“ L'un d'eux se dévoue lentement à l'étude de l'art : sa gloire est obscure, son imagination est à la fois studieuse et passionnée ; et quand ce grand mouvement de 1789 arrive, il en est saisi vivement. Les premiers vers connus d'André Chénier sont un hymne d'enthousiasme et de joie sur la fameuse séance du Jeu de paume1 ; c'est l'inauguration pindarique de la révolution sociale. Les premières tragédies célèbres de Marie-Joseph Chénier sont des tragédies partiales, comme il le dit lui-même, tout empreintes de la véhémence des passions nouvelles : c'est Charles IX, Henri III ”
Marie-Joseph Chénier
Définition et enjeux
Citations sur “Marie-Joseph Chénier”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Chénier est le poète du bon sens. Les cœurs maladifs, à qui il ne faut que des sentimens raffinés, les esprits sur qui la fée jalouse de la fantaisie a jeté un charme, les imaginations rétives à qui la discipline du goût semble intolérable, même chez les autres, pourront nier la légitimité d’un pareil genre. Heureusement, il est des esprits cultivés et justes auprès desquels cette muse de la raison, cette muse de Boileau, de Voltaire et de Chénier, est à jamais sûre de trouver bon accueil. Les poésies posthumes de Marie-Joseph suffiraient à assurer sa gloire. ”
Auguste-Désiré Desprez, Histoire de la littérature française depuis son origine jusqu'à nos jours… (1837)
“ Nous clorons cette liste des auteurs tragiques en parlant de Marie-Joseph Chénier et de Ducis, qui vivaient à la fin du siècle, car nous ne croyons pas bien nécessaire de nous occuper des essais malheureux que firent dans la tragédie Laharpe, Chamfort et d'autres dont nous aurons à parler plus tard. MARIE-JOSEPH CHÉNIER était le propre frère d'André Chénier. La nature lui avait donné un grand talent poétique dont il fit un déplorable usage. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ La poétique de Marie-Joseph répond, comme il est naturel, à sa poésie : c’est l’esprit du siècle précédent qui vient un instant s’asseoir au seuil du siècle nouveau, et qui juge le présent au nom du passé. On se défie volontiers d’un héritier présomptif, on ne saurait avoir de tendresse pour un successeur. Quand il laisse échapper ce mot : « les talens qui nous restent, » Chénier montre qu’il n’est plus de son temps ; l’idéal pour lui est en arrière. Aussi ne voit-il dans la rénovation littéraire qui éclate autour de lui rien autre chose qu’une émeute intempestive contre le goût. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ La vie de Chénier en est remplie. Courageux comme poète, il ne le fut pas toujours comme citoyen ; trop souvent on le voit servir par ses votes ces mêmes doctrines odieuses qu’il flétrissait au théâtre. Je m’explique ces contradictions. Quand Marie-Joseph tenait la plume, c’est son cœur qui l’emportait, et son cœur était bon ; quand, au contraire, il était à la convention ou dans les clubs, son esprit fougueux l’entraînait aux violences, ou bien il cédait à la contagion de la peur. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Assurément une pareille assertion est précieuse, et il semble opportun de la recueillir et de s’en prévaloir au moment où les deux frères vont être mêlés diversement aux contentions de partis, au moment où l’on va rencontrer Marie-Joseph sur les bancs de la convention, André dans les cachots de Saint-Lazare. C’est l’endroit sombre de la vie de Chénier. Depuis cinquante ans, la calomnie n’a pas encore épuisé son venin ; depuis cinquante ans, la mémoire du poète est balancée entre des apologies chaleureuses, mais trop peu explicites, et des accusations aussi vagues qu’acharnées. ”
Maurice Bloch, Les Mères des grands hommes, par Maurice Bloch… (1885)
“ Celui qui survécut entoura sa mère des soins les plus empressés . Elle garda pour lui la plus profonde affection et bénit plus d' une fois sa tendresse et son respect filial . On s' est plu à chercher ce que chacun des deux poètes devait à celle qui les éleva . On a dit que Marie - Joseph Chénier tenait de sa mère pour le caractère ; il était « enthousiaste , mobile , épris de ce qui est brillant et bruyant . André Chénier est plus digne et plus fier ; ce qu' il tient surtout de sa mère , c' est l' imagination riante et païenne ». ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ À mesure que les leurres politiques l’aigrissent, à mesure que les désenchantemens de la vie publique s’accumulent, Marie-Joseph se réfugie avec plus de passion au sein des lettres. Tenacem propositi : dans l’art, c’est encore la meilleure devise. Je distingue, après la révolution, deux phase distinctes dans la vie de Chénier, l’époque d’abord où le poète a encore confiance dans l’avenir des libres institutions qu’il avait aidé à conquérir, puis celle où le citoyen, sous le joug de la servitude militaire, n’a plus d’autre consolation que la poésie. ”
Biographie des femmes auteurs contemporaines françaises
“ Marie-Joseph Chénier, en applaudissant à la variété des sentiments et des images, lorsque, pour la première fois, il lut les Élégies maternelles, avait en quelque sorte prédit que ce beau talent se reproduirait sous des for¬ mes diverses et toujours heureuses, lorsque les années auraient apporté quelque adoucissement à l’amère dou¬ leur qui avait été la muse inspiratrice du jeune poëte. ”
“ Chénier, qui avait été nommé inspecteur général de l'Université, se vit destitué et réduit à une gène que son état maladif rendait encore plus cruelle. Mais l'irritation de l'Empereur céda bientôt devant la noble prière du poëte, et lui-même assura les derniers jours de Marie-Joseph par une pension payée sur sa cassette. C'est un spectacle touchant que de voir aux approches de la mort une âme irritée et violente s'apaiser par degrés et se dépouiller des rancunes amassées pendant la vie. ”
Louise Fusil, Souvenirs d’une actrice
“ Si Marie-Joseph Chénier eût tenté la moindre démarche en sa faveur, il n’eût fait qu’avancer sa perte ; on sait d’ailleurs que, dans ces temps malheureux, il n’y avait de salut que pour ceux qu’on oubliait, car les choses pouvaient changer par l’excès même où elles étaient parvenues. Un nommé Labussière, qui était employé au comité du salut public, a sauvé plusieurs personnes en remettant leur acte d’accusation en dessous, lorsqu’ils se présentaient dans les cartons. Le 9 thermidor arriva, et ils échappèrent à la mort. Ce jour, hélas ! vint trop tard pour André Chénier, et pour tant d’autres ”
Albert Vandal,
L'avènement de Bonaparte. I. La Genèse du Consulat…
(1902)
“ Marie-Joseph Chénier parut à la tribune, pâle et défait, les vêtements en désordre, et balbutia un semblant de discours ; il s'excusa pour l'incohérence de ses paroles, se disant pris au dépourvu; les aboiements de la meute jacobine l'interrompaient à chaque phrase. Lamarque et Quirot parlèrent en faveur de la motion ; Daunou parla contre; Lucien la combattit avec beaucoup de présence d'esprit, dans une improvisation fougueuse. ”
Maurice Bloch, Les Mères des grands hommes, par Maurice Bloch… (1885)
“ Le frère d' André Chénier , Marie-Joseph , fut aussi poète : homme d' esprit et d' imagination , doué d' un talent facile , mais ardent et passionné , il se laissa emporter par le désir de la célébrité . Il se jeta dans la carrière de la tragédie et composa des drames qui lui valurent une gloire bruyante . On a dit avec raison que ce sont des plaidoyers politiques plutôt que des œuvres purement littéraires . Ce qu' on admirait dans ses pièces , c' étaient les tirades qui respiraient l' amour de la liberté et la haine du despotisme ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ La plaisanterie était innocente ; mais Chénier, qui ne quittait pas le cothurne, se fâcha tout de bon. Un poète tragique classé parmi les fugitifs ! l’auteur d’Azmire se crut atteint dans sa dignité. André était alors à Londres ; Marie-Joseph lui écrivit à ce sujet : « Il est bon de se venger ; » la menace était solennelle. Le Journal de Paris reçut aussi les confidences de Chénier dans cette occasion : « Quand on n’est pas très patient, écrit-il, il faut au moins se montrer reconnaissant et rendre ce qu’on a reçu au plus vite, et, s’il est possible, avec usure. » ”
duchesse d' Laure Junot Abrantès, Histoire des salons de Paris (Tome 6…
“ Comme il était familier de Barras, on pensa que le Directoire, qui déjà craignait Bonaparte et le jugeait d'après lui, aurait voulu le déconsidérer dans le cas où il aurait accepté. 40: Chénier (Marie-Joseph) , qui fut à tort accusé de la mort de son frère, était un homme de bonne foi, républicain dans le cœur. Il a fait une foule de beaux traits, de choses utiles qu'on ignore, parce qu'on parle de lui sans rien approfondir; mais il faut connaître Chénier, et savoir tout le bien qu'il fit et le mal qu'il empêcha. ”
E. Caro, André Chénier à Saint-Lazare
“ Tandis que Marie-Joseph se jetait avec la plus vive ardeur dans la conspiration qui allait éclater à la convention contre la dictature de Robespierre et dont le succès sauvait la vie d’André, M. de Chénier le père apprenait par le guichetier fidèle ce qui se tramait à Saint-Lazare. Il essaya de voir son fils. Le nouveau concierge Verney lui refusa brutalement la porte. Le temps pressait ; les listes fatales étaient dressées, elles étaient même parties ; d’une heure à l’autre, les accusés allaient être appelés devant le tribunal. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ La mère désolée, elle a perdu son fils ! Mais il faut du temps pour donner à un cœur maternel l’habitude et la familiarité du regret. Ce temps, la calomnie ne le laissa pas à Marie-Joseph, et ce fut sa mère elle-même qui bientôt eut à lui prodiguer des consolations. On fit un crime à Chénier de son malheur. Nous touchons à ces épreuves cruelles où l’homme eut tant à souffrir, où le poète trouva son talent.Depuis le 9 thermidor jusque vers le milieu du consulat, c’est-à-dire de 1794 à 1802, Chénier prit une part active à la politique et joua un rôle assez important dans les assemblées. ”
André Chénier,
Œuvres complètes de André Chénier…
“ Nous n’expliquons point ces détails pour réfuter la basse calomnie qui essaya de rendre Marie-Joseph responsable du sort de son frère. Cette justification serai une injure à sa mémoire. Les plus violens adversaires de ses principes, les plus injustes détracteurs de son talent n’ont jamais trempé dans ces vils soupçons quand ils ont mérité l’honneur de le combattre. Certes, on ne connaît point à M. de Châteaubriand de raison d’aimer Chénier. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Il est si difficile de résister aux entraînemens des réactions. Avec sa fougue naturelle et sa susceptibilité de poète, Chénier céda quelquefois, il en faut convenir, à ces suggestions de l’humeur ; ainsi, après l’insurrection du 1er prairial, il fut sans pitié pour ses collègues compromis. L’humanité pourtant était au fond du cœur de Marie-Joseph, et son nom, après le 9 thermidor, se rattache à plus d’un généreux souvenir. ”
Simone Balayé, André Chénier : 1762-1794 : [exposition… (1962)
“ André Chénier quitte Navarre vers le milieu de 1781. Il consacre ses premiers mois de liberté à la poésie et à la vie mondaine. Mais son père, qui a déjà orienté Constantin vers la carrière consulaire, Louis-Sauveur et Marie-Joseph vers l'armée, désire qu'André devienne officier et le fait entrer au régiment d'Angoumois comme volontaire, dans le courant de 1782. La vie de garnison à Strasbourg, loin de tous ses amis, est pour André pénible et ennuyeuse ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ Il est vrai qu’au lieu d’être assidu à ses thèmes, Marie-Joseph s’essayait déjà à entrelacer des rimes. Plusieurs fois ses régens le surprirent et le châtièrent. Ils trouvaient ses vers détestables, et ils avaient la cruauté de le lui dire : au lieu de céder, l’amour-propre de l’écolier ne fit que s’obstiner en s’irritant. Pour faire pièce au dédain de ses pédagogues, Chénier se consola en rêvant les bravos populaires. C’était une vocation dès le collége. Ramenée sans doute par le désir de surveiller l’éducation de ses quatre fils, Mme de Chénier s’était fixée à Paris vers 1773 ”
Simone Balayé, André Chénier : 1762-1794 : [exposition… (1962)
“ En 1742, Louis Chénier, issu d'une famille languedocienne sans fortune, s'embarque pour Constantinople où il va se livrer au commerce des draps. Il y épouse Elisabeth Lomaca, grecque d'éducation sinon de race, qui lui donne plusieurs enfants : André et Marie-Joseph seront les deux derniers. M. Chénier, instruit et ambitieux, tenté par la diplomatie, quitte la Turquie et rentre en France en 1765. Le petit André est d'abord mis en pension chez un oncle à Carcassonne. En 1773, son père, devenu entre temps consul au Maroc, le ramène à Paris et le met au Collège de Navarre. ”
André Chénier,
Œuvres complètes de André Chénier…
“ Il fallait se faire oublier ou périr. Marie-Joseph, alors insulté à la tribune, devenu l’objet de la haine particulière de Robespierre qui redoutait ses principes et enviait ses talens, n’aurait eu que le crédit de faire hâter un supplice ; il s’abstenait même de, paraître à la Convention. Il pouvait mourir avec son frère, non le sauver. Heureux si l’on eût suivi ses conseils ! si l’on se fût renfermé, pour André, dans cette prudence qui Conserva les jours de M. Sauveur de Chénier, détenu en même temps à la Conciergerie. ”
André Chénier,
Œuvres complètes de André Chénier…
“ Leur estime peut consoler Chénier de l’indifférence qu’il doit attendre de la critique ; et c’est dans cette espérance que nous allons jeter un coup-d’œil sur ses ouvrages et sur sa vie si rapide. André-Marie De Chénier naquit à Constantinople, le 29 octobre 1762. Sa mère était une Grecque dont l’esprit et la beauté sont célèbres. Il fut le troisième fils de M. Louis de Chénier, consul-général de France. Le plus jeune des quatre frères était Marie Joseph, auteur de Fénélon, de Charles IX et de Tibère. ”
André Chénier,
Œuvres complètes de André Chénier…
“ « Chénier a su, comme moi, ce que c’est que de perdre un frère tendrement aimé ; il serait sensible à l’hommage que je rends à ce frère, car il était naturellement généreux » On sait que les amis de l’un furent ceux de l’autre jusqu’à la mort. Et sa mère, dit le respectable M. Daunou, en parlant de la victime si malheureusement immolée, sa mère qui l’a pleuré quatorze ans, demeura tant qu’elle vécut avec Marie-Joseph. ”
Charles Labitte, Revue des Deux Mondes
“ On a vu quelle dure leçon avait été donnée, à deux reprises, à l’ambition précoce de Chénier. Plus tard, quand la gloire lui fut venue, le poète parlait quelquefois d’Azémire avec cette gaieté satirique qui lui devint habituelle dans ses dernières années ; mais il se taisait sans doute sur le Page Supposé, car le scrupuleux Daunou lui-même n’a pas consigné ce premier et malheureux essai de son ami. À la longue, les échecs font aussi une réputation ; Marie-Joseph jugea donc prudent de se réfugier momentanément dans l’étude, dans le silence. ”
La Convention nationale, son oeuvre… (1884)
“ La République nous appelle, Sachons vaincre, ou sachons périr; Un Français doit vivre pour elle, Pour elle un Français doit mourir. M.-J. Chénier composa les paroles du Chant du départ, et Méhul la musique. Marie-Joseph de Chénier, né à Constantinople en 1764, officier de dragons, poète comique et tragique, donna au théâtre Charles IX (1789) , Caïas Graachus (1792) , Tibère. Député à la Convention, il ne put sauver son frère André Chénier qui mourut sur l'échafaud deux jours avant le 9 thermidor. ”
Napoléon Ier,
Lettres inédites de Napoléon Ier
(1898)
“ « Servante de lii !' Nous devrions eilever. » 2. Joseph-Marie-Biaise de Chénier, frère d'André. D'abord, comme ce dernier, royaliste constitutionnel, il fut élu député à la Convention. Il y vota la mort de Louis XVI.-Membre du tribunat le 3 nivôse an VIII, éliminé deux ans plus tard, il reç it en 1803 la place d'inspecleur général des études qu'il perdit en 180ô, à la suite de la publication de son Épître à Voltaire. Né à Constantinople le 28 août 1764, J. M. Chénier mourut à Paris le il janvier 1811 et eut pour successeur à l'Institut Châtcaubriand. En guise îles Sainte-Marguerite. ”
Claude-Pierre Patu, Oeuvres complètes de M. Palissot… (1809)
“ CHENIER (MARIE-JOSEPH ) , fils du précédent, né à Constantinople en 1764. .Après la mort des grands hommes qui ont fondé la gloire de la scène française, on à remarqué constamment qu'il s'écoulait des intervalles plus ou moins longs avant qu'ils eussent des successeurs dignes de les. remplacer. Le respect de préjugé qui se joignait à l'admiration qu'inspirera toujours le grandnom de Corneille , découragea bientôt ceux qui auraient assez présumé de leurs forces pour être tentés de l'imiter : sa manière inégale et sublime ne forma point d'école. Racine en imposa moins. ”
