“ Stein faisait si bien figure de savant, dans son fauteuil et à sa table, et moi, de mon siège, je levais sur lui un regard si empreint d’anxiété, qu’il eût paru tout naturel de demander : – « Que faut-il faire ? » « Il leva un long index. – « Il n’y a qu’un remède. Une seule chose peut nous guérir de nous-mêmes. » L’index retomba sur le bureau avec un claquement sec. ”
Citations sur “Stein”
Houston Stewart Chamberlain,
Revue des Deux Mondes
“ Et cependant, aujourd’hui, en y réfléchissant, on est bien forcé de reconnaître que Stein est mort par la simple raison qu’il était impossible que, tel qu’il était, il continuât à vivre. Jamais, ni dans son Journal, ni dans ses lettres, nous ne le voyons descendre au niveau du commun des hommes ; partout, toujours, dans chacune des minutes dont se composa sa courte existence, il plane dans les régions de l’idéal. Pur rêveur, il eût pu vivre peut-être, mais son rêve était précisément d’agir sur ses semblables ”
Hippolyte Loiseau, L'Évolution morale de Goethe : les années de libre formation… (1911)
“ Il voit la Nature avec les yeux d'un amoureux. La pensée de Mme de Stein chante en son coeur quand il échenille les arbres de son jardin, l'accompagne par les routes défoncées et les campagnes désertes, le poursuit jusque sur la tête neigeuse du Brock en redouté, et celui-ci devient pour lui « l'autel de la plus tendre reconnaissance 3 ». Dans la douce clarté de la lune, dans le regard apaisant qu'elle promène sur la chère vallée de L'Ilm, il reconnaît le regard delà bien-aimée, qui verse la paix en son âme 4. ”
J Aloïse Minnich, Baden en Suisse et ses sources minérales chaudes au point de vue de la médecine… (1872)
“ Les ruines du Stein, situées sur l'élévation rocheuse près de la ville, de vieilles tours de moyen âge, les murs de rochers fissurés; dressés circulairement et surgissant au-dessus de collines couvertes de forêts, des vignobles dorés par le soleil, les pentes verdoyantes des collines, la Limmat au cours rapide qui passe au pied de beaux établissements, donnent au paysage un aspect charmant et un caractère spécial, quoique l'oeil n'y jouisse point d'une vue étendue. ”
Houston Stewart Chamberlain,
Revue des Deux Mondes
“ J’ai cru devoir insister sur ces traits divers, qui constituent, en quelque sorte, la charpente de cette forte individualité : ceux-là seuls sont essentiels. Je ne m’étendrai donc pas sur les détails biographiques de l’enfance de Stein, sur laquelle, d’ailleurs, je ne possède que peu de renseignemens. Ce que j’ai dit de sa famille suffit. Après de solides études préparatoires dans les lycées de Merseburg et de Halle, Stein fut immatriculé comme étudiant en théologie à l’Université de Heidelberg, en 1874, à l’âge de dix-sept ans. ”
G. Cavaignac, Revue des Deux Mondes
“ Et comme le roi de Prusse insistait sur les difficultés qu’il éprouverait pour trouver un ministre : « Prenez le baron de Stein, lui dit l’empereur, c’est un homme d’esprit. » En donnant ce conseil, l’empereur se fourvoyait certainement. S’il eût connu Stein, il n’eût pu trouver grand avantage à écarter Hardenberg pour lui faire place. Mais il le connaissait peu et mal. Stein n’était rien moins qu’un homme d’esprit au sens où nous l’entendons. C’est par des qualités qui sont la négation même de l’esprit, qu’il a frappé ceux qui l’ont connu. ”
Ernest Seillière,
Goethe et Charlotte de Stein
“ Eloignée désormais de Weimar, elle écrivait en 1814 à Mme Schiller : « Entourez toujours d’une bien chaude affection notre Mme de Stein, et passez-lui ses heures dépourvues de poésie par amour pour ses jolis momens poétiques et philosophiques ! » Un mot charmant qui procède de l’éloquence et de l’abondance du cœur. Il mérite à nos yeux de fournir sa solution définitive au délicat problème psychologique que nous avons entrepris de résoudre. ”
Francis Lacombe, La France et l'Allemagne sous le Premier Empire… (1860)
“ Henri-Frédéric-Charles baron Stein, de Stein, naquit le 25 octobre 1757 au château de son père, à Stein, sur le Lahn, dans le duché de Nassau, et mourut le 29 juin 1831 dans son château de Cappenberg, en Westphalie. La vie de cet homme d'Etat embrasse donc la seconde moitié du xvme siècle et le premier tiers du xixe. Elle résume en quelque sorte toutes les révolutions qui se sont accomplies, non-seulement au centre de l'Allemagne, mais de l'un à l'autre bout de l'Europe, sous l'influence de la Révolution française. ”
Jules Fabre d’Envieu, Noms locaux tudesques, deutsche Ortsnamen
“ Les mots Stein, Fels désignent plus particulièrement un lieu fortifié, un Burg. Stein, pierre, roche. Dans les noms géographiques ce nom est souvent synonyme de Felsberg (montagne rocheuse) et de Bergspitze : il désignait un sommet pierreux ou fortifié, des blocs de rochers. Un rocher était comme le piédestal naturel d’une construction féodale. Stein est ainsi employé pour désigner une montagne (Berg) et un Steinbau (Burg) : Stein, Steinen ”
Jules Fabre d’Envieu, Noms locaux tudesques, deutsche Ortsnamen
“ C’est pourquoi on trouve, en Allemagne, diverses localités désignées par les mots Stein, Sand ; nass, feucht, dürr ; gut (bon, c.-à-d. fertile) , quad (= schlecht, mauvais, c’est-à-dire stérile) , etc. Stein, pierre, roche (angl. stone ; flam. steen ; grec στῖον, στία, petite pierre, caillou) . Dans les noms de lieux, ce mot a souvent la signification de forteresse et de montagne pierreuse ou d’édifice en pierre ; nous en avons déjà parlé pag. 54. Mais dans beaucoup de localités, ce nom désigne la nature du sol : Stein (Bade, Bavière, etc.) , Steinau ; Steinen (Westphalie) ”
Francis Lacombe, La France et l'Allemagne sous le Premier Empire… (1860)
“ Et Stein ne craignit point de lui répondre avec Sa rudesse habituelle : « — Votre Majesté a tort de douter de l'Allemagne. Parlez des princes allemands, mais ne parlez pas de la nation. J'étais sur les bords du Rhin en 1792 et dans les années qui suivirent. La masse honnête du peuple allemand n'est point coupable. Si nos princes avaient eu foi en nous et avaient su utiliser nos services, pas un Français n'aurait franchi l'Elbe. » ”
Houston Stewart Chamberlain,
Revue des Deux Mondes
“ Stein, l’idéaliste Stein, le poète qui, dans son Journal, a entrecoupé de sonnets sur le Pourquoi de la Vie ses remarques sur l’optique de Helmholtz et sur la théorie de la chaleur de Tyndall, Stein devint le disciple, et le disciple ardent et convaincu, de l’auteur d’un nouveau système de philosophie réaliste et matérialiste, le disciple d’Eugène Dühring ! Peut-être ne connaît-on pas en France, autant qu’il le mérite, Diihring, le philosophe aveugle. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Oeuvres de Goethe. Tome 8
(1862-1870)
“ Avec ce talent et ce caractère, il fut bientôt recherché dans le grand monde, et particulièrement bien reçu au château seigneurial de Stein, dans le duché de Nassau, au bord de la Lahn ; là il dirigeait daus ses exercices de peinture Mlle de Stein, jeune personne pleine de talent et infiniment aimable, et il animait de diverses manières la société. Après que cette jeune dame eut épousé le comte de Werther, les nouveaux mariés emmenèrent l'artiste dans leurs beaux domaines en Thuringe, et il finit par arriver à Weimar. ”
Henri Blaze de Bury,
Madame de Stein et Goethe
“ En attendant que le cocher reparût, on échangea des baisers et des aveux si tendres, si charmans, que jamais, au dire de l’amant trop poète, « ils ne devaient sortir de son cœur ni de sa mémoire. » Voilà ce qu’on se racontait à Weimar en même temps que bien d’autres histoires encore moins édifiantes, et je laisse à penser si Mme de Stein approuvait une telle conduite. Goethe n’ignorait rien de ces petites cabales; mais le grand-duc ne tarda pas à le rassurer en prolongeant indéfiniment son congé, et le priant, au nom de leur amitié, d’en faire le plus large emploi. ”
Ernest Seillière,
Goethe et Charlotte de Stein
“ Voici qui ne plut pas moins à Mme de Stein sans nul doute : (le 9 avril 1782) « Quand je suis seul, je me raconte à moi-même ce que j’ai vu comme si je te le contais de vive voix, et tout s’éclaircit aussitôt de soi-même ! » Quel plus beau témoignage en faveur de Charlotte et de la sûreté de son coup d’œil, qu’une semblable pratique, de la part de son amoureux ! ”
Ernest Seillière,
Goethe et Charlotte de Stein
“ Knebel, à tout le moins, gardait à la vieille dame l’affection la plus dévouée : « Nous avons récemment, Gœthe et moi, écrit-il à sa sœur en 1810, entonné d’une seule voix et de façon très cordiale les louanges de Mme de Stein. » Puis encore, le 9 juin 1811 : « Mme de Stein fut vraiment aujourd’hui dans sa bonne manière, c’est-à-dire incroyablement attachante et aimable. » Et un peu plus tard à Mme Schiller : « Je pense souvent à elle, qui a su continuer sa vie de façon si bienfaisante pour ses amis et je lui souhaite le plus gai courage. » ”
Houston Stewart Chamberlain,
Revue des Deux Mondes
“ Stein, lui, n’a rien écrit sur Wagner, et c’est à peine s’il le cite deux ou trois fois dans l’ensemble de ses écrits. Nietzsche avoue en propres termes que c’est pour sauvegarder son indépendance qu’il a dû se révolter contre Wagner ; jamais Stein ne sentit la sienne menacée. Bien au contraire, ce qu’il a gagné, en première ligne, au contact de Wagner, c’est de prendre conscience de sa force propre et de son originalité. Il ne dévie ni à droite ni à gauche; il se continue, purement et simplement. ”
Hippolyte Loiseau, L'Évolution morale de Goethe : les années de libre formation… (1911)
“ Et il faut l'entendre protester contre les lamentations sur la froideur et l'ingratitude du fugitif dont Fritz von Stein, stylé sans doute par sa mère, s'est fait l'écho auprès d'elle : « Un affamé qui a longtemps jeûné, quand il se trouve assis devant une table bien garnie, ne pense ni à son père, ni à sa mère, ni à ses amis, ni à sa maîtresse, tant que sa faim n'est pas apaisée. Qui pourra lui en faire un crime ? Pour moi, je lui accorde de grand coeur de jouir jusqu'au bout de sa félicité présente. » (22 fév. 1788.) ”
Arvède Barine,
Revue des Deux Mondes
“ Du reste elle se défend toujours, de parti pris, et elle rabroue les gens qui se plaignent à elle qu’il est sec. Mme de Stein avait eu cette mauvaise inspiration lorsque Goethe était parti pour l’Italie sans l’avertir ni lui dire adieu. ”
Henri Blaze de Bury,
Madame de Stein et Goethe
“ Goethe, à une certaine période de cette liaison, avait écrit à Mme de Stein qu’elle était « la seule femme dont l’amour l’eût rendu pleinement heureux, la seule qu’il eût jamais aimée sans angoisses, et qui fût capable de voir les choses d’assez haut pour lui souhaiter bonne chance, s’il lui arrivait d’en aimer une autre davantage. » Goethe, lorsqu’il parlait ainsi, s’abusait; c’était le poète qui s’avançait, et non l’homme. ”
Henri Blaze de Bury,
Madame de Stein et Goethe
“ Une femme portée aux idéalités doit nécessairement être incomprise de son mari. C’est la loi depuis le commencement du monde, et M. le baron de Stein, froid, gourmé, homme et gentilhomme de cour et d’étiquette, n’était pas pour faire mentir cette loi. Mme de Stein, loin de trouver le bonheur dans le mariage, n’y avait appris qu’à douter d’elle-même, et c’est contre ce doute profond, mélancolique, inexprimable, que Goethe eut à réagir tout d’abord. ”
Anonyme, Revue des Deux Mondes
“ Il avait été nommé à la chaire de statistique et d’histoire lors de la fondation de l’université de Berlin. Comme savant, Stein avait acquis une réputation brillante et méritée, surtout par ses travaux dans les sciences géographiques et naturelles qui faisaient sa principale étude, et auxquelles il a rendu de grands services. La société de géographie de Berlin, composée des hommes les plus distingués, l’avait choisi pour son secrétaire. ”
Houston Stewart Chamberlain,
Revue des Deux Mondes
“ Mais l’intérêt du public allemand va surtout, et avec raison, aux œuvres poétiques. Stein, cependant, est mort avant d’avoir trouvé la forme définitive qui aurait convenu à son génie particulier. À l’encontre de ses amis, je trouve l’homme plus parfait que ses poèmes, et, si ceux-ci abondent en passages exquis, ce dont je conviens volontiers, je n’y saurais voir des parfaits chefs-d’œuvre. Novalis aussi, chez qui la fantaisie était beaucoup plus ardente, mourut sans avoir pu terminer le roman impossible, romanesquement chimérique, dont il avait fait l’œuvre de sa vie. ”
“ Stein se joignit au parti d’un fils cadet, celui-là même dont, trente ans plus tard, il ne parlait jamais que sous le nom de « mon pauvre Mohammed Bonso ». Ils furent tous deux les héros d’exploits innombrables ; ils connurent des aventures merveilleuses, et soutinrent une fois, dans la maison de l’Écossais, un siège d’un mois, avec une vingtaine de partisans contre toute une armée. Je crois que les indigènes parlent encore de cette guerre-là. Cependant Stein ne manquait jamais d’attraper, pour son propre compte, tous les scarabées et tous les papillons qu’il pouvait découvrir. ”
Henri Blaze de Bury,
Madame de Stein et Goethe
“ Non content du sacrifice obtenu, il osa réclamer davantage, il demanda à Mme de Stein de quitter un époux si fort au-dessous d’elle par l’intelligence et de venir vivre avec lui, offrant pour sa part de renoncer à tous les honneurs, à tous les avantages de la situation qu’il occupait près du grand-duc. Mme de Stein, digne et pourtant émue, écarta la proposition. « Ce qu’on vous demande, ce n’est pas le renoncement à votre amour, c’est le renoncement dans l’amour. » Goethe refusa de se soumettre, n’ayant jamais appartenu à cette race des amans qui souffrent. ”
Hippolyte Loiseau, L'Évolution morale de Goethe : les années de libre formation… (1911)
“ C'est d'ailleurs sur des documents à peu près tous postérieurs à la rupture, qu'Engel a fondé son fougueux réquisitoire, et ceci, nous semble-t-il, en diminue singulièrement la valeur. L'âge, la maladie, le dépit de se voir délaissée ont pu changer l'âme de Mme de Stein et altérer son jugement. On a souvent peine à démêler, sous les rides du vieillard morose, la fraîcheur, la grâce et la gaîlé des jeunes années. D'ailleurs Mme de Stein nous intéresse, en somme, moins par ce qu'elle fut en réalité que par ce qu'elle parut à Goethe. ”
Henri Blaze de Bury,
Madame de Stein et Goethe
“ De Frédérique il a fait Marguerite, puis Claire; de Christiane, il a fait Euphrosine; de Mme de Stein, Éléonore d’Este et Iphigénie. « L’amour est tout; vivre sans aimer, c’est battre de la vaine paille. » Que la rupture vînt de la femme ou de lui-même, que la séparation lui fût imposée par les circonstances, il dévorait sa peine, et silencieusement l’enfermait dans son cœur assez ouvert, assez vaste, pour que les nouveaux bonheurs s’y logeassent côte à côte avec les anciens chagrins. Les rapports entre Goethe et Mme de Stein devaient finir cependant par se renouer [6] . ”
Ernest Seillière,
Goethe et Charlotte de Stein
“ Quant à Gœthe, qui demeura toujours en relations sincèrement cordiales avec Josias de Stein, ainsi que nous l’avons indiqué, il a résumé son impression sur le grand écuyer dans son journal intime, dès 1777, alors, il est vrai, que leur amitié n’était pas encore d’ancienne date : « Bonté de Stein. Se garder de pareils hommes. Bons à voir, mais rarement : ils vous entraîneraient dans une pauvre et étroite manière de sentir. » Jugement qui concorde fort bien avec celui de Charlotte. ”
Houston Stewart Chamberlain,
Revue des Deux Mondes
“ Wagner a déclaré que, dans les Maîtres Chanteurs, il a voulu donner à l’âme allemande une image d’elle-même ; aussi Stein s’y était-il reconnu. Et on sait ce que valent, pour un esprit délicat, les impressions de jeunesse. Dès que Stein eut mis les pieds à la Faculté de théologie, il cessa d’être théologien ; on ne s’en étonnera guère, si l’on veut se souvenir du passage de son Journal que j’ai cité plus haut. Il ne trouva pas, dans les chaires académiques, ce « nouveau Luther » qu’il avait rêvé ”
Houston Stewart Chamberlain,
Revue des Deux Mondes
“ On pourrait en dire autant de l’Allemand dénué de toute intuition métaphysique. Il n’est ni chair, ni poisson. L’Allemand réaliste est un Anglais manqué, né dans un milieu où, pour mille raisons, les qualités spéciales de l’esprit anglo-saxon, dépaysées, transplantées, ne sauraient librement ni pleinement s’épanouir. Mais Stein, Allemand et Franconien jusqu’au bout des ongles, n’avait, de ce côté, rien à craindre de l’influence de son maître. ”
Charles Andler,
Le prince de Bismarck
(1899)
“ Par un hasard très grand, et qui montrait, pensait-on, combien cette réforme anglaise était issue du génie germanique, elle se trouvait appliquer aux campagnes le régime même par où Stein jadis avait assuré l'autonomie des villes. Jamais Gneist ne se douta qu'il avait, à son insu, introduit les idées de Stein dans sa construction de 1'histoire anglaise. Il admira le génie pangermanique par lequel éclosaient d'identiques fleurs de liberté sur les façades régulières du système de Stein et dans les ruines séculaires de la coutume anglaise. ”
