“ Elle ne fut pas assez surprise de la mort de Henri IV. J’avoue que tout ceci me rend plus admirable l’époque, claire, loyale et pompeuse de Louis XIV. Les ombres et les obscurités qui tachent le commencement de ce siècle font valoir les splendeurs de la fin. Louis XIV, c’est le pouvoir comme Richelieu, plus la majesté ; c’est la grandeur comme Cromwell, plus la sérénité. Louis XIV, ce n’est pas le génie dans le maître ; mais c’est le génie autour du maître, ce qui fait le roi moindre peut-être, mais le règne plus grand. ”
Le Siècle de Louis XIV
Définition et enjeux
Citations sur “Le Siècle de Louis XIV”
Abel-François Villemain,
Discours et mélanges littéraires
“ La monarchie de Louis XIV ne pouvait subsister qu’avec les mœurs, les principes, la religion, qui marquèrent le règne de ce prince. Lorsque la corruption et la licence descendirent du trône dans la nation, chaque jour ce pouvoir absolu devint moins juste et moins révère. Le système politique de Louis XIV était un miracle de nobles illusions, qui pouvaient à peine durer l’espace d’un siècle, ou la vie même d’un homme. ”
Élie Longuemare, Bossuet et la Société française sous le règne de Louis XIV… (1910)
“ Le siècle de Louis XIV , conscient de lui-même , sous le regard du Grand Roi , dans son imposante harmonie , c' est un thème d' école bon pour une fresque ou une décoration de tapisserie , mais que le sens commun et l' histoire frappent d' une irrémédiable inanité . ”
François-René de Chateaubriand,
Oeuvres de M. le vicomte de Chateaubriand…
(1838)
“ Le siècle de Louis XIV fut le superbe catafalque de nos libertés, éclairé par mille flambeaux de la gloire, que tenoit à l'entour un cortège de grands hommes. Les troubles de la minorité de Louis XIV, mêlés à des victoires sur l'étranger, achevèrent de former des généraux et de créer une armée régulière, élément indispensable du despotisme civilisé : ainsi les troubles, les victoires et les habiles capitaines de la république préparèrent tout pour la domination de Buonaparte. Aux deux époques on étoit las de révolution, et l'on avoit des moyens de conquêtes. ”
Guillaume-Thomas Raynal,
Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux…
“ Si Louis XIV, qu’on doit peut-être moins regarder comme le plus grand monarque de son siecle, que comme celui qui représenta sur le trône avec le plus de dignité, eût voulu modérer l’usage de sa puissance & le sentiment de sa supériorité, il est difficile de prévoir jusqu’où il auroit poussé sa fortune. Sa vanité nuisit à son ambition. Après avoir plié ses sujets à ses volontés, il voulut y assujettir ses voisins. Son orgueil lui suscita plus d’ennemis, que son ascendant & son génie ne pouvoient lui procurer d’alliés & de ressources. ”
Fanny Richomme,
Paris monumental & historique depuis son origine jusqu'à 1789…
(1845)
“ Comme le soir d'un beau jour, l'on voit, au commencement de ce siècle, l'ombre s'étendre peu à peu sur le règne du grand roi. L'âge qui affaiblit les facultés les plus brillantes montre à nu les défauts de Louis XIV ”
Bibliothèque nationale, En français dans le texte : dix siècles de lumières par le livre (1990)
“ Le Siècle de Louis XIV s'ouvre sur une vision générale. Voltaire distingue dans l'histoire de l'humanité quatre grands siècles, chacun ayant pour moteur un grand souverain, le siècle de Louis XIV étant désigné d'emblée « comme le plus éclairé qui fut jamais ». Aussi Le Siècle de Louis XIV va-t-il s'insérer dans l'ensemble d'histoire universelle formé par l'Essai sur les moeurs et l'esprit des nations (1756) , complété par un Précis du Siècle de Louis XV (1768) . ”
Henri Duclos,
Madame de La Vallière et Marie-Thérèse d'Autriche…
(1869)
“ Il est dans le domaine de la politique, deux questions distinctes, celle des personnes et celle des principes; il y a les dynasties et il y a les institutions. On conçoit la séparation de ces deux choses, mais il est évident aussi que l'état le plus normal d'un peuple est de s'appuyer à la fois sur l'institution et sur la dynastie. La France à la fin du XVIIe siècle se reposait sur l'institution monarchique, et Louis XIV la représentait singulièrement dans l'absolutisme le plus crû. ”
Voltaire,
Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.…
(1830)
“ J’ai appelé ce siècle celui de Louis XIV, non seulement parceque ce monarque a protégé les arts beaucoup plus que tous les rois ses contemporains ensemble, mais encore parcequ’il a vu renouveler trois fois toutes les générations des princes de l’Europe. J’ai fixé cette époque à quelques années avant Louis XIV [250] , et à quelques années après lui; c’est en effet dans cet espace de temps que l’esprit humain a fait les plus grands progrès.Les Anglais ont plus avancé vers la perfection presque en tous les genres depuis 1660 jusqu’à nos jours, que dans tous les siècles précédents. ”
Voltaire,
Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.…
(1830)
“ Louis XIV, au contraire, devint le maître paisible de son royaume en souffrant l’exil de Mazarin. Ainsi les mêmes faiblesses eurent des succès bien différents. Le roi d’Angleterre, en abandonnant son favori, enhardit un peuple qui respirait la guerre, et qui haïssait les rois; et Louis XIV, ou plutôt la reine-mère, en renvoyant le cardinal, ôta tout prétexte de révolte à un peuple las de la guerre, et qui aimait la royauté. ”
Tullio Dandolo, Tableau de l'histoire de la pensée dans les temps modernes… (1862)
“ Avant de mettre l'Europe sens dessus dessous par les armes, la France l'agita, la bouleversa par les idées. Rechercher ces idées dans les faits qui les expriment, dans les hommes qui les conçurent, voilà l'intention, le but de ce troisième fragment de l'Histoire de la pensée au XVIIIe siècle. Louis XIV en occupe les quinze premières années, et nous soumettons son règne à une enquête sévère, sans nous laisser éblouir par sa pompe et par sa gloire. Les vices de la jeunesse de ce monarque avaient disséminé la corruption; l'austérité de sa vieillesse engendra l'hypocrisie. ”
Anne Bignan, Romans et nouvelles, par A. Bignan (1858)
“ Car Louis XIV se présente sous deux aspects différents : d'abord environné du double éclat de la gloire et de la jeunesse, étonnant l'Europe parles conquêtes du glaive comme par celles des lettres et des arts, puis précipité de ce piédestal où l'avait placé la victoire, condamné à une vieillesse triste et solitaire, entre Maintenon et Letellier, survivant à sa famille et. à toutes les grandeurs de son siècle, insulté après sa mort, laissant pour héritage le trésor obéré, les frontières envahies et des germes de dissolution dans chaque membre du corps social. ”
Albert Robida,
Le vingtième siècle
“ Louis XIV n’a jamais existé, reprit M. Félicien Cadoul, comme roi, du moins ! Voici déjà longtemps que je suis sur la piste de cette découverte, aujourd’hui j’apporte une certitude absolue ! Louis XIV est l’infortuné connu dans les légendes sous le nom de l’homme au masque de fer !... Au siècle dernier déjà, quelques esprits clairvoyants ont eu comme une intuition de la vérité ; mais ils ont bien vite fait fausse route dans leurs recherches ! ”
Abel Jeandet,
Quelques mots sur Montesquieu
(1869)
“ Louis XIV ne se trompait pas. Le génie de son siècle avait ouvert de dangereux horizons. Le raisonnement prenait la place de la croyance. Le doute interrogeait la tradition et demandait à vérifier ses titres. A la soumission respectueuse et presque passive avait succédé le désir de tout analyser, cette vague et fatale inquiétude qui tourmente les peuples à certains moments de leur existence. En un mot, l'esprit public, puissance moderne, faisait son apparition, et à peine né il réclamait vivement sa part d'influence et d'autorité dans la direction des intérêts généraux. ”
P.-L. Ossude, Le siècle des beaux-arts et de la gloire… (1838)
“ Mais, si l'un de ces moyens de célébrité suffit pour signaler une époque , pour la rendre à jamais remarquable dans les fastes des nations, de quelle splendeur n'a pas du briller le trône de Louis XIV, à quel haut degré de renommée ce prince ne s'est-il pas nécessairement élevé, lui qui a fait concourir les deux moyens à l'illustration de son règne, ainsi qu'à la gloire du peuple qu'il était appelé à gouverner, et dont il a fait le premier peuple de l'univers! ”
Augustin Thierry,
Revue des Deux Mondes
“ Telle fut l’œuvre à jamais glorieuse du siècle dont la quinzième année termina le règne de Louis XIV, œuvre dans laquelle l’objet fut moins simple et les rôles plus mêlés que dans la première, et qui fut pleine de tâtonnemens jusqu’au jour où toutes les voies s’aplanirent par la fusion des deux premiers ordres au sein du troisième, et par l’avènement d’une assemblée souveraine et inviolable de la nation. C’est à ce point de notre histoire que s’arrête celle du tiers-état ; là disparaît son nom et finit son existence à part. Dans cette période suprême, on verra d’abord peu de mouvement ”
Henri Duclos,
Madame de La Vallière et Marie-Thérèse d'Autriche…
(1869)
“ Dans chaque siècle, il semble s'établir un grand courant pour la politique. Au XVIe siècle, la fortune n'avait eu des sourires que pour Charles-Quint ; au XVII6, l'Europe regardait avec admiration et sans trop y contredire, dans les commencements du moins, les progrès de la France. Louis XIV était l'homme fatidique du moment. ”
Voltaire,
Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.…
(1830)
“ Quoique la vie et la mort de Louis XIV eussent été glorieuses, il ne fut pas aussi regretté qu’il le méritait. L’amour de la nouveauté, l’approche d’un temps de minorité, où chacun se figurait une fortune, la querelle de la Constitution qui aigrissait les esprits, tout fit recevoir la nouvelle de sa mort avec un sentiment qui allait plus loin que l’indifférence. ”
Voltaire,
Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.…
(1830)
“ CHAPITRE VII. Louis XIV gouverne par lui-même. Il force la branche d’Autriche espagnole à lui céder partout la préséance, et la cour de Rome à lui faire satisfaction. Il achète Dunkerque. Il donne des secours à l’empereur, au Portugal, aux états-généraux, et rend son royaume florissant et redoutable.Jamais il n’y eut dans une cour plus d’intrigues et d’espérances que durant l’agonie du cardinal Mazarin. Les femmes qui prétendaient à la beauté se flattaient de gouverner un prince de vingt-deux ans, que l’amour avait déjà séduit jusqu’à lui faire offrir sa couronne à sa maîtresse. ”
Voltaire,
Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.…
(1830)
“ Ce prince, trop méprisé à la cour de France, était né avec les qualités qui font un héros dans la guerre et un grand homme dans la paix; un esprit plein de justesse et de hauteur, ayant le courage nécessaire et dans les armées et dans le cabinet. Il a fait des fautes comme tous les généraux; mais elles ont été cachées sous le nombre de ses grandes actions. Il a ébranlé la grandeur de Louis XIV et la puissance ottomane; il a gouverné l’empire; et dans le cours de ses victoires et de son ministère, il a méprisé également le faste et les richesses. ”
Jean-Jacques Bourassé,
Résidences royales et impériales de France…
(1864)
“ Dans les réformes administratives de ses prédécesseurs, l'intérêt du peuple n'était pas différent de celui de la monarchie. Louis XIV eut l'insigne avantage de naître à temps pour mettre la dernière main à l'œuvre commencée depuis longtemps, et poursuivie au milieu de tant de vicissitudes. A présent que les désordres sanglants du xv' et du xvie siècle sont oubliés, que nous regardons presque comme de mauvais rêves les révoltes armées des grands feudataires, nous avons peine à concevoir un vaste pays comme la France dépourvu de l'action énergique d'un pouvoir central. ”
Henri Martin,
La Monarchie au XVIIe siècle, étude sur le système et l'influence personnelle de Louis XIV, principalement en ce qui concerne la cour…
(1848)
“ A peine Louis XIV avait-il saisi le gouvernail de l'État, qu'il s'était opéré un épanouissement de poésie, tel que la France n'a jamais rien vu de semblable. Quatre génies, sinon égaux entre eux, du moins souverains, chacun dans la portion de l'espace qu'ils s'attribuent, envahissent à la fois ce ciel de la poésie au plus haut duquel planait solitairement l'aigle vieilli de Corneille. ”
Henri Martin,
La Monarchie au XVIIe siècle, étude sur le système et l'influence personnelle de Louis XIV, principalement en ce qui concerne la cour…
(1848)
“ En parcourant l'histoire intellectuelle de ce règne durant sa plus brillante période, nous rechercherons quel concours rencontra Louis dans la génération contemporaine, et quelle part de responsabilité revient, dans les erreurs du monarque, à cette génération que tant d'hommes illustres résument devant la postérité, et surtout au puissant génie qui donna, à peu de chose près, la théorie politique et religieuse de l'oeuvre qu'accomplit Louis XIV dans le monde des faits. ”
Henri Martin,
La Monarchie au XVIIe siècle, étude sur le système et l'influence personnelle de Louis XIV, principalement en ce qui concerne la cour…
(1848)
“ Nous allons examiner bien incomplètement, le sujet est si vaste! quelle fut, sur les idées, les moeurs, les arts et la religion de la France, l'influence immédiate de ce changement politique et du prince qui en fut l'auteur. Le caractère et les vues personnelles de Louis XIV jouent ici un rôle très-essentiel ; car les éminentes qualités qui firent de ce monarque le grand roi, l'idéal même de la royauté, firent en même temps de son règne l'épreuve décisive du gouvernement monarchique. Ce qui n'a point réussi avec lui et par lui ne peut réussir avec personne. ”
Voltaire,
Œuvres de Voltaire Tome XX: Siècle de Louis XIV.…
“ Louis XIV dévorait sa douleur en public ; il se laissa voir à l’ordinaire ; mais, en secret, les ressentiments de tant de malheurs le pénétraient, et lui donnaient des convulsions. Il éprouvait toutes ces pertes domestiques à la suite d’une guerre malheureuse, avant qu’il fût assuré de la paix, et dans un temps où la misère désolait le royaume. On ne le vit pas succomber un moment à ses afflictions. ”
Charles Aubertin, L'esprit public au XVIIIe siècle… (1873)
“ Imiter Louis XIV, prendre ce qu'il peut de ce royal esprit, grandir sous l'ombre majestueuse de ce nom protecteur et s'y abriter, son ambition ne va pas au delà. Il a tellement besoin d'être soutenu, il existe si peu par lui-même, qu'il se cherche des appuis et dans le présent et dans le passé. ”
Henri Martin,
La Monarchie au XVIIe siècle, étude sur le système et l'influence personnelle de Louis XIV, principalement en ce qui concerne la cour…
(1848)
“ On sait où aboutit la route que suivit Louis XIV et que la France suivit avec lui : — à la révocation de l'édit de Nantes. Les illusions dont on entoura le grand roi pour le décider à cette mesure fatale font un singulier contraste avec ses prétentions à l'infaillibilité, à l'omniscience, à l'omniprésence : Louis avait la prétention d'être tout, de tout voir et de tout faire par lui-même ; il se figurait que personne au monde n'oserait ni ne pourrait le tromper ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ On pourrait multiplier les citations, mais tout Louis XIV est là. Il suffit de suivre, dans la longue carrière du monarque, le développement de ces principes, dont il fait la base de sa vie et de son gouvernement, l’envahissement progressif de cette personnalité tyrannique, absorbante, qui ne veut rien voir en dehors d’elle-même, qui rapporte tout à sa propre initiative, pour se rendre compte de la dissolution, progressive aussi, de la monarchie. On va voir combien le despotisme monarchique, loin d’avoir été favorable à l’éclosion des hommes de génie les a écrasés et annihilés. ”
Voltaire,
Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.…
(1830)
“ Louis XIV semblait le monarque le plus heureux et le plus puissant de la terre. Il se voyait à soixante et deux ans entouré d’une nombreuse postérité; un de ses petit-fils allait gouverner, sous ses ordres, l’Espagne, l’Amérique, la moitié de l’Italie, et les Pays-Bas. L’empereur n’osait encore que se plaindre.Le roi Guillaume, à l’âge de cinquante-deux ans [543] , devenu infirme et faible, ne paraissait plus un ennemi dangereux. Il lui fallait le consentement de son parlement pour faire la guerre ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ C’est le règne personnel de Louis XIV qui commence. Le prince est jeune, il est généreux, magnifique, presque populaire. Le peuple, taillé jusqu’alors à merci par la reine et par la noblesse, respire un peu ; il est misérable, mais il espère. L’illusion ne sera pas de longue durée. ”
Prosper Brugière baron de Barante, Tableau de la littérature française au dix-huitième siècle… (1847)
“ Quoi qu'il en soit, cette première génération d'hommes une fois épuisée, elle ne se renouvela pas. L'influence de Louis XIV ne fit rien naître de semblable autour de lui. Son éclat commença à se ternir quand il eut perdu ce noble cortège. L'obéissance continua à être la même, le souverain fut toujours entouré de toutes les apparences du respect ; mais l'admiration et l'enthousiasme n'y étaient plus. Au commencement de son règne, il avait ébloui tout ce qui l'entourait, et les sentiments qu'il inspirait à ses courtisans s'étaient répandus dans toute la France. ”
“ ― le premier spectre qu’ils éveillèrent, le premier roi qu’ils arrachèrent brutalement du cercueil, comme on secoue un valet qui a trop longtemps dormi, le premier squelette qu’ils saisirent dans sa robe de pourpre pour le jeter au charnier, ce fut Louis XIV. O représailles de la destinée ! 1693, 1793 ! équation sinistre ! admirez cette précision formidable ! Au bout d’un siècle pour nous, au bout d’une heure pour l’éternel, ce que Louis Xiv avait fait à Spire aux empereurs d’Allemagne, Dieu le lui rend à Saint-Denis. ”
