“ Qui donc prétendait que le Roman Comique avait disparu de nos mœurs ? Nous l’avons revécu pendant ces huit jours, le Roman Comique ! Car le Roman Comique est éternel, et si un grand nombre de comédiens se réjouissent, — ô désertion ! ”
Roman comique
Définition et enjeux
Citations sur “roman comique”
Hector Crémieux,
Le Roman comique
“ DESTIN, à part. Ciel ! il va accepter ! LA RANCUNE. Allons, décidez-vous ; soyez des nôtres ! (A part.) Il est laid, il est bête, il n’aura aucun talent ; nous pouvons le prendre... Il nous fera pas de tort. L’OLIVE. Vous oublierez votre chagrin. LA RESSOURCE. Et vous saurez ce que c’est que le Roman comique. LA RAGOTINIERE. Le Roman comique ? LA RESSOURCE. Eh oui... le Roman comique, le roman des comédiens... Allons, mes enfants, chantez-lui notre ronde favorite, et ce noble seigneur ne pourra plus nous quitter. L’ÉTOILE, bas à Destin. Que faire ? DESTIN, bas à l’Étoile. Chanter ! ”
F. Brunetière,
Revue des Deux Mondes
“ Mais, quand la vie serait ainsi perpétuellement mêlée de comique et de tragique, ce serait affaire au roman de la représenter dans sa complexité, non pas au théâtre, qui en est bien moins une imitation, à vrai dire, ou une reproduction, qu’une interprétation : parodie, comme dans le vaudeville ; satire, comme dans la comédie ; idéalisation enfin comme dans le drame. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Mais, indépendamment de ces qualités qui forment l'essence même de son génie, cet homme, qui sembloit si peu fait, sinon pour la justesse, du moins pour la sobriété, la convenance et la mesure de l'observation, a mérité, par son Roman comique, d'être compté parmi ceux qui ont le mieux vu et le mieux peint un coin de la société d'alors. ”
“ Ce genre est au roman plus régulier, sérieux ou comique, ce que la farce, ou plutôt les parades et la pantomime sont à la tragédie et à la comédie. Les transformations les plus imprévues et les plus extraordinaires ont lieu par les moyens les plus improbables. Rien ne tend à en modifier l’absurdité. ”
Bibliothèque de l'Arsenal, Gaston Chérau, romancier de la province française… (1987)
“ Il m'apparaît que l'on doit demander au roman d'être l'expression la plus rapprochée de la vie, qui est diverse, qui est colorée, ou qui est morne ; qui – selon le point de vue du spectateur – est tragique ou comique, qui est réconfortante ou décevante, mais qui se passe toujours dans des conditions fixées par le pays, par les moeurs et par le temps. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Scarron, au contraire, comme l'auteur de Francion, quoiqu'à un moindre degré, s'en tint surtout à ce côté des moeurs qui prêtoit le plus à l'aventure, au burlesque, à la parodie; son observation court les tripots, les auberges, les théâtres, les grandes routes, au lieu de demeurer au coin du foyer. Tout en restant juste et vraie, elle est plus en dehors, par la nature même du sujet.Quant au style du Roman comique, il est vif et d'une rapidité singulière; il va sans appuyer, mais en marquant d'un mot caractéristique les hommes et les choses qu'il veut peindre. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Comme les romans héroïques, et beaucoup plus qu'eux, les romans comiques et satiriques ont presque tous une clef, dont la connoissance complète, si elle étoit possible et si la plupart du temps on n'étoit réduit sur ce point à des conjectures qui n'ont rien de certain, ajouteroit beaucoup à leur intérêt et à leur utilité. Mais, en outre, ils sont, pour qui sait les comprendre, une histoire intime du XVIIe siècle: auteurs, courtisans, villageois, cabaretiers, soldats, marquis, procureurs, petits héros de bourgeoisie, etc., tout cela y parle et y agit comme dans le théâtre de Molière. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Lieux, héros, aventures, tout y change de nature et de ton; le style lui-même s'assortit au fond du roman: moins régulier souvent et moins correct, il a, du moins dans les meilleures de ces oeuvres, plus d'originalité, de verve pittoresque; il abonde à la fois en hardiesses heureuses et en trop fréquentes négligences. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ C'est là une observation qu'on peut faire dans la plupart des romans comiques et familiers du temps, dont les auteurs, peu sensibles aux délicatesses du sentiment, semblent en général remplis d'indulgence pour tout ce qui n'est pas ridicule, mais simplement malhonnête. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Le Tasse, en créant la forêt magique de sa Jérusalem, n'a fait que donner un corps splendide aux imaginations populaires. La magie joue un grand rôle dans les pastorales et les romans héroïques du XVIIe siècle; les romans comiques ou satiriques l'emploient aussi, parfois sérieusement, comme l'Euphormion de Barclay, souvent dans une intention de raillerie et de parodie, comme les Histoires comiques de Cyrano, le Francion et le Berger extravagant de Sorel, et le Roman comique. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ La chronologie est féconde en contrastes. L'année même où paroissoit l'Histoire comique de la Lune, l'abbé de Pure, sous le pseudonyme de Gelasire, publioit le premier volume d'un roman bien différent, si même on peut donner le nom de roman à la Prétieuse ou le Mystère des ruelles. Rien qui soit en effet plus complétement le contre-pied des oeuvres de Cyrano que cette satire languissante, pâteuse, prolixe, dans les dernières parties surtout, que l'abbé écrivit pour se venger des ruelles, dont il avoit été d'abord un des fidèles les plus dévots et les plus assidus. ”
Alain-René Lesage,
Diable boiteux, avec une préface par Reynald…
(1880)
“ J'avoue qu'il n'en est pas de même des comedies; l'impression découvre leur foiblesse. Les comedies n'étant que des bagatelles, que de petites productions d'esprit. — Tout beau, Monsieur l'auteur tragique, interrompt l'autre, tout beau. Vous ne songez pas que vous vous échauffez. Parlez, de grâce, devant moi, de la comedie avec un peu moins d'irréverence. Pensez-vous qu'une pièce comique soit moins difficile à composer qu'une tragedie? Détrompez-vous. Il n'est pas plus aisé de faire rire les honnêtes gens que de les faire pleurer. ”
Victor Hugo,
Œuvres complètes de Victor Hugo…
“ Le comique, le sérieux, l’imprévu, s’y mêlent à la variété des caractères et à une teinte de romantisme répandue légèrement dans toute l’intrigue qui marche mistérieusement, et va, par des péripessies frappantes, se dénouer au milieu de plusieurs coups de scènes éclatants. ”
Louis Denise, Idées et doctrines littéraires du XVIIIe siècle… (1909)
“ Art dramatique, comédie. 2° Le ton de la comédie peut parfois s'élever jusqu'au pathétique. Mais la tragédie bourgeoise, ou comédie larmoyante, « intrigue tragique entre gens du commun », est un genre faux. Si la comédie doit être la représentation des moeurs, cette pièce semble assez de ce caractère. On y voit un Mélange de sérieux et de plaisanterie, de comique et de touchant. C'est ainsi que la vie des hommes est bigarrée ; souvent même une seule aventure produit tous ces contrastes. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Bruits de la ville, nouvelles de la cour, entrées princières, fêtes publiques, festins royaux, représentations théâtrales, bals et ballets, mystères de la ruelle et parfois de l'alcôve, Loret tient note de tout, révèle tout, décrit tout en vers abondants et faciles, spirituels et naïfs, burlesques mais pleins de bon sens, libres mais non effrontés, empreints toujours d'un profond respect pour la vérité. ”
René Doumic,
Paul Hervieu (René Doumic)
“ Mais que valent ces médiocres comédies auprès de celle qui, dans ces mêmes salons, se joue au vrai et avec un art supérieur, et qui est par excellence la comédie mondaine ? Comédie parfois simplement comique, mais qui si souvent tourne au drame ! ”
Émile Montégut, Revue des Deux Mondes
“ En vérité, si les événemens contemporains n’ont pas en eux de poésie, dites-moi alors comment vous comprenez la fameuse théorie des romantiques sur l’union de l’élément tragique et de l’élément comique ; et pendant que les spectateurs souffrent et regardent l’étrange pièce, considérez un peu les acteurs, la scène et le drame en lui-même, avec ses mille péripéties. ”
Auguste Baron, Histoire de l'art dramatique (185.)
“ On peut même affirmer que la comédie moderne tout entière se résume dans ses oeuvres; la comédie d'intrigue, le comique noble, le bourgeois, le populaire, le fantastique, les pièces à tiroir, la comédie-ballet, la comédie héroïque, le drame, tous les genres enfin et toutes les formes ont été marqués également de son inimitable cachet. Et que l'on ne dise pas que l'action est faible dans ses pièces : s'il l'atténue quelquefois, s'il en modère la vivacité, comme par exemple dans le Misanthrope, c'est pour laisser les caractères se dérouler plus largement. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
(1866)
“ Verville m' aimait encore comme il m' a toujours aimé , et Saint-Far ne me témoignait point encore qu' il me haït , comme il a fait depuis . Je leur fis le récit de tout ce qui m' était arrivé , à la réserve de l' amour que j' avais pour Léonore . Ils témoignèrent une extrême envie de la connaître , et je la leur augmentai en leur exagérant le mérite de la mère et de la famille . Il ne faut jamais louer la personne que l' on aime devant ceux qui peuvent l' aimer aussi , puisque l' amour entre dans l' âme aussi bien par les oreilles que par les yeux . ”
Alfred Bougeault,
Principes de composition et de style…
(1853)
“ Le drame, imitation exacte de la vie, doit reproduire cette double physionomie de l'existence : tantôt il est sérieux, solennel, et cherche à émouvoir la sensibilité par le tableau de la douleur : c'est la tragédie; tantôt il est plaisant, badin, et provoque la gaîté par la peinture du ridicule : c'est la comédie; quelquefois enfin il met, comme la nature, le rire à côté des pleurs ; il mêle dans une même action le plaisant et le sérieux, le comique et le tragique : c'est alors le drame proprement dit. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Je ne vous puis nier, Madame, que je ne fusse trop heureux de vous plaire, si je le pouvois être assez pour vous pouvoir aimer. Je vois bien que je quitte la plus belle personne du monde pour une autre qui ne l'est peut-être que dans mon imagination. ”
Achille Didier, Principes de rhétorique et de littérature… (1853)
“ La tragédie enseigne à l'homme le devoir et le bien, en le pénétrant de terreur et de pitié. La comédie l'instruit et le corrige par la peinture gaie et risible des travers et des vices. Il faut distinguer, dans le genre comique, la comédie de mœurs, ou haute comédie, qui s'attache surtout à la peinture des caractères, comme dans P Avare et le Misanthrope; et la comédie d'intrigue, où la gaieté naît des incidents imprévus et plaisants, comme dans l'Étourdi et le Menteur. ”
Gustave Planche,
De la Réforme de la comédie
“ En réunissant sur une seule tête, en gravant sur un seul visage, toutes les grotesques pensées, toutes les bouffonnes espérances qui chaque matin s’épanouissent, et meurent avant la fin du jour, le poète ne pourra-t-il pas atteindre aux cimes de l’idéalité comique ? Exagérer le ridicule, ou exagérer la passion, n’est-ce pas même chose ? ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Toute la satire se borne à peu près à des discours contre les procès, les médecins, les courtisans, les sorciers, etc., à des réflexions morales peu piquantes, à des déclamations vagues et sans but: c'est, avant tout, l'oeuvre d'un rhéteur. Quoi qu'il en soit, cet ouvrage, bien certainement inspiré par les romans espagnols, où, en haine des grandes épopées chevaleresques, on racontoit les aventures de quelque héros du commun, est d'une tout autre famille que les oeuvres de Gomberville et de madame de Scudéry. Ce n'est pas que le style y ait beaucoup plus de simplicité et de naturel ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
(1866)
“ Je me serais donc réjouie de votre mariage aussi bien que les autres , si je connaissais moins celui qui doit être votre mari . Le mien était de Séville , et sa maison n' était pas éloignée de celle du père de votre serviteur . Il est de bonne maison , il est riche , il est bien fait , et je veux croire qu' il a de l' esprit ; enfin il est digne de vous : mais vous méritez l' affection tout entière d' un homme , et il ne peut vous donner ce qu' il n' a pas . ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Mais à la longue toutes ces inventions, qui avoient réjoui d'abord, et où l'on trouvoit à bon droit de l'esprit, de l'imagination, une certaine verve,--finissent par paroître et par être réellement puériles, forcées, monotones, invraisemblables. ”
Augustine Bulteau,
La Lueur sur la cime
“ Le drame, c’est nous-mêmes, notre passé, notre avenir, les possibilités de notre être actuel, finis, limités, mis au point, de façon que nous en puissions saisir toute la forme. Nous nous adaptons et nous réagissons comme sous l’action de la réalité, mais plus savoureusement parce que nous sommes resserrés par le temps. Nous avons une conscience plus précise de nous-mêmes, et cela est magnifique et délicieux. Je crois que c’est à cause de cela que je ne puis souffrir les pièces gaies... Le comique naît de la mauvaise attitude, inadéquate, incompréhensive des personnages. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Libres penseurs en littérature, sauf quelques exceptions, dans la mesure de leur époque et de leur caractère,--marchant à part, en dehors des salons et des coteries, ils joignoient presque tous à cette indépendance littéraire une hardiesse d'opinions plus ou moins grande dans la philosophie, la morale et la religion. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Pourquoi fuyez-vous celui qui ne sçauroit vivre sans vous? Si je n'ai pas assez de merite pour être souffert de vous, au moins considerez l'excès de mon amour et la patience que j'ai à endurer toutes les indignités dont vous usez envers moi, qui ne respire qu'à vous faire paroître à quel point je suis à vous.--Eh bien! lui repondit-elle, vous ne me le sçauriez mieux persuader qu'en vous eloignant de moi ”
Stendhal,
Molière, Shakspeare, la Comédie et le Rire
“ C’est naturel. Voilà les principes de la tragédie et de la comédie. Le poète tragique nous fait considérer nous-même dans les autres. Le comique : les rapports des autres avec nous. Dans la tragédie nous n’avons besoin des actions qui intéressent le protagoniste auquel nous nous intéressons, qu’en canevas. ”
Morceaux choisis des auteurs français… (1890)
“ Effectivement, on y lisait chaque jour tantôt des poèmes dramatiques, et tantôt d'autres poésies. Mais on n'y faisait guère que des lectures sérieuses; les pièces comiques y étaient méprisées. On n'y regardait la meilleure comédie, ou le roman le plus ingénieux et le plus égayé, que comme une faible production qui ne méritait aucune louange; au lieu que le moindre ouvrage sérieux, une ode, une églogue, un sonnet, y passait pour le plus grand effort de l'esprit humain. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Le Roman bourgeois est une satire en action, une continuelle épigramme, où l'allusion perce à chaque instant le tissu du récit, où la critique ingénieuse et sensée voyage côte à côte avec la parodie, mais une parodie de bon ton et de bon goût, qui laisse place à l'observation. Furetière n'idéalise pas les moeurs qu'il retrace, il les étudie à fond et dans des classes entières,--non plus seulement à l'extérieur, sous leur côté original et individuel. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ «Pour moi, disoit Dorothée à sa soeur, je suis bien assurée que l'amour ne me fera jamais rien faire contre mon devoir; mais je suis aussi bien resolue de ne me marier jamais avec un homme qui ne possedera pas lui seul tout ce que j'aurois à chercher en plusieurs autres, et j'aime bien mieux passer ma vie dans un couvent qu'avec un mari que je ne pourrois pas aimer.» Feliciane dit à sa soeur qu'elle avoit pris cette resolution-là aussi bien qu'elle, et elles s'y fortifièrent l'une l'autre par tous les raisonnemens que leurs beaux esprits leur fournirent sur ce sujet. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ La Rancune, qui sçavoit bien ce qui en devoit arriver, le laissa dormir de plus belle; et, sans faire conscience d'eveiller un homme qui dormoit si bien, il lui alla mettre le coude dans le creux de l'estomac, l'accablant de tout son corps et avançant l'autre bras hors du lit, comme on fait quand on veut amasser quelque chose qui est à terre. ”
Paul Scarron,
Le Roman Comique
“ Je ne sais si je dois esperer quelque chose de la gaîté que je pense avoir remarquée sur votre visage, et si le mien, que je vous ai fait voir, ne vous a point semblé assez beau pour vous faire douter si celui que l'on vous cache est plus capable de vous donner de l'amour. ”
