“ Pétrone est admirable partout, dans la pureté de son style, dans la délicatesse de ses sentiments. Ce qui me surprend davantage est cette grande facilité à nous donner ingénieusement toutes sortes de caractères. Térence est peut-être l’auteur de l’antiquité qui entre le mieux dans le naturel des personnes : j’y trouve cela à redire, qu’il a trop peu d’étendue ; et tout son talent est borné à faire bien parler des valets et des vieillards, un père avare, un fils débauché : voilà où s’étend la capacité de Térence. ”
Pétrone de Térence
Définition et enjeux
Citations sur “Pétrone de Térence”
“ N’attendez de lui ni galanterie, ni passion, ni les sentiments, ni les discours d’un honnête homme. Pétrone, d’un esprit universel, trouve le génie de toutes les professions, et se forme, comme il lui plaît, à mille naturels différents. S’il introduit un déclamateur, il en prend si bien l’air et le style, qu’on dirait qu’il a déclamé toute sa vie. ”
Gaston Boissier,
Un Roman de mœurs sous Néron - Le Satiricon de Pétrone
“ Sans autre ressource que leur industrie, sans respect pour des lois qui leur avaient fait une existence si dure, forcés de vivre aux dépens des autres et s’y résignant sans peine, ils étaient merveilleusement préparés par leur situation à faire des héros d’aventures. C’est à cette classe d’hommes qu’appartiennent les personnages de Pétrone. Le principal d’entre eux, Encolpe, celui qui raconte son histoire, est un misérable qui a tué, volé, déshonoré la femme d’un ami, et qui ne paraît pas s’en faire de scrupules. ”
“ À la tête des nombreux admirateurs de Pétrone, marchent Vossius et Douza, Turnèbe et Pithou, Briet et Ronsin. Les censures même, hasardées contre Pétrone, sont mêlées, disent-ils, d’éloges arrachés par la force de la vérité ; et, dans la bouche d’un ennemi, la louange est d’un bien plus grand poids que les reproches. ”
Gaston Boissier,
Un Roman de mœurs sous Néron - Le Satiricon de Pétrone
“ Quand il s’agit de reproduire les entretiens de ces pauvres gens, Pétrone attrape avec une habileté merveilleuse leur façon de plaisanter et de moraliser. Il suit pas à pas tous les caprices de leurs interminables commérages. Il est d’abord question d’un camarade qu’ils viennent de perdre. ”
Gaston Boissier,
Un Roman de mœurs sous Néron - Le Satiricon de Pétrone
“ Toute cette discussion est pleine de sens ; il n’en est pas moins étrange de voir Pétrone prendre avec tant de feu le parti « de la grande et chaste éloquence, » et de lui entendre dire en vers énergiques que, « si l’on est épris d’un art austère et si l’on a l’âme tournée au grand, il faut d’abord soumettre ses mœurs aux lois d’une honnêteté rigoureuse : » préceptes excellens, mais qui surprennent un peu venant de cet écrivain et placés dans ce livre ! ”
Marcel Schwob,
Vies imaginaires
(1929)
“ Ainsi Pétrone vécut mollement, pensant que l'air même qu'il aspirait fût parfumé pour son usage. Quand il fut parvenu à l'adolescence, après avoir enfermé sa première barbe dans un coffret orné, il commença de regarder autour de lui. Un esclave du nom de Syrus, qui avait servi dans l'arène, lui montra les choses inconnues. Pétrone était petit, noir, et louchait d'un œil. Il n'était point de race noble. Il avait des mains d'artisan et un esprit cultivé. ”
Henryk Sienkiewicz,
Quo vadis
(s. d. (avant 1936))
“ C’est vrai, seigneur, rien ne peut échapper à la sagacité de Pétrone. Je ne lui ai pas donné d’argent, ou plutôt je lui en ai donné en intention, en mon for intérieur, ce qui devrait lui suffire, s’il était un vrai philosophe... ”
“ Cette langue populaire, déjà corrompue, est du reste bien plus celle du Banquet que des Aventures d’Encolpe, mais qu’il faille ou non l’attribuer à Pétrone, combien n’est-elle pas plus intéressante pour nous avec sa verdeur pittoresque et savoureuse que cette écriture tendue et morbide, ces oppositions de mots, ces scintillements d’expression, toute cette froide et savante cuisine de style dont Pétrone n’a pas toujours su s’affranchir même dans sa prose, parce qu’il était homme de lettres. ”
“ Le Pétrone dont parle Tacite est pour moi le véritable Pétrone. Il est homme de goût et d’esprit ; il est homme d’état et homme de plaisirs ; il dort le jour, la nuit il s’amuse et il travaille ; il meurt sous Néron, et il meurt en riant ”
“ Philumène, cette honnête dame, n’est pas moins bonne, qui, après avoir escroqué plusieurs héritages dans la fleur de sa jeunesse et de sa beauté, devenue vieille, et par conséquent inutile à tout plaisir, tâchait de continuer ce bel art par le moyen de ses enfants, qu’avec mille beaux discours elle introduisait auprès des vieillards qui n’en avaient point. Enfin, il n’y a profession dont Pétrone ne suive admirablement le génie. Il est poète, il est orateur, il est philosophe, quand il lui plaît. ”
“ Pétrone devant la critique moderne. — De tout ce qui précède, le lecteur se croirait peut-être en droit de conclure que nous ne savons rien de certain sur Pétrone et son œuvre. La science contemporaine, avec ses méthodes patientes et prudentes, est pourtant arrivée à certaines conclusions qui, pour modestes qu’elles soient, n’en ont pas moins l’avantage d’être certaines. Le texte très altéré de Pétrone a été rétabli et minutieusement commenté par MM. Bücheler et Friedlander, dont nous avons généralement adopté les conclusions dans cette traduction. ”
“ La première difficulté qui se présentait, c’était le choix d’un texte : l’ouvrage de Pétrone a tellement souffert de l’injure des temps et de l’ignorance des copistes, qu’il offre à chaque instant des passages mutilés ou corrompus, dont il est impossible de fixer le véritable sens, malgré les doctes et laborieuses élucubrations des Reinesius, des Douza, des Gonsalle de Salas, des Barthius, des Heinsius, des Pithou, des Bourdelot, des Bouhier, des Burmann, et d’une foule d’autres savants illustres. ”
Victor Hugo,
Proses philosophiques
“ On peut, à coup sûr, être un esprit ironique et tranquille, ne croire à rien, et quitter cette vie d’une façon fière. Pétrone, homme de plaisir, fait tout ce qu’il peut pour mourir voluptueusement. Il se met dans un bain tiède, relit l’ordre de Néron, récite quelques vers d’amour, puis prend un couteau et se coupe les quatre veines ”
“ Encolpe, soit que, dès son bas âge, par quelque accident ordinaire il eût perdu ses parents, soit que simplement, dans les premiers jours de l’adolescence, emporté par la fougue des passions, il se fût, sans tarder, soustrait à la domination ordinairement si douce, presque toujours si utile, mais parfois importune, d’un père et d’une mère, Encolpe, dis-je, paraît avoir été représenté par Pétrone comme ayant été de très bonne heure livré à lui-même et maître de ses actions. ”
Ammien Marcellin, Marcellin, Jornandès, Frontin, Végèce…
“ Cette passion, chez le prince, était encore excitée par son beau-père Pétrone, personnage hideux de mœurs autant que d’aspect, qui, de simple officier de la légion Martense, n’avait fait qu’un saut au patriciat. Pétrone, avide de dépouilles, se prenant à tous avec la même fureur, enveloppait dans ses filets innocents et coupables. ”
“ Disons plus : le rôle que, dans nos fragments, nous le voyons jouer vis-à-vis des femmes en général, ne répondant nullement aux moyens dont la nature l’avait si libéralement pourvu, semble annoncer que Pétrone l’avait voulu représenter comme assez peu porté à les contenter. ”
“ Le dernier vers, traduit mot à mot, est plat, incohérent, ridicule ; il ternit toutes les grâces des précédents ; il présente l’idée funeste d’une mort véritable. Pétrone ne sait presque jamais s’arrêter. C’est le défaut d’un jeune homme dont le goût est encore égaré. C’est dommage que ces vers ne soient pas faits pour une femme ; mais enfin il est évident qu’ils ne sont pas une satire de Néron. Ce sont les vers d’un jeune homme dissolu qui célèbre ses plaisirs infâmes. ”
Gaston Boissier,
Un Roman de mœurs sous Néron - Le Satiricon de Pétrone
“ C’est donc vraiment un royaume que gouverne Trimalchion, et dans ses possessions il vit comme un prince. Ses gens imitent ses manières ; ils sont insolens pour les étrangers, durs à leurs serviteurs. Esclaves eux-mêmes et souvent maltraités par le maître, ils ont des esclaves qu’ils maltraitent pour se venger. Pétrone nous en représente un qui est prêt à punir de mort un de ses serviteurs. Tout le monde lui demande de faire grâce, mais il se fait prier pour y consentir. ”
“ Si j’osais, après tant de savants qui se sont épuisés en conjectures sur cet ouvrage, émettre mon opinion personnelle, je dirais : Non, le Satyricon n’est pas la diatribe contre Néron, que Pétrone composa à l’article de la mort, tandis que sa vie s’écoulait avec son sang : la longueur de cette Satyre ne permet pas de le croire ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
(1877)
“ Il traduisit le poëme de Pétrone sur la guerre civile ; non qu’il pensât que cette déclamation, pleine de pensées fausses, approchât de la sage et élégante noblesse de Virgile : il savait que la satire de Pétrone [401] , quoique semée de traits charmants, n’est que le caprice d’un jeune homme obscur qui n’eut de frein ni dans ses mœurs ni dans son style. Des hommes qui se sont donnés pour des maîtres de goût et de volupté estiment tout dans Pétrone ”
“ Loin de nous la pensée de vouloir faire de Pétrone un moraliste de profession qui, dorant la pilule, fait passer la leçon dans une anecdote scabreuse. Il n’espérait sans doute le succès que de la liberté de ses récits, qui sont, il faut l’avouer, aussi amusants que licencieux, de la perfection de son style, de la vérité de son observation. Mais un observateur clairvoyant ne peut être que sérieux, puisqu’au fond la vie n’est pas gaie, et il ne faut pas laisser dire que la seule raison du succès de Pétrone c’est son immoralité. ”
“ « Son pinceau, dit-il, respire partout la chaleur de l’imagination et la délicatesse de l’esprit ; il est riant dans ses descriptions, coulant, net et facile dans sa narration, admirable dans ses vers, et, ce qui le caractérise plus particulièrement, il est toujours fin et délicat en fait de galanterie, quand il parle de celle que la nature avoue. » Je fais grâce des éloges prodigués à Pétrone par ses différents traducteurs, ils pourraient paraître suspects ; mais on me permettra, du moins, d’opposer à ses censeurs les suffrages de Saint-Evremond. ”
“ Souvent, en ses narrations, il se laisse aller au simple naturel, et se contente des grâces de la naïveté ; quelquefois, il met la dernière main à son ouvrage, et il n’y a rien de si poli. Catulle et Martial traitent les mêmes choses grossièrement ; et si quelqu’un pouvait trouver le secret d’envelopper les ordures avec un langage pareil au sien, je réponds pour les dames qu’elles donneraient des louanges à sa discrétion. Mais ce que Pétrone a de plus particulier, c’est qu’à la réserve d’Horace, en quelques odes, il est peut-être le seul de l’antiquité qui ait su parler de galanterie. ”
“ Les esclaves prêts à être affranchis, se rasaient la tête, et en consacraient la dépouille à quelque dieu, comme en échange du bienfait de la liberté qu’ils supposaient lui devoir. Les matelots en faisaient autant, non-seulement dans la circonstance dont parle Pétrone, mais encore lorsque, échappés du naufrage, ils étaient de retour dans leur patrie : alors ils faisaient ce sacrifice à la mer, et, de plus, suspendaient leurs vêtements humides dans le temple de Neptune. ”
“ Celle même de Varron, quoique plus proche de son origine, montre rarement le vice couvert de ridicule ou d’opprobre. Sa philosophie badine plus qu’elle ne dogmatise ; elle cache sous les fleurs les épines de l’érudition, et ses leçons de morale, elle ne les donne qu’en se jouant. La satyre chez Pétrone est encore plus indulgente. Ne cherchez pas en elle un pédagogue : enfant gâté d’Epicure, sa malignité s’endort auprès du vice aimable ; craignez qu’elle ne s’éveille aux sermons de la sagesse. Près de Pétrone, l’âne d’Apulée est un Caton. ”
“ On ne saurait douter que Pétrone n’ait voulu décrire les débauches de Néron, et que ce prince ne soit le principal objet de son ridicule, mais de savoir si les personnes qu’il introduit sont véritables ou feintes ; s’il nous donne des caractères à sa fantaisie, ou le propre naturel de certaines gens, la chose est fort difficile, et on ne peut raisonnablement s’en assurer. Je pense, pour moi, qu’il n’y a aucun personnage dans Pétrone qui ne puisse convenir à Néron. Sous Trimalcion, il se moque apparemment de sa magnificence ridicule et de l’extravagance de ses plaisirs. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ Il y a des expressions à la vérité, dont ni Cicéron, ni Virgile, ni Horace, ne se servent ; mais le vrai Pétrone est plein d’expressions pareilles, que de nouvelles mœurs et de nouveaux usages avaient mises à la mode. Au reste, je ne fais cet article touchant Nodot que pour faire voir que la satire de Pétrone n’est point du tout celle que le consul Pétrone envoya, dit-on, à Néron, avant de se faire ouvrir les veines : « Flagitia principis sub nominibus exoletorum feminarumque, et novitate cujusque stupri perscripsit, atque obsignata misit Neroni [181] . » ”
“ Je pourrais dire encore que le bon Eumolpe est couru des petits enfants quand il récite ses vers ; mais quand il corrompt son disciple, la mère le regarde comme un philosophe ; et, couché dans une même chambre, le père ne s’éveille pas. Tant le ridicule est sévèrement puni chez Pétrone, et le vice heureusement protégé ! Jugez par là si la vertu n’a pas besoin d’un autre orateur pour être persuadée. Je pense qu’il était du sentiment de Beautru : qu’honnête homme et bonnes mœurs ne s’accordent pas ensemble. ”
“ Revenu au vice ou à la fanfaronnade du vice, il fut admis dans la cour intime de Néron, et devint l’arbitre du bon goût en toute chose [45] ; rien n’était galant, délicieux que Pétrone ne l’eût approuvé. L’affreux Tigellin, qui régnait par sa bassesse et sa méchanceté, craignit un rival qui le surpassait dans la science des voluptés ; il réussit à le perdre. Pétrone se respectait trop pour lutter contre ce misérable. Il ne voulut point cependant quitter brusquement la vie. ”
“ Valois [14] croyait remarquer dans son style un air un peu étranger ; il se servait même de cet argument, pour prouver que notre auteur était Gaulois, et qu’il vécut après Suétone. Saumaise ne trouve dans les fragments de Pétrone que des extraits faits sans goût par quelques libertins obscurs du Bas-Empire. « Pétrone, dit Bayle [15] , est moins dangereux dans ses tableaux trop nus, que dans les délicatesses dont Bussy-Rabutin les a revêtus ; et la galanterie se présente, dans les Amours des Gaules, sous des formes bien plus aimables que dans le Satyricon. » ”
“ La satire de Pétrone est un mélange de bon et de mauvais, de moralités et d’ordures ; elle annonce la décadence du siècle qui suivit celui d’Auguste. On voit un jeune homme échappé des écoles pour fréquenter le barreau, et qui veut donner des règles d’éloquence et des exemples de poésie. ”
Gaston Boissier,
Un Roman de mœurs sous Néron - Le Satiricon de Pétrone
“ Quand on connaît la situation qu’occupait Pétrone auprès de l’empereur et dans quelle intention il écrivait, quand on sait que le Satiricon a dû être la lecture favorite du prince et de ses amis, on est disposé à faire plus d’attention à ces récits légers qu’il renferme ; on y cherche le tableau des mœurs et des opinions de ce temps, on s’y instruit de ces mille détails curieux que l’histoire ne daigne pas raconter ; on s’en sert pour pénétrer dans ces recoins obscurs qu’une époque ne montre pas volontiers à celle qui la suit, et qu’on a tant d’intérêt à découvrir quand elle n’est plus ”
Gaston Boissier,
Un Roman de mœurs sous Néron - Le Satiricon de Pétrone
“ Peut-être aussi, malgré les applaudissemens que lui prodiguaient ces gens d’esprit, comprit-il tout ce que leur goût avait d’incomplet et d’étroit. Il y a des sociétés qui n’aiment pas assez les lettres ; il y en a d’autres à qui l’on peut reprocher de les aimer trop. Celle au milieu de laquelle vivaient Lucain et Pétrone poussait l’amour de la poésie et des arts jusqu’à la manie. ”
