“ L'un d'eux se dévoue lentement à l'étude de l'art : sa gloire est obscure, son imagination est à la fois studieuse et passionnée ; et quand ce grand mouvement de 1789 arrive, il en est saisi vivement. Les premiers vers connus d'André Chénier sont un hymne d'enthousiasme et de joie sur la fameuse séance du Jeu de paume1 ; c'est l'inauguration pindarique de la révolution sociale. Les premières tragédies célèbres de Marie-Joseph Chénier sont des tragédies partiales, comme il le dit lui-même, tout empreintes de la véhémence des passions nouvelles : c'est Charles IX, Henri III ”
Charles Chénier
Définition et enjeux
Citations sur “Charles Chénier”
André Chénier,
Œuvres complètes de André Chénier…
“ Leur estime peut consoler Chénier de l’indifférence qu’il doit attendre de la critique ; et c’est dans cette espérance que nous allons jeter un coup-d’œil sur ses ouvrages et sur sa vie si rapide. André-Marie De Chénier naquit à Constantinople, le 29 octobre 1762. Sa mère était une Grecque dont l’esprit et la beauté sont célèbres. Il fut le troisième fils de M. Louis de Chénier, consul-général de France. Le plus jeune des quatre frères était Marie Joseph, auteur de Fénélon, de Charles IX et de Tibère. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Assurément une pareille assertion est précieuse, et il semble opportun de la recueillir et de s’en prévaloir au moment où les deux frères vont être mêlés diversement aux contentions de partis, au moment où l’on va rencontrer Marie-Joseph sur les bancs de la convention, André dans les cachots de Saint-Lazare. C’est l’endroit sombre de la vie de Chénier. Depuis cinquante ans, la calomnie n’a pas encore épuisé son venin ; depuis cinquante ans, la mémoire du poète est balancée entre des apologies chaleureuses, mais trop peu explicites, et des accusations aussi vagues qu’acharnées. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Ce que je voudrais établir ici, ce qu’en général on s’accorde à méconnaître, c’est qu’il y a eu tour à tour deux hommes dans Chénier, un médiocre versificateur et un bon poète, celui-là célèbre et beaucoup trop applaudi dans son temps, celui-ci infiniment moins connu et fort mal apprécié de nos jours. La renommée très surfaite du premier a nui à la réputation étouffée et injustement amoindrie du second. Il est vrai de dire que le talent ferme, sensé, mordant, sobre, de Chénier n’éclata que très tard, après les plus dures épreuves, dans le malheur, dans la maladie, dans la mort. ”
La Convention nationale, son oeuvre… (1884)
“ La République nous appelle, Sachons vaincre, ou sachons périr; Un Français doit vivre pour elle, Pour elle un Français doit mourir. M.-J. Chénier composa les paroles du Chant du départ, et Méhul la musique. Marie-Joseph de Chénier, né à Constantinople en 1764, officier de dragons, poète comique et tragique, donna au théâtre Charles IX (1789) , Caïas Graachus (1792) , Tibère. Député à la Convention, il ne put sauver son frère André Chénier qui mourut sur l'échafaud deux jours avant le 9 thermidor. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Chénier est le poète du bon sens. Les cœurs maladifs, à qui il ne faut que des sentimens raffinés, les esprits sur qui la fée jalouse de la fantaisie a jeté un charme, les imaginations rétives à qui la discipline du goût semble intolérable, même chez les autres, pourront nier la légitimité d’un pareil genre. Heureusement, il est des esprits cultivés et justes auprès desquels cette muse de la raison, cette muse de Boileau, de Voltaire et de Chénier, est à jamais sûre de trouver bon accueil. Les poésies posthumes de Marie-Joseph suffiraient à assurer sa gloire. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Cette perfide manœuvre n’échappa pas à Rœderer, qui, malgré ses ressentimens contre Chénier, dénonça le fait dans le Journal de Paris, en ajoutant : « L’auteur de Charles IX est celui de nos poètes sur qui le système des injures s’est le plus exercé. » Peut-être Rœderer se souvenait-il de sa brochure. La vanité des auteurs a des susceptibilités particulières, des endroits qu’on ne devine pas et qui sont au vif. Chénier avait tout supporté de ses détracteurs, sauf à leur rendre la pareille ; mais une chose le blessa plus que le reste, et entra plus avant dans son orgueil froissé. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Portraits littéraires, Tome I
“ Mais la victoire reste tout entière du côté d’André Chénier. L’élégie de Le Brun est sèche, nerveuse, vengeresse, déjà sur le retour, savante dans le goût de Properce et de Callimaque ; l’imitation de l’antique n’en exclut pas toujours le fade et le commun moderne. L’élégie d’André Chénier est molle, fraîche, blonde, gracieusement éplorée, voluptueuse avec une teinte de tristesse, et chaste même dans sa sensualité. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ La leçon du malheur fut profitable au poète ; elle trempa son talent peu solide, de même que la maladie bientôt assouplira son caractère rétif et sauvage. Pour n’être plus aussi agitée que naguère, pour être mêlée de moins près aux grands orages des révolutions, la biographie de Chénier, dorénavant, n’en sera que plus digne d’intérêt peut-être aux yeux de l’histoire littéraire. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Portraits littéraires, Tome I
“ Une voix pure, mélodieuse et savante, un front noble et triste, le génie rayonnant de jeunesse, et, parfois, l’œil voilé de pleurs ; la volupté dans toute sa fraîcheur et sa décence ; la nature dans ses fontaines et ses ombrages ; une flûte de buis, un archet d’or, une lyre d’ivoire ; le beau pur, en un mot, voilà André Chénier. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Portraits littéraires, Tome I
“ Suivant André Chénier, l'art ne fait que des vers, le coeur seul est poète; mais cette pensée si vraie ne le détournait pas, aux heures de calme et de paresse, d'amasser par des études exquises l'or et la soie qui devaient passer en ses vers. Lui-même nous a dévoilé tous les ingénieux secrets de sa manière dans son poème de l'Invention, et dans la seconde de ses épîtres, qui est, à la bien prendre, une admirable satire. ”
André Chénier,
Œuvres poétiques de Chénier
“ Dans un écrit daté de 91 et intitulé Réflexions sur l’Esprit de parti, il se montre injuste et vraiment injurieux pour Burke, et le désir de venger son frère de ce que Burke avait dit sur la tragédie de Charles IX dans son fameux pamphlet y entre pour quelque chose. En général, la politique d’André Chénier doit être envisagée comme une politique de droiture et de cœur, émanée d’une simple et haute inspiration personnelle. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ La plaisanterie était innocente ; mais Chénier, qui ne quittait pas le cothurne, se fâcha tout de bon. Un poète tragique classé parmi les fugitifs ! l’auteur d’Azmire se crut atteint dans sa dignité. André était alors à Londres ; Marie-Joseph lui écrivit à ce sujet : « Il est bon de se venger ; » la menace était solennelle. Le Journal de Paris reçut aussi les confidences de Chénier dans cette occasion : « Quand on n’est pas très patient, écrit-il, il faut au moins se montrer reconnaissant et rendre ce qu’on a reçu au plus vite, et, s’il est possible, avec usure. » ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Ces qualités, Chénier les conquit une à une ; il finit par les avoir toutes aux derniers momens de cette existence troublée et malheureuse que lui firent les évènemens et ses passions. Mais la chronologie lui fut fatale : poète de la liberté, il n’eut tout son génie que sous le despotisme ; poète de la tradition classique, il n’entra précisément en possession de sa force que quand les novateurs allaient devenir les maîtres. Tout fut contre lui : en politique, le républicain se heurta contre Napoléon ; en littérature, l’écrivain classique eut à subir la royauté de Châteaubriand. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ L’essaim bourdonnant enveloppa sa victime et ne la quitta plus : nous allons voir quelles cruelles piqûres il lui fit, quels aiguillons restèrent dans la plaie. Chénier était très en vue : il avait beaucoup d’ennemis. Les inconnus lui en voulaient de son renom, les ingrats des services rendus, les envieux de ses succès : sa morgue, ses dédains, ses sarcasmes imprudens, le faste de sa vie, avaient aussi éveillé un grand nombre de susceptibilités, sans compter les implacables rancunes que les partis réactionnaires nourrissaient contre l’ancien montagnard. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Pour soutenir la convention chancelante, Chénier avait consenti à se faire le rapporteur de la loi d’exception qui décrétait l’exil contre quiconque provoquerait l’avilissement des représentans de la nation. C’est toujours une politique mauvaise que celle qui croit les circonstances plus impérieuses que les principes. Que faisait ici Chénier, sinon de ramasser les débris de l’idole qu’il avait renversée naguère, afin de pouvoir lui dicter à son tour des oracles ? Un orateur rappela au poète avec amertume ses Inquisiteurs de la pensée. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Aucun dénigrement systématique, rarement de l’aigreur ; l’admiration, la tempérance dans la critique ne coûtent pas à l’habituel faiseur d’épigrammes, au censeur sardonique et dédaigneux d’autrefois. Les éloges en général sont distribués sans parcimonie, avec bonne grace. Excepté deux ou trois endroits où sa prévention est si forte, que, n’espérant pas la contenir, il l’abandonne à elle-même, Chénier fait preuve de détachement et de mesure. Chez un autre, ce ne serait qu’une qualité ; chez lui, c’est une vertu. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ La vie de Chénier en est remplie. Courageux comme poète, il ne le fut pas toujours comme citoyen ; trop souvent on le voit servir par ses votes ces mêmes doctrines odieuses qu’il flétrissait au théâtre. Je m’explique ces contradictions. Quand Marie-Joseph tenait la plume, c’est son cœur qui l’emportait, et son cœur était bon ; quand, au contraire, il était à la convention ou dans les clubs, son esprit fougueux l’entraînait aux violences, ou bien il cédait à la contagion de la peur. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Portraits littéraires, Tome I
“ Sans doute, s’il fallait se décider entre leurs deux points de vue pris à part, et opter pour l’un à l’exclusion de l’autre, le type d’André Chénier pur se concevrait encore mieux maintenant que le type pur de Regnier ; il est même tel esprit noble et délicat auquel tout accommodement, fût-il le mieux ménagé, entre les deux genres, répugnerait comme une mésalliance, et qui aurait difficilement bonne grâce à le tenter. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Une fois engagé dans la bonne voie, Chénier marchera toujours, et ne s’arrêtera que devant la mort. Aussi pouvons-nous répéter au poète comme dans Polyeucte : Encore un peu plus outre, et ton heure est venue. J’ai hâte d’aborder les régions plus sereines que j’entrevois. Il y a assez long-temps que cette muse du carrefour, enveloppée des oripeaux révolutionnaires, erre des champs de Fleurus, où elle entonne l’hymne guerrier, au Théâtre de la République, où les jacobins l’applaudissent et la huent tour à tour. Ne lui faudrait-il pas plutôt les loisirs de la solitude ? ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Quand le talent tardif de Chénier éclatera enfin dans sa mâle vigueur, il ne rencontrera chez cet homme que l’injure et le sarcasme ; alors nous nous souviendrons du contraste. Il y a des rapprochemens qui valent mieux que des réfutations. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Portraits littéraires, Tome I
“ Chaque individu dans l’état sauvage, écrit Chénier, est un tout indépendant ; dans l’état de société, il est partie du tout ; il vit de la vie commune. Ainsi, dans le chaos des poëtes chaque germe, chaque élément est seul et n’obéit qu’à son poids ; mais quand tout cela est arrangé, chacun est un tout à part, et en même temps une partie du grand tout. Chaque monde roule sur lui-même et roule aussi autour du centre. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ La mère désolée, elle a perdu son fils ! Mais il faut du temps pour donner à un cœur maternel l’habitude et la familiarité du regret. Ce temps, la calomnie ne le laissa pas à Marie-Joseph, et ce fut sa mère elle-même qui bientôt eut à lui prodiguer des consolations. On fit un crime à Chénier de son malheur. Nous touchons à ces épreuves cruelles où l’homme eut tant à souffrir, où le poète trouva son talent.Depuis le 9 thermidor jusque vers le milieu du consulat, c’est-à-dire de 1794 à 1802, Chénier prit une part active à la politique et joua un rôle assez important dans les assemblées. ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Nouveaux lundis. Tome 7
(1863-1870)
“ André Chénier le savait bien; il se méfiait du goût de son siècle et de son pays, et il croyait devoir y sacrifier un peu. Aussi ne lui reprocherai-je pas ce léger enjolivement et cette féminisation du petit chef-d'oeuvre antique. Un coin de roman chez nous n'a jamais nui au succès; un peu de sentimental fait bien et nous dispose favorablement : cela aide à faire passer la poésie. Il est donné à très-peu de l'aimer et de la goûter toute sincère et toute pure. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ En ces ères de rénovation, le talent lui-même semble avoir les instincts du génie, s’il n’en a pas la puissance. Pour être le vrai continuateur de Voltaire après 89, on devait l’être ailleurs encore qu’à la scène ; aussi ne faut-il pas s’étonner de trouver à la fois Chénier au Théâtre de la République et à la tribune des Jacobins. Marie-Joseph Chénier fut, avant tout, l’homme de son temps ; il en eut les goûts, il en accepta les entraînemens, l’enthousiasme, les colères. Poète, vous le voyez aspirer aussitôt à la gloire retentissante de la tragédie politique et philosophique ”
Charles Augustin Sainte-Beuve,
Poésies
“ D’un autre côté, les successeurs d’André Chénier, isolés à l’origine par des circonstances particulières de naissance, de condition sociale et, si l’on veut, de préjugés, nourris et vivant au sein d’idées, étroites peut-être, mais hautes et fortes, se sont retirés de bonne heure des discussions et des tracasseries politiques, où une première fougue chevaleresque les avait lancés ; ils se sont fait, à part, et dans une atmosphère sereine, une vie de calme et de loisir ; laissant à d’autres les théories et la polémique, ils ont abordé l’art en artistes, et se sont mis amoureusement à créer. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Le public poussa un fou rire aux dépens de Gille et de Pierrot, aux dépens de Rœderer et de Lezay.L’impudent et lâche Rœderer, comme disait poliment Chénier, se sentit atteint ; il eut hâte de se venger. Mais le courroux calcule mal, et l’homme d’esprit ne se retrouve pas dans la diatribe effrénée par laquelle il riposta [29] . Toutes les armes sont bonnes à Rœderer. Il ne se refuse aucun outrage, aucun genre d’accusation ; il fait de Chénier un misérable, le dernier des hommes. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ On peut faire des vers et porter dans un autre genre de travail la justesse d’un bon esprit ; mais Chénier voulait encore être poète en écrivant de la prose et de la politique. Voilà, me dis-je, un homme mal placé, qui n’est bon dans la convention qu’à donner quelques plans de fêtes nationales... ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Il est vrai qu’au lieu d’être assidu à ses thèmes, Marie-Joseph s’essayait déjà à entrelacer des rimes. Plusieurs fois ses régens le surprirent et le châtièrent. Ils trouvaient ses vers détestables, et ils avaient la cruauté de le lui dire : au lieu de céder, l’amour-propre de l’écolier ne fit que s’obstiner en s’irritant. Pour faire pièce au dédain de ses pédagogues, Chénier se consola en rêvant les bravos populaires. C’était une vocation dès le collége. Ramenée sans doute par le désir de surveiller l’éducation de ses quatre fils, Mme de Chénier s’était fixée à Paris vers 1773 ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Quand le joug de la terreur eut cessé de peser sur la France, on sentit le besoin d’un gouvernement ferme qui eût la force de résister et aux tentatives des anarchistes et aux résistances des fauteurs du royalisme. Chénier fut de ceux qui voulurent à tout prix donner quelque unité au pouvoir ; il y aida même par des duretés de parole ou par des rigueurs de votes que contredisaient ses doctrines libérales, sa foi loyalement républicaine. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Devant le premier texte, les préventions les plus opiniâtres devront être ébranlées ; devant le second, il n’est plus permis à un homme honnête de garder l’ombre d’un doute. Rœderer, sous le directoire, prenait, avec son ami Lezay-Marnezia, une part très active à la rédaction du nouveau Journal de Paris, feuille alors très importante et très répandue. Chénier y était souvent piqué : il reconnut la plume, et, avec cette impatience violente que rien ne maîtrisait, il décocha en passant dans sa Calomnie un trait contre Rœderer ”
