“ En tout cas, si l’on regrette la présence réelle de Bonnetain, de ce généreux, de ce dévoué, toujours prêt à défendre ceux qu’il aime, la plume ou l’épée à la main, de cet emballé qui pousse le culte de l’amitié jusqu’à se passionner pour la musique et la peinture, — auxquelles il est à peu près fermé — dès qu’il s’agit de musiciens et de peintres amis, on s’en console en lisant les pages exquises rapportées de là-bas, pages imprégnées d’un exotisme troublant, d’un parfum grisant, d’un charme étrange, d’un talent viril, qui placent l’écrivain à part, dans l’état-major des lettres. ”
Frantz Jourdain
Élements biographiques
Frantz Jourdain (1847-1935), architecte, critique d’art et écrivain français naturalisé, incarne une figure centrale de l’Art nouveau et du mouvement moderniste parisien. Son œuvre architecturale, notamment la Samaritaine, témoigne d’une synthèse audacieuse entre innovation technique et décor.
En parallèle, ses textes, tels que Les Décorés (1895), prônent un art dégagé de toute convention, célébrant des artistes comme Rodin ou Cézanne. À travers ses écrits et ses créations, Jourdain incarne une pensée critique et imaginative, reliant l’architecture à une réflexion approfondie sur la modernité et l’individualité artistique.
Citations de Frantz Jourdain
“ Maintenant qu’elle est enfin venue, la gloire administrative, Renoir est-il heureux ? Mon Dieu, oui... et non. Le bonheur parfait n’existe pas sur terre ; à présent, ce sont ses cheveux gris qui le chagrinent. Oh ! il ne regrette pas les jours navrants de sa jeunesse, et sa robuste gaîté nargue la vieillesse à l’affût, mais... voilà : comme il n’emploie jamais de modèles de profession, il avait l’habitude d’accoster dans la rue, pour les emmener à son atelier, les ouvrières dont la fraîcheur et le type lui plaisaient. ”
“ SÉVERINE Pas moderne, pas fin-de-siècle pour deux liards ; ignore l’art lucratif de faire des chatouilles dans le cou des puissants avec sa plume, dont le bec de fer — pas plus souple que son épine dorsale — pique comme une épée et cingle autant qu’une cravache ; se refuse, avec une obstination ridicule, à vendre son talent au « plus fort et dernier enchérisseur » ; s’entête à ne jamais se mettre du côté du manche et pousse l’originalité jusqu’à sacrifier sa vie à un tas de pauvres diables incapables de lui rendre le moindre service. ”
