“ Or, comme le long du palais il survint dans ce même temps un grand bruit, occasionné par le nombre immense du peuple, sur la crainte que Masaniello ne fut arrêté ou tué, le vice-roi se présenta d'abord avec lui à la fenêtre : et Masaniello, pour montrer au vice-roi le pouvoir qu'il avait sur le peuple, lui dit : « Maintenant, je veux faire voir à votre excellence combien est obéissant le peuple de Naples. » Tout aussitôt il cria : « Vive Dieu, vive le roi d'Espagne, vive le cardinal Fillomarino , vive le duc d'Arcos, vive le très-fidèle peuple de Naples !» ”
Masaniello
Définition et enjeux
Citations sur “Masaniello”
Carl Georg Fullborn, La muette de Portici ou Le soulèvement de Naples… (1878)
“ Les amis de l'ordre et de la paix étaient encore en nombre suffisant à Naples, mais, intimidés par cette populace houleuse, ils se renfermaient dans leurs demeures, et laissaient le champ libre aux pires éléments de la population. Les patriotes honnêtes et sincères existaient toujours, mais ils se sentaient impuissants à arrêter ce flot révolutionnaire. Ils laissaient faire — et grâce à leur inaction Masaniello, le tribun, le héros de Naples, Masaniello que le peuple avait acclamé et porté en triomphe, Masaniello, poignardé par quelques fanatiques, servait de jouet à la populace. ”
Emmanuel Domenech,
Les confessions d'un curé de campagne
(1883)
“ En 1647, Masaniello faisait une révolution à Naples, parce que son souverain, loin de le combler de faveurs, avait mis un impôt sur les fruits pour l'empêcher de manger des melons. Ne pouvant vivre que de concombres, n'ayant d'autre revenu que celui de la pèche du homard, et sans autre droit que celui de prendre des coups de soleil, il n'est pas étonnant que Masaniello devint révolutionnaire. ”
Carl Georg Fullborn, La muette de Portici ou Le soulèvement de Naples… (1878)
“ Nous sommes perdus sans ressources ; la malédiction du tribun nous poursuit ! — Toujours ta malédiction — — — Ne t'ai-je pas dit que Masaniello m'était apparu pendant la nuit que nous avons passée au lazaret? — Tu as rêvé! — Je l'ai vu dans son manteau de pourpre — il était arrêté sur le seuil de la porte et nous regardait d'un air courroucé. Jamais je n'oublierai sa figure! Ton tour va venir! s'écria-t-il en étendant la main vers moi. Prépare-toi à ta fin. ”
“ Masaniello et sa troupe trouvèrent donc le palais fermé. Le premier mouvement du peuple fut de briser les portes. Mais Masaniello voulut procéder avec une certaine légalité. En conséquence, il allait faire sommer le vice-roi de paraître ou d'envoyer quelqu'un en son nom, lorsque la fenêtre du balcon s'ouvrit et que le magistrat parut, annonçant que l'impôt sur les fruits venait d'être levé. Mais ce n'était déjà plus assez: la multitude, en reconnaissant sa force et en voyant qu'on pouvait lui céder, était devenue exigeante. ”
Léonce de Lavergne,
Une Révolution populaire. — Masaniello…
“ Dès le premier moment, c’est le peuple qui entre en scène : il n’en sort que lorsque le rideau tombe sur le dénoûment ; et quel peuple ! Je n’ose pas dire quelle irrévérence, véritable polissonnerie de gamins, car il y avait aussi des gamins à Naples, fut le prélude de l’insurrection ; Masaniello, qui ne se doutait guère en ce moment de son brillant avenir, était parmi les auteurs de cette démonstration fort peu héroïque, qui commença par faire reculer les belles Castillanes placées aux fenêtres du duc d’Arcos. ”
“ Aussi, dès le matin, Masaniello vit-il arriver deux chevaux magnifiquement caparaçonnés, l'un pour lui, l'autre pour son frère. C'était une nouvelle attention de la part du vice-roi. Les deux jeunes gens montèrent dessus et se rendirent au palais.Là ils trouvèrent le duc d'Arcos et toute la cour qui les attendaient. Une nombreuse cavalcade se réunit à eux. Le duc d'Arcos prit Masaniello à sa droite, plaça son frère à sa gauche, et, suivi de tout le peuple, s'avança vers la cathédrale, où le cardinal Filomarino, qui était archevêque de Naples, les reçut à la tête de tout son clergé. ”
Eugène Scribe,
Théâtre complet d’Eugène Scribe
“ PIÉTRO. De Fenella le sort est encore un mystère ; Vainement j’ai cherché la trace de ses pas ; Sans doute un ravisseur...MASANIELLO. Sans doute un ravisseur... Ô rage ! et moi son frère, Je n’ai pu la sauver ! mais de tels attentats Recevront à la fin leur juste récompense. PIÉTRO. Que te reste-il ?MASANIELLO. Que te reste-il ? La vengeance !DUO.MASANIELLO ET PIÉTRO. Pour un esclave est-il quelque danger ? Mieux vaut mourir que rester misérable ! Tombe le joug qui nous accable Et sous nos coups périsse l’étranger ! ”
Charles Simond, Les contes d'Orient et d'Occident… (1889)
“ Tous crient comme on crie à Naples. Masaniello arrive sur ces entrefaites avec les jeunes gens armés de roseaux ; il prend le parti du paysan, brave hardiment les agents du fisc, et déclare qu'il est temps d'en finir avec ces abus. L'agent prend la fuite, le tumulte augmente et, comme toujours, on commence par détruire et brûler les registres et les bureaux des percepteurs ; puis le peuple se rend devant le palais du vice-roi, en acclamant le souverain, mais en protestant par des huées contre la mauvaise administration du royaume. ”
Édouard-René Lefebvre de Laboulaye,
Histoire politique des États-Unis
“ « Fou ? dit lord Mansfield. Prenez garde. La folie est contagieuse. Masaniello était fou, personne n’en doute ; cela ne l’empêcha pas de renverser le gouvernement de Naples. Dans toute assemblée populaire, en toute question populaire, la folie gagne vite [23] . » Lord Mansfield avait raison : quand de pareilles questions sont soulevées, quand les droits les plus sacrés sont menacés, un peuple libre est bientôt fou ; il n’y a de sages que des peuples nés pour la servitude ou qui ont lâchement abdiqué jusqu’au sentiment de l’honneur. ”
Carl Georg Fullborn, La muette de Portici ou Le soulèvement de Naples… (1878)
“ Le cardinal respira. — Ne craignez rien, Masaniello; dit-il doucement; vous Wavez personne à redouter ici! Personne n'en veut à votre vie! Regardez — vous n'avez, auprès de vous que le vieux cardinal Filamarino — votre ami! Masaniello n'écoutait pas. Le frisson de la peur secouait de nouveau ses membres. Il regarda autour de lui d'un air -effaré, puis il saisit la main du prélat et entraîna le digne vieillard vers la porte. — Venez — venez, lui dit-il précipitamment; venez, il fait sombre ici, et je ne voudrais pas y rester plus longtemps ! ”
Lucien Dubois, Lettres sur l'Italie et ses musées… (1874)
“ Le second tableau représente la place du Marché de Naples pendant la révolte de 1647. Sur le dernier plan, à gauche, Masaniello, un crucifix à la main, harangue le peuple du haut d'un échafaudage. Sur le second plan, un piédestal, celui de la statue du vice-roi renversée, dont la corniche est bordée de têtes fraîchement coupées ; le sol est jonché de cadavres, et sur le devant, Masaniello vainqueur paraît sur un cheval noir, à la tête d'une troupe armée qui agite des rameaux et des palmes. Toute la place est animée par une multitude de groupes qui courent, gesticulent ou combattent ”
Carl Georg Fullborn, La muette de Portici ou Le soulèvement de Naples… (1878)
“ Borella, Nicolo, Moreno et Ludovico s'avançaient -derrière leurs deux camarades et Masaniello semblait se demander quelles mesures il allait ordonner contre eux. — Tu parles de nous faire mourir, Masaniello ? dit le vieux Pietro en s'approchant de son ancien ami et en le regardant en face. Tu ne nous reconnais donc pas? — Ne pas vous reconnaître! cria l'insensé d'une voix furieuse. Je ne sais que trop qui vous êtes, misérables! Mort à ces traîtres! mort - Pietro s'approchait de plus en plus. ”
La Muette de Portici: Opéra en cinq actes
“ En vain tu veux calmer le courroux qui me guide! Je saurai malgré toi découvrir le perfide.FENELLA. Elle cherche inutilement à calmer son frère, et s'attache à lui au moment où il court appeler ses compagnons.SCÈNE V. MASANIELLO, BORELLA, FENELLA, PÊCHEURS. MASANIELLO, appelant les pêcheurs.Venez, amis, venez partager mes transports: Contre nos ennemis unissons nos efforts. Le vice-roi, doublant notre misère, Lève un nouvel impôt sur ces fruits de la terre, Ce prix de nos sueurs qu'il aime à voir couler!BORELLA. Et le peuple se tait?MASANIELLO. Il est las de se plaindre! ”
Léonce de Lavergne,
Une Révolution populaire. — Masaniello…
“ La seconde, que par une vertu assez rare à des gens de cette sorte, de cette multitude d’hommes qui concouraient à ces ravages, il n’y en eut pas un qui prît pour lui la moindre chose, à la réserve d’un jeune garçon qui, pour avoir pris une tasse d’argent de peu de valeur, fut châtié par Masaniello, les soulevés criant tout d’une voix qu’il fallait que toutes ces richesses qui procédaient du sang des pauvres fussent livrées aux flammes. ”
“ Ainsi, quatre jours avant la FêteDieu , comme Masaniello passait tout en courroux devant une église où s'était retiré un nommé Péron, fameux capitaine des bandits , avec un de ses camarades, il fit plusieurs gestes avec les mains en parlant en soi-même ; interrogé par eux sur ce qu'il avait à murmurer, Masaniello leur répondit tout en colère : « C'est chose certaine qu'il faut que je sois pendu, ou que je fasse l'accommodement de cette ville ». Ceux-là sourirent à ses paroles, disant : « Voilà un bel homme pour accommoder les affaires de la viUe de Naples » ! ”
Louis Liesta d' Ambaloges, Assunta (1884)
“ Masanielloi. Pauvre enfant! pauvre Georges !. Masaniello! Ah!. Hélas lIa vanité humaine ne perd jamais ses droits, ni en aucun lieu, ni à aucune heure. Le Capucin ôta de sa ceinture de corde son grand crucifix de bois et le présenta aux deux époux ; tous les deux imprimèrent leurs lèvres, dans un même baiser, sur l'image du Dieu de l'éternel amour. Le colonel, en proie à une émotion irrésistible, s'avança; il prit la main de la jeune fille et, se penchant, la baisa au front : — Je vous aurais aimée comme ma fille, dit-il. ”
“ On croit que ce fut pendant cette expédition, qui éloignait momentanément Masaniello de Naples, que les premières propositions de trahison furent faites à Ardizzone, avec autorisation de les communiquer à ses deux colléges, Cataneo et Renna.Masaniello battit les troupes du vice-roi, tua mille hommes et fit trois mille prisonniers qu'il ramena en grande pompe à Naples, et auxquels il donna pleine et entière liberté sur la place du Marché. Ces trois mille hommes prirent à l'instant place parmi les milices napolitaines en criant: Vive Masaniello! ”
Carl Georg Fullborn, La muette de Portici ou Le soulèvement de Naples… (1878)
“ Les chefs du peuple. On était au lendemain de la mort de Masaniello. La tempête de la nuit avait pris fin, le soleil perçait les nuages, et ses rayons éclairaient une tombe fraichement creusée, où reposait depuis quelques instants le corps de Julio. Le vieux gardien du phare avait été porté en grande pompe à sa demeure dernière. Pêcheurs, bourgeois et lazarones s'étaient réunis pour rendre un dernier hommage à ce héros, à ce soldat épris de son poste, sentinelle perdue dont il n'était personne à Naples qui ne connût le nom. ”
Carl Georg Fullborn, La muette de Portici ou Le soulèvement de Naples… (1878)
“ Pietro, redoutant, non sans raison, de nouvelles profanations avait exigé que le cadavre du tribun fut déposé dans le caveau de l'église des Carmélites. Son opinion l'avait emporté, et Masaniello reposait depuis le matin sous les dalles de cette nef, témoin de son triomphe et de sa chute. L'insurrection, réellement populaire à ses débuts, ne représentait plus alors que quelques fractions de citoyens. La partie saine de la population s'était retirée peu à peu du mouvement. ”
Léonce de Lavergne,
Une Révolution populaire. — Masaniello…
“ Ces premiers incendies mirent le peuple en goût ; peu à peu il se laissa aller à des pillages moins désintéressés et la ville de Naples fut livrée pendant plusieurs mois à tous les excès. On connaît la courte domination et la fin tragique du premier chef du peuple, Masaniello, ou pour parler plus exactement, Thomas Aniello, car les Napolitains ont, comme les Anglais, l’habitude d’abréger tous les noms propres ; ce qu’on sait moins, c’est qu’il perdit en partie la raison pour avoir trop bu des vins délicieux qu’on trouva dans les caves des grands seigneurs espagnols. ”
Léonce de Lavergne,
Une Révolution populaire. — Masaniello…
“ Les révolutions qui réussissent, car il y en a, sont celles qui se renferment dans les limites du possible et du juste et qui savent à la fois commencer et s’arrêter à temps. On a vu que la monarchie portugaise et la république des Pays-Bas avaient proclamé leur affranchissement de l’Espagne presque en même temps que Naples ; elles étaient l’une et l’autre moins fortes pour résister que la cité de Masaniello, mais elles furent plus sages, mieux ordonnées, et elles réussirent, quand la démagogie napolitaine échoua. ”
Alexandre Dumas,
La San-Felice, Tome 05
“ Pour la première fois, les corps et les âmes se sentaient libres à Naples. La révolution de 1647 avait été la révolution du peuple, toute matérielle et constamment menaçante: celle de 1799 était la révolution de la bourgeoisie et de la noblesse, c'est-à-dire toute intellectuelle et toute miséricordieuse. La révolution de Masaniello était la réclamation de sa nationalité par un peuple conquis à un peuple conquérant; la révolution de Championnet était la réclamation de sa liberté faite par un peuple opprimé à son oppresseur. ”
Alexandre Dumas,
La San-Felice, Tome 09, Emma Lyonna…
“ Là, dit encore le bruit populaire, furent jetés par les Espagnols la femme et les quatre enfants de Masaniello, ce roi des lazzaroni, qui entreprit de délivrer Naples, et qui eut le vertige du pouvoir, ni plus ni moins qu'un Caligula ou un Néron.Le peuple avait dévoré le père et le mari; le crocodile, qui a bien quelque ressemblance avec le peuple, dévora la mère et les enfants.Ce fut dans ce cachot que le commandant du Château-Neuf ordonna de conduire Salvato et Luisa. ”
Eugène Scribe,
Théâtre complet d’Eugène Scribe
“ FENELLA, MASANIELLO, PIÉTRO. Le fond de la cabane, qui était fermé par une voile de navire, se relève en ce moment. On aperçoit les principaux habitans de la ville apportant à Masaniello les clés de Naples. Le cortège porte des palmes et des couronnes. ENSEMBLE.NAPOLITAINS, NAPOLITAINES, PÊCHEURS. Honneur, honneur et gloire ! Célébrons ce héros ! On lui doit la victoire, La paix et le repos.PIÉTRO ET LES CONJURÉS. De le frapper j’aurai la gloire : Il ne mérite plus de marcher dans nos rangs ; Du haut de son char de victoire Qu’il tombe comme nos tyrans ! ”
“ A mesure que la cavalcade s'avançait , le peuple y accourait de toutes parts. Le capitaine des gardes du viceroi vint à la rencontre de Masaniello, à cheval, sans armes et le salua au nom de son maître, qui l'attendait avec une grande satisfaction. Masaniello lui rendit le salut accompagné de beaucoup de paroles et de gravité ; ce qu'étant fait, il s'arrêta en faisant signe au peuple de demeurer et de ne passer pas outre : à ce signe , on vit cette innombrable troupe faire halte, et observer un profond silence. ”
“ Le développement que prenait la révolte, ou plutôt le génie de celui qui la dirigeait, épouvanta le vice-roi. Il envoya le duc de Matalone à Masaniello pour lui demander quel était le but qu'il se proposait et quelles étaient les conditions auxquelles la ville pouvait rentrer sous le pouvoir de son souverain. Masaniello nia que la ville fût révoltée contre Philippe IV, et, en preuve de cette assertion, il montra à l'ambassadeur tous les coins de rues ornés de portraits du roi d'Espagne, que, pour plus grand honneur, on avait abrités sous des dais. ”
“ « Je ne m'entremêle point avec les cavaliers : Dieu m'a mis ici pour le peuple » ; et, se tournant, il dit : « Mon peuple, priez pour moi, et prenez bien garde que, si vous perdez Masaniello, c'est malheur pour vous. » Puis, le vice-roi et Masaniello, avec une superbe cavalcade, s'en allèrent à l'archevêché, où l'on chanta le Te Deum en grande allégresse ”
Eugène Scribe,
Théâtre complet d’Eugène Scribe
“ Elle lui explique que les soldats du vice-roi s’avancent en bon ordre, enseignes déployées, et que les tambours battent aux champs. Devant eux les lazzaronis se sont enfuis effrayés ; les uns ont jeté leurs armes, les autres, à genoux, ont demandé la vie. Elle entraîne Masaniello vers la fenêtre du palais... Les voilà, ils avancent ; ils ont juré qu’aucun de vous n’échapperait.PIÉTRO, à Masaniello. Tu le vois, leur fureur nous dévoue au trépas ?MASANIELLO, revenant un peu à lui, et serrant Fenella contre son cœur. Ma Fenella ! ma sœur ! qui cause, tes alarmes ?PIÉTRO. Nos tyrans !... ”
