“ « Des hommes méchants ont attiré la colère sur moi par leurs mensonges... J’ai perdu ta faveur sans laquelle je suis moins qu’un ver de terre... Je ne veux plus vivre... Finis promptement mon supplice... Appelle les muets... Je suis prête, et je bénis la mort, puisque c’est ta volonté que je meure... » Le sultan ne s’attendait pas à ces paroles ; la douleur de Roxelane, son courage, sa résignation le touchèrent et changèrent subitement ses dispositions ; il l’emmena dans le somptueux kiosque qu’il avait fait construire sur le bord de la mer et passa le reste de la journée avec elle. ”
Mme X
Élements biographiques
Mme X, auteure du célèbre roman Le Tour du monde, examine avec acuité les enjeux de pouvoir et les subtilités de la condition humaine à travers des récits historiques et orientaux. Son œuvre, marquée par des portraits de figures impériales et des dilemmes éthiques, révèle les tensions entre ambition et résignation, mise en évidence par des dialogues percutants.
En parallèle, ses réflexions sur la maternité, notamment dans Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes, soulignent l'importance de l'éducation morale, combinant ainsi une approche littéraire et philosophique.
Citations de Mme X
“ Tandis qu’il se réjouissait ainsi de son malheur, le fils de Kiosem se rendait au divan assis sur un soffra recouvert de drap d’or que portaient quatre janissaires. Lorsqu’il parut, le cheik-ul-islam cria le premier : « Longue vie à sultan Mourad ! que son règne dure mille ans ! » Toute l’assemblée répéta les mêmes acclamations, et dès le lendemain Mourad IV parcourut les rues de Constantinople, environné de tous les dignitaires du sérail. Cet enfant était si beau que les femmes se précipitaient sur son passage avec des transports d’admiration et de joie, en criant : « Vive notre padischa ! » ”
“ Ses deux frères, Sélim et Bayezid, héritèrent de ses grandeurs, et Dgiangir, le plus jeune des fils de Soliman et de Roxelane, resta seul dans le sérail. Dgiangir était un pauvre petit être difforme, dont la tête charmante disparaissait entre deux épaules monstrueusement inégales. Lorsqu’il eut atteint l’âge d’homme, on continua à le traiter comme un enfant, et il ne quitta pas les appartements intérieurs ; ses saillies égayaient le sultan qui, accoutumé à le voir près de lui, l’aimait avec tendresse, et tolérait de sa part des hardiesses qui eussent coûté la vie à ses autres fils. ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ Un corps délicat étant appesanti par le fait d'une grossesse, débilité par le travail du port d'un enfant, incommodé de plusieurs douleurs, ne peut pas permettre que le cœur soit si vif, si actif, si prompt en ses opérations, mais tout cela ne préjudicie nullement aux actes de l'esprit de cette partie supérieure, autant agréables à Dieu comme ils sauraient être parmi toutes les gaietés du monde. Il ne faut pas être injuste ni exiger de nous que ce qui est en nous. ”
“ Mourad IV allait entreprendre ses grandes guerres contre la Perse lorsque le kislar-aga lui présenta une esclave circassienne d’environ seize ans, qui s’appelait Roxane ; jamais femme d’une beauté aussi parfaite n’était entrée dans le sérail. Elle avait les cheveux blonds, les yeux bleus et les sourcils d’un noir de jais. Ses traits étaient d’une finesse incomparable et son teint d’une fraîcheur douce, qui rappelait la nuance délicate des roses sauvages. Cette belle créature charma tout d’abord le sultan, et bientôt elle le subjugua non par sa douceur, mais par sa hardiesse et sa méchanceté. ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ « Quand le spectacle n'inspirerait pas de passions criminelles, il dispose l'âme à des sentiments pernicieux. Là, tout tire à conséquence : le plaisir même du spectateur se basant sur des situations équivoques, il s'ensuit que, plus la comédie est bien jouée, plus son effet est funeste aux moeurs. » Si l'on va souvent au théâtre, ce qui sera devenu une habitude pour la mère, deviendra une nature pour l'enfant. ”
“ Pendant ces commencements de révolte, le sultan était dans un des kiosques qui ont vue sur la mer, écoutant les histoires de Keira-Kadun ; de cet endroit il ne pouvait entendre les bruits du dehors et il demeura fort étonné lorsque le grand vizir vint en toute hâte lui apprendre que les janissaires révoltés assiégeaient le sérail. « Eh ! que veulent-ils ? demanda sans s’émouvoir le padischa. — Ils veulent la tête de Keira-Kadun, et il faut la leur donner, » répondit le grand vizir avec décision. La malheureuse femme se réfugia aux genoux de son maître ; elle le supplia de lui sauver la vie. ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ La mère doit donc être tout entière à l'œuvre de la nutrition physique et morale de son enfant, n'entretenant son esprit que de nobles et pures pensées, ne nourrissant son imagination que d'images riantes, fermant les yeux à tout spectacle indigne de sa vue. Nous ajouterons qu'elle détournera doucement son attention, sa pensée et son regard des infirmités physiques que son œil peut rencontrer. Il ne faut pas les avoir en horreur, puisque Dieu les permet; il faut simplement, suavement, à la façon de saint François de Sales ”
“ Elle aimait à l’excès la magnificence dans les habits et ne paraissait jamais devant le Grand Seigneur que dans la plus somptueuse parure. L’hassaki et les autres odalisques étaient rentrées dans le néant ; elle aurait pu d’un seul mot les exiler dans le vieux sérail ; libre dans le harem impérial où le sultan ne venait que pour elle seule, elle marchait l’égale de la valideh. La première hassaki conçut tant de jalousie et de douleur du triomphe de sa rivale qu’elle en mourut. Achmet II n’alla jamais combattre à la tête de ses armées ; pourtant son règle fut glorieux ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ Presque tous les théologiens s'accordent, avec les médecins, pour penser que l'âme vient habiter le corps au moment de la conception. C'est donc à partir de ce moment que commence la responsabilité de la mère, cette vie de surveillance .morale incessante. Si le corps de l'enfant est en danger, elle ne doit penser qu'à sauver son âme, qui sera privée de la vue de Dieu si elle ne le fait pas baptiser. En effet, « le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché. » ”
“ Malgré ce premier revers, la sultane ne tarda pas à recommencer ses menées ; elle était habile et audacieuse ; elle avait des trésors à sa disposition et pouvait, dans un moment de crise, gagner les janissaires ; elle serait parvenue à faire monter Bajazed sur le trône si le temps ne lui eût manqué ; mais la mort l’arrêta. Une maladie violente l’emporta en quelques jours ; elle expira entre les bras de Soliman, et, à sa dernière heure, elle lui fit promettre de se souvenir d’elle si Bajazed avait de nouveau le malheur d’encourir sa colère. Roxelane mourut avant que l’âge eût détruit sa beauté. ”
“ Il demanda au cheik-ul-islam de lui amener sa fille. La belle Ashada répondit fièrement que le Sublime Empereur était le maître de sa vie, mais qu’elle aimerait mieux être la femme légitime du dernier de ses sujets que de devenir une de ses odalisques. Ce scrupule étrange chez une Turque irrita la passion du sultan et il n’hésita pas à élever au rang d’épouse légitime l’ambitieuse jeune fille. Elle fut conduite dans le sérail avec le cérémonial en usage pour les mariages musulmans et prit immédiatement le titre de sultane. ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ Aux principes d'hérédité dont nous avons parlé, nous ajouterons les observations faites par les princes de la science sur la transmission fréquente des qualités, aptitudes, défauts du père à ses filles, tandis que la mère transmet surtout aux fils ses qualités, défauts ou aptitudes, comme si Dieu devait relever une seconde fois la femme en reproduisant dans l'être le plus fort ce que sa volonté maternelle a pu perfectionner ou transformer. ”
“ Le sultan n’avait autour de lui que quelques troupes, ses ichoglans, ses eunuques et quelques grands fonctionnaires ; pourtant il ne songea pas à flatter et à apaiser cette multitude ; retiré dans son kiosque, il écouta toute la nuit le bruit confus que faisaient tant de gens qui veillaient ; quand le jour parut, il se leva sombre, courroucé, et dit au grand vizir, qui attendait ses ordres en tremblant : « Puisqu’ils murmurent, je vais leur rendre Mustapha ! » ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ La représentation du type maternel dans tous les caractères et les attributs de l'être, n'est pas moins bien prouvée ; l'existence morale n'a point d'activité qui n'en reçoive l'empreinte. Elle est vraie, profonde, générale dans toute cette forme de la vie. Les modes propres de sentir, les inclinations, le caractère de la mère ne sont pas moins puissants à se transmettre d'elle aux êtres qu'elle engendre. ”
“ Les muets, créatures tout à fait subalternes, étaient habiles à serrer le fatal lacet. Quand la justice du sultan avait prononcé une sentence de mort, il l’exécutaient sur l’heure, sans appareil et sans bruit. Ces malheureux avaient un langage qu’ils se transmettaient, par tradition, et que tout le monde entendait dans le sérail, où d’ailleurs il était d’usage de parler par signes, le respect exigeant que l’on gardât toujours le silence en présence du Grand Seigneur. ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ Si, malgré toutes les précautions matérielles, un accident a lieu, la personne qui est appelée à secourir la jeune mère doit baptiser immédiatement le résultat de l'accident, quelque informe,- quelque peu développé que soit cet embryon d'être humain. ”
“ Le grand vizir fit éveiller aussitôt le salista-aga (porte-glaive) , ainsi que le chef des eunuques blancs, et envoya au cheik-ul-islam l’ordre de se rendre au sérail ; en un moment la chambre impériale fut remplie de monde ; tous parlaient par signes ou à voix basse et ne faisaient pas le moindre bruit. Un eunuque alla éveiller la valideh Tarkhan et lui apprit ce qui se passait. Elle accourut aussitôt près de son fils, et, le prenant dans ses bras, elle lui dit tout en larmes : « Ah ! mon enfant ! nous allons mourir !... » ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ Puis, en dehors de tout sentiment chrétien, n'y a-t-il pas quelque chose de répugnant dans la pensée qu'une femme s'abandonne sans conscience d'elle-même et de sa dignité aux agissements des étrangers ? ”
“ Ils mangèrent ensemble au son des instrument, servis par de jeunes esclaves, les plus belles qu’il y eût dans le sérail. À cette occasion, une vieille kadun, gouvernante des filles, se permit de dire aux odalisques, dont la vie s’écoulait dans une attente toujours déçue : « Allez ! allez ! mes tourterelles, il faut renoncer à l’espoir d’attirer les regards du Sublime Empereur ; la plus grande faveur qu’il puisse vous faire, c’est de souffrir que vous lui présentiez à boire. » ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ Quand nous sommes incommodés de corps et de santé, il ne nous faut exiger de notre esprit que les actes de soumission et d'acceptation du travail et des saintes unions de notre volonté au bon plaisir de Dieu qui se forme en la cime de l'âme ”
“ D’accord avec la valideh, elle remontra au sultan que le chazadéh était bien jeune pour gouverner un si vaste empire, et que les pachas turbulents, les janissaires indociles ne laisseraient pas un enfant de douze ans monter paisiblement sur le trône. Pour éviter les malheurs qu’elle prévoyait, elle le conjura de désigner lui-même, pour son successeur, ce frère auquel sa magnanimité avait laissé la vie, et qui, depuis quatorze ans, végétait dans le cafess qui lui servait de prison. ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ Il est bon que les mères nourrissent, ceci est une vérité devenue bien sensible par les maladies sans nombre, et, l'on pourrait dire sans nom, que des mercenaires apportent et communiquent aux enfants déjà faibles des villes, puis par la très grande mortalité des enfants robustes des campagnes abandonnés par leurs mères et nourris par des moyens artificiels (1) . Nous croyons qu'une femme du monde, quelque délicate qu'elle soit, lorsqu'elle n'a pas de maladie constitutionnelle , est très capable de nourrir son enfant en se faisant aider par le biberon. ”
“ L’ordre se rétablit dans la ville impériale et dans le sérail, où il y eut deux sultanes valideh, la vieille Kiosem et la jeune Tarkhan. Ibrahim était étroitement gardé dans son cafess ; mais le cheik-ul-islam, qui redoutait une nouvelle révolution et ne voulait pas laisser échapper sa vengeance, se hâta de rendre un dernier fetra qui déclarait que le sultan Ibrahim méritait la mort pour avoir outragé les femmes et les filles de ses sujets. Ensuite il alla lui-même, avec les muets, dans la chambre voûtée où l’empereur déchu était enfermé, et il le fit étrangler sous ses yeux. ”
“ Au milieu de ces femmes dont le bonheur était si passager et qui remplissaient le sérail de leurs jalousies, de leurs querelles et de leurs intrigues, se trouvait une jeune esclave qui avait la plus belle éducation que puisse recevoir une femme turque. ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ Dans le cas où un mari s'opposerait, sans des motifs sérieux, à ce que sa femme nourrit, elle devrait insister fortement auprès de lui pour qu'il la laissât remplir ce devoir maternel. Trois mois avant l'époque de la délivrance, il faut prendre, pour préparer l'allaitement, certaines précautions locales qu'indiquera le médecin ; puis, quatre heures après la venue au monde de l'enfant, il faudra commencer ce travail si doux qui complète la maternité et ouvre des trésors de tendresse qui sont un lien pour toute la vie. ̃ Autant que possible, l'enfant sera la nuit dans la chambre de sa mère ”
“ Les voyageurs qui ont visité Constantinople à l’époque de la grandeur des sultans avouent qu’ils n’ont pas vu l’intérieur du sérail ; aucun d’entre eux n’a dépassé l’enceinte de la troisième cour, et jeté un coup d’œil au delà de l’espèce de salle du trône, étroite et sombre, où le Grand Seigneur, le Padisha, le Sublime Empereur, le Commandeur des Croyants, le Successeur du Prophète, l’Ombre de Dieu, donnait audience aux ambassadeurs des puissances chrétiennes ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ Il ne faut pas non plus le mettre souvent sur le dos, car il avale et respire beaucoup mieux sur le côté. Ses yeux ne seront point ainsi fatigués par le jour qu'il faut éviter de lui faire recevoir en face. Pour les vêtements, la raison guidera la jeune mère, et prévaudra sur les égarements de la coquetterie dont les effets sont si souvent funestes à l'enfance. ”
“ Elle avait donné au sultan quatre fils et plusieurs filles. Souveraine absolue dans le sérail, elle ne craignait aucune rivale. Pourtant l’ambition de Roxelane n’était pas satisfaite ; elle voulait devenir la femme légitime de l’empereur son maître. Depuis que les sultans régnaient à Constantinople, ils n’avaient donné à aucune femme le titre d’épouse ; leur politique ombrageuse n’admettait que des esclaves dans le harem impérial. Leurs favorites n’avaient aucun privilége, aucun droit ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ L'imagination féminine est à la fois si vive et si pénétrante, si naïve et si curieuse, que nous ne saurions trop recommander aux jeunes femmes de choisir leurs lectures dans des auteurs qui ne leur inspireront que des pensées et des sentiments élevés; de jeter au loin ces romans frivoles qui peuvent ne pas troubler l'âme, mais qui occupent trop l'esprit. ”
“ Ce qu’était autrefois le sérail. Rien de ce qui existe encore aujourd’hui ne peut donner une idée de la puissance des empereurs ottomans et du luxe inouï dont ils environnaient leur favorites. Ce n’est pas dans les historiens turcs qu’il faudrait chercher des documents pour peindre les mœurs de la cour ottomane et raconter la vie des sultans ; mais l’histoire du sérail existe dans les récits des anciens voyageurs et dans les rapports des espions que les cours de Vienne et de Versailles entretenaient près de la personne du Grand Seigneur. ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ S'observer beaucoup, à toute heure, se pénétrer de ces mots de Fénelon qui semblent dits pour expliquer la transmission de la pensée et des actes de la mère sur son enfant. « Dans une simple action, il se trouve quelquefois une multiplication et un enchaînement de fautes qui s'étendent à plusieurs siècles. » ”
“ Il avait relégué l’austère Baffa dans un coin du sérail et passait sa vie dans une suite continuelle de fêtes et de plaisirs. Ce joyeux régime finit par altérer sa santé ; quoique sa complexion fût des plus robustes, il mourut étique avant d’avoir accompli sa quarante-septième année ; cent deux enfants étaient nés de la multitude des odalisques : sur ce nombre il y avait trente petites filles. L’aîné de cette nombreuse postérité, le sultan Mahomet III, fils unique de la Baffa, monta sur le trône. ”
Mme X, Un mot sur la maternité : aux jeunes femmes (1882)
“ La contraire, joint à la privation d'air, peut altérer sensiblement la santé de la nourrice en lui donnant de l'inflammation qui se communique à l'enfant. On ne se doute généralement pas de l'influence que peut avoir, de l'avis de médecins très sérieux, le tempérament de la nourrice sur son nourrisson. Si elle est violente, son lait, c'est-à-dire son sang qui deviendra celui de l'enfant, sera échauffé et agira à la longue sur le physique et sur le moral de l'enfant. Si elle a des mœurs libres, des habitudes amollies, l'enfant peut être gâté dès le berceau. ”
“ Alors le peuple crédule commença à s’agiter et à parler du sultan avec des termes de mépris. Au premier indice de cette sédition le sultan avait envoyé les muets étrangler son frère Mohammed. Depuis environ trente ans aucun mâle du sang impérial n’avait péri de mort violente et cet acte de cruelle prudence acheva de rendre le sultan odieux. La révolte se propagea comme un incendie : les janissaires investirent le sérail avec des menaces effroyables, et leurs agas, loin de les retenir, marchèrent avec eux. Osman n’avait autour de lui que la population du sérail ”
“ On porta son corps dans l’enceinte de la mosquée bâtie par Soliman. Quelques années plus tard le sultan alla la rejoindre, et aujourd’hui encore elle repose à quelques pas de lui sous les tranquilles ombrages de la Solimanieh. Roxelane est la première femme qui ait commandé souverainement dans le sérail ; elle est la seule esclave qu’un monarque du sang ottoman ait élevée au rang de femme légitime. ”
“ Le cyprès est l’arbre du sérail ; on l’y trouve partout, et il semble que, dans ce séjour témoin de tant de morts violentes, il doit croître sur des tombeaux. Pourtant son feuillage noir n’a jamais abrité que les nids des tourterelles, tandis que les gais platanes, qui donnent un aspect presque riant à la seconde cour, ont souvent porté au bout de leurs branches la tête sanglante des vizirs. ”
“ Parmi les belles esclaves dont le kislar-aga remplissait le sérail, il s’en trouva une enfin qui eut le bonheur de plaire au jeune empereur. À cette grande nouvelle la joie rentra dans le harem impérial ; toutes les odalisques espérèrent obtenir aussi l’amour du sublime sultan. Il eut en effet plusieurs favorites qui presque simultanément le rendirent père d’un fils et de quatre filles. Celle qui eut la fortune de mettre au monde le chazadéh fut, selon l’usage, proclamée hassaki ”
“ Le grand vizir convoqua l’ayack-divan (conseil où l’on délibère debout) dans la mosquée du sultan Soliman, et cette assemblée prononça tout d’une voix la déchéance de Mustapha ; elle motiva sa sentence sur ce fetra (décision) que le cheik-ul-islam venait de prononcer : « La loi du Prophète défend d’obéir à un insensé. » Aussitôt le grand vizir se rendit au palais d’été et eut la hardiesse d’apprendre au padischa la sentence de l’ayack-divan. Mustapha l’écouta sans manifester la plus légère émotion ; mais la valideh se montra très-irritée ”
“ On entre dans le sérail par une grande porte, dont l’architecture n’a aucun caractère et n’appartient à aucune époque : c’est la Sublime Porte. De chaque côté, dans le mur, on remarque deux grandes niches où l’on mettait jadis la tête des pachas étranglés par ordre du sultan. Quand l’exécution avait lieu dans les provinces, l’exécuteur bourrait de foin le chef du supplicié, l’enfermait dans un sac de cuir, et l’emportait attaché à la selle de son cheval. La tête d’Ali, le féroce pacha de Janina, fut apportée ainsi à Constantinople, et exposée sur un plat d’argent pendant neuf jours. ”
“ La révolte commença dans les quartiers populeux qui avoisinent le port ; les janissaires montaient en tumulte vers le sérail, et les leventis (gens de mer) s’étant joints à eux, ils commirent de grands désordres et pénétrèrent dans la première cour du sérail. Cette multitude demandait qu’on lui livrât le grand vizir et quelques favoris subalternes. Les janissaires, excités par les agents de Kiosem, commençaient à attaquer l’entrée de la seconde cour. Le sultan les satisfit à demi en nommant un autre grand vizir et en leur laissant égorger quelques malheureux. ”
“ Les filles choisies parmi les enfants de tribut passaient dans le harem (quartier des femmes) ; elles étaient soumises à une discipline sévère et surveillées par les kaduns. Les kaduns (dames) y étaient des esclaves qui, entrées dans le sérail à la fleur de l’âge, y avaient vieilli sans avoir su plaire. Elles formaient la cour et le cortége des favorites et des princesses de la famille impériale. Les captives que renfermait le sérail venaient de toutes les parties du monde : les Tartares vagabonds y amenaient leurs prisonnières ”
“ L’ardeur guerrière dont il fut possédé plus tard se manifesta d’abord par une activité prodigieuse et un goût passionné pour les exercices violents. Sans cesse il faisait lutter et combattre ses pages, ses muets et jusqu’à ses bouffons ; ceux qui avaient porté les plus rudes coups et montré le plus de courage recevaient de sa main des armes de prix, des joyaux et parfois même les riches habits dont il était vêtu. ”
“ Il révoqua l’arrêt de mort qu’il avait prononcé dans le fond de son âme, mais sa colère contre Bajazed était encore si violente, qu’il ne voulut pas lui permettre l’entrée du sérail et qu’il lui envoya dire d’aller l’attendre dans un de ses kiosques, sur la côte d’Asie, à l’entrée du Bosphore. ”
“ Il augmenta considérablement le nombre des femmes enfermées dans le harem, et rendit leur existence plus splendide et plus austère. En même temps, il doubla la cohorte des eunuques noirs qui gardaient les sultanes. Le sérail renfermait environ cinq mille âmes, en comptant la soldatesque casernée dans la première cour. Les eunuques noirs et blancs, les nains, les muets, les femmes et les jeunes serviteurs du sultan vivaient dans les appartements intérieurs ; ils étaient environ trois mille. Ce peuple d’esclaves n’appartenait pas à la race turque. ”
“ Le sultan consentit à regret, et pourtant il fit plus encore ; il permit qu’Élenka emmenât son fils. La favorite s’embarqua avec une suite nombreuse d’esclaves et d’eunuques noirs. Le vaisseau turc qui la portait dut aborder au port de Salonique, parce que le jeune prince était tombé dangereusement malade. Peu de jours après il mourut. Son corps fut enseveli avec les cérémonies d’usage, et déposé dans un turbé près de la grande mosquée. Élenka envoya un de ses eunuques à Constantinople pour annoncer au sultan cette funeste nouvelle, et le même jour, chose étrange ! ”
“ « C’est moi qui suis la très-illustre sultane, agente du sublime empereur !... » Ils allaient la tuer ; mais le kislar-aga les arrêta ; cette pauvre femme était la folle de la valideh, et elle avait voulu sauver ainsi sa maîtresse. On trouva enfin Kiosem couchée au fond d’une grande armoire, sous un monceau de schalls de Perse. Un ichoglan la tira dehors par les pieds. Elle se leva promptement et jeta un coup d’œil autour d’elle. Selon sa coutume, elle était richement vêtue et portait à ses oreilles les magnifiques pendants qu’au temps de sa faveur lui avait donnés sultan Achmet. ”
“ Les pachas étaient gagnés ainsi que les chefs des janissaires ; tous les habitants de Constantinople, partisans dévoués de Kiosem, étaient en quelque sorte du complot. Mais la jeune valideh avait de nombreux adhérents dans le sérail ; le chef des eunuques blancs, Suleïman-Aga, les ichoglans, la plupart des grands dignitaires qui environnaient l’empereur et la vaillante cohorte des bastandjis, étaient prêts à la défendre. ”
