Renaud-Joseph de Bernard de La Frégeolière, A tire d'ailes : carnet de vol d'un aviateur et souvenirs d'un prisonnier (1916)
“ Le wagon dont chaque tour de roues nous emporte vers l'Allemagne sonne la ferraille et trépide; tous se sont allongés, les pieds et les jambes encastrés les uns dans les autres, si serrés que les membres s'engourdissent; je me blottis entre deux fantassins qui partagent avec moi la moitié de leur capote ainsi qu'un fond de bidon d'eau sucrée, et, la tête posée sur mes souliers, en guise d'oreiller, j'ai perçu dans ma torpeur d'interminables arrêts, puis Valenciennes en pleine nuit, où l'on entendait encore dans le lointain crépiter la fusillade et tonner le canon. ”
