Résumé

E. Dulaurier Revue des Deux Mondes

Cette conquête embrasse en effet des pays où s’élevaient jadis de florissans royaumes, l’Arménie et la Géorgie, et au nord l’isthme du Caucase, qui commande à deux mers, débouchés des plus grandes artères fluviales de la Russie, la Mer-Noire et la Caspienne, et par ces deux bassins se relie d’un côté à la Méditerranée et à l’Europe, de l’autre à la Perse, l’Inde et tout le continent asiatique ; boulevard formidable par les hautes montagnes dont il est entouré, et qu’un écrivain russe dans un sentiment d’orgueil national a nommé le Gibraltar de la Russie dans l’Orient.
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E. Dulaurier Revue des Deux Mondes

L’état des esprits tend chaque jour à changer au Caucase, et l’aigle à deux têtes a saisi dans ses serres la proie qu’elle ne laissera plus échapper. Le cœur des montagnards tressaille encore sans doute au souvenir d’un chef dont ils étaient fiers ; les populations n’ont encore peut-être rien perdu de ces sentimens de respect et d’amour qu’elles firent éclater, lorsque, sur la route de Gounib à Temir-Khan-Schoura, elles se précipitaient à la rencontre de Schamyl prisonnier, — les femmes poussant des clameurs et pleurant leur imâm, les hommes empressés de baiser le pan de ses vêtemens.
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E. Dulaurier Revue des Deux Mondes

Lorsque, les yeux sur les cartes du Caucase, on suit les phases de cette longue guerre, on voit les obstacles qu’offrait à la conquête un pays où il fallait s’ouvrir un accès par la sape et la hache, où chaque rocher, chaque repli de terrain, chaque groupe d’arbres peut receler une embuscade ; on voit la Russie arrêtée à l’origine par de rudes échecs et par l’inexpérience de cette guerre de montagnes, avancer lentement, mais avec persévérance, jusqu’à ce que ses lignes stratégiques, multipliées et étendues, aient entouré peu à peu Schamyl dans un cercle de fer devenu infranchissable.
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