Pierre Mélon

Résumé

Pierre Mélon Chasseurs de chamois (1936)

Le silence au-dessus du lac est inimaginable, total, fabuleux, gênant presque ; le moindre craquement, le « plopp ! » d'une truite qui saute, une branche qui se redresse, un oiseau qui change de place, tout cela prend une importance démesurée d'énorme fracas. C'est un lieu où l'on se sent envie de parler à voix basse, blotti au pied d'un tronc résineux aux rouges écorces, et je suis sûr qu'un chamois paraîtrait, debout sur un des blocs qui baignent dans l'eau glacée, que
j'hésiterais à faire croûler ce silence d'un coup de carabine.
Source : Gallica

Pierre Mélon Chasseurs de chamois (1936)

La lune descend. Doucement d'abord, puis d'un glissement de plus en plus rapide elle tombe derrière son écran de pierre, et bientôt il n'en demeure plus qu'un croissant minuscule qui fond et se rapetisse comme un flocon de neige égaré. Il fait très noir maintenant par contraste, et le glacier est resté la seule chose blanche avec le ciel qui commence à pâlir à l'est. C'est l'heure.
Une traînée de pierres nous permet de prendre pied sur la glace et nous voilà tous trois cheminant avec prudence, le vieux en tête. Par moments il s'avance à tâtons, cherchant des replats où la marche est facile.
Source : Gallica

Pierre Mélon Chasseurs de chamois (1936)

Dans sa vie de rêveur des grandes solitudes, tout prend des proportions d'événement, le vol de corneilles qui traverse le ciel, l'aigle qui tourne, la marmotte qui siffle à la porte de son trou, l'hermine qui patrouille inlassablement parmi les pierres, et surtout les chamois qu'il suit des yeux pendant des heures, tandis qu'ils traversent tranquillement les pierrailles sans avoir peur de sa présence ni de ses chansons. Une fois, comme j'étais couché à ses pieds, à demi caché par un bloc, un chamois s'est montré vers la pierre au sel, et j'ai eu un geste vers ma carabine.
Source : Gallica

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