“ Comme elle a grandi ! C’est une jeune fille aussi ! Et j’avais beau faire ! Le regard de ses grands yeux sauvages et doux m’éblouissait, pendant que Clotilde me parlait d’amour. Clotilde ! ma bonne, ma vaillante Clotilde ! Je veux l’aimer ! ”
Clotilde de Barras
Définition et enjeux
Clotilde de Barras, figure historique et littéraire, a inspiré de nombreuses réflexions à travers les siècles. Alphonse Karr, dans Clotilde, explore ses relations émotionnelles et ses conflits intérieurs, tandis que Fanny Clar, dans La Rose de Jéricho, met en lumière les enjeux familiaux et sociaux liés à sa vie.
Paul Féval, quant à lui, célèbre son parcours et son amour ardent. Ces approches variées, allant du réalisme psychologique au récit historique, révèlent une figure complexe, à la fois humaine et symbolique, dont les écrivains ont su capturer les subtilités à travers des récits et des dialogues riches en profondeur.
Citations sur “Clotilde de Barras”
Théodore-Henri Barrau, Exercices de composition et de style… (1853)
“ Mais les frères de Clodomir, Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, jaloux de la tendresse que Clotilde témoignait à ces enfants/et craignant qu'elle ne redemandât pour eux les États de leur père, qu'ils s'étaient partagés, s'emparèrent des enfants par ruse, puis ils envoyèrent à Clotilde une épée et des ciseaux, en l'imitant à décider elle-même s'il fallait les tuer ou les faire moines. Dans un premier mouvement de désespoir, elle s'écria qu'elle aimait mieux les voir morts que tonsurés. ”
Alphonse Karr,
Clotilde
(1839)
“ Je n'admets donc pas que la mode soit si capricieuse et si mobile qu'on le prétend. — Loin d'être une déesse légère, fugitive, prismatique, avec une écharpe couleur arc-en-ciel, c'est une vieille sybille, radoteuse et monotone. Voilà pourquoi je me suis abstenu du trait en question. IV. Clotilde avait une robe d'un vert très foncé. — Tony Vatinel, un paletot large de gros drap bleu ; ses cheveux n'étaient pas encore séchés ; aussi, quand il entra, Clotilde lui dit : — Oh! mon Dieu, comme vous venez lard, et comme vous voilà fait. ”
“ Alida arriva tard, et son entrée produisit une sorte d'effet dans le salon. Elle était très-parée et mise fort à son avantage. Sa robe montrait beaucoup ses épaules, qui étaient assez belles, et cachait ses pieds, qui étaient médiocres. Elle attira surtout l'attention d'un personnage avec lequel causait Clotilde, à un tel point que Clotilde s'en impatienta. Elle se leva, alla au-devant de madame Meunier, et la fit asseoir auprès 111 du feu, lui soutenant qu'elle devait avoir froid aux pieds, à cause de ce terrible escalier de pierre. ”
“ «Ce n'est pas elle, disait le regard d'Arthur.—Elle est bien fine, répondait le regard d'Alida.—Je vois avec plaisir, continua Clotilde, que cette fatigue excessive qui nous a obligés de quitter sitôt la maison où nous avons passé la soirée, n'a pas eu de suite et ne t'a pas empêché d'accompagner ta sœur au bal... Eh! que vous a donc dit de si affreux ce petit domino, ma chère Alida?» ”
“ Clotilde, qui n'avait entendu aucun bruit, écoutait ses pas. Quand elle fut sûre qu'il était loin: «Mon Dieu, dit-elle, quel est ce trouble qui s'est emparé ainsi de mes sens? Ne suis-je donc qu'une femme vulgaire et semblable à toutes les autres? L'amour me fera-t-il tout oublier et ne me laissera-t-il ni penser, ni me souvenir?»De ce jour, Clotilde, en garde contre elle-même, sut se conserver calme et froide au milieu des transports de Vatinel, tous les jours plus violents, quoiqu'il lui suffît d'un mot ou d'un regard pour le maintenir dans les limites qu'elle lui avait assignées d'avance. ”
Fanny Clar, La Rose de Jéricho
“ La vie du ménage irrégulier resta, au cours des années, une suite de crises jalouses, de raccommodements passagers, de serments jamais tenus, de scènes trop pénibles pour de courtes joies. À chacun de ses retours, M. Barjon, voyageur de profession, promettait sincèrement de régulariser une situation dont souffrait la mère de Clotilde. Un jour, il ne revint pas. Clotilde se souvenait, avec une sorte d’effroi, de la douleur égarée de sa mère. L’amour est d’essence précieuse. Au contact des vulgarités journalières, il s’étiole. L’habitude l’use, la misère le dépouille de sa grâce. ”
“ Tant qu'on n'est pas aimé, ou qu'on ne croit pas l'être, il semble que l'on se contentera parfaitement d'être aimé, et que l'on ne demandera rien au delà. Une fois aimé, on borne, avec la même bonne foi, ses vœux à un baiser; mais, je crois que je le répète, Clotilde ne semblait pas à Vatinel une femme que l'on possédât. Qui n'a rencontré de ces femmes dont l'inflexible jupe de plomb semble faire partie de leur personne?Mais cet odieux lit conjugal changeait, malgré Tony, ses idées sur Clotilde; Clotilde était donc une femme comme toutes les femmes. ”
“ J'ai dans le cœur une grande et violente passion.»Clotilde, à ces mots, s'embarrassa visiblement; Tony s'en aperçut et ajouta: «La femme que j'aime est une jeune fille, vierge et ignorante, qui n'a jamais eu même un frère dont les lèvres aient touché son front. Deux fois seulement, et cela m'a tellement ému que j'en pourrais dire le jour et l'heure; deux fois seulement mes doigts ont touché les siens; une autre fois, craintive, fatiguée, elle a abandonné un instant son corps sur mon bras, et j'en sens encore l'impression. Cet ange n'est plus, madame.» ”
“ Acceptez-vous ce pacte, ce pacte d'amour pur et fraternel?—Je l'accepte, dit Tony, et j'y serai fidèle. Vous avez raison; d'ailleurs, je ne voudrais pas d'un partage dont la seule pensée m'inspire de l'horreur. Nos âmes sont à jamais unies.—Mon ami, dit Clotilde, vous êtes ému, votre teint est animé et vos yeux étincellent; nous sommes seuls; je ne veux pas qu'on nous trouve ainsi: allez-vous-en. Il arrive souvent que nous ne pouvons nous parler. Il est rare que je puisse ainsi vous consacrer toute une soirée. ”
“ Serait-ce qu'aux yeux de l'amour les soupçons que l'objet aimé a inspirés sont déjà un crime, et qu'on est disposé à croire que ce qu'on ne voit pas n'est pas une chose qui n'est pas, mais une chose bien cachée? Bientôt Dimeux, entendant ouvrir la porte, descendit de son fiacre et y fit monter Clotilde masquée, que Charles n'hésita pas à reconnaître parfaitement pour Zoé; il remonta en cabriolet et arriva à l'Opéra derrière le fiacre, dont il vit descendre les deux dominos, qu'il examina de façon à être sûr de les reconnaître au bal. ”
Alphonse Karr,
Clotilde
(1839)
“ Ton amour est tout en toi ; — tu es comme ces boîtes à musique qui jouent les airs qu'elles contiennent aussitôt qu'elles sont montées,— n'importe par quelle main. Tu aimes Clotilde comme tu aurais aimé toute autre femme, sans que la différence qui aurait existé entre celte autre femme et elle, eût amené la moindre différence dans ton amour. Tout ce qu'il y a en toi de bon, de grand, de généreux, tu l'en as revêtue, — comme une femme italienne revêt sa madone de ses plus beaux colliers, — et dans ce culte que tu as maintenant pour elle, c'est ton amour que tu aimes et que tu adores ”
Alphonse Karr,
Clotilde
(1839)
“ Il faut que je r'apprenne à vivre, à respirer, à parler, pour une autre vie, pour un autre air, pour d'autres sensations. Je vous aime, mademoiselle, et je comprends que ce sera là toute ma vie; que cet amour la remplira et en chassera tout ce qui n'est pas vous. C'était, à peu de choses près, les mêmes paroles qu'Arthur avait dites à Clotilde, et cependant, prononcées par Tony Vatinel, elles lui semblaient une céleste musique qu'elle écoutait avec son âme. ”
“ Clotilde avait un grand amour dans le cœur ; cela aiguise les instincts et développe l’intelligence, mais cela ne porte pas à observer très strictement les petites conventions mondaines. Clotilde avait deviné autour de l’homme qu’elle aimait des dangers de plus d’une sorte. Ces dangers, elle essayait de les conjurer à sa manière. Comme, dans sa croyance, Georges n’était pas plus le prince de Souzay qu’elle n’était elle-même Mlle de Clare, son rêve, c’eût été de fuir loin de ces intrigues, qu’elle jugeait dangereuses et coupables. ”
“ Elle avait un pied entièrement nu. Jamais un sculpteur ne fit un aussi joli pied d'ivoire. Il était petit et étroit jusqu'à l'invraisemblance, et d'une blancheur éclatante; ses ongles était polis et de la couleur d'une rose pâle. Le cou-de-pied était très-élevé et d'un dessin charmant.«C'est ainsi, dit Tony Vatinel, que je vous ai vue la première fois sur la plage par une marée basse. Laissez-moi voir ce pied que j'adore.» Il se mit à genoux, et prit dans sa main le pied de Clotilde, qu'il y enfermait tout entier, puis il se baissa et le baisa. Clotilde retira brusquement son pied. ”
Alphonse Karr,
Clotilde
(1839)
“ Elle plaignit beaucoup les femmes qui n'ont pas d'enfants. — Ah ! dit-elle à Clotilde, vous ne savez pas comme cette passion-là hérite de tous les autres sentiments ; — comme on se sent forte et héroïque quand il s'agit de son enfant. Tout le monde se récria sur la noblesse des sentiments de madame Meunier. Charles s'approcha et voulut jouer avec l'enfant, qui le regarda avec de grands yeux naïfs et étonnés, et, se tournant vers sa mère, cacha sa tête et se mit à crier. ”
“ Je ne sais rien de beau que ce qui est caché. L'or est dans le sein de la terre et les perles au fond des mers.»Et, comme il s'aperçut que Zoé, assise près de Clotilde, avait ôté un de ses gants, il lui dit: «Mademoiselle, je ne dis pas cela pour votre main, qui est ravissante.—Robert est bien fade aujourd'hui, dit Charles à l'oreille de sa cousine.—Pas tant que toi, lui dit-elle, qui as passé un quart d'heure à admirer l'enfant d'Alida.» ”
“ «Note que j’veux pas en dire plus que je ne dis. C’est une bonne fille, Clotilde. J’la connais et j’ai confiance en elle: pas d’erreur, tu sais: si j’étais bousillé, elle pleurerait toutes les larmes de son corps pour commencer. Elle me croit vivant, j’ l’accorde, mais s’agit pas d’ ça. Elle ne peut pas s’empêcher d’être bien, et satisfaite, et de s’épanouir, dès lors qu’elle a un bon feu, une bonne lampe et de la compagnie, que j’y soye ou que j’y soye pas...»J’entraînai Poterloo. ”
“ Pourquoi ne pas tuer les enfants parce qu'ils doivent un jour mourir? Non, j'arracherai au sort tout le bonheur que je pourrai lui arracher. Et savez-vous, sais-je moi-même si je ne me tuerai pas le jour où ces entrevues finiront?—Tony, continua Clotilde, si jamais le hasard me rendait libre, je serais à vous et n'en serais pas moins heureuse que vous.—Ah! s'écria Vatinel, si tu partages mon amour et mes désirs, sois à moi et mourons!—Quelque prompte, interrompit Clotilde, que fût votre main à me donner la mort, il y aurait toujours entre mon crime et cette mort un instant pour la honte. ”
“ Mais la lune descend, je cesse de chanter; car, moi aussi, j'ai des baisers à donner. Beaux acacias, dont les panaches verts s'étendent sur nos têtes, secouez vos grappes de fleurs blanches arrosez la terre de vos douces odeurs!255 Clotilde et Tony, assis sous la tonnelle, respiraient le parfum et le chant du rossignol, et les molles clartés de la lune. Leurs mains se touchaient par les paumes et se serraient. Il n'y avait rien d'humain dans l'extase où étaient leurs cœurs. La tête de Clotilde tomba sur l'épaule de Tony. Tony prit ses beaux cheveux blonds et les pressa sur ses lèvres. ”
Alphonse Karr,
Clotilde
(1839)
“ Et Vatinel tira d'une poche placée sur sa poitrine une petite fleur sèche qu'il posa sur ses lèvres. 72 CLOTILDE. Clotilde se sentit émue, et elle allait tendre la main à Tony, en lui disant : Je vous aime aussi, moi;— lorsqu'il ajouta: Je ne changerais pas celte fleur pour le grand cordon de la Légion d'honneur. Tout le temps que j'enlèverais à mon amour, fût-ce une minute, pour devenir l'homme le plus riche du monde, me semblerait du temps tristement perdu. ”
Céline Fallet, Alice et Clotilde ou Le Plaisir et le devoir… (1863)
“ Le lendemain cette bonne humeur avait disparu; René était plus maussade et plus brusque que jamais. Mais à quelque temps de là, il eut une bonne journée, et ces rayons de soleil, comme les nommait Clotilde, devinrent de moins en moins rares. La jeune femme avait grand besoin de cette diversion à des soucis dont elle ne voulait point entretenir son mari. ”
Nathanaël Minot, Clotilde (1884)
“ Aussi, je me demande quelle femme à l'âme haute peut aimer un homme qui est assez humble pour se faire, au mépris de sa dignité et de son devoir, l'esclave de la fantaisie de cette femme et non le maître de sa destinée ! — René, fit-elle. Et il ajouta : — Mais n'attendez plus de moi ni plaintes, ni reproches! Vous êtes libre dès maintenant si vous le voulez ! Madame de Noët qui était au bras de M. de Brennes entra dans le salon. — Quel supplice ! se dit Clotilde à ellemême. Il faut que je parle à Raoul. ”
“ On finit alors la partie de loto, et Tony Vatinel se retirait fort triste, quand Clotilde s'approcha de lui, saisit sa main et y glissa un papier fort petit, sur lequel il lut, quand il fut sorti de la maison: «Cette nuit, à une heure, à la niche de la Vierge.»VQuand Clotilde se fut retirée dans sa chambre; quand elle se fut assurée qu'elle possédait la clef de la maison pour pouvoir sortir et rentrer; quand elle n'eut plus à lutter contre les difficultés de son entreprise; quand elle ne vit plus d'obstacles à sa volonté, elle eut peur. ”
Emmanuel Gonzalès,
L'Hôtesse du connétable, histoire du temps de François Ier…
(1863)
“ En effet, ma mie, vous ne ressemblez guère à nos dames presque païennes du palais des Tournelles et des chasses de Fontainebleau. » Clotilde baissa modestement les yeux. « Vous avez eu raison, mon enfant, reprit le prince, d'être intrépide et sincère. Le sang de vos frères coule dans les provinces et les bûchers s'allument partout pour eux; mais Charles de Bourbon ne sera ni votre dénonciateur ni votre bourreau. Je suis sûr maintenant que mon secret sera bien gardé, et votre parole vaut un serment. Les gens qui se font brûler pour leur foi ne savent pas trahir. » ”
Amédée Achard,
Le livre à serrure ; Perce-neige…
(1876)
“ Elle est reconnaissante à Clotilde de ce que tout lui a réussi. Elle est flattée dans son orgueil de patricienne déchue d'avoir une fille riche et baronne, qui va de pair avec les plus brillantes. On lui doit tout parce qu'elle a tout. ”
Charles Maurras,
L’Avenir de l’intelligence
“ L’Humanité ne saurait oublier que, par cette femme, le philosophe qui formula le positivisme prit une conscience entière de ses aspirations et des aspirations du genre humain. Quelque exagéré que paraisse un tel langage, qui résume celui de Comte, il est de fait que l’amour de Clotilde alluma chez le philosophe de nouvelles lumières et qui grandirent chaque jour. Le système gagna en étendue, en cohérence, en profondeur. ”
Emmanuel Gonzalès,
L'Hôtesse du connétable, histoire du temps de François Ier…
(1863)
“ Non, Clotilde, vous ne pouvez désirer que je devienne semblable à ces hommes qui font de leur coeur l'hôtellerie banale de tous les vices. Vous seule pouvez me sauver du mal et me garder à la vertu. Vous seule pouvez remplir cette tâche d'ange gardien et y trouver le bonheur. Car vous, serez heureuse, je le jure ! Chaque nuage de votre front, je l'effacerai avec un sourire. Chaque larme de vos yeux, je la sécherai avec mes lèvres, Si les hommes vous poursuivent, je vous emporterai au delà des monts. Si Dieu vous frappe, il me frappera avec vous! ”
Oscar Noirot, Le prix d'un mari (1880)
“ Les dernières mesures d'une valse venaient de s'éteindre, le dernier couple emporté par une trop vive ardeur tournait ses derniers tours ; déjà l'oncle Victor, en joyeux amphytrion, élevait dans ses bras une monstrueuse tête de carton, comme signal du cotillon, et les enfants applaudissaient à grands cris. Clotilde sentait qu'elle ne pouvait plus demeurer là à ruminer : c'était une folle amoureuse du cotillon ; elle ne pouvait se tenir à l'écart sans révéler quelque autre amour. ”
Sophie Gay,
Le Mari confident
(1849)
“ D’abord il fallut accepter pour elle et son amie les places que la duchesse leur réservait dans sa loge au théâtre Saint-Charles. Clotilde tenta, vainement, de se soustraire à ce plaisir mondain ; mais bientôt le ravissement causé par une si bonne musique si bien exécutée, et de plus écoutée dans une de ces loges discrètes où l’on se montre et se cache à volonté, devint un puissant adoucissement à la tristesse de Clotilde ; elle ne l’arrachait pas à ses cruels souvenirs, mais elle en changeait l’amertume en langueur, et les malheureux savent toute l’étendue de ce bienfait. ”
