Edmond Doutté

Résumé

Edmond Doutté En tribu : missions au Maroc (1914)

Un jour d'hiver le dernier d'entre eux tombera sur les pentes vierges et se couchera dans la neige, comme dans son tombeau un preux des anciens temps dont la race est éteinte.
Alors le front de l'Atlas sera chauve comme celui de tant de monts du Nord africain. Presque partout la forêt berbère se meurt: observez sa lisière, elle est morne et sans vie, aucune jeune végétation n'y foisonne. Les arbres y vieillissent et y tombent, abandonnant le sol aux ardeurs du soleil, et la forêt ressemble à ces campagnes que les fils de paysans ont désertées pour la ville et où il n'y a plus que des vieux.
Source : Gallica

Edmond Doutté En tribu : missions au Maroc (1914)

La plaine au contraire satisfait les instincts dominateurs: le cavalier y prend possession de l'espace et s'y enivre du sentiment de son indépendance. Puis la monotonie et l'imprécision de l'étendue emplissent l'âme d'une force et d'un calme croissant. La mer elle-même n'engendre pas ces exaltations tranquilles, car la barre brutale de son horizon brise l'élan de l'âme humaine. C'est seulement dans l'immensité des plaines que l'homme s'élève en toute paix vers son ciel : les grandes et belles religions sont filles des plaines brûlantes ou des plateaux glacés.
Source : Gallica

Edmond Doutté En tribu : missions au Maroc (1914)

Enfin, peu de temps avant le coucher du soleil, nous sommes à la casba du caïd qui est, paraît-il, absent. On nous offre, mais pour la forme seulement, de camper dans une cour de la casba ; l'accueil est glacial. Des gens vêtus de bleu, disciples de Mâou l'Aïneïn, nous entourent : ce sont de beaux hommes sous leurs misérables cotonnades, le teint bronzé, les yeux ardents, les dents éblouissantes de blancheur. Leurs regards fanatiques s'allument de haine dans l'encadrement sombre de leur haïk et ils nous accablent avec hauteur des témoignages de leur mépris.
Source : Gallica

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