“ Les idées les plus naïves sont souvent les meilleures. On pourrait, rien qu’à faire du vin avec des pelures de pommes... Mais ce Lecoq n’était pas fou ! Mais pour avoir le million, il fallait les cinquante mille francs, pour les cinquante mille francs les mille écus, pour les mille écus les vingt pièces de cent sous de M. Lecoq. Hélas ! hélas ! le pot au lait dispersait encore une fois ses tessons dans l’ornière. Et J.-B. Schwartz s’éveillait, le cœur serré, se disant : « Voici le jour qui vient ! Trois heures doivent être sonnées. M. Lecoq s’est moqué de moi ! » ”
Citations sur “M. Lecoq”
“ Trois-Pattes le regarda boire en souriant. La main de M. Lecoq avait un tremblement fiévreux quand il reposa son verre sur la table. « Elle a le secret ! gronda-t-il entre ses dents. Je veux le secret : ce vieil homme me le devait. Elle me détestait avant de balbutier le nom de sa mère. Elle est mon ennemie née. Tant pis pour elle ! — Vous ne parlez pas de la baronne Schwartz ? demanda l’estropié. — Sais-tu, interrogea brusquement M. Lecoq au lieu de répondre, ce que la comtesse venait faire dans la maison ? — Elle avait à me parler, répliqua Trois-Pattes sans hésiter, pour affaires. » ”
“ S’il tombait, et un mot de la baronne le ferait tomber, gare dessous ! Veille au grain, monsieur Mathieu, car tu as le bon poste, et si tu t’endormais dans ta guérite, tu ne t’éveillerais pas ! — Je ne dors jamais que d’un œil, patron. » M. Lecoq le regarda encore. Il n’y avait rien sur ce visage pétrifié. M. Lecoq passa le seuil du « corps de garde » et lut le papier par-dessus l’épaule de Trois-Pattes. « Vingt lignes ! grommela-t-il, et tout y est ! Signe. Il faut que M. et Mme Schwartz sachent demain qu’il y avait près d’eux ce que je t’ai dit ; un témoin et un greffier. » ”
“ « Tu es curieux, toi, bonhomme, hé ! Vas-tu me chercher dispute ? — Je veux savoir ! » prononça lentement J.-B. Schwartz qui avait les yeux baissés. M. Lecoq l’examinait avec une attention croissante. « Drôle d’animal que cette espèce-là ! » pensa-t-il. Il ajouta tout haut : « Tu mens, Jean-Baptiste. Tu n’as qu’une envie, c’est de ne pas savoir. — Qu’avez-vous fait, cette nuit, Monsieur Lecoq ? balbutia notre jeune Alsacien, au front de qui perlaient des gouttes de sueur. — Le vin, le jeu, les belles... » commença Lecoq en haussant les épaules. ”
“ L’intérêt de Lecoq, riche désormais et désireux de monter à des niveaux supérieurs, était d’anéantir l’association des Habits Noirs. Il faisait sauter le navire, après s’être mis au large. L’intérieur de la caisse était bourré de billets : ceux-là sincères et qui devaient hisser M. Lecoq au rang de protecteur d’un prince. Notez que, sans l’intervention de Trois-Pattes, Lecoq eût accompli d’emblée ce vol hardi et merveilleusement combiné. La maison Schwartz, la police et les Habits Noirs eux-mêmes n’y auraient vu que du feu. ”
“ La triomphante figure de M. Lecoq s’était notablement rembrunie. « Le diable l’a protégé, celui-là ! murmura-t-il. Nous l’avons vu trois fois avec la corde au cou. La quatrième fois, quand il revint de Londres, le Père nous dit : « Il a la vie trop dure, englobons-le. » Le Père avait été un homme, mais il a mis trop de temps à mourir. — Maintenant qu’il est mort, dit bonnement Trois-Pattes, je ferais bien une affaire à fonds perdus avec mon voisin Bruneau ! » M. Lecoq prit le pavillon d’ivoire qui rendait en ce moment un appel prolongé. ”
Émile Gaboriau,
Le Crime d’Orcival
(1867)
“ Or, à ce compte, M. Lecoq, entrant dans la salle à manger du Valfeuillu, n'avait certes pas l'air d'un agent de police. Il est vrai que M. Lecoq a l'air qu'il lui plaît d'avoir. Ses amis assurent bien qu'il a une physionomie à lui, qui est sienne, qu'il reprend quand il rentre chez lui, et qu'il garde tant qu'il est seul au coin de son feu, les pieds dans ses pantoufles; mais le fait n'est pas bien prouvé. Ce qui est sûr, c'est que son masque mobile se prête à des métamorphoses étranges; qu'il pétrit pour ainsi dire son visage à son gré comme le sculpteur pétrit la cire à modeler. ”
“ J.-B. Schwartz n’avait pas songé aux opinions politiques de M. Lecoq. La nuit porte conseil, surtout quand on la passe à la belle étoile. Il eût donné beaucoup pour avoir sa nuit devant lui. Mais M. Lecoq bouclait sa malle après avoir payé sa note. Tout était prêt, rien ne traînait, sauf la canne de jonc à pomme d’argent, oubliée à dessein dans un coin. M. Lecoq descendit en sifflant un petit air ; Jean-Baptiste Schwartz le suivit. ”
Paul Féval, Les Habits noirs (1863)
“ Quand M. Lecoq sortit de la ville , à la brune , par le pont de Vaucelles , il avait des centaines de témoins , prêts à constater son départ . Cela prouve peu , puisque , en définitive , on peut revenir . Mais les circonstances insignifiantes sont comme les petits ruisseaux qui font les grandes rivières . Tant que le crépuscule dura , M. Lecoq maintint son bidet au grand trot ; il adressa la parole à tous les charretiers qu' il croisa . ”
Émile Gaboriau,
Le Dossier n° 113
(1867)
“ M. Lecoq hésita un moment. — Tu diras, fit-il enfin, que tu l'as décidée, dans l'intérêt de Prosper, à se placer dans une maison où elle surveille quelqu'un que tu soupçonnes. Fanferlot, tout joyeux, avait roulé la photographie, pris son chapeau et s'apprêtait à sortir. M. Lecoq le retint d'un geste. — Je n'ai pas achevé, dit-il. Sais-tu conduire une voiture et soigner un cheval ? — Quoi ! patron, vous me demandez cela, à moi, un ancien écuyer du cirque Bouthor ! ”
Émile Gaboriau,
Le Dossier n° 113
“ N’importe qui peut être lui. On m’aurait dit que vous étiez lui, j’aurais répondu : C’est bien possible. Ah ! il peut se vanter, celui-là, de faire tout ce qu’il veut de son corps. Le garde de Paris aurait longtemps encore poursuivi la légende de M. Lecoq, mais il arrivait avec son prévenu à la galerie des juges d’instructions. Cette fois, Prosper n’eut pas à attendre sur l’humble banc de bois ; le juge, au contraire, l’attendait. C’était M. Patrigent, en effet, qui, en profond observateur des mouvements de l’âme humaine, avait ménagé cette entrevue de M. Bertomy et de son fils. ”
“ M. Lecoq, qui l’avait écouté avec une attention marquée, lui fit un petit signe de tête protecteur. « Vous parlez d’or, au contraire, monsieur le marquis, dit-il. Je vois en vous le légitimiste d’hier... — Et le républicain de demain, allez-vous dire ? l’interrompit le gentilhomme, qui rouvrit son porte-cigare d’un geste délibéré. Vous vous trompez ; je suis de qualité ; je vais à pied ou bien je reste à la maison plutôt que de monter en omnibus. » La main de M. Lecoq se posa sur son bras. ”
Paul Féval, La Rue de Jérusalem
“ Ce M. Lecoq en savait long, et bien des gens parlaient de lui avec respect. Il avait, d’ailleurs, la brusquerie de certains médecins en vogue. Quand un bourgeois s’impose aux gens de qualité, rien ne lui fait une si bonne tenue que son air commun réuni à un quantum sufficit de sans-gêne brutal. Antoine Labre eut le bonheur de rencontrer M. Lecoq vers 1825, au lendemain d’une grande déception. Son mandataire colonial venait de lui envoyer un compte définitif très bien fait, selon lequel, lui, Antoine Labre, loin d’avoir quelque chose à réclamer, restait débiteur d’une somme considérable. ”
“ Tu ne continues donc pas ton conte de la Belle et la Bête avec la comtesse Corona ? — J’aime les femmes ! répondit Trois-Pattes avec une soudaine emphase. — Moi aussi, dit M. Lecoq en dissimulant un sourire. Vous faites un drôle de corps, monsieur Mathieu ! Et vous deviez être un luron quand vous aviez vos jambes ! — Je n’ai jamais eu mes jambes, et je suis encore un luron, prononça sèchement l’estropié. Les billets vous conviennent-ils ? — C’est-à-dire que le graveur de la Banque n’y verrait goutte ! Il faut tirer, et vite ! ”
Félix Davin,
Histoire d'un suicide : moeurs du Nord de la France…
(1835)
“ Quand il descendit dans la salle commune des Trois Savoyards, personne n'était levé que M. Lecoq et la grosse servante, qui récurait des casseroles dans la cour. « Bonjour, Claudine ; bonjour , monsieur Lecoq , » leur dit Théophile avec cette aménité caressante et cette tendresse du regard que l'amant heureux épanche sur tout ce qui l'entoure. ”
Paul Féval, Les Habits noirs (1863)
“ Quand la brise les touche , ils sonnent sec , comme si la marche d' un homme les écartait tout à coup . M. Lecoq , nous pouvons l' affirmer , n' en était pas à sa première affaire , mais il n' avait que vingt-deux ans , et nous le verrons mûrir . Il arriva au taillis sans avoir rencontré âme qui vive . Le cheval broutait , la carriole était a son poste . M. Lecoq poussa un soupir de soulagement quand il eut repris possession de son pantalon à carreaux , de son gilet brillant et de sa fine jaquette . Le plus fort était fait , manifestement ; le sang-froid revenait . ”
Paul Féval, Les Habits noirs (1863)
“ M. Lecoq prit le poignet d' André et lui tâta le pouls . « C' est un médecin ! fut -il chuchoté . – Non , mes amis , répliqua M. Lecoq avec un bon sourire , je ne suis pas un médecin . » Il tira sa bourse et mit une pièce d' argent dans la main du suisse . « Ce malheureux jeune homme est mon parent , ajouta - t - il. Une terrible maladie ! Une voiture , je vous prie , et sur - le - champ ! » Un des valets de la sacristie s' ébranla pour obéir . M. Lecoq ajouta : « Je demeure ici près , rue Gaillon . Prenez une des voitures de la noce ; elle sera de retour avant la fin de la cérémonie . » ”
Émile Gaboriau,
Le Crime d’Orcival
“ On se dit cela, mais toujours au fond du cœur; plus forte que la raison, que la volonté, que l’expérience, une lueur d’espérance persiste, et on se dit: Qui sait? Peut-être! On attend quoi? un miracle? Il n’y en a plus. N’importe, on espère.M. Lecoq s’arrêta, comme si l’émotion l’eut empêché de poursuivre.Le père Plantat avait continué de fumer méthodiquement son cigare, lançant les bouffées de fumée à intervalles égaux, mais la figure avait une indéfinissable expression de souffrance, son regard humide vacillait, ses mains tremblaient. ”
Émile Gaboriau,
Monsieur Lecoq
“ Naturellement, je ne m’en occupe pas, parce que les femmes, quand on a mon âge... — Passons ! interrompit le jeune policier. — Je passe en effet devant elles, et quand elles se mettent à m’appeler : « Cocher !... cocher !... » Je fais celui qui n’entend rien. Mais alors en voilà une qui court après moi, en criant : « Un louis !... un louis de pourboire ! » Je réfléchissais, quand, pour comble, la femme ajoute : « Et dix francs pour la course ! » Du coup, j’arrête net. Lecoq bouillait d’impatience ; mais il sentait que des questions directes et rapides ne le mèneraient à rien. ”
“ Allons-nous-en. — Mais, objecta M. Lecoq, il faudra constater le décès. — Puisque tu auras le docteur. — Mais l’état civil ? » Le colonel eut un sourire content. « Quand je ne serai plus là, mes pauvres enfants, comment ferez-vous ? dit-il. Vous passez votre vie à vous noyer dans des crachats. Te voilà bien embarrassé, hein, L’Amitié ? Console-toi ; je me charge encore une fois de tout : ce sera ma dernière affaire. » Ainsi fut décidé le sort d’André Maynotte. Ils s’éloignaient du lit, le colonel appuyé au bras de M. Lecoq, quand celui-ci s’arrêta, tout blême, et dit : « Écoutez ! » ”
Émile Gaboriau,
Le Crime d’Orcival
“ Ne vous dérangez pas, messieurs, criait la voix de M. Lecoq, je tiens le gredin.L’ombre restée debout, qui devait être celle de l’agent de la Sûreté, s’inclina, et le combat, qui semblait fini, recommença. L’ombre étendue à terre se défendait avec l’énergie si dangereuse du désespoir. Son torse, au milieu de la pelouse formait comme une grande tache brune, et ses jambes, lançant des coups de pied, se tendaient et se détendaient convulsivement. ”
Paul Féval, Les Habits noirs (1863)
“ Et pourquoi une voiture ? demanda aigrement M. Lecoq . – Parce qu' il est à moi , répondit Fanchette d' un ton péremptoire , parce que , sans moi , il serait encore mort , parce que je l' aime bien .... autant que je te déteste , entends -tu , L' Amitié ?... parce qu' il va venir chez nous , n' est -ce pas , père , et que je lui donnerai tout ce que j' ai pour l' amuser ! – Tout va pour le mieux ! » dit M. Lecoq en ricanant . Et le colonel avec admiration : « Il n' y a pas deux enfants comme cela dans l' univers ! » André Maynotte fut transporté à l' hôtel de la rue ”
Émile Gaboriau,
Le Dossier n° 113
(1867)
“ Prosper, surpris, s'arrêta; il cherchait une réponse, mais déjà l'homme était passé. — Quel est ce monsieur? demanda-t-il au garde qui le suivait. — Quoi ! vous ne le connaissez pas ! répondit le garde d'un air de surprise profonde, mais c'est M. Lecoq, de la sûreté. — Qui ça, Lecoq.? — Vous pourriez bien dire : « Monsieur, » fit le garde de Paris offensé; ça ne vous écorcherait pas la bouche. M. Lecoq est un homme à qui oh n'en conte pas, et qui sait tout ce qu'il veut savoir. Si vous l'aviez eu, au heu de ce mielleux imbécile de Fanferlot, votre affaire serait depuis longtemps réglée. ”
“ Avec cela, mon vieux Mathieu, tu pourras te payer un sérail comme le Grand-Turc ! — Si c’est avec cela que vous pensez solder mon compte... commença Trois-Pattes d’un air de mauvaise humeur. — Homme de peu de foi ! repartit M. Lecoq avec ce parfait contentement de lui-même qui était sa force. Mon plan est un chef-d’œuvre : ne sortons pas de là. Il y a une chasse où l’on prend des oiseaux vivants avec un oiseau empaillé. Je n’ai pas plus envie que toi de passer des billets faux : fi donc ! Pauvre métier ! Combien peut-on tirer en vingt-quatre heures ? ”
Émile Gaboriau,
Le Dossier n° 113
“ C’est-à-dire le nom de la maîtresse du caissier. Eh bien ! mon garçon, cherche. Le jour où tu auras trouvé un homme assez lié avec Prosper pour se douter de la circonstance du nom, assez familier chez M. Fauvel pour arriver jusqu’à la chambre à coucher, ce jour-là tu tiendras le vrai coupable ; le problème sera résolu. Égoïste comme tous les grands artistes, M. Lecoq n’a jamais fait d’élève et ne cherche pas à en faire. Il travaille seul. Il hait les collaborateurs, ne voulant partager ni les jouissances du triomphe, ni les amertumes de la défaite. ”
Paul Féval, La Rue de Jérusalem
“ Sa plume allait et traçait la suite d’une longue lettre. Ce qu’il écrivait était ainsi : « ... J’arrive à l’aveu terrible et que je ne pouvais te faire qu’au dernier moment. Ce M. Charles, chez qui M. Lecoq m’avait placé, s’appelait V... de son véritable nom. Je l’ignorais. » Tu as bon cœur, Jean, tu n’accuseras pas notre mère qui avait sollicité elle-même l’appui de ce Lecoq, dont je t’ai déjà parlé, dont je te parlerai encore. La misère était dans la maison, la vraie misère, et ma mère continuait de jouer toujours ! ”
Émile Gaboriau,
Le Dossier n° 113
“ Fanferlot à ce nom bondit comme si on lui eût tiré un coup de pistolet aux oreilles. — Joli conseil ! fit-il, tu veux donc que je perde ma place ? Si M. Lecoq se doutait seulement de ce que j’ai voulu faire. — Qui te parle de lui dire ton secret, on lui demande son avis d’un air indifférent, on retient ce qu’il peut avoir imaginé de bien et ensuite on agit à sa guise. L’agent de la sûreté parut peser les raisons de son épouse. ”
Émile Gaboriau,
Monsieur Lecoq
“ M. Segmuller ne répliqua pas, et il parut clair à Lecoq qu’il présentait des objections avec l’espérance de les voir détruire plutôt qu’avec l’envie de les faire prévaloir. — Je crois, mon pauvre garçon, reprit le juge, que vous vous abusez étrangement. Nous avons été à même, vous et moi, d’apprécier la pénétration de ce mystérieux prévenu. Sa sagacité est étrange, n’est-ce pas, si merveilleuse qu’elle passe l’imagination... Croyez-vous donc que cet homme si fort ne flairera pas votre piége grossier ? ”
Paul Féval, Les Habits noirs (1863)
“ Il se tourna vers M. Lecoq , et , le voyant blême d' effroi et de colère , il sourit avec triomphe : « Hein , L' Amitié ?... murmura - t - il. Quel démon ! Par où a - t - elle passé ? Y en a - t - il deux comme cela dans Paris ? » M. Lecoq haussa les épaules . Fanchette les regardait en face tour à tour . Ses grands yeux hardis brillaient étrangement parmi la pâleur de son visage . « Range -toi , dit -elle à Lecoq , pour que je voie le mort . – Cela ne se peut pas .... commença notre commis-voyageur . – Je le veux ! » l' interrompit -elle . ”
