Résumé

Portrait de Lucie Delarue-Mardrus Lucie Delarue-Mardrus El Arab l’Orient que j’ai connu

Un personnage allongé, tout seul dans son petit bateau de rêve, se redresse au choc, et regarde. Il est vêtu d’une robe vieux rose, d’un étroit manteau noir, et coiffé d’une haute tiare de feutre fauve. Il est jeune encore. Son visage émacié, fort pâle, s’entoure d’une barbe de saint François d’Assise. Ses yeux tachés d’or ont l’air de voir au delà de la vie.
Désolés de ce qui vient d’arriver, nous nous excusons à tout hasard en français. Et c’est en français qu’il nous répond, d’une voix très douce, avec un accent d’étranger agréable à l’oreille.
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C’est que l’Égypte, ce « don du Nil », selon le mot d’Hérodote, est un pays où tout semble s’étirer en longueur, comme le fleuve lui-même qui, sans affluents, court de sa source à la mer. Un sarcophage, pensais-je.
L’Égypte ? Perpétuel miracle. De même que le soleil y retient l’élan de toutes les pestes, le Nil empêche le désert de reprendre son droit de mort sur toute chose fraîche et verte. Si le Nil cessait un jour de couler, il ne resterait de l’Égypte que néant dans la lumière.
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Sans pouvoir, devant tout ce monde, poser la question à mon mari, je me demandais si nous ne nous étions pas trompés, si le dîner n’était pas déjà fini ; d’autant plus que le café turc circulait, et les confitures de roses.
Des gamines vêtues d’or avec des petits calots d’or au coin de l’œil servaient ces friandises. L’une d’elles, particulièrement ravissante, était la favorite, comme me l’apprit Sidi Bou Hageb en son excellent français. Ces moins de dix ans n’avaient pas encore l’âge du voile, et circulaient sans aucune gêne au milieu de tant d’hommes.
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