efforts. Cet enfant, on l'appelait Emile. Par suite de cette douce réconciliation entre les deux époux, leur vie reprit un calme semblable à celui de la terre après un orage furieux qui lui a déchiré le sein : plus de bruit, plus d'éclats de tonnerre ; les vallées se reposent, les créatures vivantes retournent jouir des parfums que la pluie a distillés dans l'herbe et les bois. ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Aline et Valcour
“ Sacrifier à ma vengeance tout ce qui s’oppose à mon amour ; — cruel !... — vous ne le connaissez pas, Léontine, ce cœur ardent que vous sûtes embraser ; tous les sentimens sont des passions chez lui ; il ne peut les vaincre qu’en cessant d’exister ; et si les plus légères l’agitent à ce point, où le portera donc celle qu’ont allumé vos yeux ? Fuyons nos tyrans, Léontine, allons vivre à jamais au bout de l’univers... ”
Donatien Alphonse François de Sade,
Aline et Valcour
“ Oui, Léontine on vous enlève à mon amour, à cet amour furieux et infortuné que je n’avais osé vous peindre ; à peine éclate-t-il, qu’il faut en étouffer la flamme, il faut briser le cœur qui l’a nourrit au même instant qu’elle s’en élance... Je vous perds Léontine, apprenez cette nouvelle affreuse de celui qu’elle plonge au désespoir, le comte vous destine à dom Diégue, avant un mois vous serez l’épouse de ce rival indigne de vous appartenir... Et moi confus, désespéré... mourant, j’irai traîner votre image au bout de la terre, ou l’immoler dans le temple même où la plaça la main de l’amour. ”
“ Oh ! n'est-ce pas un charme venu subitement, que de se retrouver ainsi dans quelque chose de tout frais, de tout neuf, de tout délicat, de recommencer presque sa vie dans un autre, de rentrer ainsi au berceau et de guetter sa propre voix dans les premiers bégaiemens d'une petite bouche à peine ouverte ?.. Si, d'une part, les soins empressés de Léontine attendrissaient l'ame et pouvaient prêter à rougir à bien des femmes, de l'autre, son air de gravité maternelle n'était pas sans apprêts un peu comiques. ”
“ Un pied de rouge s'efforçait de couvrir ses rides; son cou maigre se balançait avec prétention ; sa bouche édentée souriait d'un air enfantin; tout, jusqu'à sa manière d'agiter son éventail, prêtait chez elle au ridicule. Léontine se détourna avec dégoût de cette caricature, qui dégradait le noble caractère de la vieillesse, et en faisait l'impuissante copiste d'un autre âge. Le geste marqué de la pauvre enfant attira sur elle l'attention de ces dames. ”
Pierre Corneille,
Œuvres de P. Corneille
“ Léontine, lit le billet. Billet de Maurice « Léontine a trompé Phocas, Et, livrant pour mon fils un des siens au trépas, Dérobe à sa fureur l’héritier de l’empire. Ô vous qui me restez de fidèles sujets, Honorez son grand zèle, appuyez ses projets ! Sous le nom de Léonce Héraclius respire. » « MAURICE. » Elle rend le billet à Exupère, qui le lui a donné, et continue. Seigneur, il vous dit vrai : vous étiez en mes mains Quand on ouvrit Byzance au pire des humains. ”
“ Au sortir de la prière, après la présentation à l'abbesse, Léontine se vit entourée, harcelée, pressée de questions. D'abord elle se tint dans un silence sauvage ; mais ensuite elle parla presqu'autant, pour sa part, que toutes les autres. Au jeu, elle montra son agilité ; en fait de malice, elle n'oublia pas son expérience. Quant au travail, les visites de la comtesse étaient d'un grand effet ; car soeur Angélique savait dire : « Quand votre maman viendra, il faut que votre broderie soit avancée, que vous puissiez déchiffrer cette sonate, que vous répétiez mieux votre géographie. » ”
“ M. Amédée, vous avez oublié bien vite que votre union reposait sur de bien autres bases que sur des titres... Quoi! Léontine habite la même ville, respire le même air... elle pleure à quelques pas de vous, et des raisons frivoles vous retiennent ici. L'homme, à ce que je vois, quitte assez légèrement son foyer, et en abandonne la garde au hasard... La femme reste seule; mais isolée, elle trouve encore le moyen de remplir tous ses devoirs. Je gage que, chez vous, rien n'est changé que votre coeur... ”
Pamphile Lemay,
L'affaire Sougraine
“ Léontine apparut. — Ma fille ?... elle ?... s’écria la Longue chevelure en se précipitant les bras ouverts au devant de la jeune postulante. Il la pressa longtemps sur son cœur débordant d’ivresse. — Léontine ! Léontine ! disait Rodolphe, et il était fou de surprise et de bonheur. — Elle ! Elle ! rugit le notaire... Ah ! si j’avais su !... si j’avais su !... Le père Duplessis pensait : Ce ne sont pas les grandes choses qui sont belles, ce sont les belles choses qui sont grandes. ”
Max Des Vignons, Betty petite fille
“ Puis le souvenir de Léontine, par un enchaînement logique, lui revint à l’esprit. Elle eut un frémissement bref ; une courte hésitation la fit haleter. Devant ses yeux passa la vision de la vengeance accomplie. ”
Aglaé de Bouconville, Sagesse et bon coeur, ou Science du bien… (1846)
“ « Vous entendez, mes enfants, dit mademoiselle Lefebvre, la vie n'est précieuse que lorsqu'on en fait un bon usage. Ma petite Léontine vient de nous prouver cela dans un fort gracieux langage, et je savais bien, moi, que le drapeau avait tort de se plaindre !... » La conversation devint générale. On loua Léontine sur sa jolie pensée, on chercha tous les points de morale qui ressortaient de son histoire, et l'on y trouva encore que la beauté ne fait pas le bonheur, puisque le pauvre tapis, si riche de couleur, si beau par son tissu, se trouvait tout à fait malheureux. ”
Catherine Woillez, Léontine et Marie, ou Les deux éducations… (1843)
“ Dis ma tendre affection, répondit Marie. Chère Léontine ! je t'en conjure, éloigne de toi tous ces tristes souvenirs ; le passé n'est plus en ton pouvoir, mais l'avenir t'appartient. Dieu qui a permis que tu retrouvasses la santé te protègera désormais ; il rendra la paix à ton âme. Laisse-moi aussi espérer que ma constante amitié y répandra quelques consolations. ”
“ Eh ! le sais-je, moi ? répondit Léontine; je ressemble au soldat blessé inopinément sans qu'il puisse voir d'où lui vient le coup de la mort. Tout ce que je sais moi, c'est que je souffre horriblement. Si mon coeur de mère est plein, mon coeur d'épouse saigne et n'a pas de repos. Cependant, d'après quelques paroles d'Amédée, d'après une lettre, je crois pouvoir affirmer que la calomnie seule nous a désunis. Jamais il n'y eut le moindre nuage entre nous; il renferma tout en lui-même; il commanda à sa tristesse subite mieux que d'autres ne commandent à leur joie. ”
“ A sept heures du matin, la cloche de la prière réveilla en sursaut Léontine; elle commença par prêter l'oreille à ce son argentin qui semblait si rapproché, et peu à peu elle souleva sa paupière. Alors, que vitelle? Un mur tout nu, un grand crucifix noir, un petit clavecin sans ornemens, une croisée à six petits carreaux, un plancher sans tapis ; nulle part de glace, de fleurs et de tableaux ; plus de femme de chambre épiant son réveil avec des sucreries ou un gâteau. Autrefois son lit se trouvait à gauche, maintenant elle s'éveillait à droite, le soleil dans les yeux, au son d'une cloche ”
“ LA CINQUANTAINE. 203 la contemplait avec une joie si ineffable où est-il? — Dans mon souvenir aussi, reprit madame d'Ernieux. Et comme on recommençait à marcher, ils se turent mutuellement. En passant devant un cimetière, Léontine détourna la tête et leva ses yeux chargés de larmes vers les arbres de la place. Là, elle vit un oiseau léger qui chantait d'allégresse sur le bord d'un vieux nid presque détruit. — Oh ! quelle juste image ! murmura-t-elle. Eternelle jeunesse du monde s'appuyant sur la vieillesse même L'église les attendait, toute embaumée d'encens. ”
“ Elle avait béni... et c'est si noble et si solennel la bénédiction de la vieillesse. « Chacun son tour, murmura-t-elle ; je pars, cet enfant me remplace; une plante vivace s'élève où languissait une plante flétrie; éternelle jeunesse du monde qui prospère par ses ruines... Oh ! Dieu fut aussi prévoyant que puissant ! » Quelques jours après la terre la couvrait. Voilà pourquoi Léontine avait pris le deuil. Déjà une amie de moins... Ainsi partent un à un les objets de nos affections, ceux-ci rappelés brusquement de ce monde, ceux-là morts pour nous par l'inconstance de leur coeur. ”
Félicité de Genlis,
Nouveaux contes moraux et nouvelles historiques
“ Voilà, mon cher Rosenthall, l’explication des prétendues inconséquences qui vous ont causé tant de surprise. Vous devez connoître à présent, que je n’exagérois pas en vous parlant de Léontine avec enthousiasme ; vous pouviez facilement vous méprendre sur le sentiment qui m’inspiroit : à nos âges, l’admiration et l’amitié ressemblent tant à l’amour ! et pour un cœur sensible, la reconnoissance n’est-elle pas aussi une passion ? Léontine me cherchoit pour me parler de vous ; je lui parlois de Bathilde ”
“ Il n'y a pas long-temps, ma Léontine, tu vivais dans un monde de jouets, un monde en bois et en carton, que tu gouvernais à ta guise ; à présent, tu vas entrer dans le véritable monde animé, observateur. La cérémonie de ce jour sera comme un cordial pour te donner du courage ; de même qu'un petit paysan qui doit aller bien loin, mange une large part de pain bis pour se donner des forces. Comprends-tu cela ? — Oh ! oui, maman, et je vous écoute encore. — Vois combien, tout à coup, tu te trouveras au dessus de toi-même : ta tante ne voulait pas reconnaître en toi l'enfant d'il y a six ans ”
“ Et tu auras quelqu'un à qui tu puisses dire : C'est ici que se plaçait Amédée; voici l'heure à laquelle il revenait de la promenade. — Oui, oui... ces choses-là nous les penserons mutuellement; mais ne les disons pas. Ne nous affligeons point par des paroles. Nous savons bien assez où en est notre coeur. C'est assez que, tout bas, tu aies adopté ma souffrance, comme on adopterait un joyeux et bel enfant. Quand tu m'as vue seule affligée, tu es venue. Je te remercie, Laure. Les deux mains des amies se pressèrent avec effusion. Puis Léontine pencha son front. ”
“ Cette scène avait opéré une révolution dans la vie de Léontine. Comme les jeunes filles de son âge, elle semblait oppressée à l'idée de son bonheur prochain ; il suffisait que ce bonheur fût un grand changement. Mais pouvait-elle garder, dans le secret du coeur, tant de douces et abondantes émotions, les cacher en avare comme on enfouit des fleurs dans une serre chaude. La joie ressemble aux larmes, il faut qu'elle se répande au dehors. Vite Léontine écrivit à Laure qui, habitant le château de sa mère, n'avait que cinq lieues à faire pour arriver. La lettre amena bientôt l'amie. ”
“ Autour de la simple balustrade de bois, une rangée de jeunes filles attendait en priant ; leurs petites mains retenaient la nappe de l'autel qui s'élevait à la hauteur de leurs visages. Enfin le curé s'approcha Quand il vint à Léontine, on crut entendre partir d'un coin obscur de l'église une exclamation bizarre, où se peignait surtout la joie. Quant à madame de Nermilly, elle pleurait d'attendrissement. Quelle mère, ce jour-là, peut retenir ses larmes : elles partent du coeur. ”
Georges Lemay, Petites fantaisies littéraires
“ La science lui montrait le désespoir. La mère avait regardé plus haut, elle priait. La supplication est une puissance. Un sourire de contentement intérieur idéalisait la figure de Léontine ; c’était comme un dernier reflet de ses vertus. À son père, elle montrait la croix ; à sa mère, elle disait des paroles que les anges seuls peuvent inspirer ; à une sœur chérie, elle léguait les plus beaux exemples, à son fiancé qui avait obtenu de la voir une dernière fois sur ce seuil de l’éternité, elle assurait que la religion seulement, peut mettre dans l’amour un peu de bonheur. ”
“ Amédée, dit Léontine, je ne vous ai jamais accusé, ni vis-à-vis de moi, ni en face des étrangers. Oublions tout; un bon dénouement efface toute l'amertume du passé. A la suite de tant d'émotions, Amédée tomba dangereusement malade. Il sembla n'avoir regagné le seuil de sa maison que pour y donner le spectacle de sa chute. Ce fut alors que Léontine se montra vigilante et forte. Son mari n'eut pas d'autres soins que les siens ; quand elle l'avait soulagé par l'efficacité des remèdes, elle apportait devant lui leur enfant et l'égayait doucement par la vue du petit Emile. ”
“ Ai-je besoin de dire qu'après cette fête et tant d'autres que ses enfans lui donnèrent, la bonne Léontine continua à vivre heureuse et marcha ainsi sur ses quatre-vingts ans. A l'heure où je vous parle, elle existe encore , et comme la violette qui se trahit par sa douce odeur, elle ne se révèle plus au monde que par ses bienfaits. Elle n'est pas une de ces vieilles personnes de l'ancien temps qui trouvent tout à reprendre dans le nôtre. Ce qu'il eut de bon, elle le conserve et le représente. Les améliorations du jour n'ont jamais excité son dédain. ”
Madame Guizot, Nouvelles et Contes pour la jeunesse
“ Tout le monde s'était rendu à la promenade. Les mères passaient auprès d'Aglaé d'un air digne et mécontent, quelques-unes en disant un mot d'humeur qu'elle mourait de peur que Léontine n'entendit. Quelques jeunes personnes se redressèrent aussi: tous les jeunes gens la saluèrent, mais elle trouva à quelques-uns, ce jour-là, l'air si commun et une si mauvaise tournure, qu'ils furent extrêmement mécontents de la manière dont elle leur rendit leur salut, épiant pour ainsi dire le moment où Léontine ne la verrait pas. ”
François-René de Chateaubriand,
Le roman de l'Occitanienne et de Chateaubriand…
(1925)
“ Reste une chose. La sincère Léontine a, pourtant, dans sa lettre, manqué sur un point de sincérité. Elle n'a pas pu croire que je voulais lui dire : Léontine, votre inexpérience vous égare, vous êtes coupable en m'écrivant. Il est clair que ma phrase réservée (i) répondait à ce que vous me disiez des desseins de vos parents. Eh bien ! je vais encore parler sans détours. La religion, la morale, l'ordre recommandent le mariage ; un honnête homme ne peut parler que dans ce sens. ”
Delphine de Girardin,
Œuvres complètes de Delphine de Girardin
“ Il aimait Léontine éperdument, follement, et sa modestie était telle, que jamais un seul jour, un seul instant, dans ses plus brillantes chimères, l’idée d’être aimé d’elle ne s’était offerte à sa pensée. Être aimé de Léontine ! lui, Hector de Bastan ! Fi donc ! Ce n’est pas un homme vulgaire comme lui qui mériterait cet honneur... ”
Comtesse de Ségur,
Quel amour d’enfant !
“ Léontine était consternée. léontine. Pierre, que dois-je faire ? Mon Dieu, mon Dieu ! comme mon bonheur a peu duré ! pierre. Ne te décourage pas, ma pauvre Léontine. Crois-tu que Giselle puisse être corrigée en une journée de ses vieilles habitudes de révolte et d’entêtement ? il faut du temps et de la fermeté. Ne cède pas ; elle cédera. Va la voir ; parle doucement, mais sérieusement ; qu’elle voie que ta volonté est plus forte que la sienne. ”
Pierre-Hippolyte Mabire, Vie de madame de Saint-Léonard… (1875)
“ « Tout en Léontine , nous dit-il ailleurs , était empreint de sagesse et de modestie. Sévère pour elle-même, elle était pleine d'indulgence pour les autres, mais sans jamais pactiser avec le mal. Ses compagnes l'aimaient et l'admiraient; et elle avait sur elles, sans y prétendre ni s'en rendre compte, une très-puissante influence. » Dieu la dis posait ainsi à l'avenir d'autorité douce, mais irrésistible, qu'il lui réservait dans ses desseins. Et c'est là ce que le regard de la foi nous révèle dans les âmes privilégiées qu'il forme pour lui et pour ses œuvres. ”
