“ Le dessein de M. Ardisson n’a pu être autrefois, comme maintenant, que de faire, en tout, plaisir au juge. Si le juge est, en effet, du même avis que le Code, comme se le figurait, en candeur, M. Ardisson, il doit préférer — à moins d’une duplicité que nous n’osons supposer — le viol des mortes, autorisé par la loi, à celui des vivantes, explicitement défendu si l’on n’est muni de permis ou contrat. En outre, M. Ardisson aimait emporter chez lui la tête coupée des jeunes filles, comme l’a dit admirablement un écrivain « pour son dessert d’amour ». ”
Alfred Jarry
Résumé
Alfred Jarry's Spéculations explore les absurdités et les contradictions de la société moderne à travers un récit satirique et onirique. L'œuvre, marquée par des thèmes comme la violence institutionnalisée, la réflexion sur la loi, et les rites de passage, met en scène des personnages tels que M.
Ardisson, un fossoyeur aux mœurs troublantes, ou le "Président de République", symbole d'une autorité déconnectée des réalités humaines. Les citations révèlent un regard ironique sur la militarisation, les normes sociales et la quête de sens, oscillant entre l'absurde et le grotesque. La structure fragmentée et les allusions à des textes similaires soulignent une volonté de déconstruire les certitudes culturelles de l'époque.
Citations de Spéculations (Alfred Jarry)
“ L’ignare piéton hurle après les nouveaux monstres, comme les chiens, aujourd’hui encore, après les véhicules rapides. Oublie-t-il, ce piéton, que la vitesse est d’être immobile — c’est l’inertie —, qu’il est emporté dans la gravitation universelle à des millions de kilomètres à l’heure, et arrêtera-t-il le monde pour excès de vitesse ? Les véhicules qui, de Paris vers Madrid — du nord-est au sud-ouest — faisaient du cent quarante, étaient plus immobiles de ce nombre de kilomètres, à rebours et à déduire, de la rotation de la terre. ”
“ La chasse du drapaud nous paraît, telle qu’elle se pratique actuellement, le monopole d’une société, nombreuse d’ailleurs sans cesser d’être choisie et qui a su conserver — nous l’en félicitons — les pittoresques traditions et les éclatants costumes de l’ancienne vénerie. On se livre à ce sport cynégétique tant à pied qu’à cheval, les piqueurs ont des livrées d’azur par le haut et d’écarlate par le bas avec des boutons de métal partout. Des fanfares compliquées ont succédé au vétuste cor de chasse. Le fusil qui sert à abattre la bête est ingénieusement armé d’un épieu au bout. ”
