“ À l’heure même où Pascal se reposait dans l’amour du monde et de la science, dans la contemplation de cette nature humaine dont la vie de société et la philosophie lui avaient révélé la grandeur ; à l’heure où son génie partout admiré, où son esprit, fêté des honnêtes gens, lui assuraient la gloire et le bonheur que poursuivait son âme ardente, vers la fin de l’année 1653, comme il venait d’avoir trente ans, il fut frappé d’une lumière extraordinaire qui lui fit considérer les choses et lui-même d’une façon entièrement nouvelle. ”
Pascal II
Définition et enjeux
Citations sur “Pascal II”
Adolphe Desboves, Étude sur Pascal et les géomètres contemporains… (1878)
“ Disons, avant tout, que Pascal est le premier de tous les maîtres pour la netteté dans les idées et la clarté dans le style. En Physique comme en Mathématiques, il est le vrai créateur de la langue scientifique. Entre la phrase de Pascal et celle de Descartes, le plus souvent, si péniblement enchevêtrée avec ses en ce que, pour ce que, de façon que, il semble qu'un siècle entier se soit écoulé. Comme inventeur en Mathématiques, Pascal doit être placé au premier rang : je crois l'avoir assez montré en détail ; et la vaste étendue de son esprit a pour preuve la grande variété de ses travaux. ”
Eugène Rambert,
Études littéraires, t1, 1890
“ On dirait un marbre de Michel-Ange retravaillé par le ciseau timide de quelque disciple inquiet de la gloire du maître. Le dix-septième siècle avait embelli Pascal, il était réservé au dix-huitième de le travestir. Il se fit un Pascal à son usage ; il laissa dans l’ombre quelques-uns des plus beaux morceaux dans lesquels le chrétien se montrait avec trop d’avantage ; il fut soigneux de tous ceux dont pouvait profiter la philosophie, soit en les approuvant, soit en les livrant au ridicule ; puis il inventa l’histoire de l’abîme, faisant ainsi de Pascal un grand homme et un grand visionnaire. ”
A. Suarès, Revue des Deux Mondes
“ Pascal est fait d’une autre sorte : il ouvre les yeux sur l’immense océan où il s’éveille, et il s’y voit flotter ; l’infini sous les pieds ; l’infini sur la tête ; un infini de tous les côtés ; un infini de mal, d’ignorance, de terreur et de peine. Pascal n’est pas comme vous, pour tâter un infini du pied, et chercher le gué de l’infini. Mais Pascal s’assure au contraire que l’homme est l’animal sensible à l’infini des ténèbres. Il ne lui reste donc qu’à crier à l’aide. S’il était faible comme vous, il croirait à sa force. Mais fort comme il est, il mesure sa faiblesse. ”
Blaise Pascal,
Œuvres complètes de Blaise Pascal
“ L’importance des œuvres philosophiques de Pascal est telle qu’on ne songe ordinairement qu’au penseur et à l’écrivain : son nom ne rappelle à la plupart des hommes que les Provinciales et les Pensées. Ce n’est pourtant là qu’une partie de sa gloire. Le même esprit qui a lancé contre les jésuites le plus éloquent et le plus vigoureux de tous les pamphlets, et qui a enfermé dans un petit nombre de sentences toute une profonde doctrine religieuse et philosophique, a marqué à jamais sa place dans l’histoire de la géométrie par des travaux de premier ordre. ”
“ Désormais l’auteur des Provinciales et l’auteur des Pensées, le grand savant et le grand chrétien, l’honnête homme et l’ami de Port-Royal, le dialecticien et le croyant, ne prennent plus à tâche de se nier l’un l’autre. Considéré du point de vue de l’histoire proprement dite, Pascal apparaît comme un génie très riche, avide d’unité et d’excellence, dont toutes les puissances, sans s’affaiblir, se sont rangées sous la foi, sous l’amour de Dieu. ”
Alphonse Rebière, Mathématiques et mathématiciens
“ L’amour de la vérité est une source sublime à laquelle Pascal puisait ; il en tira son éloquence. Le bon goût, le mépris des faux ornements et de la vaine Rhétorique naquirent pour lui de la grandeur des objets dont il avait occupé son intelligence. L’originalité le suivit de la Géométrie dans les lettres ; il inventa son langage comme il avait trouvé ses méthodes en géométrie, et il enleva à sa science favorite cette vigueur de déduction et ces raisonnements irrésistibles qui devinrent les armes de sa parole. ”
“ Le visage de Pascal, autant que nous en pouvons juger par le masque moulé après sa mort et par un ou deux portraits, avait une expression singulière d’intelligence, de réflexion, de finesse, d’ironie imperceptible, de décision, de candeur et de spiritualité. Plus que ses lèvres fines et élégantes, plus que son nez à la courbure prononcée, on remarque tout de suite ses yeux au regard scrutateur, calme et impérieux, dont on ne peut dire s’ils attirent par le beau génie qu’ils manifestent, ou s’ils intimident par leur expression de détachement. ”
Adrien Gory, Des Pensées de Pascal considérées comme apologie du christianisme et des conditions actuelles de…
“ Non, le doute de Pascal laisse entièrement hors de cause le monde supérieur. Même quand il observe avec sa logique implacable et son rigoureux esprit d’observation, que les grands objets de la philosophie, Dieu, la vérité, la justice, le bien suprême, le bonheur, échappent entièrement à la prise de l’homme, comme des ombres « fuyant d’une fuite éternelle », on le sent, pour lui, la réalité objective de ces grands objets n’est pas, ne peut pas être mise en doute. Il croit en Dieu, il croit à la vérité, à la justice, au bien, au bonheur, au progrès incessant, à l’idéal. ”
Jean-Baptiste-Marcel Flottes, Études sur Pascal , par l'abbé Flottes… (1846)
“ Quelques passages ajoutés à ceux qui viennent d'être rapportés, mettront dans tout son jour la pensée de Pascal. « Qu'est-ce que l'homme dans la nature, s'écrie ce grand génie ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes ; la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable ; également incapable de voir le néant d'où il est sorti, et l'infini où il est englouti. » ”
“ Chose étrange, on trouve, dans cette analyse même, l’empreinte du génie de Pascal, tant, comme le dit Nicole, tout ce qu’il disait faisait sur l’esprit une impression ineffaçable. C’est par l’effet du hasard, dit Pascal au jeune prince, que voue possédez les richesses dont vous vous trouvez maître. De vous-même et par votre nature, vous n’y avez aucun droit. L’ordre en vertu duquel ces biens ont passé de vos ancêtres à vous est un ordre d’établissement, et d’établissement humain. Votre âme et votre corps sont d’eux-mêmes indifférents à l’état de batelier ou à celui de duc. ”
Abel-François Villemain,
Discours et mélanges littéraires
“ Pascal, en effet, réunissait au plus haut degré les deux puissances extrêmes de la pensée, le raisonnement et l’imagination. Sa vie, son caractère, ses ouvrages tiennent à cette alliance ; et elle se trouve marquée dans la plus grande œuvre qui ait occupé son génie. Personne, dans le même siècle, n’a reçu peut-être, avec un enthousiasme plus ardent et plus sincère, les vérités du christianisme ; mais le raisonnement, soulevé du milieu de son enthousiasme, l’agitait encore par les tourments du doute. ”
A. Suarès, Revue des Deux Mondes
“ Mais, pour Pascal, s’il n’y a un Dieu dans l’Évangile, l’Évangile lui paraît presque aussi vide que tout le reste. Pascal est tout homme et tout passion ; il ne connaît que la passion et que l’homme. Il lui faut un homme en son Dieu, et un Dieu dans l’homme. Il en sait les blessures. Il en écoute l’agonie. Il recueille le sang qui coule. Il boit les paroles suprêmes et le dernier souffle. Il s’en enivre. Toute lumière, il la reçoit des yeux divins. Il parle aux plaies qui lui parlent. Dans le sein de la mort, il parle à la vie, qui lui répond par la vie, et le peut seule. ”
Charles de Mazade,
Une lecture de Pascal
“ Pascal est le type le plus achevé de ces esprits qui du sein de leur solitude sont les héros de la pensée émue et agitatrice. Je voudrais bien me représenter Pascal vers 1653, vers cette époque où sa vie se décide. Il a trente ans à peine. Ce serait un jeune homme beau et généreusement doué, fait pour toutes les fortunes, s’il ne traînait éternellement après lui cette maladie qui l’épuise. Il n’a pas beaucoup lu, car son génie est bien moins dans l’étendue et dans la variété des connaissances que dans la force inventive de l’esprit, dans le feu concentré de la réflexion ”
Alexandre Vinet,
Études sur Blaise Pascal
(1876)
“ Pascal est grand, non pas tant par les oeuvres qui ont excité l'admiration du monde que par la grandeur morale et chrétienne qui éclate en lui. Si, dans l'ordre des esprits, il dépasse Archimède, dans l'ordre de la charité il ressemble, autant que cela est donné à l'homme, au divin modèle qu'il vient de nommer. Il est superflu de nous étendre sur une vie aussi connue; nous vous renvoyons, Messieurs, à la vie de Pascal, écrite par sa soeur, Madame Périer. ”
Jean-Marie Dargaud, La Famille, par J.-M. Dargaud (1853)
“ Figure pathétique, transition douloureuse du siècle de la religion et de l'art au siècle de la philosophie ! Hélas ! le plus cruel ennemi de Pascal, ce n'est pas l'ordre des Jésuites, c'est lui-même. Il apparaît dans ce marbre, tel qu'il fut dans sa courte vie, avec les troubles de son imagination, les orages de sa foi, les éclairs de sa raison, les tressaillements de sa pensée. C'est la peur, une peur immense et sublime qui fait à Pascal une piété si tragique, une langue si saisissante. Il appelle au secours. Il crie à Dieu et aux hommes. Il a la terreur de l'infini. ”
Jean-Baptiste-Marcel Flottes, Études sur Pascal , par l'abbé Flottes… (1846)
“ Sa religion ( de Pascal ) n'est pas le christianisme des Arnauld et des Malebranche , des Fénelon et des Bossuet, fruit solide et doux de l'alliance de la raison et du coeur dans une âme bien faite et sagement cultivée ; c'est un fruit amer, éclos dans la région désolée du doute , sous le souffle aride du désespoir. Pascal a voulu croire , et il a fait tout ce qu'il était nécessaire de faire pour finir par croire. ”
Léon Tolstoï, traduction Wikisource, Pascal
“ La vie de Pascal est devenue de plus en plus absorbée par les occupations religieuses, jusqu’à ce qu’il se retire complètement du monde, en 1655. Il joignit les jansénistes dans la Société de Port-Royal et commença à mener une vie presque monastique, méditant et préparant son grand traité, dans lequel il tâchait de prouver, premièrement, la nécessité absolue de la religion pour la vie pensante des hommes et, deuxièmement, la vérité de cette religion qu’il professait lui-même. Mais même là, les tentations de la gloire humaine ne laissaient pas Pascal en paix. ”
Charles de Mazade,
Une lecture de Pascal
“ Ce qui est certain, c’est qu’avant d’être ce penseur destiné à grandir avec le temps et à retrouver en quelque sorte une vie nouvelle après deux siècles, Blaise Pascal était né en pleine Auvergne, à Clermont, le 19 juin 1623, dans une de ces saines et vigoureuses familles où peut se former à un certain moment une nature exceptionnelle. La famille Pascal avait assez de noblesse pour n’être plus du commun, pas plus par les mœurs et par l’esprit que par la naissance ; elle n’était pas assez transformée pour être complètement détachée de cette masse obscure et vivace qui forme toujours la nation. ”
Charles Henri Belime, Éloge de Blaise Pascal : discours couronné à l'Académie des Jeux floraux de Toulouse… (1816)
“ Pascal est une de ces intelligences rares qui brillent, à de longs intervalles, dans l'étendue des siècles, et fondent une époque remarquable dans l'histoire d'un peuple. Objet de l'admiration de ses contemporains, il a conservé jusqu'à nous une réputation imposante ; chacun prononce son nom avec respect, et l'oppose avec orgueil à tout ce que les nations étrangères ont produit de plus grand et de plus parfait ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ L’historien s’est si bien abandonné à l’influence de Pascal, il s’est si bien identifié avec lui qu’à chaque instant, dans la trame de son style, des réminiscences, des tours, des pensées de Pascal viennent s’enchâsser et se fondre, et que, parfois, on a comme l’illusion d’entendre Pascal se raconter lui-même. ”
G. Libri, Revue des Deux Mondes
“ Pascal n’a pas cette fécondité inépuisable, mais tout ce qui sort de sa main est exquis et achevé. Osons le dire : l’homme dans Pascal est profondément original, mais l’esprit créateur ne lui avait point été donné ; en mathématiques, il n’a inventé aucun grand calcul auquel son nom demeure attaché ; en physique, il a démontré la pesanteur de l’air, que d’autres avaient découverte ; en philosophie, il n’a fait autre chose que rallumer la vieille guerre de la foi et de la raison, guerre fatale à l’une et à l’autre. ”
Jean Félix Nourrisson, Pascal, physicien et philosophe (1885)
“ En définitive, Pascal qui n'est pas sceptique en religion, n'est pas davantage sceptique en philosophie. Il proclame l'insuffisance, non l'impuissance de la raison. Mais, en déclarant que la raison est insuffisante, non impuissante, il y a lieu d'examiner si Pascal n'a pas exagéré cette insuffisance même. Demandons-nous par conséquent ce que Pascal a pensé de l'homme, de la loi morale et de Dieu. Il y a dans l'homme deux facultés principales : entendre et vouloir. Mais, répétons-le : il ne faut pas se méconnaître; nous sommes automate autant qu'esprit. ”
Émile Faguet,
Amours d'hommes de lettres : Pascal…
(1907)
“ Et enfin notez ce point, vous qui avez beaucoup fréquenté chez Pascal, que Pascal est un grand philosophe, un grand inventeur d'idées, un grand dialecticien ; mais qu'il est très peu observateur, qu'il est très peu un homme à la manière de La Bruyère, de Molière, de Vauvenargues ou de Duclos. Si donc, une fois, dans le Discours sur les Passions de l'amour, il a été observateur si précis et analyste si pénétrant des passions des hommes, il faut que ce soit sur lui-même qu'il ait fait ces observations. Pascal, à très peu près, ne sait que son âme. ”
Jean-Baptiste Dufaÿ de Livoys, Éloge de Blaise Pascal, par J.-B. Dufaÿ de Livoys… (1819)
“ Pascal sur-tout nous éclairant sur nos devoirs, a prouvé l'utilité de ses ouvrages par leur objet même. Il est plus difficile de déterminer l'influence qu'il a dû avoir sur son siècle. Il naquit à une époque mémorable, où l'on vit briller à la fois une foule d'hommes supérieurs. Tous, influant plus ou moins, ont formé ensemble cet esprit général auquel nous devons la lumière qui nous éclaire aujourd'hui. Comment démêler la nuance véritable qui doit distinguer Pascal? ”
Victor Cousin,
Revue des Deux Mondes
(1857)
“ Le sentiment, c'est-à-dire la pensée descendue jusque dans l'âme, tel est le trait distinctif, le grand côté de Pascal. A son début dans l'étude hasardeuse de la philosophie et de la théologie, Pascal n'a pu conquérir d'abord cette étendue et cette profondeur d'idées à laquelle Descartes lui-même, Bossuet et Leibniz ne sont parvenus qu'après tant de veilles et de méditations sans cesse renouvelées; mais tout ce que pense ce jeune géomètre, il l'emprunte à sa propre nature, à sa courte et sombre expérience de la vie, il le sent fortement et le rend de même. ”
J.-P.-B. Nault, Style de Pascal (1852)
“ C'est cette manière dans le style de Pascal qui a fait l'objet de ma recherche studieuse, et je vais m'appliquer à la mettre en lumière. C'est une chose étrange que la destinée et de considérer comment elle conduit les hommes où d'abord ils ne pensaient pas aller! Pascal était né pour faire un savant. On peut croire sans exagération que la nature l'avait doué à l'égal d'un Newton ou d'un Leibnitz; les travaux de son adolescence dans les mathématiques et les heureux essais de sa jeunesse dans la physique l'ont bien fait voir. ”
Abel-François Villemain,
Discours et mélanges littéraires
“ Pascal, à qui la supériorité de son génie avait fait parcourir d’avance tout le cercle des inquiétudes que peut éprouver l’esprit humain, dans une civilisation de plusieurs siècles, Pascal, instruit de tout par le combat que s’étaient livré les puissances de son âme, se jette dans l’asile de la foi chrétienne. Elle seule lui explique l’origine de la vie humaine, la grandeur et la misère de l’homme. ”
Jean-Baptiste-Marcel Flottes, Études sur Pascal , par l'abbé Flottes… (1846)
“ Pascal ne rejette pas , d'une manière absolue , les preuves naturelles de l'existence de Dieu, puisqu'il a prouvé par la raison l'existence d'un être éternel, et qu'il a reconnu que l'étude de la nature peut nous conduire au déisme. Mais il n'a pas voulu se servir de ces preuves dans son Apologie de la religion chrétienne. Il écarte les preuves métaphysiques, parce qu'elles frappent peu, et que peu d'esprits peuvent les comprendre. Il exclut les preuves physiques, parce que les impies les méprisent. ”
