“ Les archives générales du royaume conservent pieusement (ne riez pas !) les pièces de ce différend, lesquelles consistent en une lettre de Fréron et en son interrogatoire par-devant un commissaire au Châtelet. La lettre est adressée à un M. Duché, à qui il avait marié sa sœur ; j’en détache les passages les plus saillants, bien qu’ils jettent une teinte de grotesque sur Fréron, et qu’ils le montrent aussi dévoré de polémique à l’intérieur qu’à l’extérieur ”
Louis-Marie de Fréron
Définition et enjeux
Citations sur “Louis-Marie de Fréron”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ Il semble bien que, comme il arrive, l’intelligence de Fréron se développa avec d’autant plus de puissance qu’elle avait été moins précoce, car on ne peut douter qu’il n’ait fait d’excellentes humanités. Il commença ses études à Quimper et fit sa rhétorique à Paris sous le père Brumoy et le père Bougeant. Un oncle qu’il avait aux environs de la rue Saint-Jacques lui donna un asile dans sa maison ; puis il entra au noviciat des jésuites de la rue du Pot-de-Fer. Fréron fut bientôt nommé régent au collège Louis-le-Grand ”
S. Merville, Les blancs : récit de l'an III (1877)
“ Les abstracteurs de quintessence, ceux qui veulent en toute chose trouver des dessous, donnaient à la haine de Fréron pour les Jacobins une autre raison que la peur d'avoir manqué être guillotiné, que le besoin d'élégance dont se vantait Fréron pour excuser ses violences contre les sans-culottes. On disait que Fréron, l'ami et le commensal de Camille Desmoulins, avait profité de la confiance que lui témoignait son ancien condisciple de Louis-le-Grand pour trahir l'amitié en séduisant la trop sensible Lucile Desmoulins. ”
“ La Révolution grondait ; Fréron fils en épia et en précipita l’explosion avec l’impatience d’un homme déclassé. La cour l’avait abandonné, il abandonna la cour. Camarade de collège de Robespierre et de Camille Desmoulins, il les retrouva à la tribune et dans la presse, et il s’en fit des appuis. Pendant que sa belle-mère et l’abbé Royou transformaient l’Année littéraire en Ami du roi, Fréron fils créait l’Orateur du peuple, avec cette épigraphe ambitieuse : Qu’aux accents de ma voix la terre se réveille ! ”
Paul Albert, La poésie : études sur les chefs-d'oeuvre des poètes de tous les temps et de tous les pays… (1882)
“ Un seul homme trouve grâce devant ses yeux, c'est le journaliste Fréron, un triste personnage, mais l'ennemi des philosophes. Fréron est le défenseur de la religion, de la morale et du goût ; c'est sous l'égide de Fréron que Gilbert décoche ses traits contre les encyclopédistes. — Quels traits ! A part quelques peintures assez vigoureuses des vices du temps, le poëte est toujours dans le faux. Il écrit au moment où Louis XVI monte sur le trône. De tous côtés, on renaît à l'espérance ”
Charles Barthélemy, Erreurs et mensonges historiques… (1879)
“ Voilà auprès de quels hommes Fréron puisait ce goût des belles choses, si net, si brillant, si solide, surtout si incontestable, qu'il arrachait à son plus mortel ennemi des aveux éclatants et irrécusables. ”
Auguste Jal,
Dictionnaire critique de biographie et d'histoire…
(1867)
“ Fréron grandit singulièrement par cet examen. Il tint le parti du goût, de la décence, contre une école qui méprisait les grandes traditions littéraires du dixseptième siècle ; il eut des défauts, sans doute, des vices même, mais lequel de ses adversaires, à commencer par Voltaire, fut pur de tout vice, exempt de tout défaut ? Il fit une grand e faute , amant de sa jeune nièce; l'auteur du Siècle de Louis XIV la lui reprocha amèrement, mais ne trouva pas une parole de blâme quand il parla des maîtresses du grand Roi et de leurs enfants que le monarque légitimait autrement que par le mariage. ”
Louis Petit de Bachaumont,
Mémoires secrets de Bachaumont…
(1830)
“ C'est un cadre où il a voulu enchâsser de nouvelles injures contre la Sorbonne relativement à la Censure de Bélisaire, ou plutôt une nouvelle évacuation de bile, car Fréron , qui n'était pour rien dans cette querelle, s'y est trouvé placé, ainsi que d'autres cuistres littéraires dont notre auteur prétend avoir à se plaindre; et, non content d'injurier en vers tous ces gens-là, il y a encore des notes où il les injurie en prose. Plus on réfléchit sur ce grand homme, et plus on se console de n'avoir point ses talens compensés par tant de faiblesses. ”
“ Je n’avais eu jusqu’alors qu’une pitié instinctive, presque secrète, pour Fréron, pour ce vaincu du dix-huitième siècle. En feuilletant son immense répertoire, j’arrivai peu à peu à la sympathie. Qu’on ne s’étonne donc pas si ces pages, commencées en Bretagne et finies à Paris, ont parfois les allures d’un plaidoyer. Jamais homme n’eut tant besoin d’être défendu, jamais écrivain ne mérita mieux de l’être. ”
Auguste Jal,
Dictionnaire critique de biographie et d'histoire…
(1867)
“ Une chose assez singulière, c'est qu'en effet, le 16 janv. 1751, Fréron avait fait baptiser son fils comme enfant de lui et de a Thérèse-Jacqueline Guyomar, sonépousen. Le parrain de l'enfant avait été a François Darius, directeur général des hôpitaux militaires du Royaume l , sa marraine 1 Marie Fréron, fille majeure v, tante de l'enfant, la fripière, selon Voltaire. Th. Jacq. Guyomar fut d'une fécondité qui dut embarraser un peu Fréron, obligé de travailler pour vivre, et aimant à vivre bien ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ CRITIQUE AU XVIIIe SIECLE On lit toujours l’abbé Desfontaines, mais on parle de Fréron, on écrit des livres pour et contre lui, et la bataille qui se livre autour de ce nom est presque aussi vive qu’il y a un siècle, quand l’Écossaise fut jouée au théâtre-Français. Il n’en faut plus douter : Fréron est immortel. Il n’y a pas que les poètes, les historiens, les savans de génie qui entrent au temple de mémoire : l’événement a prouvé que les critiques y ont aussi leur place. On peut disputer sans fin sur les mérites et les défauts de Fréron ; il n’importe. ”
“ À côté de la haine de Voltaire, il y a le génie de Voltaire, et ce génie n’est pas en cause ici. L’auteur de Memnon et du Siècle de Louis XIV est prodigieux, c’est entendu, et je ne conçois pas qu’il faille revenir sur certaine opinions générales. Il me confond, il me conquiert, il m’impose comme la Révolution ; mais de Voltaire comme de la Révolution je ne veux saluer que l’ensemble. Tapi dans sa Correspondance, je le vois, caillette gigantesque, s’enquérir auprès de tout le monde des faits et gestes de Fréron. Entre tous ses ennemis, Fréron est l’élu de son choix. ”
“ Il a su même avoir le courage du silence quand il l’a fallu. Ce qui augmente aussi son prestige, c’est qu’il apparaît seul au milieu de son Année littéraire, comme un roi absolu. Pendant que les rédacteurs se succédaient au Mercure, lui restait inamovible. Je ne veux pas le surfaire : je sais très-bien qu’il ne prend pas son point de vue de très-haut ; que ce qui l’empêchera de vivre, c’est le défaut de chaleur, c’est le manque d’enthousiasme. Fréron est le critique froid, compassé, exagérant le goût jusqu’à la sécheresse, le rhéteur, le peseur juré de diphthongues. ”
Paul Albert, La littérature française au dix-septième siècle (1874)
“ M. Fréron est connu d'un grand nombre de personnes d'esprit et de lettres comme un jeune homme d'un goût sûr et parfait, d'une fine littérature, et surtout comme un excellent humaniste. Il consacre ses talents à l'histoire qu'il étudie avec une extrême application depuis plusieurs années. ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ Tous les ans, le critique allait à Versailles présenter ce fils au roi de Pologne : l’enfant tendait à son protecteur un compliment en mauvais vers que Fréron avait composés pour la circonstance. L’air de la cour, qu’il prit souvent, n’a jamais fait de Fréron un gentilhomme. Le pédant de collège perçait sous le courtisan. De bonne heure opulent et prodigue de son or, il contestait avec ses créanciers, lésinait et finalement s’entêtait dans son refus de les payer. Les dévots plaident volontiers ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ Si Fréron n’était pas un humaniste, il avait du moins fait de bonnes humanités. Ses excellens maîtres, les pères jésuites de ce temps-là, lui avaient inspiré l’amour de nos grands classiques ; il avait le culte de Boileau. et de Racine ; il possédait les traditions du goût et du génie littéraire de notre nation ; il respectait trop la langue française pour l’avilir par un parler bas et vulgaire ; à l’école de Despréaux et de Desfontaines, il apprit à estimer l’office de la critique, et, sans parler de mission ni d’apostolat, il sut toujours garder le respect de soi-même. ”
Marie-Françoise Dumesnil, Mémoires de Mlle Dumesnil , en réponse aux mémoires d'Hippolyte Clairon… (1823)
“ S'il était bas d'être son censeur, le gouvernement était encore plus bas que Co,... de Chau.,.. Cependant quand vous seriez capable, non seulement de comparer votre talent avec celui d'un homme tel que Fréron *, mais encore de prétendre à la primauté, nous ne laisserions pas d'avoir quelque indulgence pour votre mauvaise humeur contre ce très célèbre critique. Il faut mettre le public dans la confidence. ”
Victor Du Bled, Revue des Deux Mondes
“ Clairon va trouver les gentilshommes de la chambre, menace d’abdiquer le sceptre théâtral (ni plus ni moins que Charles-Quint ou Christine de Suède, disaient les railleurs) , obtient un ordre du roi pour envoyer Fréron au For-l’Evêque. Fréron, la bête d’horreur de Voltaire et des philosophes, un des hommes les plus vilipendés de son siècle, avait des vertus sociales, du goût, de l’esprit, de l’instruction ; il était bon ami, excellent père de famille, mais ses ennemis l’ont enterré sous une telle avalanche de calomnies qu’on hésite encore à lui accorder le bénéfice de la vérité. ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ Le goût très fin et très classique de Fréron était surtout blessé par le pathos, le ton déclamatoire et lyrique qui domine en tant de pages, d’ailleurs fort éloquentes, de Diderot et de Rousseau. On est trop enclin à juger, par ces écrivains célèbres, de la nature véritable du style au XVIIIe siècle. Montesquieu, Voltaire, Grimm, D’Alembert, Mme du Deffant, n’ont rien de cette emphase sentimentale qui n’offense pas moins notre goût que celui de Fréron. ”
Élie-Catherine Fréron, Les Confessions de Fréron (1719-1776… (1876)
“ Le roi Stanislas et sa cligne fille, Marie Leczinska, le dauphin, l'épiscopat et le clergé, ont été les protecteurs déclarés du grand critique ; grâce à eux, ses feuilles ont pu continuer, - quoique à travers la haine de Voltaire, des encyclopédistes et de la tourbe littéraire d'alors, - à défendre la religion, la morale, le goût et le sens commun. Ce qui constitue le vrai, l'immense mérite de Fréron, c'est qu'il n'a jamais cédé à la colère dans sa polémique contre des ennemis qui, à défaut de raisons, l'accablaient d'injures. ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ Au fond de nos consciences, nous portons tous un portrait de Fréron, portrait d’une assez fastidieuse uniformité : Fréron est l’ennemi de Voltaire, de D’Alembert, de Diderot, le délateur des encyclopédistes, le censeur vénal et bas des plus beaux génies du XVIIIe siècle ; c’est l’ange de ténèbres qui lutte avec les dieux de lumière ; jésuite ou ex-jésuite, comme son maître l’abbé Desfontaines, Fréron est l’incarnation du fatal génie de la société de Jésus en guerre avec l’esprit moderne. ”
Élie-Catherine Fréron, Les Confessions de Fréron (1719-1776… (1876)
“ Sans l'active et puissante protection de Stanislas et de Marie Leczinskâ, reine de France, Fréron eût succombé cent fois pour une ; que dis-je? dès la première attaque de ses ennemis, il eût été vaincu à tout jamais. Le moment était arrivé où Stanislas allait confirmer plus étroitement encore à Fréron les témoignages d'une protection que rien ne devait ébranler; en 1753, l'éminent critique fut reçu membre de l'Académie de Nancy, récem- 1. Lettres sur quelques écrits, etc., 175-3, tome VIII, pages 35 [à 40] . Lettre II (18 janvier 1753) . l ment fondée par son bienfaiteur. ”
Louis Petit de Bachaumont,
Mémoires secrets de Bachaumont…
“ Il attaque son nouveau volume de Contes, et profite de tous les avantages que ce grand poète donne contre lui dans cette agréable, mais volumineuse rapsodie. Fréron ne peut pas lui pardonner un certain chant, accessoire à la Pucelle, où, dans une bande de galériens que rencontre Charles et sa troupe dorée, se trouve Jean Fréron. Il relève avec raison la critique injuste que M. de Voltaire fait de La Fontaine. Il dévoile une jalousie basse, bien indigne d’un aussi grand homme. Il n’est pas jusqu’à Molière que Fréron est obligé de venger. ”
Jules Soury,
Revue des Deux Mondes
“ C’est dans une lettre irritée, furieuse, toute frémissante encore d’une grosse colère bretonne, et où l’homme a visiblement fait effort pour être méchant, qu’il paraît au contraire comme le plus tendre et le meilleur des frères, le plus dévoué et le plus généreux des humains ! Je veux que ces vertus soient simples, peut-être communes dans la condition de Fréron et des siens ; mais Fréron n’a jamais prétendu au martyre, il ne s’est point annoncé au monde comme un apôtre de l’humanité : c’était un simple bourgeois, un journaliste, un critique. ”
“ Or, en critique, l’important est de durer. Fréron a duré malgré tout le monde, malgré ses amis et malgré ses ennemis, malgré le cachot et malgré la censure, malgré le For-l’Évêque et malgré Ferney. Il a eu le temps et la force, non pas cette force qui se manifeste de loin en loin et à son heure, mais la force de tous les jours, la force toujours prête, qui s’attend à tout. ”
“ L’amour, qui devait tenir tant de place dans sa vie, l’y guettait et l’atteignit tout à coup. La famille Bonaparte habitait Marseille. Conduit chez Mme Laetitia, il remarqua une de ses filles, la ravissante Pauline, qui fit une vive impression sur son cœur ; il plut, et sa recherche fut agréée. Un instant il put croire à une alliance qui eût placé bien haut dans l’avenir le nom de Fréron ; mais on exigeait le consentement de Bonaparte, on ne voulait rien conclure sans lui. ”
Antoine Ricard, Une victime de Beaumarchais (1885)
“ Il avait fondé l'Orateur dit peuple, qui devint, à ce moment,- l'organe de la « Jeunesse dorée », hostile à la queue de Robespierre. Fréron fut un des commissaires envoyés par la Convention à Marseille et à Toulon, le bien, il exerce une justice rigoureusement impartiale et avec la conscience de ses principes de vertu, de patriotisme, de républicanisme, il brave la critique, ne méritant que des éloges. ”
Paul Albert, La littérature française au dix-septième siècle (1874)
“ Voilà les sentiments, voilà le style de Fréron. Comme écrivain, il ne compte pas. Il est lourd, épais, flasque; son embonpoint retardait sans doute sa plume. Comme critique, il n'a aucune portée : c'est un élève des Jésuites et de Desfontaines. Il y a plus d'idées et de style dans vingt pages de la correspondance de Grimm et de Diderot que dans les innombrables volumes de l' Année littéraire. La haine et la méchanceté ne lui ont pas une seule fois fait trouver le défaut de la cuirasse; il frappe toujours à côté, en pédant endurci, qui ne comprend rien en dehors de son vieux code. ”
Eugène Hatin,
Histoire politique et littéraire de la presse en France
“ On ne saurait nier qu’il n’ait fallu un grand courage, un courage plus d’humain, pour résister à toutes ces épreuves. Et cependant Fréron a tenu bon et n’a pas lâché d’un pas ; ni les outrages, ni les insultes, ni les persécutions de tout genre, n’ont pu le faire dévier un instant de la route qu’il s’était tracée. ”
“ Le cou est tout en chair et rebondit sur la cravate. En résumé, c’est un ensemble un peu dur, et j’ajouterais un peu pédantesque, si l’œil ne sauvait tout. Cet œil n’est ni grand ni vif, mais, dans l’arrangement avec le sourcil, j’y lis l’expression légèrement voilée d’une tristesse, quelque chose d’inquiet et que je comprends bien. Fréron est d’ailleurs coiffé avec soin, à trois rouleaux poudrés, la bourse s’étalant sur des épaules larges. ”
Jean Féron,
La fin d’un traître
“ Patientez. Moi, je suis certain que vous l’aurez votre enfant. Est-ce qu’il n’y a pas une loi et une justice dans ce monde ? Eh bien ! Monsieur de Frontenac vous le rendra votre petit Louis, car il a le pouvoir de le faire. Espérez ! Espérez, chère dame ! Oui, la jeune femme pouvait espérer encore... elle pouvait espérer toujours. Et ce fut d’une démarche plus allègre qu’elle poursuivit son chemin vers sa demeure. Elle se disait : — Si Flandrin ne peut pas réussir à convaincre sa femme, il me restera le Comte de Frontenac. Oui, lui seul, alors pourra me rendre mon fils. ”
