“ L’équipage, dis-je, qui avait un vocabulaire habituel assez peu édifiant, jurait, sacrait, roulait les R en ballottant le nom de Dieu dans ses clameurs, à tel point que ce ne fut qu’après trois ou quatre cris : « Au feu ! » que la voix du grand panneau et celle du matelot timonier, qui lui servait d’écho, parvinrent sur le gaillard d’avant. — Au feu ! Au feu ! Et la voix se tut. — Au feu ! répéta-t-on de toutes parts. — Où est le feu ? dit le capitaine, qui monta à l’instant sur le pont, le visage tout effrayé. — Le feu ! bon Dieu ! s’écria M. Dupuis. Sainte Vierge ! ayez pitié de nous ! ”
A. Jal
Résumé
Revue des Deux Mondes, rédaction collective dirigée par A. Jal, est une publication littéraire et intellectuelle du XIXe siècle qui aborde les enjeux maritimes et militaires à travers des récits et des analyses approfondies. L’œuvre met en scène des personnages comme Adolphe, Euryeul ou Grivel, des matelots et officiers confrontés à des situations critiques, telles qu’un incendie à bord d’un navire ou des manœuvres tactiques.
Les thèmes dominants — marine, vaisseaux, équipages — s’inscrivent dans un contexte historique marqué par la rivalité navale entre la France et l’Angleterre, ainsi que des références à Louis XVIII et aux États-Unis. À travers des dialogues tendus et des descriptions de la vie à bord, l’ouvrage souligne l’importance stratégique de la marine, tout en dénonçant les faiblesses politiques et économiques de l’époque.
Citations de Revue des Deux Mondes (A. Jal)
“ Si vous ne croyez pas qu’il faille des vaisseaux et des marins pour protéger votre commerce et défendre votre honneur au loin, tout est dit. Mais, au moins, n’allez pas débiter partout que, si vous renoncez à la marine, c’est parce que la France n’en peut pas avoir. Elle le peut, car elle l’a pu déjà. Belle et heureuse économie que de réduire le budget de la marine, parce que l’Angleterre est un colosse, dit-on, avec lequel on ne peut pas lutter ! Ainsi voilà l’argument : « Il ne faut pas faire des efforts inutiles ; l’Angleterre est trop forte ! » ”
“ Ton sort est lié au mien... — Que faites-vous là, imbéciles, à me regarder ? s’écria Adolphe en s’interrompant et se précipitant au milieu de l’équipage, qui paraissait glacé d’effroi. Parce qu’une femme devient folle, faut-il que vous deveniez fous ? Madame Oppic fondit en larmes, et M. Dupuis marmotta entre ses dents : — Ayez pitié d’eux, Seigneur, parce qu’ils ne savent ce qu’ils font ! — Allons, reprit le lieutenant, qu’on monte ici tout ce qu’on pourra de vivres, d’objets les plus précieux, et nous aviserons ensuite à fermer l’abîme qui se creuse sous le pont. ”
“ Oui, dit le lieutenant qui partit tout-à-coup à l’escalier de la chambre, l’œil rouge, et la face empourprée comme un homme qui aurait échappé à l’asphyxie ; oui, prions, il est temps, car le feu est à bord et le navire aux mains de gens incertains, ou qui disent des patenôtres ! Prions, car l’incendie ne s’éteindra pas, à moins, ajouta-t-il, avec un sourire où il y avait moins de colère que de pitié, à moins que le crédit de M. Dupuis au ciel ne nous tire d’affaire. Il arracha alors sa cravate qui l’étouffait et la jeta au vent. ”
“ L’eau qu’on jetait abondamment sur le pont ne suffisait pas à comprimer la fumée ; elle s’échappait plus noire et plus dense près du panneau qui descendait à la chambre. À mesure qu’elle s’épaississait et qu’elle sortait par une nouvelle issue, le capitaine paraissait plus calme. Chaque bouffée était une cause d’émotion pénible pour tout le monde ; pour lui, c’était un motif de joie. Il ne respirait plus que la vengeance ; le lieutenant l’avait blessé, l’équipage avait rendu terrible l’agonie de son amour-propre. Le calfatage recommença ; mais alors on parla de fuir dans des embarcations. ”
“ Encore une fois pardon, monsieur le comte, mais le fait est impossible ; si un simple aspirant de marine pouvait décemment proposer un pari à un officier-général, j’aurais l’honneur de parier avec vous que Bonaparte ne marche pas seul vers Paris. Il est dans la partie de la France qui lui est le plus dévouée. Lyon est fort napoléoniste, demandez plutôt à monsieur qui est de cette ville aussi bien que moi, et qui y a conservé des relations. Tout ce qui environne Lyon pense à peu près de même ; loin donc que Bonaparte y ait perdu son escorte, il a dû l’y grossir. ”
“ Pourquoi ne déciderait-on pas en principe qu’un matelot de six ans de service commençant seulement à être marin, il est nécessaire de le garder huit ou neuf ans de plus pour que son apprentissage ne soit pas perdu ; que, la marine est en dehors du droit commun établi par la loi du recrutement, et que son service ne peut se régler comme celui de l’armée de terre ; que cependant il faut, puisque c’est une charge énorme, la faire supporter à tous les citoyens, et que le sort décidera entre les conscrits de la carrière à laquelle chacun sera appelé ? ”
“ Long-temps madame Oppic resta assise sur le banc de quart à côté d’Adolphe sans lui adresser une parole ; celui-ci avait l’œil attaché sur les coutures mastiquées, et il épiait attentivement la fumée qui heureusement ne sortait plus. Madame Oppic prit enfin la main de son mari ; il ne s’en aperçut pas. – Qui vous préoccupe ainsi, monsieur ? dit-elle d’une voix émue. Le lieutenant garda le silence ; il n’avait pas entendu. Puis, tout-à-coup, sortant de sa rêverie : — Jacques, dit-il à un homme qui était debout contre le grand mât, du mastic ; vite, vite, du mastic ! ”
“ Malheur peut arriver : on l’acceptera ; mais on ne l’ira pas chercher follement. Le bateau allait droit à la goëlette. — Que tout le monde, excepté deux ou trois marins, se couche sur les barriques, et silence ! Si on nous hèle, je répondrai. On se coucha, comme l’avait ordonné le capitaine. — Je crois qu’elle nous a reconnu, dit Grivel, qui remarquait que, depuis un moment, la goëlette était comme en panne. Pris pour pris, autant vaut ne se faire harponner qu’après avoir fait du mal à son ennemi. Je cours sur elle ; je l’aborde en plein, et il en arrivera ce qu’il plaira au ciel. ”
“ Si l’intercession de la vierge Marie est inutile ; si le ciel a condamné la Julie à périr par le feu, tout est dit, et c’est à la mort seulement que nous devons songer. Alors je vous demanderai pardon du tort que je vous fais à tous de la vie ; et j’espère... Maître Pierre l’interrompit : — Vieux capucin, assez de prône. Il n’y a sous ta perruque qu’une tête vide ; prie, c’est bien, mais ne décourage pas nos gens. La fumée sortait avec violence par toutes les voies ouvertes ; l’incendie gagnait vers le grand mât. — Eh bien ! nous restons les bras croisés ! ”
“ Des hommes comme moi savent que, pour Napoléon, nous sommes à peine des unités, quand nous sommes libres et à nos postes, et que nous valons moins que zéro quand nous sommes prisonniers. Comptez sur l’empereur pour votre délivrance, et vous attendrez ! — Je suis de l’avis de M. Legras, reprit le colonel. L’empereur a bien autre chose à faire que de songer à nous : il ne manque pas d’officiers et d’employés des vivres. Simples soldats, nous aurions plus d’espoir qu’il pensât à nous ravoir : aussi n’est-ce pas là-dessus que je base mon refus d’agir, comme le veut Grivel. ”
“ Ce qu’il y avait d’inquiétude, d’assurance, de tristesse morne, de joie mal dissimulée, de crainte et d’espérance sur la physionomie de cette grande cité qui avait tant regretté Napoléon et si bien fêté Louis xviii, ne saurait se dire. Il fallait voir les vieux courtisans des Bourbons accourir dès le matin aux Tuileries pour savoir si la rumeur publique ne les avait pas abusés ! Il fallait voir, allant de l’un chez l’autre, les anciens dignitaires de l’empire pour se féliciter du succès d’une entreprise dont ils avaient la confidence, et que rien désormais ne pouvait empêcher de réussir ! ”
“ Ici, il faut être juste ; la tâche est plus à la nation qu’au ministère. Que le pays aime et sente la marine, et la marine sera. Franchement, la chambre des députés n’entend pas cette question ; elle est parcimonieuse, quand elle devrait être large. Si la guerre éclatait, si les Anglais avaient des avantages, que le nombre de leurs vaisseaux, bien mieux pourvus que les nôtres de matelots exercés, rend présumables, les députés diraient peut-être : « Vous voyez bien qu’il n’y a pas moyen de soutenir la lutte ; ils sont plus marins et plus forts que nous ! » ”
“ Le gouverneur de Cadiz ne nous laisse aucune alternative : son ordonnance est positive, expresse ; mais je me moque, moi, de l’ordonnance de M. le gouverneur. Empêche-t-elle tous les jours des matelots et des soldats de se jeter à la nage, dans l’espoir de gagner la côte ? Combien se sont échappés ainsi ! — Et combien ont péri ! dit un colonel. — Beaucoup sans doute. Tout ce qui a été capturé en état d’évasion a été tué. Un ponton et des soldats pour fusiller, j’aime presque autant cela qu’un ponton avec des soldats pour me faire mourir à petit feu. La mort, disiez-vous tout-à-l’heure ! ”
“ C’était un jeune capitaine des marins de la garde, homme d’entreprise et de raison, capable de concevoir un plan hardi, capable aussi de le bien exécuter, bon marin, bon officier de troupes ; ne connaissant aucune crainte, fort d’un grand sang-froid, hardi jusqu’à la témérité ; que vous dirai-je ? un de ces hommes qu’on traite de fous jusqu’au jour où ils ont réussi ; un de ces hommes qui arrivent infailliblement, quand la mort ne les arrête pas en route. ”
“ Tout ce qui l’entoure lui reste étranger ; il court par la pensée dans les plaines de Belgique, au grand galop de son cheval blanc ; il presse ses régimens ; il parle aux soldats ; il multiplie ses ordres ; il fait déployer ses longues colonnes pour opérer un grand mouvement, décisif peut-être... ! Tout à coup l’empereur se leva, et nous nous levâmes tous. Près de moi était un nègre, un officier décoré, chef d’escadron de chasseurs à cheval, député de je ne sais quel département. Comme moi, il avait étudié avec un intérêt soutenu la figure de Napoléon. ”
“ Les Anglais l’appellent ship’s people, le peuple du vaisseau, comme les Hollandais scheeps volk. L’équipage se compose de tous les hommes embarqués pour le service du bâtiment, à l’exception de l’état-major. Le mot équipage, appliqué aux harnais du cheval, vient évidemment de equum parare, préparer ou parer le cheval ; tout ce qui ensuite est devenu costume complet, parure, ensemble d’outils et ustensiles, s’est appelé équipage ; on a un équipage de guerre et de chasse, équipage de canon : on a pu avoir équipage de navire, pour exprimer le gréement, et par extension, les hommes. ”
“ Louez Dieu, remerciez Dieu ; mais ayez pitié de l’empereur ! Ne voyez-vous pas que son sang bout, qu’il veut partir ? Son œil vous demande un cheval ! Amenez-lui son cheval de bataille ! Comme le Richard de Shakespeare, il donnerait son royaume pour un cheval ! Ôtez lui son manteau lie-de-vin, son épée de théâtre, sa coiffure de velours à plumes ; rendez-lui son habit vert, et ses petites épaulettes, et son épée de général et son petit chapeau sans panache si connu de ses grognards ! Il n’entend plus vos tambours ”
“ Adieu donc, messieurs les prudens ; achetez du tabac, car vous avez pour long-temps encore à fumer. Quant à nous, avant une heure, nous serons à terre ou morts. Les derniers mots arrivèrent à peine au ponton, d’où la barque s’éloignait avec une extrême rapidité, poussée par le vent et portée par la marée descendante. Le feu des canonnières ne cessait pas. Grivel avait fait coucher dans le fond du bateau tout son équipage de fugitifs ; il était seul debout, et au besoin, Sastre le matelot, Belleguy, Legras, Ville ou Vergès, venait à l’écoute pour aider la manœuvre de la voile. ”
“ La nation aura-t-elle encore ce sentiment aveugle de dévotion à l’empereur qu’elle lui avait voué jadis ? Ne lui gardera-t-on pas rancune de l’Espagne et de Moscou ? Les idées libérales que l’opposition aux Bourbons a développées déjà dans les classes élevées et moyennes, ne seront-elles pas exigeantes envers lui ? Le peuple qui fut blessé de l’octroi de la charte ne le sera-t-il pas aussi de l’octroi de l’acte additionnel aux constitutions de l’empire ? Une première parole violée ne jettera-t-elle pas le pays dans la défiance ? ”
“ Madame Oppic ne pleura pas ; elle avait sauvé le plus précieux des biens pour elle. Adolphe était content aussi ; cependant sa pacotille brûlée lui revint un instant en mémoire. M. Dupuis, tranquillement assis à terre, entouré de son manteau, regardait d’un œil sec et indifférent la scène qui se passait autour de lui. – Il faut être bien philosophe pour ne pas laisser échapper un soupir à l’aspect d’un si grand désastre, dit le lieutenant, que cette apparence de résignation étonnait. ”
“ On sait assez que les combats de bâtiment à bâtiment n’ont presque jamais été défavorables à la marine française ; les batailles ont été malheureuses au contraire, et c’est une des raisons qui font croire à bien des gens que nous sommes inférieurs aux Anglais. La révolution et l’empire ont eu le tort de faire la grande guerre maritime ; ils ont perdu des escadres et des armées qu’il fallait ne pas exposer à ce malheur, parce qu’en effet, alors les Anglais nous privaient de manœuvres. Le personnel de notre marine était riche en hommes braves, mais pas en habiles commandans. ”
“ Le Champ-de-Mars offrait un coup d’œil magnifique, mais que l’enceinte politique avait un aspect différent ! Là, enthousiasme, ardeur militaire, patriotisme exalté ; ici contrainte, réserve, défiance. La garde nationale de Paris rivalisait de tenue avec la garde impériale qu’on avait réunie en un instant ; mais ce n’était pas le même élan d’amour pour Napoléon. Elle défila en beaux pelotons, bien formés, marchant à merveille, mais trop souvent muets. ”
“ Vois, que le ciel est beau ! la mer et le vent sont favorables à notre navigation ; rien n’annonce un changement qui puisse nous alarmer. La brise nous seconde, et ne soulève pas les lames de manière à fatiguer le bâtiment et à faire craindre pour sa mâture. Si les circonstances où nous sommes restent les mêmes, si nous veillons toujours avec soin à comprimer l’incendie, avant peu de jours, nous aborderons une des Antilles. La Julie marche bien, tu le sais. — Oui, mais si nous trouvons la tempête ! reprit en soupirant, madame Oppic. ”
“ On criait peu, on regardait ; on était plus surpris que joyeux, parce que tout cela avait l’attrait d’un drame encore à sa péripétie. Et puis, ce peuple qui était sur le Carrousel se rappelait que très-peu de mois auparavant, il avait fait au comte d’Artois et à Louis xviii une réception où la joie était allée jusqu’au délire. Il lui fallait voir l’empereur au grand jour ; il lui fallait un de ces regards fascinateurs dont Napoléon savait si bien l’effet sur les masses mobiles du peuple parisien, pour prendre son parti d’une nouvelle inconséquence, d’un retour à ses anciennes affections. ”
“ Le paroxisme de la fureur, à laquelle le capitaine s’était abandonné depuis que l’équipage l’avait outragé, céda enfin à quelques bonnes paroles d’Adolphe, et tout prit sur la Julie une attitude plus tranquille. La nuit vint : on s’arrangea comme on put pour prendre quelque repos. Tant d’émotions successives avaient fatigué les plus forts ; le sommeil vainquit les plus craintifs. On dormit sur le volcan, comme on aurait dormi, si aucune raison de trembler pour sa vie n’avait pu traverser les songes. ”
“ Il est cruel aussi de quitter ses foyers pour aller à l’armée ; il est cruel d’être pris par la loi du recrutement, quand la guerre se déclare ; il est cruel, la campagne commencée, si elle dure vingt ans, d’être retenu sous les drapeaux tout ce temps-là, lorsqu’on ne se doit à la patrie que six ans seulement. — La nécessité. — C’est justement ce que nous allions vous dire : la nécessité. La marine a d’impérieuses nécessités ; elle ne peut exister sans matelots, et ceux que la loi du recrutement lui donne à présent sont à peu près comme s’ils n’étaient pas. ”
“ L’empereur se montra au balcon de bonne heure ; un cri général : « Le voilà ! le voilà ! Vive l’empereur ! » salua son arrivée. Il était sans chapeau et remercia de la main. Il avait sa capote grise, usée, trouée ; reste de cette capote historique qu’il n’avait pas manqué de mettre aussi en entrant à Lyon, pour frapper la population lyonnaise du spectacle de la misère qu’on avait faite à sa royauté de l’île d’Elbe. ”
“ Nous avons dit qu’on ne sait pas assez en France ce que c’est que la marine ; nous nous efforcerons de la faire connaître. Discussions, drames, tableaux, portraits, définitions, toutes les formes nous seront bonnes pour arriver au but que nous nous proposons. Nous appelons la coopération de tous les hommes spéciaux qui savent mettre la science et l’observation à la portée des gens du monde. Ce sont les salons qu’il faut commencer à instruire ; c’est à eux qu’il faut d’abord parler la belle et difficile langue de la marine. ”
“ Quant à être moins marins, nous le nions. La France a moins d’idées de marine ; elle en a trop peu, ce qui nous désole. Mais ses marins sont aussi bons que ceux de l’Angleterre. Voyez nos matelots des localités maritimes, ils sont excellens. Quant aux officiers, nous ne voulons pas rabaisser le mérite de ceux de l’Angleterre, mais il est un fait certain, c’est que les nôtres sont en général plus instruits, et aussi bons manœuvriers. Nous parlons de ceux d’aujourd’hui que quinze ans de navigation continue ont formés, de telle sorte que dans toutes les mers, ils peuvent se montrer avec avantage. ”
“ Il était trop bon, trop indulgent pour soupçonner la vertu de madame Oppic, et accuser Adolphe ; il croyait à une malédiction du diable, et il cherchait à en combattre les funestes conséquences. Le pauvre homme fut pris d’un tremblement que le jour ne fit pas cesser ; l’espèce d’hallucination sous l’influence de laquelle un baiser donné l’avait mis se dissipa à peine, lorsque tous les passagers lui eurent affirmé que le démon n’était pour rien dans la scène dont il avait été effrayé, et que c’était la chose la plus naturelle de voir deux jeunes gens s’aimer et se le témoigner. ”
“ On avait donné ordre qu’on arrêtât Napoléon entre Paris et Lyon ! Et qui avait donné cet ordre ? à qui cet ordre avait-il été donné ? On rirait de Darius s’il avait dit avec confiance : « J’ai donné ordre qu’on arrête Alexandre. » Et Darius avait huit cent mille soldats ! et après tout c’était Darius ! Mais Alexandre et Bonaparte ne s’arrêtaient pas ainsi ! La confiance du bon M. de Viomesnil, les courtisans, dont l’événement dérangeait les habitudes, la partageaient, ou cherchaient à se la donner. Leurs propos étaient à cet égard les plus plaisans qu’on puisse imaginer. ”
“ Le système des salaires aux États-Unis est très-économique, nous ne pouvons que l’admirer ; mais nous devons dire qu’il serait inapplicable en France. Il y a dans les institutions maritimes de l’Amérique beaucoup de choses qu’on pourrait importer chez nous, où tous les rouages de la machine administrative sont si horriblement compliqués. Plaise à Dieu que l’amiral français qui est aujourd’hui à la tête du département de la marine ait une volonté assez forte pour réformer tous les abus que notre civilisation vieillie a introduits dans l’organisation du service ! ”
“ Pour les exécutans, la musique était un heureux travail. On s’appliquait à être agréable à ses compagnons, comme s’il se fût agi de plaire à un parterre d’artistes : c’était tout ce qu’on avait en vue dans le succès. La vanité n’y entrait pour rien. Le chef de musique de la quatrième légion, Perret, jouait fort bien de la clarinette ; on l’applaudissait, et il était heureux des bravos qu’il recueillait, autant qu’un médecin quand il a fait sourire son malade. Les musiciens de la Vieille-Castille furent pour beaucoup dans les distractions que les prisonniers tâchaient de se procurer. ”
“ Que tout ce qu’on a ici de couvertures, de matelas, de manteaux soit mouillé et appliqué sur les voies calfatées ; que le pont soit immergé d’heure en heure ; que les manœuvres de force soient faites avec ménagemens, de peur d’un trop grand ébranlement dans le mât de misaine, dont le pied doit être brûlé par le vitriol. Nous serons avertis, par la chaleur du pont, des progrès intérieurs du feu ; quelque grande qu’elle soit, n’ayez pas peur ; de l’eau partout et toujours ; et ouvre l’œil ! aux moindres fentes d’où s’échapperait un peu de fumée. ”
