“ Albert Brou, frère ainé d’Emmeline, qui étudiait la médecine à Poitiers sous la direction de son père. C’était un jeune homme de vingt un ans, de figure ouverte ; les yeux bleus, le teint blanc, une bouche riante, ornée de belles dents et surmontée d’une moustache déjà fournie ; sur un front peu élevé, mais large, une forêt de cheveux châtains, une taille au-dessus de la moyenne, la tournure aisée ; en somme, un très-joli garçon, comme on le répétait de toutes parts à Mme Brou, qui n’en était pas peu fière. ”
Citations sur “Mme Brou”
“ Entre autres préventions contre Paris, on juge bien que Mme Brou était de ceux qui accusent sévèrement les mœurs de la Babylone moderne. Elle n’aimait pas à conduire saule ses filles dans les rues, même en plein jour, et même sa propre solitude ne la laissait pas absolument tranquille, malgré toutes les bonnes raisons qu’elle avait de l’être. S’étant donc retournée, elle vit un homme d’une quarantaine d’années, assez bien mis, et qui, rencontrant ainsi les yeux de la dame, la salua d’un air galant. ”
“ On a bien raison de dire que c’est toujours un mauvais sujet. — Voyons, reprit M. Brou, tu n’en sais rien. Et puis peut-être ne nous a-t-il pas vus ? Nous allons rentrer dans la loge et je me placerai près d’Emmeline. C’est ce qu’il fit, séparant ainsi sa fille du galant M. Beaujeu ; mais Mme Brou ne fut pas rassurée pour cela. Jugez donc ! Et si ce mariage venait à manquer ? Et quand bien même il réussirait, qui sait ce qu’on pourrait dire ? Qu’on était venu chercher ce monsieur, qu’on lui avait fait des coquetteries ; que Mlle Brou se promenait à son bras dans les théâtres !... Ô ciel ! ”
“ Fauvette, Pauline, Marina, Florentine, il y en a pour tout le monde. M. Brou se tut, et, heureusement pour sa dignité dans l’embarras, un garçon fit diversion en apportant enfin le rôti, la salade et de nouvelles bouteilles. On se remit à manger ; mais l’appétit en général fut languissant, la conversation pleine de lacunes. M. Beaujeu était devenu blême, il riait faux ; les Milhau se battaient les flancs pour dire quelque chose ; Emmeline était rêveuse et distraite ; Mme Brou mangeait en dévorant des yeux son mari, dont la contenance empesée cachait mal les préoccupations ”
Léon Malo, Notre-Dame de Brou : étude sur la décadence de l'art ogival (1860)
“ C'est que, on a dû le comprendre d'après ce qui précède, l'église de Brou n'est point, comme nos vieilles cathédrales gothiques, l'œuvre sacrée que la foi d'un peuple poursuivait lentement à travers les âges; qui s'élevait péniblement pierre à pierre, sou à sou; dont chaque pouce d'exhaussement rachetait une âme du purgatoire ; où chaque coup de truelle gagnait une place en paradis. Ici un sentiment égoïste et profane, une passion terrestre a tout inspiré, une seule volonté a tout décidé, une seule bourse a tout payé. ”
“ Quand M. et Mme Brou entrèrent au salon, ils avaient un sourire — un peu pale peut-être, — mais enfin un sourire aux lèvres. On échangea de vifs compliments ; jamais Mme la préfète n’avait été plus gracieuse et plus expansive. Horace Fauque, ganté de blanc, avait l’air presque solennel. On demanda des nouvelles de Mlle Aimont. Elle se porte fort bien, répondit amèrement Mme Brou. Avec des soins tels que ceux du docteur et les votres, chère, madame, elle vous doit beaucoup ; mais aussi c’est une admirable personne et qui fait de grands ravages dans les cœurs. ”
Léon Malo, Notre-Dame de Brou : étude sur la décadence de l'art ogival (1860)
“ La protection était aussi fragile que le protégé; tous les gens de cœur tremblèrent pour les mausolées, singulièrement compromis par les cendres illustres qu'ils recouvraient ; fort heureusement la République décida de concentrer en Bresse un corps de l'armée des Alpes; cette armée eut l'idée à jamais mémorable de loger son fourrage dans l'église de Brou ; on entassa jusqu'aux voûtes les bottes de foin en les adossant au jubé; le chœur fut ainsi complètement isolé. Lorsque, vers 1797, l'armée eut été retirée et le foin mangé, l'orage avait cessé, Brou était sauvé. ”
“ On n’a pas tout ce qu’on rêve, dit le docteur, et 500, 000 francs tout venus ou à peu près sont un rêve qui n’est pas souvent une réalité. Enfin, même quant à la personne, je répète qu’on peut tomber beaucoup plus mal. Sache donc te contenir, sois prudente, sois bonne, surtout respecte toujours ses intentions. Je te le recommande, je t’en prie, et au besoin je te l’ordonne, ajouta-t-il sans trop de roideur, mais avec l’aplomb d’un homme sûr de son pouvoir. Cependant Mme Brou partageait peut-être cette erreur commune d’aimer la soumission pour les autres plus que pour soi-même ”
Léon Malo, Notre-Dame de Brou : étude sur la décadence de l'art ogival (1865)
“ A Brou, on commence à s'apercevoir de la dissidence : on y sent que le statuaire a déjà revêtu une personnalité; le tailleur d'imaiges ne travaille plus pour le bon plaisir du maçon, mais pour le compte de sa propre gloire; il se reconnaît un mérite intrinsèque, il affirme son initiative, il n'est plus un manoeuvre, il est un artiste. Les statues empruntent à une propriété spéciale de la pierre dont elles sont faites un air de jeunesse surprenant chez des figures âgées de trois cent trente ans. Toute la façade jouit du même privilège ”
"Recherches historiques et archéologiques sur l'église de Brou… (1844)
“ Brou a été un centre et un type d'affaires religieuses et conventuelles ; la municipalité du moyen-âge y a débattu ses intérêts ; la peste, dont les ravages ont été si grands en 1504, y avait sa maladrerie; la guerre y a porté ses dévastations ; il doit beaucoup à l'organisation des corporations artistiques. M. Baux a donc reproduit un époque émouvante, ses grands hommes, ses artistes, ses administrateurs, ses ouvriers, ses affaires et ses fléaux ”
Élisa Brou, Amour et jalousie, par Mme Élisa Brou (1847)
“ Six mois de l'horrible souffrance que j'endure ont suffi pour tout faner, tout détruire. Je ne suis plus que l'ombre de moi-même et c'est avec joie et bonheur que je vois mon dépérissement et mon acheminement vers la tombe. — Malheureuse Andrina, reprend Lorance en oubliant aussitôt les torts impardonnables de la comtesse ; je ne vous adresserai pas de reproches, mais laissez-moi du moins vous dire que tout en faisant votre malheur vous avez fait aussi le mien. — La mort ne peut tarder à me frapper, répliqua l'infortunée, je l'appelle sans cesse et elle me fuit toujours. ”
Léon Malo, Notre-Dame de Brou : étude sur la décadence de l'art ogival (1865)
“ On pénètre dans le chœur par une petite porte pratiquée au milieu de l'arcade centrale du jubé. Nul possédant une fibre d'artiste n'en franchira le seuil sans s'arrêter aveuglé du premier regard. Nous ne connaissons point de spectacle plus émouvant que celui du chœur de Notre-Dame de Brou, lorsqu'un beau soleil tamise les brillantes couleurs des vitraux sur les inestimables trésors de bois et de marbre qu'il renferme. C'est quelque chose d'imprévu, de saisissant, comme une vive lumière au sortir de l'obscurité ”
Bonaventure Des Périers, Les Contes; ou, Les nouvelles récréations et joyeux devis
“ Si celui qui c’est prétend que je lui ai fait tort en donnant cet honneur au curé de Brou pour le lui ôter, m’en avertissant, je suis content d’y mettre son nom. Au pis aller, il doit penser qu’on a bien fait autant des Jupiters et des 178Hercules380; car ce que plusieurs ont fait, on le réfère tout à un pour avoir plus tôt fait: d’autant que tous ceux du nom ont été excellents et vaillants. Aussi il n’y avoit point d’inconvénient de nommer par antonomasie381 Curés de Brou, tous prêtres, vicaires, chanoines, moines, et capellans382, qui feront des actes si vertueux comme il a fait. ”
Louis Audiat, Bernard Palissy, étude sur sa vie et ses travaux
“ Voici Brouage, dont le nom, dit-on, vient du celte brou, qui signifie marécage. Fondé en 1555 par Jacques de Pons, après avoir été un boulevard contre les Anglais, avoir eu amirauté, arsenal, hôpital, magasins de vivres, siège royal, bureau des fermes, cure et couvent, Brouage n’est plus même une commune. La centaine d’habitants qui y végète encore achève d’y mourir de fièvre et d’ennui. Déjà, au temps de Palissy, la ville avait beaucoup souffert de la soif en 1570, lorsqu’elle fut attaquée par les protestants. ”
“ Ces dames prirent beaucoup de part au souci de Mme Brou, et des aphorismes pleins d’expérience et de sagesse furent échangés à ce propos : Il est toujours bien délicat d’introduire une personne étrangère dans la famille... ”
Élisa Brou, Amour et jalousie, par Mme Élisa Brou (1847)
“ Lui m'être infidèle, continue-t-elle, et sa belle physionomie prend une expression sinistre, penser qu'une autre femme aurait son amour, ses caresses ; mais cette seule pensée me donne le délire, et si la certitude arrivait, pour moi, je serais capable de commettre des folies, un crime peut-être !... — Malheureuse femme, revenez à la raison, dit la-jeune baronne, presque effrayée de l'air et du ton de son amie ; Andrina, ayez recours à la prière. Dieu a toujours pitié des coupables, il fait plus, il leur pardonne. ”
Léon Malo, Notre-Dame de Brou : étude sur la décadence de l'art ogival (1865)
“ Notre-Dame de Brou a donc pu se permettre toutes les excentricités de formes et toutes les exagérations de beauté sans que nous ayons songé à lui en faire un reproche ; elle en avait le droit; elle est une exception. Mais une véritable église a d'autres devoirs àremplir, devoirs rigoureux, inévitables, que l'artiste ne saurait négliger sans fausser le caractère de son œuvre ; c'est à l'oubli de ces devoirs que sont dues les vicissitudes sans termes de l'architecture chrétienne. Aussitôt que l'homme, ébauché à peine, sut mettre une pierre sur l'autre, il éleva un temple. ”
Charles-Jules Dufaÿ, Dissertation sur de nouveaux documents trouvés dans les archives du département du Nord… (1847)
“ Si nous n'avions vu, comme l'auteur des Recherches historiques et archéologiques de Brou, qu'une construction de style flamand transplantée de Bruges ou de Gand, en Bresse, nous eussions pu, peut-être, nous ranger de son avis sur la question de savoir à qui est due la conception des plans de l'église de Brou ; mais l'art s'y trouve emprunté de trois nations, et nous voyons là une dernière preuve que Van-Boghem n'a pas été le seul architecte de Brou. Cette église offre l'art italien dans toute sa pureté, l'art français dans toute sa beauté, et l'art allemand dans toute sa richesse. ”
Élisa Brou, Amour et jalousie, par Mme Élisa Brou (1847)
“ Lorance se relève. — Frédéric, dit-elle, tu sens donc enfin dans ton coeur un peu de pitié pour moi, encore quelques jours et tu sauras la vérité, car je parlerai, et devant toi, à ce traître, à cet abbé Milto qui t'a trompé comme il trompe tout le monde. Le baron qui a une croyance aveugle en la vertu de l'abbé Milto, se sent moins disposé que jamais à ajouter foi aux paroles de sa femme , réprimant donc ce premier mouvement de sensibilité, il continue en essuyant son visage : — Votre fille et moi sommes morts à jamais pour vous, mais ni elle ni moi ne vous maudirons jamais. ”
Léon Malo, Notre-Dame de Brou : étude sur la décadence de l'art ogival (1865)
“ Quelque grande et sentimentale mémoire vit dans les murs de ce temple, agite l'air qu'on y respire ; il est facile de reconnaître à certains signes intra- duisibles que la piété des fidèles n'a pas élevé ces arceaux, découpé ce marbre, brodé ces chiffres d'albâtre ; c'est trop de luxe pour que l'obole du peuple ait pu le payer; trop de tristesse, trop de grâce, trop de sensualité pour qu'un amour de femme, violent et déçu, n'ait point passé par là. Notre-Dame de Brou est plus qu'une église et moins qu'un tombeau; plus mondaine que l'une, moins sinistre que l'autre. ”
Charles-Jules Dufaÿ, Dissertation sur de nouveaux documents trouvés dans les archives du département du Nord… (1847)
“ Qu'y a-t-il de surprenant que Jean de Paris, à l'exemple de tant d'autres artistes distingués, ait été dépouillé du mérite d'avoir été le premier architecte de Brou, d'avoir conçu ces plans qui traduisaient si bien la pensée d'une pieuse et magnanime princesse ? Rarement les inventeurs ont profité de l'honneur de leurs découvertes dans les sciences et dans les arts. Presque toujours le génie a redouté le jugement de la postérité, sous ce rapport, et Jean de Paris a bien pu n'avoir pas échappe à cette injuste loi du temps. ”
Julie Gouraud, Les Quatre pièces d'or (3e édition… (1876)
“ Rien de semblable n'existait chez Jean Brou. Le respect et l'amour se conservaient dans le cœur de ses enfants. Rosine se plaisait chaque jour davantage à la maison ; il est vrai qu'on y remarquait un certain air d'aisance : pour la première fois depuis bien longtemps, Françoise avait fait des provisions à la Saint-Michel. On ne peut pas dire qu'une habile ouvrière, même sans dot, ne soit pas un bon parti. Françoise allait plus loin, elle s'étonnait de ne point voir de prétendants rôder autour de la maison : à ses yeux les talents de sa fille valaient de l'or. ”
Élisa Brou, Amour et jalousie, par Mme Élisa Brou (1847)
“ Quand une femme a des torts et des faiblesses à se reprocher, je pense qu'elle les expie toujours assez cruellement. —Quelle femme vous êtes, réplique la comtesse , que ces belles et généreuses paroles viennent de calmer, Lorance je vous dois un aveu , je vous dois une entière confiance, je crois que je vais pouvoir tout vous avouer. La poitrine d'Audrina se soulève, puis, paraissant faire un violent effort sur elle-même, elle dit d'une voix faible et tremblante : j'aime et depuis longtemps, le vicomte de Solari!... ”
Léon Malo, Notre-Dame de Brou : étude sur la décadence de l'art ogival (1860)
“ Son œuvre de souveraine l'a faite immortelle, mais moins que son œuvre de femme et d'artiste. La maison d'Autriche lui dut peut-être la puissance avec laquelle Charles-Quint faillit absorber l'Europe ; mais cette puissance a croulé, et le temple de Brou, jeune et resplendissant, a traversé tous les orages, comme si du fond de leur caveau les cendres de sa fondatrice le protégeaient encore. ”
Léon Malo, Notre-Dame de Brou : étude sur la décadence de l'art ogival (1865)
“ Mais il y a dans l'art ogival des nuances parmi lesquelles il faut choisir, et la nuance flamboyante n'est pas la nôtre. Nous n'avons pu taire notre admiration pour l'œuvre dont l'architecture du moyen âge s'est fait un inimitable mausolée ; et pourtant, si l'origine de Notre-Dame de Brou nous a touché profondément, si le talent déployé par les artistes du seizième siècle nous a paru tenir du prodige, nous n'en regardons pas moins le caractère de cette église comme très-éloigné du véritable style religieux. ”
“ M Brou lui tourna le dos vivement, toute hérissée de courroux et rougissante moitié de pudeur, moitié de colère. — Quelle sentine de vices est ce Paris ! se dit-elle. Je croyais être à l’abri de telles poursuites ! Eh bien, non ! Une mère de famille ! une femme de mine respectable ! Non, à Paris, il n’y a de respect pour rien. ”
Élisa Brou, Amour et jalousie, par Mme Élisa Brou (1847)
“ Solari, continuai-je en réchauffant ses mains avec mes baisers, ne me dis pas d'aller AMOUR ET JALOUSIE. 255 vers cette mère, dont j'ai fait aussi le malheur; près d'elle le remords serait plus affreux! je serais doublement misérable, si elle venait à me maudire. - Je n'insiste plus sur ce point, me dit Solari, mais de grâce, que cette lettre lui soit remise! — Mais est-ce que tu crois mourir? est-ce que tu crois que tu ne la reverras plus cette mère ? Oh ! tu vivras ! Dieu est trop bon pour ne pas se laisser fléchir par tant de douleur et tant de prières. ”
Élisa Brou, Amour et jalousie, par Mme Élisa Brou (1847)
“ Oui, je le crois. Ma voix n'était pas très sûre en prononçant ces mots. J'ai bien des défauts, continuais-je, bien des torts à me reprocher; ces pensées me font craindre sans cesse de perdre ton amour; tu pourrais trouver une femme plus belle que moi et qui pourrait te rendre plus heureux. Et malgré moi je m'abandonnais à la tristesse que ces idées venaient de faire naître. Solari me prit sur ses genoux , et par ses caresses il ne tarda pas à chasser cette profonde mélancolie. Rendue au bonheur et à la joie, j'oubliais près de lui Paulina et ma jalousie. ”
Élisa Brou, Amour et jalousie, par Mme Élisa Brou (1847)
“ AMOUR ET JALOUSIE. 45 drina, Solari vous aime ; ne vous a-t-il pas donné ce soir, par sa réserve et sa prudence, une grande preuve de son amour. — Non ! non ! c'est la princesse qui a son coeur, réplique impétueusement la comtesse, ils viennent de quitter le bal pour aller se dire librement leur amour dans quelque endroit caché, pour s'en donner peut-être même des preuves. Oh ! Lorance, je sens que ma raison s'en va entièrement, ma tête brûle , j'ai la fièvre, le délire, j'étouffe. Et l'insensée se met à se frapper le front et à se tordre les bras avec un effrayant désespoir. ”
