“ Chaque ton, et surtout les voisins de l’ut, aura ainsi son caractère, le Sol simple et libre, le Ré volontaire et ferme, le Mi dionysiaque, et ainsi des autres, chaque ton mineur marquant un certain abandon à son degré propre. Ce serait une dialectique des tons et comme une philosophie du clavier. On trouve ainsi dans la musique une sorte de matière seconde, fille d’esprit toute, et plus redoutable par cela ; mais cette victoire aussi a sa beauté propre, et que l’on peut juger incomparable ; c’est l’esprit contre lui-même, au lieu que le chant naturel discipline le corps. ”
Ton (musique)
Définition et enjeux
Citations sur “ton (musique)”
“ On aperçoit qu’il y a une musique pure en deux sens ; la musique naturelle est pure dans le sens le plus plein ; mais la musique instrumentale parvient à se purifier autrement, comme nous verrons. Le progrès de la musique instrumentale devait tuer la véritable musique vocale, qui est l’improvisation recueillie, scrupuleuse, réglée sur les bruits extérieurs autant qu’ils font quelquefois réussir des musiques, et aussi sur ce que chaque son annonce et appelle, sans compter la danse presque immobile du chanteur qui règle aussi les sons pour l’équilibre des muscles. ”
Augustin Savard, Principes de la musique et méthode de transposition… (1875)
“ Nous connaissons maintenant tous les éléments du langage musical, et les signes divers employés pour sa notation; nous savons donc lire et écrire la musique. Mais le pouvoir magique de cette langue des sons est tout entier dans l'âme même de celui qui l'écrit et qui la parle ; dans ce sentiment instinctif de l'exécutant qui, par les inflexions de la voix, l'accent., les nuances de douceur et de force, sait donner à la phrase, au morceau entier, le caractère, la couleur et la vie. ”
G. Sand, Revue des Deux Mondes
“ À ceci, qu’un instrument peut parler jusqu’à un certain point sous la main de l’homme, vu que la musique peut exprimer des sentiments, évoquer des images, être enfin l’expression d’un certain ordre de pensées, bien qu’elle ait besoin des paroles pour être un langage véritablement défini ; mais que le prétendu langage de ton ruisseau, n’étant produit que par la rencontre et la combinaison fortuite de quelques cailloux et par la sonorité d’une roche creuse, n’est ni de la musique ni de la parole, et doit être assimilé à un simple bruit. ”
Prudent-Louis Aubéry Du Boulley, Grammaire musicale, ou Méthode analytique et raisonnée pour apprendre et enseigner la lecture de la musique… (1830)
“ Ces mots consistent dans des assemblages de trois, quatre, six et huit notes, comme les mots proprement dits consistent dans l'union de plus ou moins, de syllabes et de lettres. Quelquefois une note forme un mot, comme une lettre ou une syllabe dans une langue. Si l'on peut dire qu'il est un organe particulier pour la musique, c'est le cœur qui seul mérite cette qualification. En effet, c'est de là qu'émane tout chant passionné, créé de verve; c'est de là que partent toutes les sensations mélodiques ; le cerveau n'est rien que la route par laquelle elles s'écoulent. ”
Charles Beauquier,
Philosophie de la musique
(1865)
“ Avec le ton la musique sort du domaine vague et infini des sons, elle s'incarne, elle prend une forme une unité déterminées par un enchaînement rigoureux La tonalité lui rend le même service par rapport à l'échelle incommensurable des sons que le rhythme par rapport à l'infini du temps. ”
Mathis Lussy, Traité de l'expression musicale… (1874)
“ L'exécutant ne sentant alors ni les attractions de la tonique, ni le besoin de régularité des sons forts et de symétrie des rhythmes, ni les exigences de la logique dont nous venons de parler, n'est pas impressionné non plus d'une manière spéciale par les notes irrégulières, et il accepte passivement, sans résistance, nonseulement les notes les plus destructives du ton, du mode et de la mesure, mais encore les irrégularités rhythmiques les plus disparates. Aussi les rend-il alors sans chaleur, sans force, sans animation, sans vie, sans poésie: il ne peut. ”
Léon Escudier,
Dictionnaire de musique théorique et historique
(1872)
“ L'harmonie et le rhythme constituent la partie scientifique de l'art musical ; la mélodie en est la partie animée, vivante et poétique. L'harmonie et le rhythme ont été soumis à des calculs positifs, à des principes fixes, à des règles immuables. La mélodie ne peut recevoir de règles que du génie et du goût. Ici le caprice, la fantaisie, la spontanéité de l'inspiration jouent un rôle immense. Ici se déploie toute l'originalité du compositeur. La mélodie est à la musique ce que l'expression et le coloris sont à la peinture ; elle l'anime et la vivifie, la pare et l'embellit. ”
Mathis Lussy, Traité de l'expression musicale… (1874)
“ Il vous entraîne tous, haletants, jusqu'à ce que lançant par un suprême effort, les derniers feux de son âme, sa voix fléchit, succombe et expire en jetant le frisson dans l'auditoire. Voilà l'accent pathétique t et le mouvement passionnel. Ils résultent des efforts faits par l'artiste pour mettre en relief certaines notes irrégulières, c'est-à-dire étrangères à la gamme ou au mode dans lesquels la phrase se trouve ou qui brisent la régularité des accents métriques, rompent la symétrie des rhythmes, et, par conséquent, choquent, heurtent le sentiment. ”
Jean-Jacques Rousseau,
Oeuvres complètes de J. J.Rousseau…
“ Nous avons donc douze sons qui servent de fondements ou de toniques aux douze tons majeurs pratiqués dans la musique, et qui en cette qualité sont parfaitement semblables quant aux modifications qui résultent de chacun d’eux traité comme fondamental. A l’égard du mode mineur, il ne nous est point indiqué par la nature, et comme nous ne trouvons aucun son qui en fasse entendre les harmoniques nous pouvons concevoir qu’il n’a point de son fondamental absolu, et qu’il ne peut exister qu’en vertu du rapport qu’il a avec le mode majeur dont il est engendré, comme il est aisé de le faire voir*. ”
Eugène Forcade, Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire - 14 juillet 1867
“ Le chant non accompagné, la mélodie toute nue, sans vêtement harmonique, sans accessoire concertant, existe encore et se produit parfois, tandis que la condition vraiment indispensable sans laquelle il n’est plus pour nous ni chant, ni mélodie, ni musique par conséquent, c’est un certain système de tonalité qui, à proprement parler, constitue la musique moderne. ”
Mathis Lussy, Traité de l'expression musicale… (1874)
“ De même que le point de vision d'un tableau doit être d'autant plus rapproché que la peinture est plus prodigue de détails, plus compliquée, de même le mouvement d'un morceau doit être d'autant plus lent que la musique est plus serrée, plus riche en éléments expressifs, c'est-à-dire en irrégularités tonales, modales, métriques, rhythmiques ou harmoniques. ”
Mathis Lussy, Traité de l'expression musicale… (1874)
“ Est-il naturel d'assigner à des notes d'une expression si vive, d'une recrudescence si entraînante, la seule syllabe nasale rien? Ces triolets ne sont-ils pas comme le paroxysme de la passion la plus exaltée t? Est-il bon d'accoupler ainsi des syllabes aussi peu musicales à des notes aussi expressives ? On répond : «Cela se fait, cela est bon ». Il s'agit de savoir si on ne pourrait faire mieux; car, en fait d'art, il faut viser au parfait et non au passable. C'est une promiscuité et non une union. On sent que musique et paroles sont dues à deux inspirations différentes. ”
Joseph Brunier, De l'ordre et du type dans les arts sonores et du mouvement… (1906)
“ La voix chantante est la dilatation, l'expansion, l'épanouissement du son musical et du rythme qui l'accompagne. L'émoi interne lui communique toute l'envergure de son mouvement. C'est l'essor de ce qui est vibration vocale et cadence dans les facultés de l'individu ; c'est le torrent des ondes sonores qui monte et s'épanouit sous les lois impérieuses de l'Ordre et de l'Harmonie. ”
Augustin Savard, Principes de la musique et méthode de transposition…
“ Le chant étant naturel à l’homme, la musique vocale a précédé la musique instrumentale, qui est une conquête de l’art. On a donc cherché d’abord le moyen d’écrire les sons que peut produire la voix humaine. ”
Edmond de Coussemaker,
L'art harmonique aux XIIe et XIIIe siècles
(1865)
“ Quelques mots maintenant sur la tonalité de la musique harmonique de cette époque. La tonalité est le résultat d'un assemblage de sons graves et aigus disposés de telle sorte que, dans la composition de l'échelle des sons, les tons et les demi-tons se succèdent d'une manière déterminée. ”
Jésuites et imprimeurs de Trévoux, Dictionnaire de Trévoux/6e édition…
“ En musique le chant est proprement un air, qui est compose de tons, de demi-tons & de temps, ou de mesures, C’est une modulation de voix qui élève ou qui balise les tons de la prononciation des paroles, en sorte qu’elles rendent un son agréable à l’oreille. ”
Charles Beauquier,
Philosophie de la musique
(1865)
“ Mais cette détermination qui manque essentiellement à la musique, la voix qui est un instrument destiné spécialement à la vie intellectuelle, à l'échange des idées, aux relations des hommes entre eux, la voix peut la lui donner, d'abord par ses diverses modifications générales, accents, intonations, etc., qui constituent en grande partie le langage naturel, et ensuite par les mots, c'est-à-dire par les sons articulés émis en même temps que les sons musicaux. ”
Mathis Lussy, Traité de l'expression musicale… (1874)
“ Il est donc indispensable de donner à l'exécutant les moyens de reconnaître chaque rhythme, afin qu'il puisse faire sentir les notes initiale et finale de chacun et leur donner un relief spécial. Mal rhythmer, c'est mal ponctuer et mal accentuer; et de même qu'il importe de laisser à chaque mot, à chaque membre de phrase, à chaque phrase, sa signification spéciale, de même il importe, en musique, de rhythmer, d'accentuer, selon la tendance naturelle des notes, selon les lois d'attraction qui président à leur groupement et leur donnent un sens. ”
Hector Berlioz,
À travers chants
“ Dans son union avec le drame, ou seulement avec la parole chantée, la musique doit toujours être en rapport direct avec le sentiment exprimé par la parole, avec le caractère du personnage qui chante, souvent même avec l’accent et les inflexions vocales que l’on sent devoir être les plus naturels du langage parlé. ”
Prudent-Louis Aubéry Du Boulley, Grammaire musicale, ou Méthode analytique et raisonnée pour apprendre et enseigner la lecture de la musique… (1830)
“ En quoi donc peut consister pour un tel instrument, la voix, la différence de brillant de tel ou tel ton? en quoi consiste un ton dans un instrument qui n'a ni cordes, ni trous, ni touches, et qui dans toute son étendue n'a pas de degrés, de points marqués, et qui peut les faire tous, non pas en partant de tel point fixé, puisqu'il n'y a pas de points, mais en partant indéfiniment de quelque type imaginable que ce puisse être. Je voudrais bien qu'on me dit dans quel ton je chante, lorsqu'il n'y a pas d'instrumens, s'il y a des dièzes ou des bémols ! ”
Amable Tastu,
Lectures pour les jeunes filles…
(1840)
“ Le nombre déterminé des syllabes, ou la mesure, le retour convenu des mêmes sons , ou la rime, la coupe régulière des périodes, ou le rhythme, en font une langue à part, qui est au langage ordinaire ce que la musique est au bruit de la nature. ”
Jean Vallas, Revue Musicale de Lyon
“ Les neumes ont pour élément constitutif, le signe même de l’accent dans le discours, aigu ou grave. Le choix de ces accents, comme éléments constitutifs d’une notation, était assez naturel, à cause de l’affinité qui existe entre la musique et la parole ”
Jean Lesfauris, Origine de la gamme moderne ou Théorie raisonnée de la musique (1852)
“ Le ton n'est que l'application de la tonalité à un son ou ton fixe, pris pour tonique ou fondamentale; le ton se compose des sons appartenant à la même corde, c'est pour ainsi dire une famille de sons ; on les range par ordre d'acuité dans une gamme, ou par groupes appelés accords. La perfection de la tonalité, on le conçoit sans peine, est liée au degré d'intelligence, de civilisation des peuples ”
Augustin Savard, Principes de la musique et méthode de transposition… (1875)
“ On dit être dans le ton d'ut, dans le ton de fa, dans le ton de sol, etc., et par abréviation, être en ut, être en fa, en sol: ce qui signifie que la musique est composée au moyen des sons appartenant à la gamme d'ut, de fa, de sol. ”
Salvador Daniel, Cours de plain-chant : dédié aux élèves maîtres des écoles normales primaires (1864)
“ Que la mélodie, le chant ou la facture d'un ton de plain-chant soit différents des autres, il ne s'ensuit pas qu'il forme un mode ; car alors chaque morceau de musique vocale ou instrumentale formerait aussi, et avec plus de raison, un mode ; puisqu'en général chacun a sa manière, c'està-dire son plan et son rhythme, quoique plusieurs soient au même ton. ”
Mathis Lussy, Traité de l'expression musicale… (1874)
“ La musique ou plutôt le chant moderne se compose de trois éléments principaux : 1° La gamme ou la tonalité dans son double mode: le majeur et le mineur, c'est-à-dire la réunion des sept fonctions que les divers sons sont susceptibles de remplir tour à tour, l'influence attractive que ces fonctions exercent entre elles et leur subordination à la tonique ou première note de la gamme! ; 4. Ex, dehors; expression, c'est le contraire d'im-pression. 2. La tonique seule possède la propriété de pouvoir terminer définitivement une phrase musicale. ”
Reynaldo Hahn,
L'oreille au guet
(1937)
“ Le bel canto se préoccupait, en premier lieu, de donner à la voix et au phrasé une perfection absolue ; au son, une variété infinie ; à la prononciation, une pureté irréprochable ; d'obtenir, en un mot, de l'appareil vocal tout ce qu'on en pouvait tirer au point de vue de la sonorité et de la réalisation purement matérielle. On estimait que le plaisir causé par une belle voix bien disciplinée était une condition essentielle pour servir utilement la musique et pour émouvoir. ”
Bernard Jullien, De quelques points des sciences dans l'antiquité… (1854)
“ Les accompagnements poussés même à leur perfection, étaient ceux de tous les hommes qui ne savent pas l'harmonie. Ils alternaient avec le chant, ou le doublaient pour soutenir le ton, et variaient ainsi le plaisir de l'auditeur; mais pour l'usage commun, ce n'était pas même cela: c'était ce que nous montrent ces chanteurs inhabiles qui vont de ville en ville mendier avec un violon ou une guitare. Ils chantent sans s'accompagner ; mais à la fin du couplet, ou même après chaque phrase musicale, ils frappent un accord ou font entendre une petite ritournelle qui les maintient dans le ton. ”
Georges Toscan, L'Ami de la nature ou Choix d'Observations sur divers objets de la nature et de l'art… (1799-1800)
“ Quelle autre langue que celle de la musique pouvoit exprimer tant d'intérêts divers, rendre tant de mouvemens opposés? qui mieux que les modulations du chant, pouvoit suivre ces passions dans leurs nuances infinies, et les peindre par les accens qui leur sont propres? ”
Friedrich Nietzsche,
La Naissance de la tragédie
(1872)
“ Ce rapport intime, qui existe entre la musique et la véritable essence de toutes choses, nous explique aussi pourquoi, lorsqu’au prétexte d’une scène, d’une action, d’un événement, d’un milieu quelconques, résonne une musique adéquate, celle-ci semble nous en révéler la signification la plus secrète et s’affirme le plus exact et le plus lumineux des commentaires ; et nous comprenons également comment celui qui s’abandonne sans réserve à l’impression produite par une symphonie croit voir se dérouler devant ses yeux tous les événements imaginables de la vie et du monde. ”
Marie Bobillier, Dictionnaire pratique et historique de la musique
“ Le port de voix noté en petites notes ou en notes ordinaires mesurées dans la musique de clavier et en général dans la musique instrumentale moderne, n’a plus qu’une relation nominale avec l’ornement vocal connu sous ce titre, puisque le glissement sur les sons intermédiaires est supprimé. ”
Mathis Lussy, Traité de l'expression musicale… (1874)
“ Les sons forts qui excitent les mouvements de votre tête et de vos pieds font sentir la mesure: ce sont des accents métriques; ils s'adressent surtout à l'instinct musical. Les sons forts qui coïncident avec le commencement des vers, des césures, marquent les différentes cadences et repos résultant des phrases et membres de phrases: ce sont des accents rhythmiques; ils s'adressent surtout à l'intelligence musicale et remplissent enmusique la même fonction que la ponctuation dans le discours. ”
Castil-Blaze,
Dictionnaire de musique moderne…
(1825)
“ Quand la finale d'un chant est aussi la tonique, et que le chant ne descend pas jusqu'à la dominante au-dessous, le ton s'appelle authentique j mis si le chant descend ou finit à la dominante , le ton est plagal. ”
Louis-Auguste Clavel, Le corps et l'âme, ou Histoire naturelle de l'espèce humaine (1851)
“ Par l'indépendance de l'action du larynx comparée aux actes qui produisent l'articulation, il est facile de comprendre comment les sons musicaux peuvent être articulés et s'appliquer aux consonnes aussi bien qu'aux voyelles : il en résulte pour l'homme, et pour lui seul, la faculté du chant, c'est-à-dire l'adjonction de la musique à la parole. ”
Jean-Jacques Rousseau,
Dictionnaire de musique, par J.-J. Rousseau
(1768)
“ Mais c'est plus communément faire diverses inflexions de voix, sonores, agréables à l'oreille, par des Intervalles admis dans la Musique, & dans les règles de la Modulation. On Chante plus ou moins agréablement, à proportion qu'on a la voix plus ou moins agréable & sonore , l'oreille plus ou moins juste, l'organe plus ou moins flexible, le goût plus ou moins formé, & plus ou moins de pratique de l'Art du Chant. A quoi l'on doit ajouter, dans la Musique imitative & théâtrale, le degré de sensibilité qui nous affecte plus ou moins des sentimens que nous avons à rendre. ”
