“ Dans l’abandon des heures que nous passions ensemble, dans la joie qu’il avait de trouver en Anthony un esprit capable de s’ouvrir à sa manne, je découvris peu à peu un homme tout différent de celui que je me figurais, dont la bonté réservée et l’intelligence discrète finirent par exercer sur moi un véritable ascendant. ”
Anthony
Définition et enjeux
Citations sur “Anthony”
“ Anthony grandissait, poussant en asperge, tout de longueur, avec des traits étirés, un regard triste, une nonchalance d’allures qui semblait trahir une continuelle lassitude. Je continuais à le voir deux ou trois fois par semaine, ce qui me valait toujours des querelles avec mes autres camarades. Deux enfants ne peuvent vivre ainsi rapprochés sans se prendre l’un pour l’autre d’une certaine affection. C’est ce qui arriva, peu à peu, de son côté surtout. ”
Léo Lespès, Les tableaux vivants (1865)
“ C' était sir Anthony en personne . Lorsqu' il eut fait tourner la clef deux fois dans la serrure , pour se prémunir contre tout indiscret , il se jeta dans mes bras , et se mit à pleurer comme un enfant . – Anthony , mon ami , lui dis -je , qu' as -tu ? Parle , confie -moi tes chagrins . – Je suis le plus malheureux des hommes Écoute , tu sais comment , à Paris , j' épousai Pulchérie ; elle était orpheline , fille de haute maison , sage , pauvre et belle , précieuses qualités lorsqu' elles se trouvent dans celle que l' on aime : eh bien ! ”
Léo Lespès, Les tableaux vivants (1865)
“ Malheureux sir Anthony ... épouser une empoisonneuse !... être exposé à mourir chaque jour , et avoir assez d' amour pour ne pas dénoncer l' assassin ! Il n' y a qu' un Anglais qui soit capable d' un semblable dévouement . Alors je me sonvins de l' obstination de sir Anthony à ne goûter à aucun des mets servis au dîner de la veille ; il ne mangeait depuis longtemps que du lait et du pain bis ... ”
“ Oh ! Philippe !... Ce simple reproche me faisait monter des larmes aux yeux ; mais je les refoulais, et coulais un mauvais regard du côté de miss Jenny : car je la détestais pour sa persévérance à me rabaisser devant ma marraine. Celle-ci, cependant, s’approchait d’Anthony, le caressait un instant d’un regard d’amour, se penchait sur ses cahiers, en épelait une ou deux phrases, et disparaissait, comme un fragile fantôme qui tient à peine à la terre. ”
Anthony Trollope, Le Domaine de Belton
“ Sir Anthony était très-courtois pour elle, mais ne dit pas un mot prouvant qu’il la regardait comme devant être sa belle-fille. Lady Aylmer l’appelait miss Amadroz avec affectation, et Belinda évitait soigneusement de donner aucun nom à la nouvelle venue. Quant au capitaine Aylmer, il était évident qu’il souffrait plus que Clara elle-même, et Clara ne pouvait s’empêcher de le plaindre et de le mépriser en même temps. Elle avait cru jusqu’alors qu’il était un homme ayant une volonté et capable d’agir d’après sa conscience. ”
“ Et les bons horlogers, en le voyant passer, meurtri, effaré, lamentable, murmurent : — C’est bien fait ! Je rentrai fort agité à la maison, où je fis à mes parents le récit tout haletant de l’aventure. Ma mère écoutait, en secouant sa tête inquiète ; mais mon père m’embrassa : — Tu es un brave garçon, me dit-il, tu as bien fait. Tes camarades se sont conduits lâchement. Il faut toujours défendre les faibles. J’aurais voulu lui poser mille questions, que je me posais vainement à moi-même. Je demandai : — Pourquoi donc en veulent-ils tant à Anthony et à ma marraine ? ”
Anthony Trollope, Le Cousin Henry
“ Pourrait-elle, elle qui l’avait refusé parce qu’elle était l’héritière de son oncle, et pour cette seule raison, pouvait-elle, maintenant qu’elle était pauvre, accepter d’être une charge pour lui ? Il serait, sans nul doute, assez généreux pour renouveler sa proposition. Elle connaissait bien la noblesse de son cœur ; mais, elle aussi, elle pouvait-être généreuse et montrer un noble cœur. C’est ainsi qu’elle raisonnait avec elle-même, et qu’elle faisait à son inflexible fierté le sacrifice de ses plus tendres affections. Ainsi, le retour annoncé de M. Owen ne devait guère la rendre heureuse. ”
Anthony Trollope, Le Domaine de Belton
“ Elles ne se levèrent que lorsque Clara eut à moitié traversé le salon. « Nous sommes enchantées de vous voir, miss Amadroz, dit lady Aylmer, en lui tendant deux doigts. — Enchantées, dit Belinda avec un peu plus de cordialité. » Frédéric embrassa sa mère et sa sœur, mais ne dit pas un mot pour leur présenter Clara comme sa fiancée. « Voulez-vous que je vous montre votre chambre ? dit Belinda au bout de quelques minutes. — Attendez un instant, ma chère, dit lady Aylmer ; Frédéric a été voir si sir Anthony n’était pas par hasard dans son cabinet. » ”
“ Que n’aurait-elle donné pour pouvoir partir avec lui et aller n’importe où, — partir honnêtement et ouvertement avec lui, — se confiant tout entière à son loyal amour et à son cœur fidèle ! Que de bonheur encore dans ce monde mortel, moribond, si seulement on savait ouvrir les bras pour le saisir ! ”
Anthony Trollope, Le Cousin Henry
“ M. Owen lui avait dit que son oncle était bien faible d’esprit quand il avait prononcé ces paroles, que ses idées étaient sans doute confuses et sans suite ; peut-être avait-il parlé dans un rêve. Dans de semblables conditions, quelques mots ne constituaient pas une preuve suffisante pour que l’on crût un homme coupable d’un si grand crime. Mais elle, elle savait bien — elle se le disait du moins — que les paroles de son oncle n’avaient pas été vagues. ”
“ Comme elles carillonnaient allègrement, ces joyeuses cloches de mariage ! La jeunesse allait connaître les pleines joies et le bonheur de la maturité. L’âme devait s’unir à l’âme, le cœur au cœur, la main à la main, la force et la vigueur viriles à la grâce et à la beauté de la femme. Le monde souriait joyeusement de son plus bienveillant sourire en ouvrant ses bras au jeune couple, qui désormais ne serait plus deux, mais bien une seule chair et un seul esprit. Elles sonnaient à pleine volée, les cloches de Hadley, les joyeuses cloches de mariage. ”
“ J’en ai trop pour mentir. Je voudrais que vous pussiez tout savoir. Je voudrais pouvoir vous dire son accent et son regard. Je voudrais pouvoir vous dire comment j’ai senti défaillir mon cœur et ma vie s’arrêter, quand j’ai compris qu’il fallait qu’il partît. ”
“ S’il lui eût été donné de pouvoir penser à son amour, de pouvoir songer à lui dans la solitude et dans le silence, — dans une solitude que nulle brute au front d’airain et aux pieds d’argile n’aurait eu le droit de troubler à toute heure du jour et de la nuit ! Si son malheur eût pu ressembler au malheur de George, combien elle se serait estimée heureuse ! ”
“ Il pensait à toutes ces choses en marchant vite par cette belle nuit de mai, et son cœur se gonflait, mais c’était de colère plutôt que de chagrin. Tout devait être fini entre eux. Il ne pouvait plus penser à elle après ce qu’il venait d’apprendre. ”
“ Bertram connaissait-il le secret de son cœur ? Ce secret qui une fois, une seule fois, lui était involontairement échappé, Caroline le lui avait-elle dit ? Avait-elle été à ce point perfide ? — fausse en amitié comme en amour ? — Adela, Adela, pourquoi ne nous sommes-nous pas rencontrés plus tôt dans cette vie ? Oui, — vous et moi. Ces derniers mots il les ajouta après qu’elle eut vivement retiré sa main. Car elle l’avait bien vite retirée, et moins vite relevé son visage tout inondé de larmes pour soutenir bravement tout le poids du regard de Bertram. ”
Anthony Trollope, Le Cousin Henry
“ Elle réfléchit pendant une semaine, et la réflexion amena, de jour en jour, un changement dans son esprit. Pourquoi ne l’épouserait-elle pas, si ce mariage faisait leur bonheur à tous deux ? Pourquoi rester immuable dans une résolution prise à un moment où les choses n’étaient pas ce qu’elles étaient devenues ? ”
“ Il semble que le véritable sens du mot mariage ne puisse jamais être compris de ceux qui, dès le début, sont entourés de tout ce que la richesse peut procurer. Il faut le salon unique, l’unique feu, les petites nécessités de dévouement, la conscience qu’il faut lutter dans l’intérêt de l’autre ; il faut un peu de ce combat avec le monde que la richesse ignore. ”
“ Elle ne pourrait pas venir dire au monde qu’elle détestait son mari, qu’elle ne l’avait jamais aimé et qu’elle ne l’avait épousé que par dépit, parce que son amoureux — celui que seul elle aimait — l’avait repoussée. ”
“ Il avait ouvert son cœur à ce qui ne devrait jamais trouver entrée dans un cœur d’homme. Le lucre avait empoisonné son âme. Il avait gagné douze millions, et ces douze millions avaient été son Dieu, — son seul Dieu, car, en vérité, les hommes n’en ont jamais qu’un. ”
“ Y a-t-il deux manières d’aimer, pour qu’un homme puisse en changer comme il passe d’une chambre à une autre ? Il faut que je l’efface de mon esprit, de mon cœur, que je l’efface entièrement, fallût-il un fer rouge. Je ne veux pas aimer quoi que ce soit qui appartienne à cet homme. — Vous ne devez pas aimer sa femme, dit Adela. ”
“ Ah ! si seulement ces deux dernières années eussent pu s’évanouir comme un rêve et le laisser libre de la serrer comme sienne sur son cœur ! Mais les fautes du passé ne se changent pas en rêves. Il n’est rien en ce monde matériel de plus solide qu’elles. Jamais elles ne se fondent, jamais elles ne se dissipent en fumée. ”
“ Ô lecteur, mon frère ! quand tu vois de pareils manèges se déployer vis-à-vis des autres hommes, ton cœur se gonfle de fiel et tu flétris hautement ces ruses, — qui sont si féminines, bien qu’elles soient indignes d’une femme. — Mais qu’éprouves-tu quand cette même comédie se joue à ton intention ? Le fiel est moins noir et moins amer, la condamnation moins absolue ; ton propre mérite semble excuser la préférence qu’on te montre ; ton cœur accorde d’abord le pardon et puis l’approbation. N’en est-il pas ainsi, mon frère ? Ce fut là du moins ce qui arriva à George Bertram. ”
Anthony Trollope, Le Cousin Henry
“ Maintenant que le jour, presque le moment, était venu de remettre en d’autres mains la propriété qu’il avait si sincèrement maudite quelques heures auparavant, il sentit renaître en lui l’amour de l’argent et le sentiment de la dignité que lui donnait la possession d’un domaine étendu. Il pensa tout à coup qu’avec un peu de courage, de persévérance, de patience, il verrait un jour la fin de tous ses maux. ”
“ Je ne suis un double-premier en rien, moi. — On peut être double-premier sans que cela prouve rien en faveur de la loyauté du cœur ou de la vaillance de l’esprit. Plus d’un homme qui n’était bon qu’à ramper toute sa vie a été double-premier. — Je ne comprends pas bien ce que vous entendez par ramper, monsieur Bertram. Je n’aime pas plus que vous ceux qui rampent. J’aime les hommes qui marchent la tête levée, et qui, ayant une fois conquis une place, ne la perdent plus. Dans tous les temps il y a des hommes qui obtiennent la renommée, la fortune et le pouvoir : ceux-là ne rampent pas. ”
Anthony Trollope, Le Cousin Henry
“ Mais le cousin Henry lui avait toujours vu l’œil sévère, les sourcils froncés, et était fort mal à l’aise devant lui. Dès le début de leurs relations, il avait eu peur de lui. Il sentait que cet homme cherchait toujours à lire dans son cœur et à le trouver coupable. M. Apjohn avait été naturellement favorable à Isabel. Tout Carmarthen savait qu’il avait fait son possible pour amener le vieillard à conserver son héritage à sa nièce. Le cousin Henry ne l’ignorait pas. ”
“ Être lady Bertram ! Mademoiselle Baker n’était point un ange ; il entrait dans sa composition un soupçon de vanité ; seulement, je doute que la vanité féminine ait jamais revêtu dans aucun cœur une forme plus pardonnable que chez elle. Le mariage, se disait-elle, produirait peut-être sur sir Lionel l’effet tant souhaité de réformer sa manière de vivre ; et combien un pareil résultat serait désirable ! Quelle œuvre glorieuse pour elle que de ramener un colonel dans le droit chemin ! ”
“ J’ai le cœur brisé. J’ai aimé ; j’ai aimé cette femme de tout mon cœur, de toute mon âme, de toute la force de mon être, et voyez la fin ! Je sais aujourd’hui ce que veut dire un cœur brisé, je les sens là. Mais pourtant... pourtant... pourtant, Adela, je voudrais essayer une fois encore. Je ne puis rien faire pour moi seul... rien. Si le monde entier était à mes pieds et que je n’eusse qu’à me baisser pour prendre la fortune, le pouvoir, la gloire, je ne me baisserais pas pour la ramasser si je ne pouvais les partager avec un cœur aimant. Adela, il est si triste d’être seul ! ”
“ Que me fait la rage de sir Henry ? Que m’importe même la colère de mon père ? Qu’il se désespère s’il veut. Je ne m’apitoie pas sur moi-même, pourquoi donc me laisserais-je émouvoir par sa douleur, — douleur si vile, si basse, si indigne de compassion ? Et, après s’être ainsi fait la leçon en prévision du lendemain, George Bertram se mit au lit. ”
“ Ce qu’elle pouvait éprouver d’amour, ne l’avait-elle pas donné à ce Harcourt, même avant de s’être délivrée de lui, George ? N’avait-elle pas déjà accordé la préférence, — la froide préférence qu’elle pouvait éprouver — à cet homme, alors qu’elle combinait avec lui les meilleurs moyens de retarder son mariage avec celui qu’elle avait d’abord accepté pour époux ? L’homme du monde, l’homme prospère, bruyant, intrigant, l’avait séduite par ses succès et ses vulgaires ambitions. ”
Anthony Trollope, Le Cousin Henry
“ Elle avait beaucoup vécu au milieu des livres, et c’était un bonheur pour elle de contempler la mer, un volume de poésies à la main, jouissant dans toute leur plénitude des dons de l’intelligence qu’elle avait si largement reçus. ”
“ Aux yeux d’une femme comme Caroline Waddington, George semblait plus digne d’être aimé, alors, qu’au temps où il lui avait d’abord parlé de son amour sur le mont des Oliviers. Il n’était, pour ainsi dire, dans ce temps-là, qu’un enfant, il est vrai, plein d’ambition, de poésie et d’esprit. Ces qualités avaient à peine suffi pour conquérir le cœur de Caroline. Il s’y était joint depuis une ferme volonté, un certain empire sur les hommes, et le don de se faire écouter du public. Or, la puissance et la volonté sont après tout ce que la femme apprécie le plus chez l’homme. ”
“ Je suis persuadée que M. Bertram vous aime de tout cœur, et qu’il est homme à être profondément malheureux d’avoir perdu ce qu’il aime. Il importe peu que ce soit lui qui vous ait quittée. Vous connaissez son caractère ; même moi, je le connais assez pour me rendre compte de l’état d’esprit dans lequel il devait être lors de sa dernière visite. ”
“ Ce George, cet ennuyeux George, ne serait pas longtemps de ce monde ; la chose semblait évidente au colonel. On serait bientôt débarrassé de ce vieux bourru insupportable. Puisqu’il en était ainsi, pourquoi sir Lionel ne s’engagerait-il pas avec mademoiselle Baker, du vivant de son frère, pour ne l’épouser qu’après la mort de celui-ci — pour l’épouser, oui ou non, selon les avantages que la chose pourrait alors offrir ? Il se sentait bien assuré que si, avant de devenir riche, elle lui promettait de l’épouser, aucune augmentation de fortune ne l’engagerait à manquer à sa parole. ”
“ Ah ! sans doute, un cœur brisé n’est pas tant à redouter, ni les larmes de chaque jour, ni les espérances déçues, ni le désappointement vide et lourd, ni les tristesses amères. Tout cela n’est rien comparé à l’inquiétude de n’avoir pas un garde-manger bien garni ! Oui ! ne vous mariez pas que vous ne soyez parfaitement rassurée de ce côté-là, quelque vide que puisse être le cœur — Adela ! ”
