“ Enfin, l’euphonie est partout requise : il faut éviter que les archets grincent, que les anches claquent, que les flûtes frottent, que les cuivres cornent aux oreilles, que les cordes du piano soient arrachées, celles des gosiers râpées. ”
Euphonie
Définition et enjeux
L'euphonie désigne l'harmonie des sons ou des mots dans la parole et l'écrit. Ce concept, abordé par des auteurs comme Louis Laloy, qui souligne son importance dans la musique, ou Konstantinos Chrestomanos, qui la rattache à l'essence des choses, illustre une préoccupation commune aux arts et aux langues.
Mmes Clair et F. Génin en exposent les règles grammaticales, tandis qu'Émile Zola évoque son rôle dans la fluidité de la prose. Les textes montrent que l'euphonie, liée à la prononciation et aux structures linguistiques, demeure un pilier de la beauté formelle.
Citations sur “euphonie”
Konstantinos Chrestomanos, Élisabeth de Bavière, Impératrice d'Autriche (1900)
“ Toutes les choses ont l’euphonie en soi, comme un élément de leur{185} nature, et même plus: elle est l’essence de leur entité. Mais il y a aussi une intérieure mélodie, Majesté, que l’ouïe ne perçoit guère. Ne pourrait-on dire que les lignes du corps humain chantent, elles aussi? De tout notre être, le chant monte, comme un encens, vers l’âme de soleil éternelle.—Mais nous avons perdu la sérénité des lignes. La vie projette de sinistres ombres, et, derrière elles, souffle, pérennel, un grand vent de détresse. ”
Émile Zola,
Correspondance: Les lettres et les arts
“ Quand j'écris, la phrase se fait en moi toujours par euphonie; C'est une musique qui me prend et que j'écoute; gamin, j'adorais les vers et en écrivais beaucoup; la musique véritable me laisse froid, je n'ai pas, je crois, l'oreille très juste; c'est par un véritable raisonnement que j'aime la musique; elle a été longtemps pour moi lettre close, mais j'entends le rythme de la phrase; je me fie à lui pour me conduire, un hiatus me choque et me gêne. ”
Mmes Clair, Méthode mnémonique polonaise perfectionnée à Paris… (1838)
“ De l'Euphonie. 41 A cet air vénérable, à cet auguste aspect, Les meurtriers surpris, sont saisis de respect. Voi-TAIHB. C'est par Euphonie qu'on emploie cet pour ce devant une voyelle ou un h muet : cet homme. h" euphonie enseigne à mettre de l'harmonie, de la douceur dans le discours. C'est encore par euphonie qu'on dit : mon âme, mon hahitude, d'où l'on voit que mon s'emploie pour ma avant une voyelle ou un h muet. Des Adjectifs indéterminés. 42 Chaque âge a ses plaisirs. Les adjectifs indéterminés sont : chaque, quelque, nul, aucun, plusieurs, etc. CHAPITRE VI. Le Pronom. ”
F. Génin, Lexique comparé de la langue de Molière et des écrivains du XVIIe siècle
“ Voyez à la fin de l’article PAS.SEMBLER DE (un infinitif) :Quand il m’a dit ces mots, il m’a semblé d’entendre:Va-t’en vite chercher un licou pour te pendre. (Dép. am. V. 1.) Pourquoi cette préposition? Commencer de est, par euphonie, pour commencer à, afin d’éviter quelque hiatus; mais sembler se construit avec un second verbe, sans préposition intermédiaire.369 Cependant c’est encore la raison d’euphonie qui lui a donné celle-ci; ou, pour mieux dire, il n’y a pas réellement de préposition: il n’y a qu’un d euphonique, vestige de la prononciation primitive. ”
Jean-Pierre d' Açarq, Grammaire françoise philosophique… (1760-1761)
“ Tendre à l'euphonie, même aux depens de la convenance grammaticale , c'est employer ce qui peut rendre les sons faciles , doux, agréables, en ne terminant point les accidents des mots selon leur analogie générale. ”
Adjutor Rivard,
Manuel de la parole
“ C’est alors plutôt une question d’euphonie. — Après avoir énoncé quelques règles générales, nous indiquerons dans quels cas particuliers et avec quels sons se fait la liaison au moyen des différentes consonnes. 274. — La liaison naturelle est la liaison d’un mot terminé par une consonne sonore, qui s’appuie sur la voyelle initiale du mot suivant. — Ex. : mer’ en fureur et ciel’ en feu. La liaison artificielle est la liaison d’un mot terminé par une consonne, qui, muette dans le mot prononcé isolément, ne sonne que pour adoucir le passage au mot suivant. — Ex. ”
F. Génin, Des variations du langage français depuis le XIIe siècle
“ Il y a plus: c'est que le t se glissait en des places où il est impossible de justifier sa présence, sinon par le besoin de l'euphonie. Nous disons encore: voilà-t-il, ne voilà-t-il pas... C'est bien là un t euphonique, exclusivement euphonique, et un témoignage du soin de nos ancêtres à rendre la prononciation musicale. De l'écriture, on ne s'en embarrassait pas; on écrivait voilà il; le langage était façonné par ceux qui parlaient: c'est tout le monde; ceux qui écrivaient ne comptaient pas.Dans les verbes, l's était la finale euphonique de la seconde personne ”
Mmes Clair, Méthode mnémonique polonaise perfectionnée à Paris… (1838)
“ L'euphonie rend variable tout adverbe lorsqu'il précède un adjectif qui commence par une consonne ou par un h aspiré. 227 Tout Florence en est abreuvé. Lorsque tout précède un nom de ville , il prend le genre masculin, quoique celui-ci soit féminin, parce qu'il s'accorde avec le nom peuple sous-entendu; c'est comme si l'on disait : tout le peuple de Florence. 228 Les Français sont tout feu pour entreprendre. Tout est généralement considéré comme adverbe et conséquemment indéclinable lorsqu'il précède un participe présent précédé du mot en : elle sortit tout en grondant ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
“ Il y a dans les ames une sympathie avec les sons. Accens tendres ou guerriers, mélodies graves ou hardies plaisent à l’oreille, suivant la prédisposition de l’ame. Une corde vibre au-dedans de nous-mêmes, à l’unisson de la musique que nous entendons ; et l’écho de notre ame y répond. Qu’elle me charme, cette harmonie des cloches du village, frappant l’oreille par intervalles, faible et douce d’abord, puis s’affaiblissant et mourant dans le vague de l’air, puis vibrant avec force, avec plus de force encore, et grondant comme le tonnerre, quand le vent l’emporte vers nous ! ”
Étienne Moulin, Le docteur Moulin, chirurgien du Lycée impérial Saint-Louis… (1865)
“ Évidemment l'harmonie des sons que la voix peut produire, les mille variations et nuances du bruit que l'expiration peut enfanter, particulièrement par l'ébranlement et les vibrations que l'air, en s'échappant des poumons, imprime aux cordes vocales; mais alors pourquoi tout le monde, et même les gens les mieux organisés pour le chant, ne peuvent-ils pas également bien chanter? Pourquoi? Ah! C'est que dans le chant comme pour les autres arts, il faut de l'étude et de la pratique; c'est qu'il faut avoir le goût du chant ”
Joseph Brunier, De l'ordre et du type dans les arts sonores et du mouvement… (1906)
“ Dans toute langue articulée, le verbe ou la parole, qui en est la matière essentielle, offre un élément sonore la voyelle, et un élément distinctif qui le circonscrit, " c'est-à-dire la consonne. La sonorité d'un mot, sa qualité musicale gît tout entière dans la voyelle. Mais le son voyelle indéfiniment prolongé n'a aucun sens précis. Placez une articulation, et vous introduisez immédiatement un signe distinctif. L'articulation c'est la consonne qui découpe, individualise le son continu, en lui donnant une arête, un contour, partant une signification. ”
Alphonse de Lamartine,
Harmonies poétiques et religieuses
(1882)
“ Comment l'air modulé par la fibre sonore Peut-il créer en nous ces sublimes transports? Pourquoi le coeur suit-il un son qui s'évapore? Ah! c'est qu'il est une âme au fond de ces accords! C'est que cette âme, répandue Dans chacun des accents par ta voix modulé, Par la voix de nos coeurs est soudain répondue Avant que le doux son soit encore écoulé, Et que, semblable au son qui dans un temple éveille Mille échos assoupis qui parlent à la fois, Ton âme, dont l'écho vibre dans chaque oreille, Va créer une âme pareille, Partout où retentit ta voix. ”
Auguste Debay, Hygiène de la voix et gymnastique des organes vocaux… (1852)
“ La voix se distingue en voix parlée et voix chantée. — La parole se compose de l'articulation des lettres et de la prononciation des mots d'une langue, par les mouvements combinés du larynx de la langue et des lèvres. — Le chant, selon le physiologiste, est l'émission de sons variés et modulés, au moyen du jeu des différentes pièces de l'appareil vocal ; selon le musicien, c'est la faculté de parcourir avec la voix, toutes les notes des diverses échelles musicales. ”
Gustave-Adolphe Hirn,
La musique et l'acoustique : aperçu général sur leurs rapports et sur leurs dissemblances
(1878)
“ La parole, la voix humaine articulée, le grondement du tonnerre, le rugissement de l'Océan, les mille et mille bruits sourds ou stridents qui frappent sans cesse notre ouïe, sans que nous y fassions même attention, tous ces sons, d'espèces sans nombre, relèvent de mouvements ondulatoires excités dans l'air par des causes diverses. Notre intelligence, aidée de l'oreille la plus délicate, ne soupçonne pas même ici l'existence d'un ton musical. ”
Jésuites et imprimeurs de Trévoux, Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ Les sons simples sont ce que nous appelons voyelles ; les modifications, ou modificatifs, sont ce que nous appelons consonnes. l’Aspiration, est une suite, un effet d’un mouvement que fait quelqu’un des organes de la voix ; c’est donc nécessairement ou un son simple, ou une modification des sons simples, c’est-à-dire, ou une voyelle, ou une consonne. Ce n’est point une voyelle ; car ce n’est point un son simple, qui puisse se prononcer seul, c’est-à-dire, qui résulte d’un mouvement de l’organe, qui seul & par lui-même fasse un son. ”
S Faure Lacroze, Essai sur la composition d'un nouvel alphabet pour servir à représenter les sons de la voix humaine… (1831)
“ Tout en convenant que la consonne seule n'a point de son, nous observerons qu'elle est aussi la seule espèce d'articulation qui exige des formes dans l'instrument supérieur de la parole, et que ces formes, en donnant une teinte particulière au son, produisent des sensations à l'ouïe, différentes de celles que produisent des formes simples de voix. ”
Jean Duvoisin, Étude sur la déclinaison basque (1866)
“ La 3e classe est seule sujette aux euphonies. L'ablatif et le directif reçoivent un e supplémentaire entre la consonne finale du mot et celle qui commence la désinence casuelle : jaun-e-tik, jaun-e-ra. L'e s'interpose même au positif, bien que la flexion commence par une voyelle: jaun-e-an. Au pluriel, dans les mots terminés en a, cette voyelle ne résiste qu'au passif : amak; elle est remplacée par un e dans les autres cas: am-ek, am-en, am-ei, etc. Ces divisions de modes, de classes, d'ordres et surtout les changements euphoniques semblent de nature à multiplier les difficultés. ”
Léon Daudet,
Le monde des images
“ Le chant, la mélodie traduisent l’aspiration à résoudre en mots ces nébuleuses de l’âme. La sonate et la symphonie expriment le renoncement à une telle tentative, à extraire l’homme verbal de l’homme sonore, écho de la nature et de ses orages, enregistreur de bruits et de rythmes. ”
Armand Hornus, Essai sur les troubles de la parole (1877)
“ La physiologie nous enseigne que l'ensemble des phénomènes par lesquels un son est émis par la glotte, modifié par les cavités pharyngienne et buccale de manière à représenter une voyelle, et associé à certains bruits qui se produisent dans ces mêmes cavités et forment les consonnes, que cet ensemble constitue la voix articulée, et par la combinaison intelligente des voyelles et des consonnes en syllabes et des syllabes en mots, constitue la parole. ”
Alphonse de Lamartine,
Vies de quelques hommes illustres
“ La gamme des sons, parcourue par des voix mélodieuses ou par des instruments habilement touchés, fait en un clin d'œil parcourir à l'âme toute la gamme des sentiments, depuis la langueur jusqu'aux larmes, depuis les larmes jusqu'au rire, depuis le rire jusqu'à la fureur. La consonnance de toutes les passions qui dorment muettes sur nos fibres humaines s'éveille à la consonnance des notes qui vibrent dans la voix ou sous l'archet de l'instrument. L'âme devient l'écho sensitif du musicien. ”
Eugène-Hippolyte Triquet, Traité pratique des maladies de l'oreille… (1857)
“ La conversation est une musique des plus délicates, dont tous les sons se trouvent, sur le même ton et se confondent aisément dans une oreille qui n'a point été familiarisée avec cet air merveilleux de l'instrument vocal. ”
Pierre-Marie Le Mesl, Considérations philosophiques sur la langue française… (1834)
“ Elle sera euphonique, puisque tous les sons et toutes les articulations que la voix peut produire seront à la disposition des compositeurs, qui emploieront de préférence et fréquemment les voix douces et sonores, les inflexions agréables, les modulations harmonieuses. Pour produire cet effet, il faudra que l'onomatopée, cet agent créateur du langage primitif, en soit presque entièrement exclus. Les mots iniitatifs, si communs dans les langues naturelles, jettent une teinte d'âpreté et de rudesse sur le discours. J'arrive à mon idée dominante, à ma pensée intime. ”
Élie Faure,
Histoire de l’art/L’Art médiéval
(1921)
“ L'unité de la symphonie est d'autant plus impressionnante qu'un plus grand nombre de voix y sont entrées pour le chant, la prière, le murmure, les pleurs, le rire, et pour jeter la mélodie changeante des dentelles de pierre, de verre et de rayons sur le tonnerre intermittent des cloches, sur la rumeur des nefs sonores où le plain-chant monte et descend. ”
Antonin Artaud,
Le théâtre et son double
“ Les soupirs d’un instrument à vent prolongent des vibrations de cordes vocales avec un sens de l’identité tel qu’on ne sait si c’est la voix elle-même qui se prolonge ou le sens qui depuis les origines a absorbé la voix. ”
Joseph Brunier, De l'ordre et du type dans les arts sonores et du mouvement… (1906)
“ Nous désignerons le ton le plus élevé de la voix propre à l'Interjection par le nom de voix émue ou chantante. Il est facile de se rendre compte que l'état physiologique des organes produisant la voix émue ou chantante par des vibrations plus accentuées, diffère de celui que l'on constate par exemple à l'énonciation de l'Etre par le substantif, ou à la récitation uniforme de ses modes et de sa vie par la conjugaison du verbe. ”
Marie Bobillier, Dictionnaire pratique et historique de la musique
“ Lettre qui n’a point de sonorité par elle-même, mais qui, prenant son point d’appui sur une voyelle, modifie la sonorité de celle-ci. L’étude de la production des C. et leur classification intéresse le chant en même temps que la parole. Le larynx seul suffit à former les voyelles. ”
Jules Gavarret, Phénomènes physiques de la phonation et de l'audition… (1877)
“ Qu'elle traduise les grondements sourds et lointains ou les éclats déchirants du tonnerre, les mugissements d'une mer en furie, le fracas de l'ouragan, de la tempête ou de l'avalanche, les doux et harmonieux accords de la flûte, les accents pénétrants de la voix humaine, ou les puissantes harmonies d'un grand orchestre, la sensation auditive, dans ses infinies variétés, est toujours produite par une même cause première, la vibration d'un corps élastique. ”
Marcel Lermoyez, Physiologie de la voix et du chant… (1885)
“ FORMATION DE LA VOIX — INTENSITÉ Voix normale et voix théorique. — Les deux lois de la phonation. — Monopole vocal des cordes vocales inférieures; les parties voisines peuvent les aider, mais non les suppléer. — Assimilations historiques du larynx aux instruments de musique : flûte, cor de chasse, sifflet, châssis bruyant, dicorde pneumatique, hautbois, pratique, trombone, etc. — Discussion pour savoir si la voix est due aux vibrations de l'air interglottique ou des cordes vocales; la glotte elle-même est le corps sonore. — Nécessité des caisses de renforcement. ”
Édouard Fournié, Application des sciences à la médecine (1878)
“ Les caractères distinctifs que nous venons d'établir entre le phénomène sonore qui constitue la voyelle et celui qui accompagne la consonne sont purement physiques, et reposent sur la distinction que l'on peut établir entre un bruit, un murmure et un son complet portant en lui-même ses caractères distinctifs. ”
Jean-Jacques Rousseau,
Dictionnaire de musique, par J.-J. Rousseau
(1768)
“ Mais c'est plus communément faire diverses inflexions de voix, sonores, agréables à l'oreille, par des Intervalles admis dans la Musique, & dans les règles de la Modulation. On Chante plus ou moins agréablement, à proportion qu'on a la voix plus ou moins agréable & sonore , l'oreille plus ou moins juste, l'organe plus ou moins flexible, le goût plus ou moins formé, & plus ou moins de pratique de l'Art du Chant. A quoi l'on doit ajouter, dans la Musique imitative & théâtrale, le degré de sensibilité qui nous affecte plus ou moins des sentimens que nous avons à rendre. ”
Ludovic Sarlat, Aimer, prier, chanter, poésies… (1846)
“ Toi, pour qui la coupe est amére , Chante et meurs!. Mais, espère, attends. Le ciel t'invite, heureux convive; Là-haut une foule attentive Prêtera l'oreille à ta voix : Pars donc sans crainte, ouvre les ailes; Au ciel les harpes immortelles Bientôt frémiront sous tes doigts. Moi, je chante, et la brise emporte Mes chants encore plus légers ; Mes chants s'en vont. Ami, qu'importe Que mes accords soient passagers ? Qu'importe que ma voix sonore S'éteigne le soir, si l'aurore Me surprend encor dans mes chants? ”
Édouard Fournié, Physiologie de la voix et de la parole (1866)
“ Le mouvement peut ne pas être le même, mais il y a toujours mouvement des parties, Or, le phénomène sonore qui accompagne le mouvement est-il Un son-voyelle? La plupart des physiologistes et des grammairiens, trompés sans doute par la nécessité où -nous sommes d'accompagner le mouvement consonne d'un son-voyelle, pour le rendre plus appréciable à notre oreille, ont été conduits à répondre affirmativement. ”
