“ Jean-François Corneille, écrit Fréron, malheureux dès le berceau, n’a pas même eu l’avantage de recevoir l’éducation la plus commune ; il sait seulement lire et écrire. Il vivait à Évreux dans la misère et dans l’obscurité, lorsqu’on lui apprit qu’il avait dans M. de Fontenelle un cousin dont le nom était célèbre, et qui d’ailleurs pouvait par lui-même ou par son crédit changer sa triste situation. ”
Jean-François Fréron
Définition et enjeux
Citations sur “Jean-François Fréron”
H. de Bellecombe, Les Denis : une famille bourgeoise de l'Agenais du XVIIe au XVIIIe siècle (1894)
“ Ce Freron doit être lé mari de Judith Lesparres, fille du juge de ce nom et d'une demoiselle Geneste; leur fille à eux, épouse Jean Denis en 1700 ou 1701. NOTICE SUR LA FAMILLE FRERON 199 Ce n'est qu'en 1682 que nous avons la certitude du veuvage de Marthe Bachan, femme de François Freron ; l'aîné de ses fils, le continuateur, croyons-nous, de l'étude, est à Clairac ; l'autre vit à Bordeaux; il est marié. Il écrit à sa mère, réclamant de l'argent pour un chapeau et de la laine; il l'avertit qu'il a écrit à son frère par l'occasion de M. Aché de Lafitte ; il signe « de Freron ». ”
“ Je n’avais eu jusqu’alors qu’une pitié instinctive, presque secrète, pour Fréron, pour ce vaincu du dix-huitième siècle. En feuilletant son immense répertoire, j’arrivai peu à peu à la sympathie. Qu’on ne s’étonne donc pas si ces pages, commencées en Bretagne et finies à Paris, ont parfois les allures d’un plaidoyer. Jamais homme n’eut tant besoin d’être défendu, jamais écrivain ne mérita mieux de l’être. ”
Paul Albert, La littérature française au dix-septième siècle (1874)
“ M. Fréron est connu d'un grand nombre de personnes d'esprit et de lettres comme un jeune homme d'un goût sûr et parfait, d'une fine littérature, et surtout comme un excellent humaniste. Il consacre ses talents à l'histoire qu'il étudie avec une extrême application depuis plusieurs années. ”
Jean le Rond d’Alembert,
Œuvres complètes de D’Alembert
“ Cette personne doit être chère à la philosophie, par sa manière de penser ; elle prêche hautement la tolérance et les vœux à vingt-cinq ans. Fréron est un maraud digne des protecteurs qu’il a ; mais il n’est pas digne de votre colère. ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ Il semble bien que, comme il arrive, l’intelligence de Fréron se développa avec d’autant plus de puissance qu’elle avait été moins précoce, car on ne peut douter qu’il n’ait fait d’excellentes humanités. Il commença ses études à Quimper et fit sa rhétorique à Paris sous le père Brumoy et le père Bougeant. Un oncle qu’il avait aux environs de la rue Saint-Jacques lui donna un asile dans sa maison ; puis il entra au noviciat des jésuites de la rue du Pot-de-Fer. Fréron fut bientôt nommé régent au collège Louis-le-Grand ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ Si Fréron n’était pas un humaniste, il avait du moins fait de bonnes humanités. Ses excellens maîtres, les pères jésuites de ce temps-là, lui avaient inspiré l’amour de nos grands classiques ; il avait le culte de Boileau. et de Racine ; il possédait les traditions du goût et du génie littéraire de notre nation ; il respectait trop la langue française pour l’avilir par un parler bas et vulgaire ; à l’école de Despréaux et de Desfontaines, il apprit à estimer l’office de la critique, et, sans parler de mission ni d’apostolat, il sut toujours garder le respect de soi-même. ”
“ Les archives générales du royaume conservent pieusement (ne riez pas !) les pièces de ce différend, lesquelles consistent en une lettre de Fréron et en son interrogatoire par-devant un commissaire au Châtelet. La lettre est adressée à un M. Duché, à qui il avait marié sa sœur ; j’en détache les passages les plus saillants, bien qu’ils jettent une teinte de grotesque sur Fréron, et qu’ils le montrent aussi dévoré de polémique à l’intérieur qu’à l’extérieur ”
“ Il a su même avoir le courage du silence quand il l’a fallu. Ce qui augmente aussi son prestige, c’est qu’il apparaît seul au milieu de son Année littéraire, comme un roi absolu. Pendant que les rédacteurs se succédaient au Mercure, lui restait inamovible. Je ne veux pas le surfaire : je sais très-bien qu’il ne prend pas son point de vue de très-haut ; que ce qui l’empêchera de vivre, c’est le défaut de chaleur, c’est le manque d’enthousiasme. Fréron est le critique froid, compassé, exagérant le goût jusqu’à la sécheresse, le rhéteur, le peseur juré de diphthongues. ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ C’est dans une lettre irritée, furieuse, toute frémissante encore d’une grosse colère bretonne, et où l’homme a visiblement fait effort pour être méchant, qu’il paraît au contraire comme le plus tendre et le meilleur des frères, le plus dévoué et le plus généreux des humains ! Je veux que ces vertus soient simples, peut-être communes dans la condition de Fréron et des siens ; mais Fréron n’a jamais prétendu au martyre, il ne s’est point annoncé au monde comme un apôtre de l’humanité : c’était un simple bourgeois, un journaliste, un critique. ”
Auguste Jal,
Dictionnaire critique de biographie et d'histoire…
(1867)
“ Une chose assez singulière, c'est qu'en effet, le 16 janv. 1751, Fréron avait fait baptiser son fils comme enfant de lui et de a Thérèse-Jacqueline Guyomar, sonépousen. Le parrain de l'enfant avait été a François Darius, directeur général des hôpitaux militaires du Royaume l , sa marraine 1 Marie Fréron, fille majeure v, tante de l'enfant, la fripière, selon Voltaire. Th. Jacq. Guyomar fut d'une fécondité qui dut embarraser un peu Fréron, obligé de travailler pour vivre, et aimant à vivre bien ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ CRITIQUE AU XVIIIe SIECLE On lit toujours l’abbé Desfontaines, mais on parle de Fréron, on écrit des livres pour et contre lui, et la bataille qui se livre autour de ce nom est presque aussi vive qu’il y a un siècle, quand l’Écossaise fut jouée au théâtre-Français. Il n’en faut plus douter : Fréron est immortel. Il n’y a pas que les poètes, les historiens, les savans de génie qui entrent au temple de mémoire : l’événement a prouvé que les critiques y ont aussi leur place. On peut disputer sans fin sur les mérites et les défauts de Fréron ; il n’importe. ”
Charles Barthélemy, Erreurs et mensonges historiques… (1879)
“ Voilà auprès de quels hommes Fréron puisait ce goût des belles choses, si net, si brillant, si solide, surtout si incontestable, qu'il arrachait à son plus mortel ennemi des aveux éclatants et irrécusables. ”
“ La Révolution grondait ; Fréron fils en épia et en précipita l’explosion avec l’impatience d’un homme déclassé. La cour l’avait abandonné, il abandonna la cour. Camarade de collège de Robespierre et de Camille Desmoulins, il les retrouva à la tribune et dans la presse, et il s’en fit des appuis. Pendant que sa belle-mère et l’abbé Royou transformaient l’Année littéraire en Ami du roi, Fréron fils créait l’Orateur du peuple, avec cette épigraphe ambitieuse : Qu’aux accents de ma voix la terre se réveille ! ”
“ Le cou est tout en chair et rebondit sur la cravate. En résumé, c’est un ensemble un peu dur, et j’ajouterais un peu pédantesque, si l’œil ne sauvait tout. Cet œil n’est ni grand ni vif, mais, dans l’arrangement avec le sourcil, j’y lis l’expression légèrement voilée d’une tristesse, quelque chose d’inquiet et que je comprends bien. Fréron est d’ailleurs coiffé avec soin, à trois rouleaux poudrés, la bourse s’étalant sur des épaules larges. ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ Au fond de nos consciences, nous portons tous un portrait de Fréron, portrait d’une assez fastidieuse uniformité : Fréron est l’ennemi de Voltaire, de D’Alembert, de Diderot, le délateur des encyclopédistes, le censeur vénal et bas des plus beaux génies du XVIIIe siècle ; c’est l’ange de ténèbres qui lutte avec les dieux de lumière ; jésuite ou ex-jésuite, comme son maître l’abbé Desfontaines, Fréron est l’incarnation du fatal génie de la société de Jésus en guerre avec l’esprit moderne. ”
Victor Du Bled, Revue des Deux Mondes
“ Clairon va trouver les gentilshommes de la chambre, menace d’abdiquer le sceptre théâtral (ni plus ni moins que Charles-Quint ou Christine de Suède, disaient les railleurs) , obtient un ordre du roi pour envoyer Fréron au For-l’Evêque. Fréron, la bête d’horreur de Voltaire et des philosophes, un des hommes les plus vilipendés de son siècle, avait des vertus sociales, du goût, de l’esprit, de l’instruction ; il était bon ami, excellent père de famille, mais ses ennemis l’ont enterré sous une telle avalanche de calomnies qu’on hésite encore à lui accorder le bénéfice de la vérité. ”
Paul Albert, La littérature française au dix-septième siècle (1874)
“ Voilà les sentiments, voilà le style de Fréron. Comme écrivain, il ne compte pas. Il est lourd, épais, flasque; son embonpoint retardait sans doute sa plume. Comme critique, il n'a aucune portée : c'est un élève des Jésuites et de Desfontaines. Il y a plus d'idées et de style dans vingt pages de la correspondance de Grimm et de Diderot que dans les innombrables volumes de l' Année littéraire. La haine et la méchanceté ne lui ont pas une seule fois fait trouver le défaut de la cuirasse; il frappe toujours à côté, en pédant endurci, qui ne comprend rien en dehors de son vieux code. ”
Charles Palissot de Montenoy,
Mémoires pour servir à l'histoire de notre littérature…
(1803)
“ Fréron n'était pas plus content de lui-même quand il croyait avoir découvert quelque inexactitude dans une phrase ou dans un vers de Voltaire. H ne faut pas cependant que nos jeunes auteurs se persuadent trop aisément qu'ils sont en droit de parler de Pradon avec irrévérence , ni de se donner mutuellement son nom dans leurs épigrammes : car enfin, ce poète est auteur d'une tragédie de Tamerlan, qui s'est soutenue au théâtre pendant plusieurs années, et de celle de Régulus, que l'on jouait encore, avec quelque succès, au commencement de l'autre siècle. ”
“ Or, en critique, l’important est de durer. Fréron a duré malgré tout le monde, malgré ses amis et malgré ses ennemis, malgré le cachot et malgré la censure, malgré le For-l’Évêque et malgré Ferney. Il a eu le temps et la force, non pas cette force qui se manifeste de loin en loin et à son heure, mais la force de tous les jours, la force toujours prête, qui s’attend à tout. ”
Paul Albert, La littérature française au dix-septième siècle (1874)
“ Il n'y a pas à réhabiliter Fréron, ni comme homme, ni comme écrivain. Il fit un métier qu'il savait peu honoré, et qui le fut moins encore après lui et grâce à lui; ce que l'on peut dire de mieux à sa décharge, c'est que, comme les philosophes, plus qu'eux peut-être, il eut à souffrir du manque de liberté. ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ Tous les ans, le critique allait à Versailles présenter ce fils au roi de Pologne : l’enfant tendait à son protecteur un compliment en mauvais vers que Fréron avait composés pour la circonstance. L’air de la cour, qu’il prit souvent, n’a jamais fait de Fréron un gentilhomme. Le pédant de collège perçait sous le courtisan. De bonne heure opulent et prodigue de son or, il contestait avec ses créanciers, lésinait et finalement s’entêtait dans son refus de les payer. Les dévots plaident volontiers ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ Le goût très fin et très classique de Fréron était surtout blessé par le pathos, le ton déclamatoire et lyrique qui domine en tant de pages, d’ailleurs fort éloquentes, de Diderot et de Rousseau. On est trop enclin à juger, par ces écrivains célèbres, de la nature véritable du style au XVIIIe siècle. Montesquieu, Voltaire, Grimm, D’Alembert, Mme du Deffant, n’ont rien de cette emphase sentimentale qui n’offense pas moins notre goût que celui de Fréron. ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ Il passa ses premières années dans une vieille ville de Basse-Bretagne, à Quimper, où son père possédait une échoppe de joaillier, rue Obscure. Cette ruelle sombre, dont les masures projetaient de chaque côté les pignons sur la voie, si bien qu’il faisait presque nuit à midi, une arrière-boutique humide et une petite basse-cour, voilà les premiers lieux et les premiers objets qui frappèrent l’imagination du futur critique et qui, jusqu’à dix ou douze ans peut-être, composèrent pour lui l’univers. Fréron a toujours eu l’esprit lent et le travail difficile. ”
“ L’enthousiasme de Fréron ne laisse pas que de faire sourire, bien qu’il parte d’un sentiment respectable ; il est poussé si loin qu’après avoir réclamé le buste de Corneille pour la Comédie-Française, Fréron demande aussi celui de Voltaire. ”
“ Fréron est parti de Paris un samedi, et voilà que nous touchons à la fin du jeudi. Il est vrai qu’il s’est arrêté deux jours au château d’Arraden, près de Vannes, chez la marquise d’Agoult, une de ses protectrices. Enfin, ses chevaux font résonner le pavé inégal et pointu de Quimper ; mais il n’y met point pied à terre ; là n’est pas le but de son voyage. Il pousse plus loin encore, du côté de la mer, dans une contrée aride et sauvage. Il ne descend que dans la petite ville de Pont-l’Abbé, chef‐lieu d’une des onze grandes baronnies de Bretagne, devant une forteresse du XIIIe siècle. ”
Eugène Hatin,
Histoire politique et littéraire de la presse en France
“ On ne saurait nier qu’il n’ait fallu un grand courage, un courage plus d’humain, pour résister à toutes ces épreuves. Et cependant Fréron a tenu bon et n’a pas lâché d’un pas ; ni les outrages, ni les insultes, ni les persécutions de tout genre, n’ont pu le faire dévier un instant de la route qu’il s’était tracée. ”
“ Il s’est souvenu qu’il avait au fond de son pays une cousine, jeune fille élevée dans l’ignorance des libelles et des épigrammes ; il a demandé sa main, et on la lui a donnée ; car, chose inouïe ! Fréron est demeuré prophète dans sa province. Il a conservé toutes ses relations d’enfant et de jeune homme. Sa ville natale lui rend l’affection qu’il lui a gardée ; et ce n’est pas uniquement chez cette vieille Bretagne, si profondément religieuse, l’instinct maternel qui la pousse à Fréron, c’est aussi la reconnaissance. Elle le regarde justement comme le défenseur de ses croyances vénérées ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ La nature d’ailleurs n’avait point fait de lui un métaphysicien. Il est impossible de moins penser sur les matières abstraites. Que peut bien avoir fait Fréron de ses facultés rationnelles ? On en découvrirait difficilement la trace dans toute son œuvre. En vrai régent de collège, il haïssait d’instinct les philosophes qui n’avaient point pris leurs degrés en Sorbonne, et, plus encore que les philosophes, il détestait cette philosophie nouvelle qui, avec les idées et les mœurs, transformait la littérature. ”
Ferdinand Brunetière,
Revue des Deux Mondes
“ Or, disons-le clairement, c’est là pourquoi les encyclopédistes s’acharnent ainsi désespérément contre lui. Fréron les connaît admirablement : il possède son Voltaire par cœur; la facilité de son style n’a d’égale que sa prodigieuse capacité de lecture; il excelle à se servir contre son adversaire des armes mêmes qu’il lui fournit : et c’est bien là ce qu’ils ne peuvent pas lui pardonner. Ce n’est pas précisément ce qu’on appelle un grand critique ; cet homme de beaucoup d’esprit manque d’intelligence, il ne voit pas très loin et, par conséquent, il ne voit pas toujours très juste ”
Élie-Catherine Fréron, Les Confessions de Fréron (1719-1776… (1876)
“ La petite pièce de vers que vous allez lire, monsieur, doit sa naissance à une de ces disputes ingénieuses qui s'élèvent quelquefois dans les sociétés. Un philosophe aimable eut le courage de fronder dernièrement dans un cercle ces colifichets de prix dont nous sommes si curieux. Il gémissait de nous voir abandonner de jour en jour les traces du bon goût. Une femme de beaucoup d'esprit mit sous sa protection tous ces jolis riens qui ornent nos appartements..Quelques jours après, elle adressa au partisan de la belle Nature l'Épître suivante, dont l'auteur est M. Fréron. ”
“ Marmontel. — Hum ! il me semble que l’auteur a la main un peu lourde. Diderot. — Bah ! bah ! il faut exterminer tous les ennemis de l’Encyclopédie ! La Harpe, se penchant. — Et ce Fréron qui ne bouge seulement pas ! Quand je disais qu’il avait un front d’airain ! Fréron, à Favart. — Allons, Voltaire est en verve. Mais nous ne sommes encore qu’au premier acte. Comment continuera‐t-il ce ton ? Après le carcan, je ne soupçonne vraiment pas ce qu’il pourra trouver. Le carcan est fort joliment imaginé, mais c’est ce qui s’appelle commencer par la fin ; c’est manger son dénoûment en herbe. ”
