Résumé

Portrait de Jules Soury Jules Soury Les Filles de Louis XV d’après des documents inédits et de nouvelles publications

L’aînée des filles de Louis XV, Elisabeth, la seule qui fut jamais mariée, était devenue Madame Infante : Henriette fut dès lors appelée Madame à la cour de France. Elle avait le cœur gros, pleurait encore à chaudes larmes au souvenir de l’absente, que déjà le dauphin et Adélaïde, toujours extrêmes, l’entraînaient éperdue dans le tourbillon des fêtes et des mascarades. Tout ce petit monde chantait, dansait, frétillait sous l’or et la soie, à la clarté des lustres, et ne songeait qu’au plaisir. Gouverneur et gouvernante des enfans de France partageaient avec le roi la commune allégresse.
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Elisabeth connaîtra les joies de la maternité, les fièvres de l’ambition, les passions de l’intrigue politique ; un éclair de vie intense luira dans ses yeux, animera ses traits brunis par le soleil d’Espagne. Henriette, aimante et passive, brisée de langueur maladive, sans nerf, exsangue, lymphatique, cachera ses pâleurs sous une épaisse couche de rouge.
Le dauphin et Adélaïde sont tout autres. Avant même de les bien connaître, on devine, à les voir, qu’ils tiennent de leur mère. Louis XV en avait déjà fait la remarque : dans le dauphin, c’est le caractère polonais qui domine.
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La politique plus encore que la nature fut donc cause de la précoce disgrâce de l’infante. Au moins il ne paraît pas qu’elle ait déplu à son jeune époux, joli garçon de vingt ans, âme molle et vulgaire, qu’elle ne traita jamais qu’en enfant. Un coup d’œil lui suffit pour deviner la médiocrité et la suffisance de don Philippe ; elle apprendra avec indifférence que ce jouvenceau a les vices d’un Italien ; elle le saura lâche, et n’en éprouvera point d’indignation ; elle le verrait s’avilir sans ressentir aucune pitié, s’il n’était le père de ses enfans. Don Philippe ne sera jamais son maître.
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