“ Apulée devient amoureux de la servante de son hôtesse ; il raconte ses amours, et la garde faite au cadavre d’un mort, dont le nez et les oreilles furent magiquement coupées au gardien. Apulée retournant de nuit dans son logis, a une étrange avanture d’outres vêtus en homme par la force de la magie. ”
Apulée
Définition et enjeux
Apulée, saint chrétien du premier siècle de notre ère, est principalement connu pour ses œuvres littéraires et philosophiques, notamment Les Métamorphoses, un récit allégorique mêlant satire, mysticisme et réflexions morales. Des auteurs comme Marcel Guerrier soulignent son encyclopédisme, tandis que Paul Monceaux met en avant son profond mysticisme et son rôle de prêtre.
Louis Bertrand évoque ses descriptions poétiques de cérémonies religieuses, illustrant ainsi la complexité de son héritage. Son œuvre, à la croisée de la rhétorique, de la philosophie et de la fiction, révèle une figure polyvalente, ancrée dans la culture romaine africaine.
Citations sur “Apulée”
Marcel Guerrier, Thèse française. Apulée et Tertullien… (1853)
“ Apulée avait composé d'innombrables ouvrages : il n'est presque aucune partie du savoir humain que n'eût traitée ou plutôt effleurée cet esprit investigateur et curieux. Il ne nous reste de cette vaste encyclopédie que l'Apologie, trois traités de Philosophie, les Métamorphoses et les Florides. Nous pouvons donc l'étudier comme orateur, comme philosophe, comme romancier et comme rhéteur. ”
Louis Bertrand,
Revue des Deux Mondes
“ Il y a, dans l’Ane d’or, une description de fête printanière dont je me souviens toujours, quand j’essaie de généraliser la signification de l’œuvre d’Apulée. C’est la consécration d’un navire à la déesse Isis, pour appeler les bénédictions de la Divine Mère sur les travaux des marins. La carène du bâtiment est tout entière en bois de citronnier. Du haut en bas, elle est peinte d’hiéroglyphes, comme une boîte de momie. Les voiles blanches portent une inscription votive ; à la poupe resplendit un oiseau d’or, au col onduleux et aux ailes déployées. ”
Paul Monceaux, Revue des Deux Mondes
“ Tout ce récit d’Apulée est grave ; on y sent une conviction profonde, il raconte sa propre initiation au culte de la nature. Cet épisode des Métamorphoses a certainement frappé l’imagination des lecteurs africains, et les a confirmés dans leur croyance à la magie d’Apulée. ”
Gaston Boissier,
Revue des Deux Mondes
“ Un dernier attrait que présente la philosophie d’Apulée aux gens de cette époque, c’est qu’elle est fortement teintée de mysticisme. Ce rhéteur est aussi un prêtre ; il parle toujours des dieux avec onction et il en parle le plus qu’il peut ; comme il n’a guère dans son auditoire que des dévots et des lettrés, — tout le monde l’était alors, — ses auditeurs sont ravis de l’entendre mêler des prières à des tours de force de rhétorique. ”
Amédée Thierry,
La Littérature profane en Gaule au IVe siècle…
“ Cornélius Fronto, le rhéteur ami de Marc-Aurèle que l’engouement de ses contemporains proclama l’émule de Cicéron, et surtout cet ingénieux et spirituel conteur, Apulée, le plus africain des génies d’Afrique, furent les maîtres de cette littérature nouvelle, — littérature étrange en vérité, où le génie punique, imprégnant la langue latine, lui donna un goût tout à la fois acre et quintessencié, fleur éclatante, bien qu’un peu sauvage, éclose sous un ciel ardent, à la limite du désert. ”
Frédéric Ozanam,
Œuvres complètes de Frédéric Ozanam…
“ Ce furent, au temps de Néron, Cornutus, disciple de Sénèque ; puis Fronton, maître de Marc-Aurèle, le poëte Némésianus, Apulée, et bien d’autres, pour finir par Martius Capella, dont je vous ai fait connaître la savante allégorie des Noces de la Philologie et de Mercure. Le génie des Africains est surtout connu par Apulée, qui, dans son roman de l’Ane d’or, fait bien voir son goût des métaphores obscures, des expressions surannées, des hyperboles téméraires. ”
Paul Monceaux, Revue des Deux Mondes
“ Mais on entre volontiers dans une littérature comme dans un salon : tout en saluant les grands personnages, les classiques incontestés, on cherche de l’œil les gais compagnons : Apulée est du nombre. Pourtant le joli roman des Métamorphoses n’est qu’un accident heureux dans la vie et dans l’œuvre d’Apulée. On aurait fort surpris ses contemporains et ses compatriotes en paraissant ne voir en lui qu’un joyeux conteur. Il a été, avant tout, le grand orateur, le savant encyclopédiste, le philosophe à la mode et l’idole de Carthage, la plus éclatante personnification de l’Afrique romaine. ”
Paul Monceaux, Revue des Deux Mondes
“ Dans le roman des Métamorphoses, on saisit d’ailleurs sur le vif la pensée d’Apulée. L’épisode de la déesse syrienne et toute la partie satirique sont imités, souvent traduits d’un original grec qu’on lit dans le recueil de Lucien. Toutes les pages, où le fond comme la forme appartient en propre à l’auteur africain, sont empreintes d’une dévotion profonde, poussée souvent jusqu’au mysticisme le plus exalté. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’un léger badinage, un sourire moqueur peuvent cacher des convictions et des passions ardentes. Quand il s’agit de ses croyances, Apulée n’entend pas raillerie. ”
“ Vous vous étonnez, dit-il à ses juges, qu’une femme se soit remariée après treize ans de viduité ! étonnez-vous plutôt qu’elle ait tant attendu ; vous croyez qu’il a fallu de la magie pour qu’une veuve de son âge épousât un jeune homme ! c’est cette jeunesse qui prouve que la magie étoit superflue. Le temps a épargné peu d’ouvrages d’Apulée, quoiqu’il en eût beaucoup composé en vers et en prose ; le plus connu de ceux que nous avons est sa Métamorphose ou l’Ane d’or en onze livres. C’est une fiction allégorique pleine de leçons de morale cachées sous des plaisanteries ingénieuses. ”
Paul Monceaux, Revue des Deux Mondes
“ Il est certain qu’Apulée se complaît dans les merveilleux récits des légendes et des miracles. Ses longs voyages aux pays mystérieux de l’Orient avaient encore exalté sa folle imagination africaine. Entraîné à la dérive par sa maladive curiosité, initié à toutes les religions secrètes, emportant partout avec lui quelque talisman, convaincu de l’existence des démons, il a toujours été captivé par les problèmes de la magie. ”
P. L. Jacob,
Histoire de la prostitution chez tous les peuples du monde depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à nos jours…
“ Apulée, qui avait été initié aux mystères de la déesse, lui fait tenir ce langage: «Je suis la Nature, mère de toutes choses, souveraine de tous les éléments, le commencement des siècles, la première des divinités, la reine des mânes, la plus ancienne habitante des cieux, l'image uniforme des dieux et des déesses... Je suis la seule divinité révérée dans l'univers sous plusieurs formes, avec diverses cérémonies et sous différents noms. Les Phéniciens m'appellent la Mère des dieux; les Cypriens, Vénus Paphienne...» ”
Guillaume-Emmanuel-Joseph Guilhem de Clermont-Lodève, Recherches historiques et critiques sur les mystères du paganisme… (1817)
“ Bientôt après, on apercevoit la ciste mystique, près de laquelle une personne portoit dans son sein, dit Apulée, l'adorable image de la divinité suprême, image dont la forme n'avoit rien de ressemblant soit aux hommes, soit aux quadrupèdes, soit aux oiseaux, mais étoit digne de respect et d'admiration, par sa singularité et l'art avec lequel on l'avoit faite : elle étoit d'or. ”
“ Mais ne craignez pas qu’Apulée vous dise à ce propos tout ce qu’il a appris en courant le monde ; Apulée aurait trop à dire s’il faisait parade de toutes les choses qu’il a découvertes. Il n’y a pas de secte à laquelle il ne soit initié ; il n’y a pas de religion dans laquelle il ne se soit fait instruire ! Quant à Émilianus, il ne connaît que le dieu Terme, et encore ne lui a-t-il jamais sacrifié un chevreau. Toute cette partie de l’accusation, qui est faite très-sérieusement, est aussi réfutée très-sérieusement et mot à mot. ”
Philarète Chasles,
Revue des Deux Mondes
(1876)
“ La volupté est-elle un bien? La vertu existe-t-elle? L'homme a-t-il des devoirs? Son existence a-t-elle un but? Il n'en sait rien. Toutes ces questions sérieuses reculent, dans le roman d'Apulée, à une distance infinie et apparaissent plus terribles sous la fantasmagorie qui les cache. Apulée vous parle de rites, c'est-à-dire de superstitions ; d'amulettes et de prodiges, c'est-à-dire d'enfantillages; d'aventures bizarres, c'est-à-dire d'une fatalité frivole. Le paganisme, étendu sur le lit de mort, s'adresse à vous par sa bouche et vous dit son impuissance extravagante ”
Paul Monceaux, Revue des Deux Mondes
“ Au temps d’Augustin, l’on continuait d’opposer Apulée au Christ. On lit dans une autre lettre : « Apollonius, Apulée et d’autres personnages versés dans les arts de la magie, voilà les hommes que l’on compare, même que l’on préfère au Christ! » Mais si l’évêque refusait d’admettre certains miracles d’Apulée, il croyait parfaitement à sa puissance magique. Chose curieuse, il tombe lui-même dans l’erreur populaire ; il identifie partout l’auteur et le héros des Métamorphoses. Il se demande sérieusement si Apulée n’a pas été réellement changé en âne. ”
Marcel Guerrier, Thèse française. Apulée et Tertullien… (1853)
“ Sa comparaison favorite revient là encore : pour Apulée, Dieu est un de ces rois fastueux de l'Orient qui n'a garde de se prodiguer, qui, du fond de sa cour impénétrable , dirige l'ensemble de son empire, en confiant à ses ministres, à ses esclaves, à ses yeux, d'aussi triviales occupations. De là cette opinion fausse, ce dogme désolant, que Dieu ne saurait s'occuper de l'individu. C'est là sans doute une insulte au bon sens et à la véritable notion de la majesté divine : Car aux yeux de celui qui fit l'immensité, L'insecte vaut un monde : ils ont autant coûté. ”
“ Elle se déshabilla ensuite entièrement, dénoua ses cheveux pour augmenter la volupté, et parut belle comme Vénus sortant de la mer. D’une main couleur de rose, ombrageant, plutôt à dessein que par pudeur, sa nature mignone : Joutez à cette heure, et joutez vaillamment, me dit-elle, car je ne quitterai pas la place, et je ne tournerai pas le dos ; si vous avez de la valeur, disposez-vous à combattre, et me tuez pour mourir avec moi ; le combat d’aujourd’hui n’aura pas de relâche. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ Vous trouverez quelques-uns de ces secrets dans le Petit-Albert ; mais vous vous mettrez plus au fait si vous lisez le plaidoyer [136] qu’Apulée composa lorsqu’il fut accusé par un chrétien, dont il avait épousé la fille, de l’avoir ensorcelée par des philtres. Son beau-père Émilien prétendait qu’Apulée s’était servi principalement de certains poissons, attendu que Vénus étant née de la mer, les poissons devaient exciter prodigieusement les femmes à l’amour. ”
Gaston Boissier,
Revue des Deux Mondes
“ On voit bien, par exemple, qu’il déteste les rhéteurs, les pédans, les gens d’école, c’est-à-dire ceux pour lesquels Apulée se sent un goût particulier. Il est plein d’esprit et de verve quand il les attaque. Une ironie agréable et légère court à travers tout son livre ; il n’épargne personne, et pas plus lui que les autres. On a remarqué que ses idées sur la décadence des arts, sur la poésie épique, sur les dangers de la déclamation, auxquelles il semble tenir beaucoup, il les met dans la bouche d’un poète ridicule, qui les discrédite en les exprimant. ”
Paul Monceaux, Revue des Deux Mondes
“ Rien n’est plus instructif que la comparaison de l’auteur grec et de l’auteur africain. Apulée développe, commente à plaisir les épisodes merveilleux, les détails surnaturels. Presque tout ce qu’il ajoute se réduit à des histoires de sorcières et de magiciens. La galerie en est des plus étranges et des plus variées. Le héros du roman croyait presque aux sortilèges sous sa peau d’homme ; il y croit tout à fait, et pour cause, sous sa peau d’âne. ”
Gaston Boissier,
Revue des Deux Mondes
“ Du reste, le succès d’Apulée est fort aisé à comprendre. Il avait beaucoup d’esprit, il parlait fort bien ; il plaisait aux gens de son temps par ses qualités et par ses défauts. Personne ne savait comme lui tourner une phrase et enchâsser les mots dans la période de façon à charmer l’oreille. C’était un concert qu’il donnait au peuple de Carthage toutes les fois qu’il se faisait entendre. Ajoutons que l’homme est chez lui aussi séduisant que l’orateur. ”
Marcel Guerrier, Thèse française. Apulée et Tertullien… (1853)
“ Une seule chose appartient à Apulée dans les morceaux qu'il traduit ou qu'il paraphrase, c'est sa diction, c'est son style : nulle part, - si l'on en excepte peut-être les Métamorphoses, il n'est plus emphatique, plus tourmente et plus enclin à matérialiser les idées par des images déplacées et fausses. On sent partout cette impuissance d'un esprit sans verve et sans profondeur qui, désespérant de pouvoir reproduire ou même peut-être de comprendre 1 unité et l'ensemble d'un grand et beau système, divise, morcelle, émiette les détails et les parties. ”
“ Après que cette puissante Déesse m’eut ainsi déclaré ses volontés, elle disparut. Le texte dit, in se recessit ; elle se retira en elle-même. Apulée représente ici la Déesse Isis, comme mère de toute la nature et divinité universelle, remplissant toutes choses, elle ne pouvoit donc se retirer nulle part où elle ne fût déjà ; ainsi il dit avec raison qu’elle se retira en elle-même. ”
Marcel Guerrier, Thèse française. Apulée et Tertullien… (1853)
“ Apulée est accusé de magie pour s'être fait aimer d'une vieille et riche veuve devenue sa femme. Il faut qu'il se justifie, et il compose son Apologie en quatre jours, à ce qu'il assure. C'est là une œuvre toute personnelle, et qui rentre, par sa nature même, dans le domaine commun des conditions imposées à tout homme forcé de se défendre. Elle semble donc échapper à cette appréciation plutôt morale que littéraire que j'ai cru devoir choisir. ”
“ L’oracle que rapporte ici Apulée n’est pas de cette espèce ; il promet toujours un heureux évènement sur quoi que ce puisse être qu’on l’interroge. (10) Lorsqu’enfermés dans son temple, ils faisoient semblant de célèbrer ses secrets mystères. Ces mystères se nommoient opertanea, cachés. Qui que ce soit n’y assistoit que les Prêtres, de peur, disoient-ils, que la vue des profanes ne les souillât ; mais c’étoit un secret qu’ils avoient trouvé pour commettre toutes sortes d’abominations, sans être vus ni interrompus. (11) Et le jettent en prison. In Tullianum compingunt. ”
Apulée,
Œuvres complètes d’Apulée (éd. Garnier…
“ Quelle folie était la mienne de le disputer sans espoir de succès à l'oiseau d'Apollon ! A-t-on jamais vu un corps mieux proportionné ! Il n'est ni trop petit ni trop grand, et tel qu'il le faut pour ses besoins et pour sa beauté. Que ce plumage est moelleux ! cette tête, gracieuse ! ce bec, solide ! quel regard perçant ! quelles serres vigoureuses ! Parlerai-je de sa couleur ? il y en avait deux principales, la noire et la blanche, qui constituent la différence du jour et de la nuit : Apollon les a données toutes les deux à ses oiseaux chéris, la blanche au cygne, la noire au corbeau. ”
“ Un Dieu qu’elle disoit être seul et unique. On voit assez qu’Apulée qui étoit payen, donne ici un trait de satyre aux chrétiens, en feignant que la méchante femme, dont il parle ici, étoit chrétienne. Les vaines cérémonies qu’il dit qu’elle observoit, et la débauche qu’il lui reproche, sont les couleurs ordinaires dont la calomnie payenne peignoit les assemblées des chrétiens, les hymnes qui s’y chantoient, et ces banquets charitables qui s’y faisoient en faveur des pauvres, et que l’on nommoit agapes. ”
“ On l’accusoit encore d’avoir dans sa maison quelque chose dans un linge, qu’il cachoit avec soin, et qui, sans doute, lui servoit à ses sortilèges ; d’avoir fait des vers trop libres, et de plusieurs autres bagatelles, qui ne valent pas la peine d’être rapportées. Apulée se justifia parfaitement bien sur tout ce qu’on lui reprochoit, peignit Ruffin et Emilianus ses accusateurs, avec les couleurs qu’ils méritoient l’un et l’autre, et fut renvoyé absous. ”
Marcel Guerrier, Thèse française. Apulée et Tertullien… (1853)
“ Et il s'est trouvé des hommes (il est vrai que c'étaient des commentateurs) qui ont fait l'honneur à Apulée de lui supposer une idée morale et des vues profondes dans la composition de cet indigeste roman , où toute décence est si souvent et si outrageusement violée ; où des aventures sans but, sans bon sens, sans liaison et sans vraisemblance,, se succèdent et se déroulent jusqu'à la satiété et à la fatigue ! ”
“ Attaché au paganisme jusqu’à la superstition, Apulée avoit été initié dans les mystères de presque tous les Dieux ; et dans quelques-uns, il en avoit rempli les fonctions les plus importantes : il le dit lui-même dans son Apologie, devant le proconsul d’Afrique. Il y parle aussi d’un discours sur la majesté d’Esculape, peu de jours après son arrivée à Oëa ; et l’on conjecture que ce discours étoit une invective contre le christianisme, ce qui étoit fort d’usage alors. ”
