“ Les Meinteurs sortent en cortège vers le fond. Quelques meinteurs rentreront dans le café et s’attableront ; ils allumeront leur pipe et joueront aux cartes... d’autres viendront s’asseoir et boiront de la bière.Bosret et Warnon, tous deux aveugles, vont en tâtonnant vers la terrasse. Wérotte les guide plus ou moins. Ils se tournent vers Namur dont on voit dans le fond la porte de La Plante, une arche du pont de Jambes, les toits des maisons, les murailles de la Citadelle, César, Joyeuse, le donjon — dans le fond en grisaille, des toits et la colline de Bouge. Ils s’asseoient. ”
Résumé
“Meuse”, est une œuvre de François Bovesse. Des thèmes tels que la Meuse, Warnon ou Jacques d'Arc y sont abordés.
Citations de Meuse (François Bovesse)
“ TCHANTCHÈS. Allons, ainsi, vous autres, et, en route, pour le crâmignon. Chantons notre terre bien-aimée comme la chanta Defrecheux. Célébrons la vierge adorable, l’image douce et fière de notre pays de Meuse. Allons, main dans la main, par les prés embaumés où glisse la rivière, où passa l’enfant pure, si légère que les herbes n’étaient point couchées où elle avait passé. (Orchestre.) Il prend la tête du crâmignon qui se forme et où tous vont s’unir. L’orchestre mêlera aux airs du crâmignon le bruit de la vie ardente de Liège et le chant du Valeureux Liégeois. Le crâmignon va se dérouler. ”
“ Une sonnerie de trompettes, fifres et tambours éclate toute proche. Des enfants, insouciants, gambadant, surgissent de la droite en criant : Les voilà ! les voilà ! les voilà ! Les femmes sont toutes à genoux serrant dans leurs bras leurs enfants. Les hommes farouches, tête basse, debout. Le prêtre, debout, les mains jointes.Entrent le sire de Charolais en brillant équipage que précèdent d’abord les tambours, fifres et trompettes, puis, poussés par des hommes d’armes, à reculons, des bourgeois de Dinant portant sur des coussins les clefs de la ville. On les houspille. ”
“ Charlemagne les bras croisés devant le visage, tête baissée se courbe, titube, s’enfuit, tandis que l’on entend les hennissements de Bayard et les sonneries du cor qui lentement s’éteignent.MAUGIS, se tournant vers les fées. Et maintenant mes belles, à votre tour, dansez. LE PREMIER NUTON. Légères, comme des libellules sur un ruisseau bondissant. LE DEUXIÈME NUTON. Souples, comme des truites en rivière. TROISIÈME NUTON. Rapides, comme l’hirondelle rasant le sol avant la pluie. QUATRIÈME NUTON. Et belles... comme ma belle du moulin. ”
“ La toile représente la vieille ville du côté de la Sambre ; dans le fond à droite les grands malades, la roche de Lives, l’horizon de plateaux ; on devine un coin de Sambre ; on voit dans le lointain un peu de Meuse. C’est l’heure où le soleil vient de se coucher et où va commencer la nuit — léger brouillard — des lumières, une à une, s’allumeront — jeux de lumière du couchant et de crépuscule sur les toits. ”
“ LA FÉE ESPACE. La lune, à l’Orient se lève, rousse dans le ciel de cendre grise. LE DIEU TEMPS. La ville va s’endormir. Au long des collines, les brouillards traînent leurs blanches écharpes par les prés. ”
“ La Meuse ne se donne bien qu’à ceux qui la respectent. Sa beauté n’apparaît qu’à ceux qui l’aiment, comme elle demande à être aimée, avec tendresse. LE PREMIER VIEUX. C’est une fée. LE SECOND VIEUX. C’est une déesse. Autrefois, dans les vieux temps, à certains endroits, on jetait dans ses eaux, comme une offrande, des pièces d’or. LE PREMIER VIEUX. Et dans les fins d’après-midi comme celle-ci, tout le métal vermeil qu’on lui offrit jadis, elle le fait danser à la lumière du soleil. Entrent les danseuses qui sont tous les rayons du soleil, habits légers pailletés d’or. ”
“ LE DIEU TEMPS. La douce Lumière qu’accompagnent les brumes, la lumière de Meuse pareille à une perle bleue dans un écrin de satin gris. LA FÉE ESPACE. Lumière exquise qui fond le village et la terre, la forêt et le ciel et qui semble une cendrée légère jetée sur les feux du soleil, lumière tendre au regard, enveloppante comme le bras d’une amante, délicate comme le contour, savoureuse comme le parfum d’un fruit. ”
“ Les deux vieux se sont tus ; ils allument leur pipe ; ils se tournent vers la Meuse. Parfois ils feront un léger geste pour se montrer quelque chose. Ils dodelinent de la tête. L’un d’eux s’endormira. Ils sont en état de grâce.Le ballet terminé, deux amoureux entrent, sens opposé à celui où sont assis les deux vieux. Elle porte une robe claire ; elle a dans les bras un énorme bouquet de graminées, de marguerites, d’églantines, de reines de pré. Il y a dans la prairie une meule de foin qui les dérobera aux deux vieux... ”
“ Verdun. C’est la nuit. Ce sera bientôt l’aube. Le bord de la rivière. Un arbre au pied d’une prairie qui baigne son pied dans le fleuve. Dans le fond à gauche, très au fond, dans le lointain, Verdun ; sur la droite, un village, Vacherauville. Quand le rideau s’ouvre, on ne voit que deux ombres courbées. Ce sont deux soldats, en bleu horizon, casque en tête, boueux. Le paysage sortira progressivement de la nuit. ”
“ Ce seront les abeilles, les libellules, les martinets, les corneilles, les rayons du soleil. Le dieu Temps entre par le fond ; il marche lentement la main dans la main de la fée Espace. Ils s’avancent jusqu’au proscénium tandis que l’orchestre dessine déjà le motif du chœur qui terminera la scène. Les Roches et les Eaux sont immobiles. Pendant le dialogue, le dieu Temps et La fée Espace monteront et descendront en scène, s’adressant aux Roches et aux Rivières, le dialogue alternant avec les danses. ”
“ Ils sont là, son oncle Lassois et d’autres paysans françois se pressant avec leurs compagnes, parmi les héros et les pairs dans la cathédrale dont l’air d’encens et de Noëls s’emplit. La foule chante au milieu du chant des orgues : Noël ! Noël ! Noël ! ”
“ LE DIEU TEMPS. C’est un des héros de Verdun, un martyr anonyme du grand martyre, une souffrance parmi la grande souffrance, une larme parmi des milliers de larmes sur un visage en pleurs. LA FÉE ESPACE. Un homme parmi les hommes qui, dans l’espace et le temps, aux bords de Meuse, payèrent, de leur vie, la vie de leur sol et sa force et sa grâce, un homme de Verdun. ”
“ LE DIEU TEMPS. Car la voie millénaire où passa le barbare à la bouche tordue de fureur, est celle aussi par où s’avança la civilisation une chanson aux lèvres. L’esprit survit à la matière et la grâce renaît triomphante là où crut vaincre, insensée, la violence. ”
“ Vous n’aurez point brisé de Liège, la caboche. LE DIEU TEMPS. L’âme de ceux de Fexhe et des Franchimontois. La fée Espace émue, tend les mains vers le groupe des héros de la liberté.TCHANTCHÈS. Y ne faut pas pleurer, sais-tu Madame ; si nous avons la tête dure, nous aussi, nous avons l’âme tendre. ”
“ La toile de fond représente une tonnelle au bord de la Meuse. Dans le fond, le pont, la collégiale avec sa rose, la surplombant, la Citadelle. Au moment où le rideau se lève, des buveurs très gais sont attablés sous la tonnelle ; ils ont sur les tables des bouteilles de vin — hommes et femmes le verre en main rient aux éclats. Orchestre de guinguette sur scène, sous la tonnelle, jouant la ritournelle de la chanson. ”
“ Le peuple tout entier frémit. Reçois l’assistance suprême du successeur de saint Remy. Les orgues chantent. Les cloches sonnent. On crie : Noël ! Noël ! Noël ! Le rideau se lève. — Derrière un voile léger on voit en scène (intérieur de la cathédrale de Reims) : les enfants de chœur, les prêtres, l’archevêque, Charles VII à genoux ; auprès de lui le connétable, les pairs, les hommes d’armes, les paysans parmi lesquels, au premier rang, ceux de Domremy et Jeanne, armée, tenant en main sa bannière.Bougies allumées, encensoirs balancés, encens répandu. ”
“ On entend en coulisse, à droite, côté maison de Jacques d’Arc, toute une troupe d’enfants qui rient et se poussent, des musiciens qui jouent un air entraînant. Précédés des musiciens, des enfants qui gambadent, entrent en scène, salués respectueusement par les paysans massés autour de la fontaine, le sire de Bourlémont, sa dame et ses demoiselles. — Les enfants ont les bras chargés de bouquets de fleurs ; parmi les enfants Jeanne portant, elle aussi, des fleurs. Jeanne, au milieu de ses camarades exubérants, marche grave, un rêve dans les yeux. ”
“ LA FÉE ESPACE. Où vint mourir sur une cime, Celui qui, sur une cime, avait hissé son âme et son peuple. LE DIEU TEMPS. Meuse royale, fleuve de grâce et d’harmonie ; combien de cris douloureux noyés dans tes eaux paisibles, combien, dans tes flots, d’âmes à la dérive. ”
“ LA FÉE ESPACE. Voici Meuse qui court de Pouilly jusqu’à Meuse, Et puis jusqu’à Bazoille, auprès de Neufchâteau où six longs mois de l’an, l’aventure est fameuse, elle s’endort dans le mystère d’un coteau. ”
“ Magnus Eriksson, roi de Norwège et de Suède, vint chez nous, un jour. Il allait en France y chercher l’amour, une reine pour le pays des neiges. Passant par Namur, Blanche y rencontra, la fille de Jean premier notre comte, la prit toute rose entre ses deux bras et puis l’épousa — ce n’est pas un conte. LA FÉE ESPACE. Chante-nous la berceuse de Rida Ranka. LE CHANTEUR DE COMPLAINTES. Voilà ! voilà... Attendez donc. Blanche a eu un fils, Hakon, qui deviendra roi, un roi fameux, vous savez bien. Il n’est encore, au moment où nous sommes, qu’un tout petit prince. ”
“ Un chêne, trois bouleaux, l’un d’eux s’enveloppant de chèvrefeuille. On dirait d’une pluie d’étoiles sur un ciel de lune. UN NUTON. La Meuse fait sa boucle et ronronne comme une chatte en s’étirant au pied vert de la colline. ”
“ À la fin de l’avant-dernière strophe de la complainte, elles se précipiteront dans le vide ; on les voit sauter et disparaître. Les gestes des archers et des dames seront réglés suivant les paroles de la complainte. Pendant la complainte, Nicolas et Gaspard noteront, assis sur des bornes de la place, l’un les paroles et l’autre la musique. Après la chute des trois dames, le chanteur de complainte dira le dernier couplet à la fin duquel le rideau tombera lentement. ”
“ Elles descendent brusques, coupent d’un coup de leurs ailes la muraille de pierre, elles rasent le taillis épais, le chêne découpé sur l’horizon et, vers les nuages qui voguent, vaisseaux gris sur le ciel, elles montent, elles montent, à l’infini. ”
“ Au sommet de la colline un vieux château aux toits d’ardoise roussie, tourelles, façade de brique rose abîmée par les fumées et les acides. Le coteau est complètement ravagé, comme vitriolé. Au pied, usines aux enchevêtrements métalliques — cage de charbonnage — fumées ; un coin de fleuve avec des bateaux chargés ; dans le fond, des terrils. Au premier plan sur cette toile des maisons basses, d’un brun triste ; un coron. Sur les portes des maisons, des mineurs accroupis contre la muraille, rêveurs, un brin de blé entre les dents, mains aux genoux ; des vieilles femmes qui tricotent. ”
“ LE DIEU TEMPS. Approche-toi, notre bon ami, le Chanteur de complaintes, toi le barde du peuple et sa voix, instable comme l’espace et vieux comme le temps. Tu dois connaître cette chanson-là parmi toutes les autres... qui célèbrent les filles de la Meuse. ”
“ Je l’ai renvoyé à Dinant... (les meinteurs l’entourent en sautillant et en jouant de la gawe [12] et de la flûte à l’oignon.) BOSRET. Rossia, c’est bien parlé. Monte sur la pierre de vérité, tu as réussi l’épreuve. Je te sacre Moncrabeautien et comme tel tu vas, illico, participer à nos mystères... (Le pêcheur descend du trépied.) Car, aujourd’hui, nous allons faire de Warnon un homme comme nous. Ce citoyen d’un autre âge a gardé, sur sa vieille caboche ratatinée, le signe de la servitude. Sa perruque a résisté à deux révolutions. ”
“ Parfois, comme une femme, elle bondit, farouche, elle frappe, elle griffe, elle crie, elle mord, elle crache ses fleurs et, l’écume à la bouche, brisant tout devant elle, elle hurle à la mort. Sanglante et révoltée elle a pour nom : Théroigne. ”
“ LE DIEU TEMPS. Sur l’onde, les martinets au ventre blanc, venus des roches pointues, battent des ailes dans un cri, et, là-haut, tout là-haut, au-dessus de la chevelure verte des roches, criaillantes et babillardes, des corneilles tournent, tournent, se poursuivent, s’appellent, montent, montent vers les nuées en répétant leurs notes alternées. ”
“ Sur la place un groupe important d’hommes et de femmes, des enfants, un prêtre. — Le groupe est muet ; une lourde inquiétude pèse. (Atmosphère musicale.) Les hommes, prêtre compris, sont debout — les femmes accroupies, certaines agenouillées ; elles serrent des enfants dans leurs bras — des hommes marchent de long en large bras croisés — le prêtre prie ; on voit remuer ses lèvres — il égrène un chapelet. On entend dans le lointain des tambours et trompettes en marche — les hommes qui marchaient s’arrêtent — le prêtre se signe, des femmes gémissent, un enfant pleure. ”
“ JACQUES. Hé Zabillet, bois donc de l’eau de la fontaine aux groseilliers. Tu n’auras point les fièvres. ZABILLET. Merci, mon homme. Il faut en agir de la sorte, puisque c’est Laetare. Bois-en toi-même, Jacques... ”
“ Le rideau s’est ouvert et l’on voit derrière un voile de tulle les soldats de la République traînant un canon, auquel s’accroche, tirant de toutes ses forces, Théroigne de Méricourt. Ils chantent : La victoire en chantant nous ouvre la carrière. La liberté guide nos pas. ”
“ La Lumière est allée s’asseoir au pied des roches entre la Poésie et la Gloire d’une part, la Légende et l’Histoire d’autre part.On entend le chant de la source et des oiseaux. (Atmosphère musicale.) LE DIEU TEMPS. rivière, fleuve, chose vivanteVa, source, ruisseau, rivière, fleuve, chose vivante, éternelle comme le temps, changeante comme l’espace ; tu es ensemble le mouvement et la durée ; tu porteras, au long des siècles et des paysages, le reflet des villes et des villages, des êtres et des choses, la sagesse du vieillard, le rêve de la jeune fille, le rire des petits enfants. ”
“ ELLE, souriante et rougissante, lui donne des fleurs de sa gerbe. Elle les éparpille sur sa tête. Ils rient. Il les prend, les rassemble et les baise.LUI. C’est comme si je baisais tes lèvres ; les fleurs de nos champs ont le parfum de ton corps et tes lèvres ont leur parfum. ”
“ Le pied du rocher de Marche-les-Dames — la chapelle — la croix blanche dans les arbres. Un décor froid, dénudé ; il fait gris ; il sent la pluie. Des feuilles mortes tombent en tourbillonnant. Le vent se plaint. ”
“ L’ennemi plein de fureur Vient assiéger Crèvecœur Et depuis semaine entière Battait brèche avec ardeur Et tuait les défenseurs. (On entend des cris derrière la tour. Des flèches arrivent sur la tour. Les archers tirent.) ”
“ Au moment où la procession rentre à l’église, la jeunesse reste sur place agenouillée ; l’orgue dans l’église — portes ouvertes — joue le Te Deum — les cloches sonnent — la jeunesse se relève et au milieu du chant des cloches, des orgues de la procession qui a entonné le Te Deum, la jeunesse fait une décharge de mousqueterie. ”
“ La toile de fond représente un groupe de villas et de vieilles maisons au bord de la route grise, au bord de l’eau. Tout est couvert de fleurs et, dominatrices, éclatantes, les roses ; les coulisses sont de soie, couleur de roses. ”
“ La poursuite continue et Tchantchès s’enfuit poursuivi par Nanesse qui ne l’atteint pas mais frappe, frappe. Les commères crient : Allez Tchantchès ! allez Tchantchès ! (Sortie.) LA FÉE ESPACE. Quel est ce drôle de petit bonhomme ? LE DIEU TEMPS. C’est Tchantchès. LA FÉE ESPACE. Je l’ai entendu, mais encore ! LE DIEU TEMPS. Tchantchès ?, comme dit le poète wallon, Il n’a point de parents sur terre On peut fouiller la nuit des temps, Seule Wallonie est sa mère, Tous les Wallons sont ses parents. xxxxTchantchès ? Il est vieux comme Liège. ”
Termes fréquents
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