“ Monsieur Vernet nous surveille. Nous ne flirtons qu’avec des clins d’yeux, des chuchotements, des pressions de bras ou des frôlements de hanches. Nous jouons « à celui qui courra le plus fort ! » J’enlève prestement Madame Vernet quand je l’attrape, et je sens son corps peser sur moi. Elle court mal à cause de ses robes et de ses coudes, et plus on est près d’elle, moins elle court vite. ”
Monsieur Vernet
Définition et enjeux
Citations sur “Monsieur Vernet”
“ Quand Madame Vernet, à un bruit de pas dans l'escalier, se sauve et m'envoie un baiser de toute la largeur de sa main, je le lui renvoie machinalement, comme si je jouais au volant avec une petite fille, sans entrain, pour lui faire plaisir. XXXV PRISE D'HABITUDE monsieur vernetQue se manigance-t-il derrière ce front? Depuis deux jours vous me faites une tête! Vous travaillez trop.Son rire n'a rien d'infernal. Il s'intéresse sincèrement à ma santé! Ce qui s'est passé entre Madame Vernet et moi ne l'a point changé. ”
“ PAS DE GÂCHAGE J’aime de plus en plus mes amis pour le bon motif. Je ne me hâte pas vers l’inévitable fin, vers le moment où je serai l’amant obligatoire de Madame Vernet, vers l’irrémédiable. Il est heureux que Monsieur Vernet soit, comme on dit, constamment sur notre dos, et je voudrais lui garder toujours une affection sans trouble, une estime sans réticences. Je suis comme les autres. ”
“ MONSIEUR VERNET C’est un homme de quarante ans, un peu raide et lourd, convenablement vêtu. On sent qu’il n’a pas lui-même soin de sa personne, qu’il ne s’habille pas seul. Madame Vernet le boutonne, l’épingle, le peigne. Rarement un jour se passe sans que la raie, droite et pure, se défasse, et que la cravate remonte. Mais Monsieur Vernet est incapable de « revenir sur sa toilette », et il semble, pour cette raison, plus distingué le matin que le soir. ”
“ Monsieur Vernet s’y trompe lui-même. HENRI Vous aimez les tableaux ? MONSIEUR VERNET J’en raffole. Et il cause peinture de façon à faire pleurer un peintre, car dès qu’il a dit : « Est-ce rendu ? hein ! » son sens critique s’arrête net, comme pris dans une ornière, embourbé. C’est surtout devant moi que Monsieur et Madame Vernet se font petits, en s’opposant l’un à l’autre. Ils rivalisent d’humilité. Mais Madame Vernet est de première force. Elle porte la culotte sous sa robe : on ne voit rien. Le ciel ne lui a pas donné d’enfants, sans doute parce qu’elle avait déjà un mari. ”
“ MADAME VERNET Déjà ! MONSIEUR VERNET Je me lie rapidement avec ceux qui me plaisent, et je me délie, avec la même rapidité, aussitôt qu’on me déplaît. Je déteste les bonjours et les bonsoirs qui n’en finissent plus. ”
“ Un mouchoir imbibé d'eau fraîche éteint les dernières piqûres de rouge aux paupières de Madame Vernet.henriAllons, faites la paix.Je pousse Monsieur Vernet et lui donne de petites tapes dans le dos.Sur la pointe du pied, en équilibre instable, il résiste et ne comprend pas.henriMais allez donc! Seriez-vous implacable?Du doigt, je lui désigne un point sur la joue de Madame Vernet entre le coin de la bouche et le lobe de l'oreille.monsieur vernetComment! vous voulez?henriMais oui. Quel homme ulcéré vous faites! Il est l'heure de vous désenvenimer. Je crois que vous rougissez. ”
“ Manger des huîtres est poétique, mais manger de la soupe ne l’est plus. Dire « Monsieur Vernet » est distingué, et dire « Mon mari » commun. Elle pique, avec l’adresse d’un chiffonnier, le mot « chaise » et le jette là, « côté prose », puis le mot « siège », qu’elle dépose ici, « côté vers ». Soudain, Monsieur Vernet, du fond de sa somnolence, pareil à un oracle que le suc des lauriers et des vapeurs méphitiques ont engourdi, annonce : — « Vous arriverez ! » Je l’espère, me laisse aller et conte mes rêves, en un bon fauteuil dont je frise les glands entre mes doigts. ”
“ À son tour, Monsieur Vernet marche à reculons. Il fait nuit, mais les tournants de l’escalier nous sont connus. Enfin nous arrivons sur le palier. La lune nous éclaire maintenant. Monsieur Vernet remplace une de ses mains par un genou, ouvre la porte, et nous déposons Madame Vernet sur le lit. Elle pleure toujours et se laisse faire. HENRI Faut-il allumer une bougie ? MONSIEUR VERNET Pourquoi ? Il a raison : la lune entre par les deux fenêtres à flots lumineux, et blanchit nos visages. MONSIEUR VERNET Aidez-moi. Il défait le corsage. Je délace les bottines. ”
“ MONSIEUR VERNET Nous avons deux mois à passer ensemble. Il s’agit de bien employer notre temps. Nous ne voulons pas perdre une minute. J’ai quelque faculté d’invention, et je suis l’impresario, l’homme du petit service de la maison. Je me lève le premier, presque en même temps que la bonne. Je lui suis indispensable pour faire griller le pain, et je sonne moi-même le déjeuner, en agitant un grelot aux portes des chambres. Ces dames descendent en pantoufles, en peignoir, les cheveux ébouriffés. Les paupières de Monsieur Vernet sont encore gonflées de sommeil. ”
“ Et tandis que l’employé parlait au loin, Monsieur Vernet tournait autour de la cage, ainsi qu’un dompteur déjà mordu, n’osant jamais et se promettant d’oser, un peu fiévreux comme un auteur qui écouterait en lui-même la répétition d’une pièce. Enfin il est entré, et maintenant voilà qu’il regarde l’appareil comme un confident. Ils sont toujours ensemble. Monsieur Vernet lui cause pour causer, et, le soir, l’écho des conversations qu’ils ont eues se répercute encore. ”
“ Madame Vernet ouvre la fenêtre, et, tout de suite, ce qui des étoiles surprend le plus Monsieur Vernet, c’est leur quantité. — « Si j’avais autant de pièces de vingt francs, je ne serais pas ici. » Mais la destinée même des étoiles préoccupe Madame Vernet. Elle voudrait savoir s’il y a du monde dedans ; et si quelqu’un lui affirmait que « oui », elle serait plus tranquille. HENRI Celle que vous regardez n’existe peut-être plus. ”
“ Puisque les artistes sont des hommes comme lui, Monsieur Vernet se rassure. J’ai trop adouci le monstre, et, sans transition, je le refais dangereux. HENRI Si nous sommes gentils avec les autres, ceux qui ne sont pas du métier, nous nous dévorons entre nous. Qui dit « homme de lettres » dit « mangeur de confrères et déchiqueteur de renommées ». MADAME VERNET Cependant, vous êtes d’accord sur ce point que Sully-Prudhomme, François Coppée, Leconte de Lisle sont des poètes de génie. ”
Jules Renard,
Les oeuvres complètes de Jules Renard…
(1925-1927)
“ MADAME VERNET Demain soir à Paris ! MONSIEUR VERNET Je t'expliquerai, c'est un homme exquis. Il ne pouvait plus rester. Après un entretien fraternel, nous avons décidé ce départ tous deux. Il n'y avait pas autre chose à faire ; je t'expliquerai. MADAME VERNET Oh ! je sais... Pauvre garçon ! MONSIEUR VERNET Regarde. Cruz met à la voile. Henri embrasse Marguerite... pas Pauline... Il agite la main vers nous. Disons-lui adieu. Adieu ! adieu ! Dis-lui adieu, Julie... Mais qu'est-ce que tu as, toi aussi ? MADAME VERNET Ça me fait de la peine. ”
“ Monsieur Vernet trouve qu'il n'y a que moi pour avoir des idées pareilles, et Madame Vernet, tellement courbée en deux qu'on ne voit plus que son dos, pouffe, avec une sorte de jappement continu. XIV COSMOGRAPHIEEt c'est tout. Nos conversations reviennent les mêmes. Le plus souvent, je prends la parole, et, tandis que mes dents s'amusent d'un Palmer, ma bouche s'emplit et se vide de mots. Les notes que je repasse tous les deux ou trois jours me sont alors très utiles. Elles condensent ce qu'un jeune homme doit savoir pour paraître supérieur. ”
Jules Renard,
Les oeuvres complètes de Jules Renard…
(1925-1927)
“ Si Monsieur Vernet valait l'Ecornifleur, Monsieur Vernet serait un chef-d'oeuvre ; ce n'est qu'une aimable comédie, assez vivante, aux réels caractères, et où rêve çà et là une mélancolie. – Un jeune poète, Henri Gérard, ni beau ni laid, ni enthousiaste ni ironique, médiocre avec quelque bonne grâce, et pas méchant, quoique bien capable, comme beaucoup de braves gens, d'une petite vilenie, – ce personnage a été admirablement composé par M. Signoret, – devient le commensal, au bord de la mer, de M. Vernet, – à qui M. Antoine n'a pas donné, me semble-t-il, une physionomie bien précise ”
“ L’esprit se débarbouille des tristesses du drame dans l’eau vive de la comédie. Mais je vous préviens que si je récite relativement assez bien les vers des autres, je lis fort mal les miens ! » Monsieur Vernet répond : — « Qu’à cela ne tienne, mon ami. Si vous préférez nous dire des vers des autres, faites comme il vous plaira. » Sa femme, décontenancée, va le gronder, et je sens sous la table un remue-ménage de pieds. — « Ne faites pas attention, Monsieur Henri, dit-elle. Nous vous ouïssons. » — « Allez-y », dit Monsieur Vernet. ”
“ Pour l’intelligence, Monsieur Vernet en vaut un autre. Il est parti de rien. Il a fait sa situation seul. À quinze ans, il gagnait sa vie. — « Et même, dit-il, âgé de dix-huit mois à peine, je venais déjà en aide à ma famille : je remportais un prix de cinq cents francs et une médaille d’argent dans un concours de bébés. » Il sait qu’on peut se vanter, sans ridicule, d’être travailleur. Afin qu’on ne l’accuse pas d’immodestie, il prend les devants. ”
Gustave de Reiset,
Mes souvenirs
“ Sous le règne du roi Louis-Philippe le célèbre acteur des Variétés Vernet, si connu à Paris comme un des comiques les plus fins et les plus amusants, vint donner des représentations à Saint-Pétersbourg. L’Empereur le rencontrant durant l’une de ses promenades l’arrêta quelques instants sur son passage pour savoir ce qu’il jouait le même soir au théâtre français. « Ma femme et mon parapluie, lui répondit Vernet. — Ah ! très bien ; je serai heureux de faire connaître cette jolie pièce à l’Impératrice ; à ce soir donc, monsieur Vernet. » Et il le quitta pour reprendre son droski. ”
Jules Renard,
Les oeuvres complètes de Jules Renard…
(1925-1927)
“ Elle appelle ça rien, un pauvre ! HENRI C'est la meilleure raison qu'ait le riche de se croire heureux. MONSIEUR VERNET Comment ? MADAME VERNET Monsieur Henri veut dire... MONSIEUR VERNET Oui, oui... à Paris, on ne sait jamais ; ici, quand on donne un sou, on peut être certain que ce n'est pas à Rothschild... Hep ! hep ! la mendiante, une minute !... (Monsieur Vernet met cent sous dans son chapeau et fait la quête. – A madame Vernet très généreuse.) Oh ! toi, tu mourras sur la paille. CRUZ Mâtin ! l disparaît, par peur de la quête, avec madame Cruz. MARGUERITE, à monsieur Vernet. ”
“ Madame Vernet y compte fort. On m'attendra.Notre poignée de main est longue comme si nous venions de traiter un important marché. Monsieur Vernet me sourit, tout grâce, et je chantonne ainsi qu'une raccrocheuse, quand la soirée est belle et que le trottoir donne bien. V ENTRÉEJe m'attends à du nouveau. Je tombe dans un ménage bourgeois, c'est-à-dire au milieu de gens qui n'ont pas mes idées.Le bourgeois est celui qui n'a pas mes idées.J'ai préparé en sot ma première visite aux Vernet. J'allais chez eux avec le plaisir d'avoir à poser un peu et la crainte de n'être pas compris. ”
“ « Monsieur Vernet est le plus honnête des hommes. » Ils n’avoueraient pas que, séparés, ils sont heureux. Pourtant le mari ne vit complètement que dans son usine. L’invention du téléphone lui a paru un événement immense. ”
Madeleine Vernet,
La nouvelle équipe
“ Quand Henriette vit Didier, elle étendit la main vers le moribond : — Voyez, dit-elle, on l’a tué quand même. — Emmenez-là, Monsieur Didier, dit Mme Delmas. Alexandre entraîna la jeune fille. Il la fit asseoir près de lui, et obtint d’elle le récit de ce qui s’était passé. — Fatalité, dit-il. — Le journal avait dû glisser entre deux feuilles, ou s’y trouver pris, quand Julien a rangé ses feuilles dans le casier. Cela ne s’explique pas autrement. J’ai fouillé toute la maison quand j’ai su que grand-père allait venir, et je suis certaine qu’aucun journal ne restait, nulle part. ”
Nicolas-Joseph Dabert, Vie de M. Vernet, prêtre de Saint-Sulpice… (1848)
“ Le travail était devenu pour M. Vernet une nécessité réelle, un aliment indispensable à l'activité de son esprit. Dans les dernières années de sa vie , sa santé était d'autant plus excellente que les affaires l'occupaient davantage. C'est ce qui faisait dire aux élèves du séminaire : « Monsieur le supérieur semble » rajeunir; il faut qu'il lui soit survenu quelque nouvelle af» faire. » Ces paroles étaient toujours vraies. Aussi le souvenir de sa longue vie si bien employée fut-il une de ses consolations aux approches de la mort. ”
Madeleine Vernet,
Maître Calvet : roman du terroir normand
(1937)
“ M. Lebrouais s'était rapproché de la jeune fille. — Oui, vous ferez bien de ne pas revenir, Fernande. Vous devez comprendre qu'entre vous et nous tout est fini. Ce mariage ne se fera jamais, il nous rendrait ridicules. Tenez-le pour dit. Quand vous aurez votre enfant, nous n'empêcherons point Philippe de vous porter un peu d'aide, bien sûr ; mais c'est tout... tout, vous m'entendez bien, insista-t-il. Lentement, Fernande s'était reculée vers la porte. — Je n'accepterai jamais rien de vous, monsieur Brouais, dit-elle, la gorge serrée. ”
Éléonore-Adèle d'Osmond Boigne, Mémoires de la comtesse de Boigne… (1931)
“ Vernet prit sur lui d'exprimer les craintes inspirées par ce dont il venait d'être témoin en se rendant au palais. Le Roi lui répondit par un sourire, et il entama tout de suite le motif pour lequel il l'avait fait appeler. Horace Vernet devant aller à Blois pour faire le portrait d'Abd-el-Kader, le Roi désirait hâter son départ et le chargeait d'exprimer à l'Émir son vif regret de n'avoir pu encore accomplir les promesses faites par monsieur le duc d'Aumale en lui portant l'assurance qu'elles le seraient incessamment, au plus tard immédiatement après la session. ”
Madeleine Vernet,
La nouvelle équipe
“ Les yeux brillants, un peu fiévreux, il répondit : — Ne croyez pas, Monsieur Bournef, que je n’aie pas tout prévu. Puisque vous parlez du calvaire, je répondrai que le Christ n’a été arrêté ni par les larmes de sa mère, ni par les prières de ses amis. Je ferai comme lui, et j’irai, s’il le faut, jusqu’à la croix. Jeanne sentit la nécessité d’aborder un autre sujet. — Laissons cela, dit-elle. Nous respectons trop la conscience de notre jeune ami pour ne pas nous incliner devant la décision qu’il a prise. ”
Madeleine Vernet,
La nouvelle équipe
“ Ceux qui savent mieux ont le devoir... le devoir de résister. — Père, dit Pierre, ne parle plus. Nous te comprenons. Nous résisterons, crois-le. Nous donnerons l’exemple. Maurice dit encore : — Et puis, soyez unis, soyez forts... et puis, ne demandez pas conseil... Votre conscience, votre conscience seulement... Visiblement, le malade perdait ses dernières forces. — Monsieur Bournef, cria Jean, nous vous en faisons le serment, notre vie appartiendra à la lutte contre la guerre. Henriette saisit la main de Jean et répéta : — Nous te le jurons, père... ”
Madeleine Vernet,
La nouvelle équipe
“ Et vous savez bien ce que la soumission signifie. — Vous avez raison, Monsieur Pagnanon, interrompit l’aveugle. Puisqu’il faut, de toute façon, accepter une souffrance, choisissons du moins celle qui pourra être utile. J’ai bien le droit de vous approuver, moi, peut-être. Ma vie a été mutilée au profit de la plus stupide et de la plus cruelle des erreurs, je peux bien accepter que la vôtre le soit pour servir la vérité. — Ce qui seul serait juste, dit pensivement Jeanne, ce serait que la vie ne soit jamais mutilée. Pierre se tourna vers sa mère, comprenant la secrète angoisse de son âme. ”
Amédée Durande, Joseph, Carle et Horace Vernet… (1864)
“ Le vieil artiste l'écoute le .plus gravement du monde et la remercie avec une parfaite courtoisie. Le lendemain, il s'embarque pour Lausanne, et il retrouve son petit professeur de la veille qui accourt vers lui, en lui disant : « Monsieur, vous qui êtes Français, vous devez connaître Horace Vernet; on prétend qu'il est sur le bateau; soyez donc assez bon pour me le montrer. Vous tenez beaucoup à le voir ? Oh! oui. Eh bien, miss, c'est lui qui a eu l'honneur de recevoir une leçon de vous, hier matin, » répondit-t-il en riant. ”
