“ C’est ce Rouvier apoplectique et fortement musclé qui faisait tête avec le plus d’énergie à la meute des révélations. Par deux fois pourtant, on le sentit sur ses boulets ; dans deux détresses, la Chambre soulevée de cruelle curiosité crut le voir qui s’avouait un pauvre homme exténué. Spectacle inoubliable, ces deux gestes rapides ! Ce fut d’abord quand il exposait à la tribune son système de défense (séance du 23 décembre) . ”
Citations sur “Rouvier”
“ Cependant les poursuites étaient accordées à une énorme majorité, en quinze minutes. Ce drame avait mis hors d’eux-mêmes amis et ennemis. Par cet instinct qui amasse la foule autour d’un cheval qui s’abat, ils ne songeaient plus qu’à voir la figure des cinq. Sortis, les yeux étincelants, de leurs bureaux dans les couloirs, ils s’y heurtèrent d’abord à ce Rouvier, mais combien transformé ! les mains dans les mains de deux ou trois fidèles qu’il tutoie. Sa figure bouleversée d’une façon inexprimable, je ne puis la comparer qu’à l’épouvante qui demeure sur la face des assassinés. ”
Francis Charmes,
Revue des Deux Mondes
“ Le gouvernement n’a rien fait pour combattre l’impression de sa parole, et M. Rouvier, le lendemain, l’a retrouvée tout entière, répandue en quelque sorte dans l’atmosphère de la Chambre, lorsqu’il a prononcé le beau discours qui a porté l’émotion à son comble. ”
Édouard Drumont,
La dernière bataille : nouvelle étude psychologique et sociale
(1890)
“ Le rapporteur de la commission, un député de la droite, M. Georges Roche, qui avait sans doute des raisons particulières pour détester la lumière et préférer le mystère et le silence, trouva le triste courage de combattre cette proposition si équitable et si loyale. Il fut naturellement très chaleureusement approuvé par Rouvier, qui eut là un mot épique, un mot à la Rouvier. Il y a, en effet, des mots à la Rouvier comme il y a des mots à la Meyer. Ces deux hommes de bien ont une marque de fabrique. — Poursuivez ! Faites justice de ceux qui ont exploité tant de braves gens! ”
Gustave Planche,
Revue des Théâtres, — Le Village…
“ Sans accroître beaucoup le nombre des personnages, il pouvait rendre l’épreuve plus difficile pour Dupuis, et retarder la conversion de Rouvière. À coup sûr, je n’entends pas plaider ici la cause de l’immobilité. Il me paraît impossible de connaître la mesure de son intelligence en n’abandonnant jamais la vue de son clocher. Cependant la vie casanière engourdit nos facultés, le mouvement sans trêve et sans but laisse dans l’âme une mélancolie profonde. Je trouve donc que Rouvière, après avoir tant couru, a cent fois raison de se reposer. ”
François-Marie-Anatole de Rovérié de Cabrières,
Allocution prononcée dans l'église paroissiale de Brignon…
(1867)
“ C'est vous. Mes Frères, c'est vous qui me donnerez la liberté de tout dire, et de tout dire sans danger. Vous raconterez sans doute à Rouvière ce que nous aurons fait ensemble pour honorer son ami. Ne lui parlez pas de la place que nous sommes si heureux de lui consacrer dans notre admiration comme dans notre respect, à côté de son vaillant émule. Ne lui renvoyez pas l'écho, même affaibli, de mes éloges, et laissez lui penser que la victoire est muette, quand ses palmes ou ses lauriers ne peuvent pas descendre sur un tombeau ! ”
Gustave Planche,
Revue des Théâtres, — Le Village…
“ Elle trouve, pour l’expression de ses regrets et de sa soumission à la volonté divine, des accens qu’un poète ne désavouerait pas. Rouvière, après lui avoir résisté en esprit fort, en essayant de la railler, se laisse attendrir. Il s’étonne, il admire, il ose à peine insister sur l’accomplissement du projet que sans lui Dupuis n’aurait jamais conçu. Le vieux notaire reparaît avec sa malle faite. Les chevaux sont attelés. Tout est prêt pour le départ des deux amis, quand tout à coup Rouvière jette les yeux sur un calendrier. ”
Charles Baudelaire,
Œuvres posthumes
“ Et bien d’autres rôles dont je ne me souviens pas actuellement. Physiquement, Rouvière était un petit moricaud nerveux, ayant gardé jusqu’à la fin l’accent du Midi, et montrant dans la conversation des finesses inattendues... — pas cabotin et fuyant les cabotins. — Cependant, très épris d’aventures, il avait suivi des saltimbanques pour étudier leurs mœurs. — Très homme du monde, quoique comédien, très éloquent. ”
“ Ses déceptions dans les intrigues de la politique où il poursuivait le bien public avaient préparé ce nerveux Sturel à ressentir une gaieté cruelle chaque fois qu’il rencontrait une expression particulièrement vile de ce « chacun pour soi » qui, du haut en bas, fait la loi : l’image d’une ignoble lutte à main plate entre les Rouvier, les Baïhaut, les Clemenceau, les Hébrard, et leurs dignes frères de « la Grande Maub’ » contentait son besoin de mépriser. Quant aux misères de Fanfournot, il leur opposait une brutale insensibilité d’homme que ses passions accaparent. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ Sans table, sans équipage, mais de grands biens, une cour de caillettes de Paris les soirs chez sa femme, avec un souper et des tables de jeu, et grande bassesse avec la robe qui leur fit gagner force procès. Son frère, doux, liant, poli, orné de beaucoup de simplicité, de lecture et d’esprit, plein d’honneur, de courage, de sentiment, de bonne gloire, étoit, à force de disgrâces, devenu solitaire et sauvage, et fut, ce qui est fort rare, également estimé, honoré et peu compté. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ Lorsqu’il finit de parler, le nouveau grand se découvre, ploie un genou tout à fait à terre, prend la main droite du roi, qui est exprès dégantée, avec la sienne, la baise, se relève et fait une profonde révérence au roi, qui alors se découvre tout à fait et se recouvre à l’instant, et le nouveau grand passe au coin du tapis de pied, salue tous les côtés des grands qui sont découverts et s’inclinent un peu à lui, et il va pour cette unique fois se placer à la muraille au-dessus d’eux tous, à côté et au-dessous du majordome-major, sans aucune façon ni compliment. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ Il demanda au capitaine qui l’avoit mis où il le voyoit, qui répondit que c’étoit Louvois qui avoit passé par là. « Mais, reprit le roi, ne lui avez-vous pas dit que c’étoit moi qui vous avois placé ? — Oui, sire, » répondit le capitaine. Le roi piqué se tourne vers sa suite, et dit : « N’est-ce pas là le métier de Louvois ? Il se croit un grand homme de guerre et savoir tout ; » et tout de suite replaça le capitaine avec sa garde où il l’avoit mis le matin. C’étoit en effet sottise et insolence de Louvois, et le roi avoit dit vrai sur son compte. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ Il avoit une maison dans le village de Livry où il se croyoit tout permis. Non content de désoler Livry sur les chasses, et Livry en étoit capitaine et seigneur du lieu avec qui je le raccommodai bien des fois, il s’avisa d’ouvrir, devant une grille de son jardin, une route prodigieusement large tout à travers de la forêt de Livry et de faire cette expédition avec tant d’ouvriers qu’elle fut achevée avant qu’on s’en fût aperçu. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ C’étoit un homme dont le père ou le grand-père obscur avoit apparemment trouvé le nom et les armes de Rouvroy meilleures à prendre dans le choix qu’il s’en proposoit, puisqu’il les prit sans en être. Le peu qu’ils étoient le fit longtemps ignorer. Ce Rouvroy-ci avoit deux sœurs. La beauté de l’une a fait longtemps du bruit. Elle avoit été fille d’honneur de Madame, et Saint-Vallier, capitaine de la porte du roi alors, l’épousa. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ « Tout cela, monsieur, assurez-vous-en bien et ne le laissez pas ignorer au régent, n’est que le chausse-pied, vous en verrez bien d’autres ; mais.... et.... car.... » Et d’autres mots coupés, comme une femme qui sait et qui se retient, et tout de suite se lève pour s’en aller. J’eus beau faire, je n’en pus rien tirer de plus. En passant la porte : « Il n’est pas temps encore, me dit-elle, mais je vous reverrai, mais ne vous endormez pas, ni M. le duc d’Orléans. » ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ « Monsieur, lui dis-je, quand vous aurez les fées à votre disposition avec leurs baguettes, je serai de votre avis pour ceci ; car, en effet, rien ne seroit plus admirable, et je n’ai jamais compris qu’on ait pu choisir Versailles, beaucoup moins préférer ce cloaque à ce qu’est Saint-Germain ; mais pour ce que vous me proposez, il nous faut les fées ; jusqu’à ce que vous les ayez en main, il n’y a pas moyen d’en raisonner. » Il se mit à rire, et voulut soutenir que sans fées la chose étoit possible, et n’étoit pas un objet tel qu’il voyoit bien que je le pensois. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ Il se couvre et tous les grands. Alors La Roche, qui a une liste à la main, ouvre la porte opposée à celle par où le roi et sa cour est entrée, et appelle à haute voix le premier qui se trouve sur la liste. Celui-là entre, fait au roi une profonde révérence en entrant, une au milieu, puis se met à genoux devant le roi, excepté les prêtres qui ôtent leur calotte, et font une génuflexion en abordant le roi et en se retirant, et parlent debout, mais baissés. C’est le roi qui à leur génuflexion les fait relever : tout autre demeure et parle à genoux, jusqu’à ce qu’il se retire. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ Tout d’un coup le bonhomme, qui le voyoit faire, s’en va droit à lui, et clignant un œil avec un doigt dessous, qui étoit quelquefois son geste : « Monsieur, lui dit-il tout haut, je vous vois faire ici un manège avec tous ces messieurs, et depuis plusieurs jours, et ce n’est pas pour rien ; je connois ma cour et mes gens depuis longues années, on ne m’en fera pas accroire je vois bien où cela va ; » et avec des tours et des inflexions de voix, qui embarrassoient tout à fait M. le Prince, qui se défendoit comme il pouvoit. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ Boissieux me dit tout joyeux que nous allions voir les ennemis ; qu’ils avoient reconnu leur camp au deçà de la Gette, et qu’il se passeroit sûrement une grande action. Nous le laissâmes aux prises avec ce qu’il y avoit encore à manger, et sur ces nouvelles nous montâmes à cheval. Un moment après je rencontrai Marsin, maréchal de camp, qui nous les confirma. Je m’en allai au moulin de Warem, dans lequel nos principaux généraux étoient montés avec M. le Duc et le maréchal de Joyeuse, tandis que M. de Luxembourg s’étoit avancé avec M. de Chartres et M. le prince de Conti. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ À chose sans ressource il faut prendre son parti, et il se prend plus aisément et plus honnêtement quand la chose ne porte pas immédiatement comme le rang intermédiaire dont les bâtards n’eurent jamais de moi ni compliment ni la moindre apparence. J’avois donc pris ma résolution. Dès que le roi fut à table, et qui m’avoit fort fixement regardé en passant, j’allai chez M. du Maine ; bien que l’heure fût un peu indue, les portes tombèrent devant moi, et je remarquai un homme surpris d’aise de ma visite, et qui vint au-devant de moi presque sur les airs, tout boiteux qu’il était. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ Ce père, qui étoit gentilhomme, vouloit être homme de qualité. Son frère, d’écuyer de l’archevêque de Lyon, puis de commandant son équipage de chasse, étoit devenu capitaine des gardes de la porte du roi par le confesseur, et son fils avoit eu sa charge après lui. Il avoit épousé une du Gué-Bagnols, riche, d’une famille de robe de Paris. Le P. de La Chaise se mouroit de douleur de ne pouvoir obtenir qu’elle allât à Marly, et le roi, malgré son foible pour lui, ne se pouvoit résoudre à faire manger sa nièce avec Mme la duchesse de Bourgogne, et à la faire entrer dans ses carrosses. ”
Cora Pearl,
Mémoires de Cora Pearl
(1898)
“ Il me rappelait les malheurs arrivés à un aimable gentilhomme, lors de certain bal, donné dans un camp; et j'en fis en riant l'observation. — Ah ! oui! dit Rouvray, en répétant le propos tenu dans cette circonstance par le cadet du héros de l'aventure : « Ce n'est rien, c'est mon frère, le duc de Bellano, qui... dé... goise !... » Ce souvenir nous mit en belle humeur. Nous rencontrâmes — c'était inévitable — un grand nombre de connaissances. En entrant au Bois, les chevaux prirent le pas. Le zouave se mit à chanter, — Dieu sait comme ! — C'est trop fort! dit de Rouvray. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ Elle auroit pu, quand elle vouloit sortir, se faire mener par quelqu’un ou se faire porter en chaise. Point du tout, elle alloit dans ces chaises à roue qu’on loue, qu’un homme traîne et qu’un petit garçon pousse par derrière, qu’elle prenoit au coin de la rue. En cet équipage, elle s’en alla voir Monsieur, qui étoit au Palais-Royal, et dit à son traîneur d’entrer. Les gardes de la porte le repoussèrent ; il eut beau dire ce qu’il voulut, il ne put les persuader. Mme d’Aiguillon laissoit disputer en silence. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ « Ah ! mon pauvre père, si tu vivois et que tu pusses voir un pauvre jardinier comme moi, ton fils, se promener en chaise à côté du plus grand roi du monde, rien ne manqueroit à ma joie. » Il étoit intendant des bâtiments et logeoit aux Tuileries, dont il avoit soin du jardin, qui est de lui, et du palais. Tout ce qu’il a fait est encore fort audessus de tout ce qui a été fait depuis, quelque soin qu’on ait pris de l’imiter et de travailler d’après lui le plus qu’il a été possible. ”
Frédéric Rouvier, Le P. Jean de Brébeuf, de la Compagnie de Jésus… (1890)
“ Lorsqu'au lever du soleil, les Iroquois parurent devant le village, comptant l'emporter par surprise comme la veille ils avaient emporté Saint-Ignace, derrière la palissade, ils virent cette poignée de chrétiens, l'âme tranquille, prête à combattre et à mourir. Un premier assaut est vaillamment repoussé. Un second est repoussé encore. Mais, à l'abri d'aussi primitives défenses, que pouvait une centaine de braves contre un millier d'assaillants? Attaqués de divers côtés à la fois, ils succombent sous le nombre. C'en est fait : l'ennemi triomphe, ils sont vaincus ! ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ En cet instant les deux princes se regardèrent l’un l’autre, sans presque savoir si ce qui se passoit étoit un songe ou une réalité, sans toutefois répondre un mot jusqu’à ce que, plus vivement pressés encore par le roi, ils balbutièrent je ne sais quoi qui ne dit rien de précis. M. du Maine, embarrassé de leur embarras, et fort peiné de ce qu’il ne sortoit rien de net de leur bouche, se mit en posture de leur embrasser les genoux. En ce moment le roi, les yeux mouillés de larmes, les pria de le vouloir bien embrasser en sa présence et de l’assurer par cette marque de leur amitié. ”
Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon,
Mémoires
“ Le roi entendit la messe à Saint-Cloud, et sur les huit heures du matin, Monsieur étant sans aucune espérance, Mme de Maintenon et Mme la duchesse de Bourgogne l’engagèrent de n’y pas demeurer davantage, et revinrent avec lui dans son carrosse. Comme il alloit partir et qu’il faisoit quelques amitiés à M. de Chartres, en pleurant fort tous deux, ce jeune prince sut profiter du moment. « Eh ! sire, que deviendrai-je ? lui dit-il en lui embrassant les cuisses ; je perds Monsieur, et je sais que vous ne m’aimez point. » ”
Charles Rouvier, Histoire des marins français sous la République… (1868)
“ Braves marins, il est temps de réparer tant de maux. Levez l'ancre, déployez l'oriflamme de la liberté et partons avec assurance pour la venger des outrages qu'on osa lui faire. Comptez sur les heureux destins de la France; le ciel, qui nous a aplani le chemin de la conquête, en glaçant les marais de la Hollande, soumettra les éléments à votre courage héroïque. L'aiguille de nos boussoles, aimantée par l'amour de la patrie, sera toujours tournée vers la liberté. ”
Frédéric Rouvier, Le P. Jean de Brébeuf, de la Compagnie de Jésus… (1890)
“ Les vainqueurs voulaient endormir les vaincus dans une sécurité trompeuse et une fois de plus les prendre au dépourvu. — Trop confiants, les Hurons croyaient en effet la paix revenue quand, un matin, au mois de mars 1649, de grands cris, des hurlements furieux se font entendre dans le village de Saint-Ignace. — Les Iroquois sont là. Comme un torrent dévastateur, ils se répandent partout. Éveillés en sursaut, les habitants peuvent à peine leur opposer un semblant de résistance et, en quelques instants, leur village n'est plus qu'un monceau de ruines. ”
