“ Il suffisait que M. Obernay fût adonné à certaines études pour qu’elle regardât ces occupations comme les plus importantes et les plus utiles qui pussent remplir la vie d’un homme de bien, et quand cet époux vénéré demandait un peu de sans-gêne et d’abandon autour de lui pour se reposer de ses travaux, elle s’ingéniait naïvement à lui complaire, persuadée qu’elle travaillait pour la plus grande gloire de Dieu dès qu’elle travaillait pour lui. ”
Citations sur “Obernay”
George Sand,
Valvèdre
(1861)
“ Les paysans qui élèvent des bœufs sont plus lents et plus lourds que ceux qui élèvent des chevaux, et ils naissent ainsi de père en fils. Enfin, sans vouloir m’égarer dans de nombreux exemples, je puis dire qu’Obernay est resté comme une preuve acquise à mon système. J’ai pleinement reconnu par la suite que, si son visage, sans beauté réelle, mais éminemment agréable, avait l’éclat d’une rose, — son âme, sans génie d’initiative, avait le charme profond de l’harmonie, et comme qui dirait un suave et splendide parfum d’honnêteté. ”
George Sand,
Valvèdre
(1861)
“ C’est là que je trouvai Henri Obernay. Il y était installé pour une huitaine, son compagnon de voyage voulant explorer les glaciers. La maison de bois dont ils s’étaient emparés était grande, pittoresque, et d’une propreté réjouissante. On m’y fit place, car c’était une espèce d’auberge pour les touristes. Je vois encore les paysages grandioses qui se déroulaient sous les yeux, de toutes les faces de la galerie extérieure, placée au couronnement de ce beau chalet. Un énorme banc de rochers préservait le hameau du vent d’est et des avalanches. ”
George Sand,
Valvèdre
(1861)
“ Quand nous approchâmes de Genève, les passagers, qui, de la cabine, firent irruption sur le pont, nous séparèrent. Mon nouvel ami fut abordé par plusieurs d’entre eux, et je dus m’éloigner. Je remarquai que tous semblaient lui parler avec une extrême déférence ; néanmoins, comme il avait eu la délicatesse de ne pas s’enquérir de mon nom, je crus devoir respecter également son incognito. Une demi-heure après, j’étais à la porte d’Obernay. Le cœur me battait avec tant de violence, que je m’arrêtai un instant pour me remettre. Ce fut Obernay lui-même qui vint m’ouvrir ”
“ Les premières heures furent consacrées et pour ainsi dire laborieusement employées à nous reconnaître, Obernay et moi. On sait combien est rapide le développement qui succède à l’adolescence, et nous étions réellement beaucoup changés. J’étais pourtant resté assez petit en comparaison d’Henri, qui avait poussé comme un jeune chêne ”
“ M. Obernay père, professeur ès-sciences à Genève, était un homme d’un vrai mérite. Son fils avait annoncé devoir tenir de lui. Sa famille était chère à la mienne. Enfin ma mère désirait savoir si la petite Adélaïde était toujours aimable et jolie. Je devinai quelque projet ou du moins quelque souhait d’alliance, et, bien que je ne fusse nullement disposé à commencer par la fin le roman de ma jeunesse, la curiosité aidant un peu le devoir, je me présentai chez le professeur ès-sciences. ”
“ Elle sourit avec une ineffable douceur, et elle allait répondre. J'étais suspendu au mouvement de ses lèvres; Moserwald, penché sur la table, ne regardait nullement dans la loupe d'Obernay, qu'il avait prise machinalement et qu'il ternissait de son haleine, au grand déplaisir du botaniste. Il grimaçait derrière cette loupe; mais il avait un oeil braqué sur moi, et louchait d'une façon si burlesque, que madame de Valvèdre partit d'un éclat de rire. Ce fut pour moi un moment de cruel triomphe, mais qu'un instant après j'expiai cruellement. ”
“ Je n’éprouvais aucune curiosité pour les modernes foyers de civilisation, j’avais soif de poésie et de pittoresque. Je voulais voir, en Suisse d’abord, les grands monumens de la nature, en Italie ensuite les grands monumens de l’art. Ma première et presque ma seule visite à Genève fut pour un ami de mon père dont le fils avait été, à Paris, mon compagnon d’études et mon ami de cœur ; mais les adolescens s’écrivent peu. Henri Obernay fut le premier à négliger notre correspondance. ”
Joseph Alter, Sainte Eugénie, ou Un ange de la charité chrétienne au huitième siècle (1868)
“ Ville libre impériale, Obernai, par l'ancienneté de son origine, la beauté de sa situation, le séjour privilégié qu'en firent les ducs d'Alsace et de Souabe et plusieurs empereurs d'Allemagne (1) , était la reine de la contrée, et de nos jours encore, quand les villageois d'alentour la désignent, comme les bergers de Virgile, ils disent la Ville. Et c'est une ville en effet, car le commerce y est florissant, ses marchés sont bien pourvus, ses habitants riches et aisés, et la société distinguée. ”
René Bazin,
Les Oberlé ([15e édition])
(1901)
“ Obernai fut laissé à droite. Un chemin de traverse pointait sur Alsheim. Bientôt le toit bleu des Oberlé apparut et grandit dans la verdure. «Lucienne! Lucienne! Lucienne! » ................. Dans la maison qu'assoupit la chaleur orageuse de cette journée d'automne, une seule voix rompt le silence, et si faible, si monotone ! C'est celle de madame Monique Oberlé. Près du fauteuil du grand-père, dans la chambre que l'infirme ne quitte plus, madame Oberlé lit, tout haut, le Journal d'Alsace. Car le facteur vient de faire la distribution du soir. ”
Vie d'Oberlin,... (1845)
“ «Pourquoi ne travaillezvous pas? » demandait-il. — « Hélas I Monsieur le pasteur, je ne trouve point d'ouvrage. » — « Oh ! s'il ne tient qu'à cela, je veux vous en procurer. Portezmoi ces pierres, etc. » — Si les mendiants préféraient vagabonder sans rien faire, ils ne se montraient plus dès-lors dans le Ban de la Roche. Si la paresse du corps était odieuse à notre Oberlin, cette paresse d'esprit, qui ne peut réfléchir sur rien, et qui fait tout machinalement et par routine, lui étaic plus insupportable encore. ”
Joseph Gyss, La question de l'origine de Thomas Murner… (1867)
“ Mais admettons franchement que la filiation, que j'ai indiquée hypothétiquement, ne repose sur aucun fondement solide et que rien ne prouve que le bourgmestre Thomas Murner, qui quitta Obernai pour établir son domicile à Strasbourg, ait été le père du célèbre Franciscain Thomas Murner, s'en suivra-t-il que ce ci-devant bourgmestre d'Obernai doive être considéré comme un personnage complètement étranger à la question qui nous occupe? Je ne le pense pas. Etant admis. ”
Louis Spach,
Oberlin, pasteur du Ban-de-la-Roche
(1866)
“ « Si vous ne venez à notre secours, sans tarder, nous succombons, nous sommes perdus. Si vous le pouvez, venez à notre aide; si vous ne le pouvez pas, priez pour nous, et que Dieu nous donne une mort paisible au cœur de cet épuisement. » Cet appel fut entendu. A Strasbourg, la véracité, la modération d'Oberlin étaient connues; on savait, à n'en pas douter, qu'il ne ferait jamais usage de rhétorique, et moins que jamais dans un moment aussi sérieux; on savait que lorsque lui, le pasteur bientôt octogénaire, s'écriait: «Nous mourons ! » on mourait. ”
Frédéric Bernard, Vie d'Oberlin, par Frédéric Bernard (1867)
“ Enfin la porte s'ouvre et Oberlin paraît. Sa taille est moyenne, mais les ans ne l'ont point courbée. La plus grande propreté règne dans son habillement entièrement noir; sa tête, blanchie par de nombreux travaux et par plus de quatre-vingt-deux hivers, est couverte d'un bonnet éclatant de blancheur. Le génie brille encore dans ses yeux, dont l'éclat commence à s'éteindre. ”
Louis Spach,
Oberlin, pasteur du Ban-de-la-Roche
(1866)
“ A la rigueur, on y trouvait du sel à mettre sur le pain ou les pommes de terre, mais certainement point de sucre pour y confire des fruits. Le père Oberlin avait bien un petit pied-à-terre dans te village de Schiltigheim, aux portes de Strasbourg; mais c'était par un motif d'économie bien entendue ; il fallait, en été, les dimanches, avoir un asile quelconque, non loin de la ville, pour faire prendre l'air à sa nombreuse couvée ; il fallait bien se promener, sans aller se rafraîchir, comme on dit en style du pays, dans un cabaret de village. ”
Louis Spach,
Oberlin, pasteur du Ban-de-la-Roche
(1866)
“ Oberlin avait appliqué tout juste un demi-siècle à étudier sa paroisse, à en connaître une à une toutes les âmes, qui atteignaient maintenant au chiffre de trois mille; Oberlin nommait chacun des siens par son nom, comme César les soldats de son armée ; dans sa mémoire fidèle et dans son cœur aimant, tous avaient leur place; il connaissait la nature et les besoins de chacun , et maintenant qu'il leur mesurait leur pâture, il ne souffrait pas qu'une miette de ce pain, livré par une louable charité, tombât par terre ou que le fort se fit une part aux dépens du faible. ”
Anaïs Démoulin, Oberlin (1884)
“ « C'est ma cuisine , répondit Oberlin en souriant. Je dine tous les jours à midi chez mes parents, d'où je rapporte un morceau de pain dans ma poche. Vers huit heures, j'émiette mon pain dans cette marmite, j'y ajoute de l'eau, un peu de sel, et je place ma lampe en dessous. Mon OBERLIN PRÉPARANT SON REPAS DU SOIR *" souper cuit ainsi économiquement pendant que je travaille et, quand la faim me presse, je mange ma soupe, qui me paraît meilleure que les mets les plus délicats. Voilà du-Ban-de-la-Roche tout pur ! s'écria Stuber avec joie. Vous êtes bien l'homme que je cherche. » ”
Charles Spindler,
Revue des Deux Mondes
“ Le brave père B..., qui, ce matin, est venu poser les fenêtres de ma nouvelle bâtisse, déplore lui aussi la guerre : un de ses fils est appelé sous les drapeaux, un autre est réformé. Il me dit : « À Obernai, il y a des gens qui prétendent qu’à la suite de cette guerre, nous redeviendrons Français. Des nigauds qui ne savent pas ce qu’ils disent ! Les affaires marchaient bien ces dernières années. Que voulait-on de plus ? Qui voulait se donner de la peine avait son pain assuré ; qui sait si, redevenus Français, nous pourrons en dire autant ? Moi, je crois toujours qu’on s’arrangera. » ”
Frédéric Bernard, Vie d'Oberlin, par Frédéric Bernard (1867)
“ Elle avait soigné Mme Oberlin à son lit de mort; elle se dévoua au soin d'élever les enfants et de remplacer leur mère auprès d'eux. Grâce à elle, l'ordre et l'économie continuèrent à régner dans le pauvre ménage du pasteur, et il put même augmenter ses ressources en créant un pensionnat, où il reçut au milieu de ses enfants, comme une plus nombreuse famille, des jeunes filles et de jeunes garçons. La salubrité du climat des montagnes et la confiance qu'inspirait Oberlin lui attirèrent des élèves, qu'il traitait en père, et dont il soignait le caractère et.les mœurs autant que l'instruction. ”
Louis Spach,
Oberlin, pasteur du Ban-de-la-Roche
(1866)
“ Mais ce qui était plus extraordinaire, plus étonnant encore, c'était de voir cette fille si active, si influente dans toutes les maisons des einq villages du Ban-de-la-Roche, de la voir rester à sa place, demeurer simple et d'une humilité enfantine. Elle n'aurait pas échangé sa position de servante d'Oberlin contre le rang d'une épouse d'inspecteur ecclésiastique, la plus haute dignité que pût rêver son imagination protestante!. Être et rester servante du «père Oberlin » était le terme extrême de son ambition terrestre. Il n'y a là rien qui doive nous étonner ”
Louis Spach,
Oberlin, pasteur du Ban-de-la-Roche
(1866)
“ Au moment de son début à Waldbach, fort heureusement la belle saison allait commencer; Oberlin aimait passionnément les hautes montagnes et les forêts; un lever ou un coucher de soleil splendide était pour lui un spectacle qui réparait ou qui doublait ses forces; en allant d'une cabane à l'autre, pour faire connaissance avec chaque famille de ses paroissiens, il se retrempait dans un air bienfaisant; les miasmes fétides de la pauvreté n'entamaient point sa poitrine robuste; la caresse innocente d'un enfant compensait l'accueil taciturne ou railleur des parents ”
René Bazin,
Les Oberlé ([15e édition])
(1901)
“ Madame Oberlé et ses enfants arrivèrent les derniers chez M. le conseiller intime. Les convives allemands firent accueil à Lucienne, qui retrouvait en eux des relations déjà anciennes. Ils furent polis pour la mère, qu'on savait ne fréquenter le monde officiel que par contrainte. Wilhelm von Farnow, présenté par madame Brausig, qui était seule dans la confidence des projets de l'officier, fit une inclination de tête cérémonieuse à la mère et à la jeune fille, se redressa, cambra la taille, et, aussitôt, rentra dans le groupe des hommes qui se tenaient près de la glace sans tain. ”
Louis Spach,
Oberlin, pasteur du Ban-de-la-Roche
(1866)
“ Mais peut-être un homme de l'art impartial en jugera-t-il différemment, et s'inclinera-t-il avec respect devant le nom et le souvenir d'un homme de bien, qui, par la seule force de sa volonté et de quelques centaines de bras dévoués, avait obtenu, en peu de temps, ces étonnants résultats. Oberlin avait donc peu à peu changé l'aspect extérieur, matériel de sa paroisse. A la vaine pâture, aux jachères, à quelques maigres sillons de seigle et d'avoine, il avait substitué des tapis de verdure; la tige de lin se balançait à côté du champ de trèfle ou des solanées. ”
Louis Spach,
Oberlin, pasteur du Ban-de-la-Roche
(1866)
“ Nous venons de voir Oberlin devant le cercueil de Sara et montrant le doigt de Dieu dans la mort précoce de cette pauvre enfant qui avait oublié un seul jour les préceptes du pasteur et s'était laissée aller, malgré la voix de sa conscience, à ce plaisir dangereux. Quant aux cabaretiers qui font danser, il les poursuit presque de ses invectives; il affirme qu'il n'en voit jamais qui prospèrent; il est convaincu qu'ils se chargent de la malédiction divine. ”
Frédéric Bernard, Vie d'Oberlin, par Frédéric Bernard (1867)
“ « Le bon homme reprit haleine et dit: Dieu soit loué ! je l'ai toujours pensé, et même dit, que M. le ministre de Waldbach ne ferait pas cela. » Grâce à Oberlin, on s'aimait et l'on vivait en paix au Ban de la Roche et aux alentours. Il y eut à Bel mont un violent incendie, où le pasteur donna l'exemple du dévouement; le lendemain, tous les villages catholiques des environs arrivaient à Belmont chargés de provisions et de secours de toute sorte. ”
Louis Spach,
Oberlin, pasteur du Ban-de-la-Roche
(1866)
“ Oberlin fit comprendre à ceux des habitants du Ban-de-la-Roche qui employaient ces enfants, pour la plupart venus du dehors, qu'ils manquaient à leurs devoirs de tutelle temporaire eu ne corrigeant pas ces petits de leurs défauts et en ne les surveillant pas plus fréquemment. Mais Oberlin ne se contentait jamais de prêcher; il proposait, à l'appui de chaque exhortation, de chaque sermon, un remède au mal qu'il signalait ou qu'il tançait. ”
Frédéric Bernard, Vie d'Oberlin, par Frédéric Bernard (1867)
“ L'agriculture était à créer; les routes manquaient; il n'y avait pas de maisons d'école; nulle industrie d'aucune sorte, et le patois était seul parlé dans ce canton, que son ignorance mettait ainsi à part de la grande patrie à laquelle il venait d'être rattaché. Oberlin commença par l'instruction. La baraque, décorée à Waldbach du nom d'école, et où logeaient alternativement le pâtre et le magister, menaçait de s'écrouler. ”
René Bazin,
Les Oberlé ([15e édition])
(1901)
“ Vous voyez bien Jean Oberlé ici présent, vous, mon père, vous, Monique, toi, Lucienne, eh bien ! j'ai une nouvelle à vous annoncer à son sujet. Je lui ai permis d'habiter définitivement Alsheim, de devenir industriel et marchand de bois. Trois visages se colorèrent à la fois ; Victor lui- même, tremblant comme une feuille, retira son ravier. ”
Louis Spach,
Oberlin, pasteur du Ban-de-la-Roche
(1866)
“ Celui qui écrit ces lignes aurait été trop heureux, s'il avait été jugé digne, dans sa jeunesse, de courir une semblable carrière. Cependant n'exagérons rien; pour des êtres tels qu'Oberlin, la vie, dans quelque coin du monde qu'elle se passe, présentera toute espèce d'occasions de servir Dieu et les hommes. Qu'Oberlin eût été aumônier de régiment, aumônier des prisons, qu'il eût été jeté au sein d'une grande capitale, il eût trouvé des païens à convertir, des âmes à sauver. ”
Albert Abraham Neher, La double demeure : scènes de la vie juive en Alsace (1965)
“ Par son mariage en 1907 avec sa petite cousine Rosette Strauss d'Obernai, il fonde un foyer d'un rayonnement harmonieux dont l'hospitalité et la grâce devinrent vite légendaires. Obernai, le château de Gail, le grand jardin peuplé d'arbres fruitiers, de marronniers et de sapins, peuplé aussi des quatre enfants Neher, de tous les cousins et de tous les amis venus de près ou de loin ”
