Résumé

Portrait de Jules Soury Jules Soury Revue des Deux Mondes

Le siècle devenait philosophe, c’est-à-dire incroyant, déiste ou athée ; le libre examen ébranlait les fondemens du trône et de l’autel ; dans les salons comme dans les cafés, au Palais-Royal et dans Versailles même, on s’occupait bien plus de métaphysique et de théories économiques que de petits vers et de tragédies. L’Encyclopédie, c’est-à-dire la science, avait détrôné la littérature. Dans les livres comme dans les lettres, il n’était plus question que de philosophes et d’encyclopédistes. Voilà l’ennemi qu’on avait signalé au critique.
Fréron eût préféré d’autres adversaires.
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C’est dans une lettre irritée, furieuse, toute frémissante encore d’une grosse colère bretonne, et où l’homme a visiblement fait effort pour être méchant, qu’il paraît au contraire comme le plus tendre et le meilleur des frères, le plus dévoué et le plus généreux des humains ! Je veux que ces vertus soient simples, peut-être communes dans la condition de Fréron et des siens ; mais Fréron n’a jamais prétendu au martyre, il ne s’est point annoncé au monde comme un apôtre de l’humanité : c’était un simple bourgeois, un journaliste, un critique.
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Au fond de nos consciences, nous portons tous un portrait de Fréron, portrait d’une assez fastidieuse uniformité : Fréron est l’ennemi de Voltaire, de D’Alembert, de Diderot, le délateur des encyclopédistes, le censeur vénal et bas des plus beaux génies du XVIIIe siècle ; c’est l’ange de ténèbres qui lutte avec les dieux de lumière ; jésuite ou ex-jésuite, comme son maître l’abbé Desfontaines, Fréron est l’incarnation du fatal génie de la société de Jésus en guerre avec l’esprit moderne.
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