“ Le Gitano. — Assez, moine, ces gens t’attendent ; va faire ta besogne, car le temps se couvre et la nuit s’avance. — Chien maudit ! ma besogne !... ma besogne !... murmurait le moine en gagnant le rivage au moyen d’un pont jeté de la tartane, et sur lequel le Gitano était aussi descendu, monté sur son petit cheval, qu’on avait hissé de la cale de la même manière que le révérend, ce dont le moine maugréa d’autant. Pendant que le Gitano s’occupait à faire débarquer les marchandises, le révérend s’était approché des contrebandiers. — La paix soit avec vous ! mes frères, leur dit-il. ”
Gitano
Définition et enjeux
Citations sur “gitano”
“ En achevant ces mots, ses dents s’entrechoquaient ; il était aussi pâle qu’un cadavre, et pourtant il tâcha de grimacer un sourire en regardant l’excommunié de l’air le plus humble et le plus affable. La figure du Gitano prenait une expression fort équivoque, lorsqu’à la lueur d’une fusillade qui partit du haut de la montagne on aperçut les garde-côtes qui se développaient et prenaient position. ”
Paul Buessard, Le marquis de Kernatriou : soirées d'un vieux manoir breton… (1833)
“ Gitano et toutes ses gens. Et ce capitaine Massareo, cet homme d'esprit qui les croit sur parole, et prend le mugissement d'un boeuf pour un cri d'homme. Ne valait-il pas mieux aussi interrompre brusquement le récit après la mort de la Monja, et donner une fin plus prompte au Gitano , que de se jeter dans des scènes de dégoût, où les sensations ne sont autres que celles qu'on éprouve dans les boucheries d'hommes et d'animaux?... ”
Collin de Plancy,
Dictionnaire infernal/6e éd., 1863
“ Le seigneur comte des gitanos avait une sorte de privilège féodal : c’était celui de la chasse au chien et au faucon. Naturellement il en jouissait à ses risques ; car on pense bien qu’il ne chassait que sur la terre d’autrui : or le seigneur gitano pouvait fort bien rencontrer le vrai seigneur du domaine. Une ballade traditionnelle nous apprend l’histoire d’un comte Pépé qui, ayant voulu s’opposer au droit de chasse d’un chef gitano, n’y parvint qu’en le tuant. La veuve du mort, en franche Égyptienne, dérobe alors le fils du vainqueur et l’élève parmi les gitanos. ”
Jacques Arago,
Oeuvres illustrées de Jacques Arago
(1856)
“ La tête du gitano, où se lacent et s'entrelacent en tous sens d'épais et longs cheveux, est coiffée, tantôt d'un chapeau à larges bords, tantôt d'un bonnet rouge descendant jusque sur le poitrail, mais le plus souvent d'un mouchoir ou d'un morceau de linge sale et gras, noué à tout hasard devant, derrière ou sur les côtés. Il a toujours des boucles d'oreilles en or ou en laiton ; il ne doit pas se faire la barbe, mais il ne porte jamais de moustaches; ses favoris se croisent presque sous son menton et gardent toute la largeur que leur donne la nature ”
“ C’étaient les braves de Massareo qui détruisaient l’autre tartane. — Par les saints du paradis ! s’écria le bouillant jeune homme, voilà du canon ! Le Gitano écoutait silencieusement, pendant que Bentek continuait sans interruption ses poûn... poûn !... et sa vive pantomime. Fasillo, lui, bouclant à la hâte le ceinturon de son sabre, y glissait son poignard et ses pistolets. Il avait déjà le pied sur la première marche de l’escalier du faux pont, lorsque le Gitano, qui s’était replongé dans le duvet de son divan, lui cria : — Fasillo ! ”
“ Le prêtre se jette dans les bras du condamné ; le bourreau s’approche, passe au cou du Gitano le collier de fer qui s’adapte au poteau ; puis il agit, au moyen d’un tourniquet, sur la vis de rappel, et le carcan, en se serrant contre le pieu, presse violemment le cou du patient. Encore un tour, et le Gitano est étranglé ; à ce moment, le prêtre lui jette un voile sur le visage, et tombe à ses pieds, en priant ; la foule crie bravo, et se retire satisfaite. ”
“ Fasillo, que dis-tu de ma vengeance ? demanda le Gitano à son jeune compagnon, après qu’ils se furent beaucoup éloignés du lougre au moyen des longs avirons de la tartane, qu’on avait soigneusement enveloppés, de façon que la manière mystérieuse dont le Gitano disparut pût passer aux yeux des Espagnols pour un nouveau prodige. — Votre vengeance, commandant, votre vengeance ! Comment donc auriez-vous traité vos amis ? laisser ces misérables !... Par la Vierge ! si vous saviez ce que je souffrais en voyant la pauvre tartane tomber pièce à pièce sous le canon de ces lâches ! ”
Adolphe Desbarrolles,
Deux artistes en Espagne, illustrés par Eugène Giraud
(1865)
“ Toutefois, dans cette nouvelle phase de leur existence, les bohémiens n'ont pas sensiblement changé. Les signes caractéristiques de leur race persistent et demeurent immuables. Le gitano de Guadix, parqué dans les chambres souterraines de sa colline, nous offre l'image parfaite des peuplades bohémiennes, et comme un témoin vivant d'une vieille race qui a péri presque partout. Les gitanos sont grands, élancés, et le plus souvent bien faits de leur personne. Ils ont le teint plus basané que les Espagnols. Leur visage, dont les traits sont vivement accentués, rappelle le type arabe. ”
Théophile Gautier,
Voyage en Espagne (Tras los montes…
(1873)
“ C'est là-dedans que grouille et pullule la sauvage famille ; les enfants, plus fauves de peau que des cigares de la Havane, jouent tout nus devant le seuil, sans distinction de sexe, et se roulent dans la poussière en poussant des cris aigus et gutturaux. Les gitanos sont ordinairement forgerons, tondeurs de mules, vétérinaires, et surtout maquignons. Ils ont mille recettes pour donner du feu et de la vigueur aux bêtes les plus poussives et les plus fourbues ; un gitano eût fait galoper Rossinante et caracoler le grison de Sancho. Leur vrai métier, au fond, est celui de voleur. ”
MM. Gustave Doré et Ch. Davillier, Le Tour du monde
“ Sous le rapport des mœurs, les gitanos sont généralement irréprochables ; les gitanas surtout ont une réputation méritée de chasteté, malgré un certain air lascif et provoquant qu’elles affectent assez souvent, principalement dans leurs danses. Il arrive quelquefois qu’un gitano épouse une Espagnole, mais il est beaucoup plus rare de voir un Espagnol épouser une gitana. ”
“ Celui qui, assis sur le bord de ce lit, se courbe sous le poids de ses lourdes chaînes, c’est le Gitano ; — ce cercueil, c’est le sien ; — l’homme qui prie agenouillé et recueilli, c’est le bourreau ! ”
Jacques Arago,
Oeuvres illustrées de Jacques Arago
(1856)
“ Le vrai gitano ne fait rien comme les autres hommes; il ne mange pas, il ne dort pas comme eux. Vous cherchez pour vous reposer un lieu chaud en hiver, frais en été, propre, où vous soyez à l'aise, où l'air vous arrive pur et limpide, tiède et parfumé; lui, le bohémien, semble choisir de préférence le gîte dont l'aspect seul fait reculer d'horreur. Presque toujours c'est une grotte naturelle, un éboulement, le caprice d'un bloc de granit ouvrant ses larges flancs par suite d'une commotion souterraine. Point de végétation autour, point de mousse, point d'eau. ”
M. B......., Revue des Deux Mondes
“ Pour vos lèvres purpurines, et il abat le taureau, mais contre toutes les règles du combat : et la foule de pousser des cris de mort ! Le Gitano perce le flot populaire, emporté par son fougueux coursier. Pourtant il veut revoir sa Monja, qui lui rend son amour avec toute l’ardeur d’une âme andalouse. C’est une scène délicieuse et déchirante tout à la fois, ornée de toutes les fleurs de la poésie. AMOUR. Je voudrais avoir autant de sens que les belles nuits ont d’étoiles, pour les occuper tous de notre amour ”
Collin de Plancy,
Dictionnaire infernal/6e éd., 1863
“ Ainsi restai-je deux jours pleins, et je serais resté bien davantage encore sans la mort d’un gitano, infirme et vieux, qui ne put se dispenser de payer sa dette à la nature, le premier peut-être de sa race qui mourût ainsi naturellement, tant il est d’usage que ces gens-là meurent à la potence. ”
“ Le Gitano fit en souriant un geste négatif qui terrifia le moine. Les contrebandiers n’avaient pas pris part à cette discussion, tant ils étaient empressés d’emballer en toute hâte les marchandises qu’ils comptaient avoir à bien meilleur marché, grâce à cet évènement. Le philosophe surtout chargeait, chargeait son cheval de telle sorte, que le malheureux animal ployait déjà sous le faix ; et pourtant le philosophe entassait toujours ballot sur ballot, disant tout bas : — Une fois sur la route de Vejer, il faudra que Dieu te prête les ailes d’un séraphin pour me rejoindre, moine. ”
“ — Par l’œil de saint Proco, je vous jure, mon compère, que le Gitano va débarquer à Matagorda. Ma digne tante Isabella, en revenant de l’île de Léon, a vu tous les gardes-côtes sur pied, et m’a dit qu’on avait posté deux vedettes dans le phare pour surveiller les évolutions du navire de ce damné, que l’on aperçoit au large. — Par la châsse de saint Iago, compère, le pêcheur Pablo arrive de Conil, et il vient de me répéter encore que la tartane aux voiles rouges est mouillée à une demi-portée de canon de la côte, et que tous les habits de cuir [1] sont en alerte... — On a abusé de votre crédulité, seigneur don José. ”
“ Le Bohémien était assis aux pieds de la nonne, ses coudes sur les genoux de la jeune fille ; il souriait avec amour à cette tête d’ange, et se prêtait aux caprices enfantins de la Monja, qui tantôt voilait ce front large et élevé, tantôt le découvrait en écartant son épaisse chevelure. — Ange de toute ma vie, dit enfin Rosita, je voudrais mourir ainsi, dans tes bras, mes yeux fixés sur les tiens, mes mains dans les tiennes ! — Non pas moi, mon amour ; c’est ainsi que je voudrais toujours vivre, répondit le Gitano. — Oh oui ! toujours vivre ainsi ; car vivre, c’est être près de toi ”
“ Le malheureux avait la cuisse brisée, et les os trouaient la peau. — Rosita, mon amour, ma Rosita, aide-moi,... répéta-t-il d’une voix faible. La nonne poussa un éclat de rire violent et saccadé, ses yeux s’agrandirent d’une manière effrayante, mais elle ne bougea pas. — Enfer ! la malheureuse devient-elle folle ? s’écria le Gitano, et il voulut prendre la main de la jeune fille, mais ce mouvement lui arracha un cri perçant. ”
“ Savez-vous, compère, que le bourreau est plus pâle que lui. Juana. Jésus ! le renégat n’a pas voulu d’un moine ; il est accompagné d’un curé. Quelle corruption ! Une voix. Mes seigneurs qui êtes devant, et qui voyez, dites-moi donc comment il est vêtu ? Juana. Tout de noir ; il s’appuie sur le prêtre, car sa blessure a l’air de le faire souffrir ; et puis ses fers le gênent. Jésus ! au lieu de penser à l’éternité, il s’amuse à respirer le parfum d’un jasmin ! Un homme. L’infâme ! il ne sourcille point. À la mort ! à la mort ! Le prêtre, soulevant la chaîne du Gitano. ”
“ La vengeance ! plaisir des hommes. Ce fut dans une de ces rues sales, étroites et fangeuses, bordées de hautes maisons sans fenêtres, dans la rue Moa-B’d’hal, je crois, à Tanger, que Fasillo se rendit après une heureuse traversée. Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis l’exécution du Gitano, et sa tartane, toujours cachée dans sa retraite impénétrable, avait échappé d’autant plus facilement aux yeux des garde-côtes, que tout Cadix était persuadé que le capitaine Massareo avait détruit le seul navire que le Bohémien eût jamais possédé ; ”
“ Je n’y comprends rien, maître, il est démon ou sorcier ; mon plaid rouge est devenu noir, et j’ai ébréché ma claymore en frappant sur l’aile satinée d’un jeune cygne. Word’Wok, Aventures de Ritsborn le bon fou. — Eh bien ! Bentek, dit le Gitano au vieux nègre, que veux-tu ? Pourquoi arriver ici en sautant et en te démenant comme un requin piqué par le harpon ? Mais Bentek, vivant au milieu de son équipage de muets, avait fini par prendre la parole en horreur et en perdre presque l’habitude ; aussi, il ne répondit au damné que par le monosyllabe de poûn... poûn !... ”
Valérie de Gasparin,
Andalousie et Portugal
(1886)
“ Fiers, lestes, bien découplés, courtois envers qui leur montre des égards, vite courroucés si l'on oubliait qu'ils sont des égaux, les Gitanos se sentent maîtres et libres. Ils ont leurs lois, et leur roi. ”
Adolphe Desbarrolles,
Deux artistes en Espagne, illustrés par Eugène Giraud
(1865)
“ En rentrant à l'auberge, on nous servit, apprêté à l'huile, un lapereau, produit de la chasse de Gitano. Notre table était dressée sous la porte cochère, à côté d'arrieros dont les voitures venaient d'arriver. Nous invitâmes de la manière la plus délicate l'homme au chapeau de paille, il accepta sans trop de façons, et quelques verres de val de Penas lui mirent un peu de joie au coeur. Un des mulets delà galère avait la bouche pleine de sang, je le fis remarquer au zagal. ”
Collin de Plancy,
Dictionnaire infernal/6e éd., 1863
“ Il semblerait, dit un auteur espagnol, que les gitanos et les gitanas n’ont été envoyés dans ce monde que pour y être voleurs ; ils naissent voleurs ; ils sont élevés parmi les voleurs ; ils apprennent à être voleurs, et ils finissent par être voleurs, allant et venant pour faire des dupes. ”
Jules Lacroix de Marlès, Gustave, ou le Jeune voyageur en Espagne… (1857)
“ Les Gitanos sont, en général, de couleur bronzée ; ils ont des membres bien proportionnés et une taille au-dessus de la moyenne. Ils sont robustes, alertes , nerveux; ils supportent gaiement toutes les intempéries du climat; ils passent les nuits en rase campagne, soit qu'ils se rendent aux foires, soit que déjà ils y soient arrivés. Ils ont la bouche très-grande et les lèvres grosses, le nez large, épaté, les pommettes très-relevées ; ils ressemblent plus aux nègres qu'aux Européens ”
Louise Colet,
Les Derniers Marquis — Deux mois aux Pyrénées
“ Ces Égyptiens ou gitanos conservent leurs mœurs à part ; vêtus de haillons pittoresques, ils gardent sur leurs visages des signes indélébiles de race : teint cuivré, dents blanches, cheveux crépus, lèvres épaisses et des yeux noirs brillants comme des escarboucles. Les gitanos se répandent dans les campagnes, jettent des sorts à qui les repoussent, tirent des cartes, disent la bonne aventure et font de prétendus sortilèges. Les femmes tressent des paniers, des espadrilles et des nattes de jonc ; les hommes tondent les mulets et les chiens. ”
Arthur de Guilloteau Grandeffe, Nouveau guide en Espagne, par Arthur de Grandeffe (1864)
“ Le roi des gitanos est don Anton de la Mar ou de la Paz. Il habite une maison située hors de la ville, sur l'Alhameda, et il donne ses audiences sur la place où débouche le pont qui mène à sa demeure. C'est un homme d'un abord facile et agréable; il est tout puissant parmi les gitanos, et Sa recommandation est d'une grande utilité si l'on veut, en Andalousie, assister aux réunions et aux fêtes de ce peuple, jouir des danses exécutées par les gitanos, entendre leurs chansons nazillardes ou leurs récits romanesques. ”
George Sand,
La Filleule
(1853)
“ Il me frappait jusqu’au sang ! — Ah ! les gitanos ! c’est horrible ! s’écria Morenita avec un accent de terreur et de détresse. — Les gitanos aiment pourtant leurs petits avec passion, reprit Rosario ; mais il faut que leurs enfants se soumettent à leurs idées, et quand l’un de nous veut agir autrement et traiter à sa guise avec le monde des étrangers, son père et sa mère le maudissent, l’abandonnent ou le font mourir. Mon père avait été si dur pour moi, que je n’ai pas pu le regretter ; mais c’était mon père, vois-tu, et je n’en dois pas moins haïr son assassin. ”
Collin de Plancy,
Dictionnaire infernal
“ Los gitanos son muy malos : Les gitanos sont de bien méchantes gens. Cette phrase proverbiale est de bien vieille date en Espagne. Selon les Espagnols, les gitanos ont toujours été des escrocs, des voleurs, des sorciers ; et ils ajoutent, chose plus difficile à prouver, heureusement : Les gitanos mangent de la chair humaine. Mais il est un autre crime qu’il est impossible de nier : Los gitanos son muy malos ; llevan niños hurtados a Berbería : Les gitanos sont très-méchants ; ils transportent les enfants volés en Barbarie... afin de les vendre aux Maures. ”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ GITANE (VERSION) DE LA BIBLE. Les Gitanes (en espagnol Gitanos) sont connus sous des noms divers : Bohémiens, en France ; Gypsies (d’É-jrj/pt-ien, parce qu’on les a supposés originaires d’Egypte d’où ils auraient été exilés pour avoir refusé l’hospitalité à la sainte Vierge et à l’enfant Jésus, G. Barrow, The Zincali, 1888, p. 90) , en Angleterre ; Zigeuner, d’où nous avons fait Tsiganes, en Allemagne ; Zingari, en Italie ; Heidenen (Boni, « homme, mari. » ”
