“ Elle est morte ; — une énigme enveloppe sa vie ; — Oublieuse de gloire et d’or inassouvie, Morte en sa puberté. Et qu’un jour, l’Avenir l’accuse ou la défende, Cette mort, — cette vie, — est comme une légende Pour la Postérité. ”
Morte
Définition et enjeux
Citations sur “morte”
Auteur :, Revue des Deux Mondes
“ Au cœur pensif ? Dans quel étroit tombeau repose votre cendre, Corps grêle et vif ? Vous êtes morte au fond de moi, vous êtes morte. Petite enfant ! C’est moi qui vous abrite, et moi qui vous emporte, Tout en vivant. Ah ! vous aviez si peur de cette ombre lointaine Que fait la mort, Et l’écartiez déjà d’une main incertaine. ”
Maurice Paléologue,
Revue des Deux Mondes
“ Ainsi, désormais, la morte déroulerait à nouveau la trame de son existence terrestre : elle éprouverait les émotions, les passions de jadis, et tout ce qui avait pu taire l’intérêt et le charme de sa vie. ”
Paul-Napoléon Roinard,
Nos plaies : vers
(1886)
“ La morte, alors, veut se lever, appelle ; Puis, corps à corps, se mordant, s'étranglant, Toutes les deux, dans un baiser sanglant, S'étouffent, et le glas brisant sa plainte Tinte : « Corps mort, va-t'en ! Le ver t'attend ! » ”
Pétrarque,
Pétrarque à Laure : les sonnets…
(1933)
“ Accusez donc la mort, ou plutôt louez Dieu Qui lie et qui délie, ouvre et ferme à propos, Et sait, après les pleurs, nous rendre le bonheur. A LAURE MORTE VIII. CCLXXV. Puisqu'en disparaissant par un brusque départ Ce doux ange si pur a laissé ma pauvre âme Je cherche, en parlant d'elle, à soulager ma peine. Horriblement meurtrie et dans la nuit affreuse, Certes, de mes douleurs, la plainte est légitime, Amour le sait, ainsi que celle qui les cause, Car mon cœur n'avait qu'eux 1 pour me donner courage Au milieu des soucis dont notre vie est pleine. ”
Paul Valéry,
Charmes
(1926)
“ LA FAUSSE MORTEHumblement, tendrement, sur le tombeau charmant,Sur l’insensible monument,Que d’ombres, d’abandons, et d’amour prodiguée,Forme ta grâce fatiguée,Je meurs, je meurs sur toi, je tombe et je m’abats,Mais à peine abattu sur le sépulcre bas,Dont la close étendue aux cendres me convie,Cette mort apparente en qui revient la vie,Frémit, rouvre les yeux, m’illumine et me mord,Et m’arrache toujours une nouvelle mortPlus précieuse que la vie. ”
Bram Stoker,
Dracula
(1897)
“ La morte, en proie à d’affreuses souffrances, se souleva un moment ; ”
Tristan Corbière,
Les Amours jaunes
“ NATURE MORTE Des coucous l'Angelus funèbre A fait sursauter, à ténèbre, Le coucou, pendule du vieux, Et le chat-huant, sentinelle, Dans sa carcasse à la chandelle Qui flamboie à travers ses yeux. —Écoute se taire la chouette.... —Un cri de bois: C'est la brouette De la Mort, le long du chemin.... Et, d'un vol joyeux, la corneille Fait le tour du toit où l'on veille Le défunt qui s'en va demain. ”
Émile Coquatrix, Le jour des morts : poème (1865)
“ Rappelez aux mortels, en ce jour de prière, Que tous, grands et petits, ils ne sont que poussière; Que sur leurs pas, la Mort, invisible à leurs yeux, Est là, le bras levé, qui marche derrière eux; Qu'après avoir, ici, vécu chacun son âge, Sans mensonge à la lèvre et sans masque au visage, Il faudra tous, là-haut, remonter au saint lieu, Et pour être jugés, paraître devant Dieu ! Sonnez, cloches, sonnez ! La vie est une épreuve : Quels que soient les chagrins dont le sort nous abreuve, Sachons les supporter! ”
Paul Collin, Trente poésies russes
“ C’est la mort, mais la mort sereine, calme, douce, La mort offrant, après le labeur accompli, Le bienfait du repos, le bonheur de l’oubli !... Mère attentive et tendre, ô nature, tu donnes Aux humains des leçons salutaires et bonnes ! Apprenons, nous aussi, mortels, à bien finir. Quand nous verrons la mort vers nous près de venir, Ne laissons échapper ni murmure ni plainte ; Que, libres de remords, nos âmes soient sans crainte, Et, levant simplement nos regards vers les cieux, Tombons la paix au cœur et le sourire aux yeux ! ”
Émile Zola,
Le voeu d'une morte (2, [2e édition…
(1866)
“ Le voeu d'une morte 29 d'une élégance exquises, une misérable créature qui aurait pu être bonne et qui préférait refter mauvaise. Il y avait en lui une déplorable faiblesse, une lâcheté profonde devant le vice. Avec cela, les plus beaux sentiments du monde, le coeur ouvert à toutes les pitiés. Il faisait le mal sciemment, sans honte aucune, et il savait également faire le bien quand il voulait. ”
“ Le train noir était passé, d'une lenteur écrasante dans les ténèbres, et la morte, redevenue immobile, regardait toujours son mari, si railleuse, si certaine de vaincre, qu'il disparut de nouveau, en laissant la porte ouverte. ”
André de Guerne, Les Siècles morts
“ L’ombre est vaste, hélas ! Qu’est la Nature ? Le berceau vagissant ou l’âpre sépulture ? L’anxiété vous mord. Qui de vous peut savoir Si l’enfant en naissant voit l’aurore ou le soir : Si la vie et la mort, également funèbres, Sont les portes du jour ou celles des ténèbres ? Qui de vous, ô mortels, à la nuit condamnés, Sait ce que font les Dieux des êtres qui sont nés, Et ce que l’avenir prépare avec les choses ? ”
“ La morte a un collier au cou, des bagues aux mains, des mules aux pieds, une 183 foule de rubans, de bijoux et de dentelles sur les manches, et une petite croix de chanoinesse richement émaillée sur la poitrine. ”
André de Guerne, Le bois sacré (1898)
“ Mon âme en frémissant, par la tienne accueillie, Reverra-t-elle au fond du sépulcre adoré Ta suprême beauté par la mort embellie, Comme un marbre enfoui que les temps ont sacré? Garderas-tu toujours, soeur des mortes fidèles, Ton immobilité de songe et de langueur, Sur ton sein glacial croisant tes deux mains frêles Comme pour mieux céler les choses de ton coeur? Me voici. J'oublierai l'inviolé mystère Que ton rêve un seul jour nourrit avec le mien. Si la mort voit enfin ce qu'ignora la terre, La mort est sans parole et ne saura plus rien. ”
Amélie Gex,
Feuilles mortes, Job, pages vécues…
(1894)
“ Ton front reste glacé, ta bouche sans sourire, Et moi te sachant là, je suis prête à maudire ! FEUILLES MORTES 33 Oui ! devant cette croix quand je suis à genoux, Mon âme en évoquant notre passé si doux, En ne te sentant point tressaillir sous ta pierre Quand ma bouche, en tremblant, murmure une prière, Mon âme sent gronder, malgré tout son effort, Dans mon coeur mutilé le besoin de la mort ! Oui, je voudrais mourir ! oh ! oui, je vous envie Vous qui, laissant tomber le fardeau de la vie. Partez en souriant pour retourner à Dieu Sans qu'une âme se brise au moment de l'adieu ! ”
Georges Rodenbach,
Bruges-la-Morte
“ Sur le cadavre gisant, Hugues avait coupé cette gerbe, tressée en longue natte dans les derniers jours de la maladie. N’est-ce pas comme une pitié de la mort ? Elle ruine tout, mais laisse intactes les chevelures. Les yeux, les lèvres, tout se brouille et s’effondre. Les cheveux ne se décolorent même pas. C’est en eux seuls qu’on se survit ! Et maintenant, depuis les cinq années déjà, la tresse conservée de la morte n’avait guère pâli, malgré le sel de tant de larmes. ”
“ Et pour raccorder ces blancs et ces noirs, le gris d’ensemble qui adhère aux murs, flotte en buée, propage ses sourdines, unifie sa cendre morte, comme s’il était au dehors, la cendre des années envolée du cœur maternel ! Dans ce portrait d’une beauté sans date et qui porte déjà comme un air d’éternité, la patine anticipée des siècles, M. Whistler s’exprima avec une sincérité, une émotion, qui, du coup, le menèrent jusqu’à la grandeur, lui qu’on imaginait seulement compliqué, arrangeur de goût suprême, et d’un subtil dandysme d’art et d’esprit. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Les Souffrances du jeune Werther
(1774)
“ jamais mortel ne fut tourmenté comme toi. » Et puis je lis quelque ancien poète ; et c’est comme si je lisais dans mon propre cœur. J’ai tant à souffrir ! ”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ Ce sont de petites montagnes crayeuses, à croupes arrondies, ravinées dans tous les sens par les pluies, et formées par une roche blanche, assez friable, alternant avec d’immenses bancs de silex d’un très beau noir. À mesure qu’il avance vers l’est, il devient de plus en plus profond et escarpé ; son lit à quelques endroits est un véritable abîme de plus de cent mètres. Vers la moitié de sa course entre Jérusalem et la mer Morte, il laisse sur sa rive droite le couvent de Mar Saba, étrangement posé au milieu de ce désert. ”
Amélie Gex,
Feuilles mortes, Job, pages vécues…
(1894)
“ A l'homme au coeur rongé d'une peine secrète. Laissez, laissez les morts s'en aller en repos ! A quoi bon le soleil ? Si la sève est tarie Le vent desséchera les bourgeons frais éclos. A l'âme qui s'éteint, comme une raillerie, Pourquoi vouloir montrer la splendide féerie Des paradis lointains qui doivent rester clos ?... FEUILLES MORTES A JULES SIMON Maître, vous avez dit une grande parole, Un mot vibrant et fort comme la vérité : « Dieu, c'est la part du faible et du déshérité, Le témoin, le garant du juste qu'on immole ; C'est le lot de celui qu'ici rien ne console Du mal immérité. » ”
William Shakespeare,
Beaucoup de bruit pour rien
(1600)
“ Frappée à mort par des langues calomnieusesFut Héro qui gît ici.En récompense de ses douleurs, la mortLui donne un renom immortel.Ainsi la vie, qui mourut de honte,Vit de gloire dans la mort. ”
Émile Zola,
L’Assommoir
(1877)
“ Des femmes marchaient vite, des hommes rôdaient avec des yeux de loup, la nuit s’épaississait, gonflée d’abominations. Gervaise allait toujours, gambillant, remontant et redescendant avec la seule pensée de marcher sans cesse. Des somnolences la prenaient, elle s’endormait, bercée par sa jambe ; puis, elle regardait en sursaut autour d’elle, et elle s’apercevait qu’elle avait fait cent pas sans connaissance, comme morte. Ses pieds à dormir debout s’élargissaient dans ses savates trouées. ”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ Descendant comme une muraille à pic vers le lac Asphaltite, le terrain se déroule vers l’est comme un immense plateau légèrement ondulé, entrecoupé de bois et de pâturages, creusé par de nombreux courants permanents ou temporaires, qui descendent au Jourdain ou à la mer Morte, et sillonnent la plaine de ravins profonds. C’est une des plus belles parties de la Syrie. On comprend que la perte d’un tel pays ait laissé au cœur des Ammonites un regret aussi constant que vif, et qu’ils aient sans cesse cherché à le reconquérir. Voir Amorrhéens ”
“ La Nature entière est « nature morte » pour un peintre d’une telle esthétique, qui, alors, est surtout un œil, une rétine merveilleusement sensible, un œil contre lequel, dans la tempe, est blotti un écheveau de nerfs, comme une télégraphie magique qui communique avec toutes les nuances de l’air. Même au physique, M. Claude Monet se caractérise par un œil extraordinairement mobile qui, dans son vaste visage de sérénité, luit, vrille, s’ébroue, est rincé de rayons, fourmille, miroite, semble taillé à facettes et avoir aussi les spasmes de lumière du diamant. ”
Amélie Gex,
Feuilles mortes, Job, pages vécues…
(1894)
“ De l'Homme de douleurs, Dans nos âmes versez les gouttes du calice Où sont tombés vos pleurs ! Oh ! laissez-nous mêler nos larmes à vos larmes ! Dans notre coeur contrit, Imprimez comme un sceau le remords dés alarmes Qu'endura Jésus-Christ ! FEUILLES MORTES 45 ODE A NOS PÈRES MARS 1871 Morts, restez endormis sous votre froide pierre Ou sous le gazon vert, Oh ! ne regrettez pas le palais, la chaumière, Où vous avez souffert. Dormez, dormez en paix, dans vos retraites sombres, Vous, les victorieux ! Il ne faut pas mêler à nos tristes décombres Vos destins glorieux. ”
Victor Hugo,
Les Misérables
(1862)
“ Car il est des choses qui font ouvrir les yeux aux mortes dans leur tombeau. ”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ Dans la Galilée, la nature était partout riche et luxuriante, la terre très fertile, l’eau abondante, les champs bien cultivés, le pays bien boisé. Dans la Judée, les montagnes dominaient et dominent encore, abruptes, arides, incultes, et l’impression générale est celle de la sécheresse et de la désolation. S’il est un coin à l’aspect maudit dans la Terre Sainte, c’est bien celui que baignent à l’est les eaux de la mer Morte, et qui, au sud, plonge ses racines jusqu’au désert, n’ayant une longue bande de verdure que du côté de l’ouest. ”
William Shakespeare,
Oeuvres complètes de Shakspeare…
(1843)
“ — Mourir, — dormir, — rien de plus ; et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux souffrances du coeur et aux mille douleurs léguées par la nature à notre chair mortelle, — c'est là un résultat qu'on doit appeler de tous ses voeux. Mourir, — dormir, — dormir ! rêver peut-être, — oui, voilà le point embarrassant ; savons-nous quels rêves nous viendront dans ce sommeil de la mort, après que nous aurons rejeté loin de nous une existence agitée? il y a là de quoi nous faire réfléchir. C'est cette pensée-là qui rend si longue la vie du malheureux. ”
Georges Rodenbach,
Bruges-la-Morte
“ Il avait voulu éluder la Mort, en triompher et la narguer par le spécieux artifice d'une ressemblance. La Mort, peut-être, se vengerait. ”
Amélie Gex,
Feuilles mortes, Job, pages vécues…
(1894)
“ Qu'importe hélas ! qu'il se souvienne, Nul penser ne répond au mien ! Ainsi, sans but et sans soutien, Sans plus voir songe aérien, Il va répétant son antienne : Rien ne m'est plus ! Un jour, si vous sentez combien Peut souffrir coeur croyant au bien, Quand la douleur, comme une hyène Vient ronger l'espérance ancienne, Alors direz : Plus ne m'est rien ! Rien ne m'est plus ! FEUILLES MORTES LES CONFIDENCES DE L'ÉTOILE Pâle étoile du soir, messagère lointaine, Dont le front sort brillant des voiles du couchant, De ton palais d'azur, au sein du firmament, Que regardes-tu dans la plaine ? ”
Amélie Gex,
Feuilles mortes, Job, pages vécues…
(1894)
“ Et qu'on se sent de force, en son esprit mutin, A se faire ange ou diable, afin qu'un beau matin, Pour s'envoler, Monsieur, on puisse avoir des ailes ! FEUILLES MORTES 139 SIMPLE DRAME Minuit vient de sonner ; le coucou mélomane, Pour la douzième fois, jette son triste cri, Minuit vient de sonner, et la pauvre Suzanne Tressaille en entendant le pas de son mari... L'homme rentre ivre-mort ; il titube et ricane, Mâchonnant un couplet d'un affreux pot-pourri. Comme un oiseau funèbre, en cette chambre plane La lugubre gaîte de ce regard flétri. ”
Victorine Brocher,
Souvenirs d’une morte vivante
“ Tous furent courageux, le combat dura assez longtemps, nous allions à la mort avec conviction profonde du devoir accompli. Oh ! comme on est fort quand on a la foi, la conviction, la conscience heureuse et la gaité au cœur. ”
M. P. C., Revue des Deux Mondes
“ Et la mort leur versait, d’une main attendrie, Le calme bienfaisant d’un sommeil sans désirs. D’un idéal nouveau, vous, les ardens apôtres, Ô morts, on a trouvé trop doux votre sommeil ! Tressaillez dans vos os, car voici le réveil ! Le scandale est le fruit de jours comme les nôtres : Nous usons notre cœur à sonder ceux des autres, Et nos yeux à compter les taches du soleil. Plus le mort était grand, et plus on est avide De fouiller son cadavre, ainsi que font les loups. ”
Armand Silvestre,
Les Renaissances/Lemerre, 1870
“ Des formes que la Mort prend, rassemble et distend. — Elle se fait en nous dans l’ombre et nous attend, Cette part de notre âme à nos corps étrangère ! Elle se fait, en nous, de l’espoir révolté Qui seul nous faisait vivre et que trahit la vie : — De tout ce qui laissa notre âme inassouvie Se forme et croit en nous notre immortalité. ”
“ Qui dans tes maigres mains détiens les destinées Et qui remplis de ciel les yeux défunts au jour ; Qu’on te louange ! Ô mort pieuse et baptisée ! Mort, qui portes en toi la tristesse des soirs, Mort sereine, gerbant au fond de la pensée, Dans les vallons du cœur, la moisson des lys noirs. ”
Pierre Vigier, Némésis girondines et chansons politiques… (1871)
“ Où le cœur torturé, broyé par la souffrance, SounLà la voix du ciel, reste sans espérance. La-mort où l'on blasphème. où les soins carressants D'une femme et d'un fils deviennent impuissants ; Où l'on voit le démon sourire dans l'alcôve ; Où l'on pousse des cris comme une bête fauve: Où l'on tremble de froid quand la tête est en feu ; Où les bras sont tordus, où le corps. devient bleu ; Où les muscles raidis par une horrible lutte Perdent de leur vigeur de minute en minute ; Où contre le fléau qui rit de son tourment, Le hideux moribond se débat vainement. ”
