“ Après plusieurs aventures dont il est sorti perdant chaque fois beaucoup de ses illusions et un peu de ses plumes, il rencontre enfin sa consolation sous la forme de la merlette de ses rêves, de la merlette idéale. « Acceptez ma main sans délai ; marions-nous à l’anglaise, sans cérémonie, et partons ensemble pour la Suisse. — Je ne l’entends pas ainsi, me répondit la jeune merlette ; je veux que mes noces soient magnifiques et que tout ce qu’il y a en France de merles un peu bien nés y soient solennellement rassemblés. » ”
Merlette
Définition et enjeux
Citations sur “merlette”
Charles Louandre, Revue des Deux Mondes
“ L’aigle, image du triomphe, a son contraire dans la merlette, oiseau sans défense, c’est-à-dire sans bec et sans pattes, et qui représente la défaite. La merlette, dans le blason d’un chevalier, personnifie les ennemis qu’il a vaincus, et c’est pour cela, dit Wulson de la Colombière, qu’on la rencontre plus souvent en France que chez les autres nations. — Le léopard, que les héraldistes du XVIIe siècle, fidèles au souvenir des Bestiaires, font naître du lion et de la panthère, représente ceux «qui exécutent avec légèreté quelque entreprise hardie; » ”
Eidous, L’Encyclopédie, 1re éd.
“ L’alérion représenté ne paroît différent des merlettes, qu’en ce que celles-ci ont les ailes serrées, & sont représentées comme passantes ; au lieu que l’alérion est en pal, & a l’aile étendue ; outre que la merlette a un bec & que l’alérion n’en a pas. ”
“ Le Merle blanc, qui ne s'en doutait pas et croyait avoir découvert en elle un être unique au monde, se méfiant d'un pot de colle dont il n'apercevait pas l'usage, tenta une expérience qui fut désastreuse. Par le moyen de sa poésie, il s'excita à la tendresse et versa d'abondantes larmes sur sa compagne, ce qui fondit le badigeon, de sorte qu'il reconnut en elle la plus banale des merlettes. Bien souvent j'avais pleuré dans les bras de tante Dine: elle compatissait à mes maux sans rien perdre de ses couleurs. ”
Clair Tisseur , Le Littré de la Grand'Côte
“ MERLASSE, s. f. — Femelle du merle. Je connaissais un bon ménage où l’on avait eu la plus grande affection pour un merle, devenu mort. Au bout de l’an, le mari se prit à dire : Il y a pourtant un an aujourd’hui que notre pauvre merle est mort ! — Ah, reprit la femme en pleurant, si tu disais notre pauvre merlasse ! — Je te dis que c’était un merle ! — Et moi je te dis que c’était une merlasse ! — Chacun s’échauffant dans son dire, le dialogue finit par une bonne chauchée. ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ Je chante à voix basse la chanson que tu sais ; et l’oiseau, la fleur, l’étoile, l’abeille, le troupeau, le berger, le chien même, tout s’endort en même temps. Si une feuille frissonne, je me retourne ; il me semble que c’est toi qui murmures dans le val. Les grandes ombres s’étendent sur les grandes eaux, et je pleure. Rire et pleurer dans le même moment, cela te fait pitié, Merlin. Oh ! que de choses plus étranges dans le monde et que tu ne comprendras jamais ! ”
“ Les vergers fleuris nous envoyaient la douceur de leurs parfums. Mille fois mieux que les parfums, sa voix pénétrait tout mon être.Il y avait un merle. Que voulez-vous, l'amour est enfant! Il y avait un beau merle, fier et noir comme un petit corbeau. Le merle est un artiste campagnard qui vient volontiers faire un tour à Paris. Je ne sais pas d'oiseau mieux fait ni plus noble sous son plumage sévère. Et quel chanteur!Ce merle me parlait de la Bretagne presque aussi éloquemment que la chanson d'Annette. Les merles ne gazouillent pas, ils chantent. ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ MERLIN L’ENCHANTEUR À VIVIANE. « La mer est triste, le ciel immense, le monde est vide ; je te cherche, m’entends-tu ? Si tu regardes du rivage la profonde mer, ou si tu es assise à l’angle de la forêt, ou si tu cueilles l’herbe d’or, ou si tu lis dans le livre magique au sommet de la montagne, ou si tu écoutes le grillon du foyer, souviens-toi de Merlin. J’appelle, réponds-moi ! » ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ Interrogez (je vous y invite moi-même) les rossignols que vous rencontrerez, les papillons aux mille yeux, les perles au bord de la mer et les étoiles au collier de la nuit. Tous m’ont vu, tous ont pu me juger, quand moi-même je ne pouvais me voir. Il n’est pas une perle dans la mer, une étoile dans les nues, qui n’estime Merlin. Pressez-les, forcez leur confidence, quand vous serez seule avec elles. Interrogez même les songes. Qu’ils parlent librement ! et jugez-moi sur leurs paroles. Vous-même, Diane, vous ne reconnaîtriez pas le Merlin que vous avez connu. Plus de fantaisies, plus de vague ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ Je l’ai pris dans ma main et après l’avoir réchauffé de mon haleine, je l’ai porté à un endroit que le soleil caressait de son premier rayon. Le papillon ranimé a pris son vol. Je lui ai dit : « Tu cherches les fleurs, va donc vers Merlin, c’est lui qui les fait éclore. » Quand tu me répondras enfin, Merlin, ne manque pas de me marquer s’il a tenu sa promesse, lui qui me doit la vie. En dépit de tout, j’ai le cœur joyeux ; je ne puis rencontrer une biche sans être tentée de bondir comme elle. Je voudrais aussi chanter comme l’alouette ; pourquoi cela ? ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ Ce ne sont pas là des rêves, Merlin ! Comment se fait-il que les petits enfants sachent des choses que toi et moi nous ignorons ? Que faut-il craindre ou espérer de cette rencontre ? Je me suis baissée au bord des sources et j’ai crié : Merlin ! Merlin ! Mais une voix plus forte que la tienne a répondu, et depuis ce moment je frissonne. Une feuille qui tombe, un jonc qui se lamente, une branche sèche qui se rompt et qui gémit, tout me consterne. Je reste immobile, un doigt sur ma bouche. Il me semble qu’un grand événement, qui va tout changer, arrive à pas de géant. ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ La foudre est moins prompte à se précipiter des nues. Merlin se baisse et se relève. Effaré d’avoir trouvé un vivant là où il cherchait un mort, l’oiseau de proie frôle de l’aile l’enchanteur, jette un cri, perd une plume, disparaît au bout de l’horizon. Tous sont restés immobiles. La traversée a duré un jour. Personne n’a crié : Terre ! On aborde près de la caverne de Saint-Patrice. Précédé de Viviane, Merlin s’avance vers le domaine paternel qui s’ouvre là en spirale. Un moment l’angoisse l’a saisi, quand il a mis le pied sur le seuil. ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ « Vois, au moins, Merlin, ce que tu perds. » Le jour venu, Marina s’est assise sur le sable de la mer pour attendre celui qu’elle appelle son maître et son seigneur. Elle a attendu le lendemain et tous les jours suivants. À force de regarder l’azur de la mer, ses yeux sont devenus couleur d’azur. Plus d’un matelot, en la voyant de loin, a cru voir un marbre ciselé, tant elle est immobile. Moi-même, passant sur ces côtes, j’ai été dupe d’une illusion de ce genre. ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ Un autre jour il arriva qu’une fourmi pénétra dans le tombeau. Ces bêtes sont curieuses. Elle fut suivie d’une abeille au beau corsage d’or ; et l’enchanteur les entendit très-distinctement qui conversaient entre elles : « N’est-ce pas une grande injustice que le sage Merlin ne s’occupe que des hommes ? N’y a-t-il donc de sagesse que chez eux ? » Tels étaient leurs discours acérés. Ces simples paroles firent beaucoup réfléchir Merlin. Tout lui profitait ; il sentit l’aiguillon. Les plus petits insectes, aux yeux de rubis, l’instruisaient sur son art. ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ Sans délibérer, Merlin se jette à la mer. Le mouvement des lames chasse le sac palpitant sous une voûte basse, béante au pied d’un rocher rasant qui s’ouvrait en soupirail, à l’endroit le plus escarpé. Merlin suit à la nage ; il entre dans une caverne marine. Sous une coupole profonde, s’élève au fond une petite corniche, large au plus d’une coudée, seul endroit où le nageur puisse poser le pied. C’est là que vient échouer le sac de cuir. Merlin le saisit ; il le dépose sur la roche ; il l’ouvre à la hâte. Dieu du ciel ! le corps inanimé, glacé de Marina, retombe à ses pieds. ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ Ah ! Merlin, si tu allais me mépriser et croire mon âme abandonnée sans merci à ces puérilités ! Inventer des arabesques, les dessiner, les peindre avec des couleurs trempées de rosée sur l’aile d’un papillon ou d’une demoiselle qui vit une heure, cela te paraît bien misérable, ô grand enchanteur ! Oui, sans doute, il vaudrait mille fois mieux y écrire une de tes triades. Le soir vient ; je reste au bord du grand étang et je balance la branche d’amandier où se pressent dans le nid les petits du rouge-gorge. ”
Neel Doff,
Angelinette
(1923)
“ Derrière chez nous, il y a un merle qui a le langage le plus spirituel, le plus expressif, en même temps que le plus délicieusement modulé. Ah ! la chère créature ! si je pouvais la prendre dans le creux de la main et lui gratter doucement la tête, en signe de reconnaissance ! Toutes les bêtes aiment qu’on leur gratte la tête : si le merle se laissait faire une fois, il y reviendrait, et pour moi ce serait une grande joie. ”
P.- Ch. Joubert, Chasse aux oiseaux, manuel de l'oiseleur… (1856)
“ Oiseau chanteur, siffieur et même parleur, le merle s'élève aussi dans l'isolement. Le merle a surtout une mémoire remarquable ; ce qu'il a appris une fois, il s'en souvient toute sa vie ; mais sa voix n'a jamais la puissance d'articulation de celle du perroquet. Ce qu'il y a de mieux dans son organe et dans ses talents, c'est un sifflement qui est varié. Le merle est un oiseau très-facile à nourrir, à la condition de lui donner beaucoup d'aliments en graines et en restes de table de toute espèce. ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ N’entends-tu pas d’avance le ricanement de tous les êtres qui me poursuivront, moi, pauvre oiseau de nuit, hué par les oiseaux du jour ? Qui voudra croire à ma sincérité ? « C’est une nouvelle hypocrisie ! le voilà vieux, il s’est fait ermite. » Tu connais leur langage. Dans cette immensité de mondes, d’êtres, de créatures, d’anges, d’hommes, de démons, ou de fées, trouve-moi un seul être qui veuille se fier à moi, pour un moment. Toi-même, Merlin, avec toute ton ingénuité dont je t’ai raillé tant de fois, voyons ! ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ Tel avait été longtemps le cri des hommes. Vous pouvez donc aisément croire que le premier retentissement de la harpe de Merlin fut ouï avec allégresse de l’univers entier ; et certes, il n’y eut si petit être, ni si chétif, qui ne s’en réjouît en son âme, comme de sa propre félicité. Surtout, les petits des oiseaux au fond des bois se mirent sur le bord de leurs nids, et ils se disaient les uns aux autres : « Avez-vous entendu la harpe de Merlin ? » Sur quoi, tous les rossignols se prirent à chanter, ce qu’ils n’avaient pas fait depuis des siècles. ”
Amand Dubois, Autour d'une volière : oiseaux de France & oiseaux exotiques (1896)
“ William venait de sauver la couvée d'une destruction certaine; et bientôt l'émotion des oiseaux, et celle non moins grande des jeunes filles se calma. Faut-il décrire le merle, son vêtement sombre d'un beau noir de velours qui ne manque pas de distinction, son bec et le tour des yeux d'un beau jaune? Tous nos lecteurs le connaissent. Le merle vit de baies, et surtout de vers, d'insectes, de larves de toute espèce : son bec robuste, qui fait l'office d'une pioche, lui permet de saisir les proies cachées sous la mousse, dans les herbes, sous les feuilles, dans la terre humide. ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ Mais quand les lèvres de notre enchanteur eurent touché les lèvres de Marina (fut-ce là une œuvre de magie, ou est-ce l’effet d’un spécifique dont l’emploi doit être recommandé dans les cas semblables ?) les paupières de la jeune fille frissonnèrent et parurent se rouvrir un moment. Qu’est-ce que ce rapide espoir ? Presque aussitôt ses yeux mourants se referment, et cette fois, sans doute, pour toujours ; car ils sont scellés sous des grains de sable qui se sont collés dans l’interstice des paupières. Merlin aperçoit à travers les cils noirs le sable humide ; d’un souffle il le dissipe. ”
P.-J. Stahl,
Contes de l'oncle Jacques
(1892)
“ BIOGRAPHIE D'UN MERLE C'était un aimable petit être qui ne fit jamais de mal à personne. Comme il passa l'une des deux années dont se composa sa vie enfermé dans une cage, il ne trouva guère l'occasion de se distinguer, si ce n'est en devenant le plus apprivoisé et le plus affectueux des oiseaux de son espèce. Tous, tant que vous êtes, vous connaissez bien les merles, ces jolis oiseaux au plumage noir, le bec et les pattes d'un jaune orangé, qui ont une tournure si svelte, des allures si vives, qui comptent parmi les plus remarquables de nos virtuoses ailés ? ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ CONVERSION DE L’ENFER I Viviane semait, à cette heure-là, des champs de narcisses et de fraisiers sauvages sur la lisière de la forêt. Un frémissement dans les feuilles se fait entendre ; elle tressaille et voit sortir d’un massif de chênes centenaires le même être qu’elle avait déjà aperçu une fois. Il était déguisé, à ce moment, en vieux prince et semblait s’être égaré à la chasse. D’une main il portait un lourd épieu, et de l’autre un fuseau. Elle aurait voulu fuir ; le temps lui manque. Elle appelle Merlin ; la parole expire dans sa bouche. ”
L. Pourret, Éléments usuels des sciences naturelles… (1892)
“ La finesse du merle n'est peut-être, au fond, qu'une timidité farouche, qui fait que l'oiseau, solitaire par défiance, ne se laisse jamais approcher. Son bec long et grêle est jaune pâle. Son plumage est d'un noir de fumée qu'on peut trouver peu agréable et quelque peu sale; mais il a un grand charme qu'on ne peut nier, c'est son incomparable talent de siffleur. Le merle se nourrit de vers et d'insectes. 369. — La grive, qui, pour bien des naturalistes, n'est qu'une espèce du genre merle, préfère les baies et les fruits charnus. Son plumage, de couleur terne, est assez agréablement tacheté ”
Charles Monselet,
Petits Mémoires littéraires
“ Sur les genoux... ah ! c’est vrai ! Et, tout en se dirigeant vers le piano, il se demande quelle est celle de ses compositions qu’il fera entendre. Il se décide pour le Merle, de M. Jean Richepin, une charmante chanson dont voici le début : Merle, merle, joyeux merle, Ton bec jaune est une fleur, Ton œil blanc est une perle, Merle, merle, oiseau siffleur ! Cabaner déplie son rouleau, y prend un morceau de musique, le roule en sens contraire, le laisse tomber, le ramasse ; enfin, il l’assujettit sur le pupitre du piano. Il prélude. Sa bouche s’ouvre : Merle, merle.... ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ VIVIANE À MERLIN.Ruines de Montmort, mois de l’aubépine fleurie. Ma marraine joindra cette lettre à toutes les autres ; elle m’a promis de te la remettre en main propre, dût-elle perdre la saison de la chasse. Chaque jour j’apprends à la connaître mieux. Oui, Merlin, je le sens, je survivrai encore malgré toi. Des bouffées d’espérance s’exhalent de mon cœur ; les sources éternelles qui partout en ce moment jaillissent du rocher ne sont rien auprès de cette vie d’amour qui s’est amoncelée dans mon sein. Ah ! que j’ai soif d’aimer ! ”
Edgar Quinet,
Merlin l’enchanteur
“ Quand la pierre était dressée, il prenait Viviane dans ses bras et l’aidait à y monter. Viviane s’élançait comme la chèvre sauvage sur le rocher, elle souriait à l’enchanteur. Pour lui, toujours sérieux, il la contemplait en silence et l’adorait. Quand vous rencontrerez quelque part un de ces dolmens mystérieux au milieu des landes, dites hardiment : le puissant Merlin a remué ces pierres. L’amour voit tout, sait tout, explique tout. ”
Eugène Sue,
Les Mystères du peuple
“ « — Pendant qu’Alain était au palais, sa grand’mère voit passer Merlin devant sa maison. » — Merlin, d’où viens-tu avec tes habits en lambeaux ? — Où vas-tu ainsi nu-tête et nu-pieds ? — Où vas-tu ainsi, vieux Merlin, avec ton bâton de houx ! » — Hélas ! hélas ! je vais chercher ma harpe, consolation de mon cœur en ce monde. — Je vais chercher ma harpe et mon anneau, que j’ai perdus tous deux. » — Merlin, Merlin, ne vous chagrinez pas ; votre harpe n’est pas perdue, — ni votre anneau non plus. — Entrez, Merlin, venez vous reposer et manger un morceau avec moi. ”
