“ Quant au palmier, qui avait dû passer la mer avec les Phéniciens, il n’est à Cypre comme en Syrie qu’un ornement ; le soleil n’y est pas assez chaud encore pour mûrir la datte ; mais ses panaches et sa tige élancée annoncent de loin aux regards les villes cypriotes et leur donnent un aspect tout oriental. Pour les hommes du XIIIe et du XIVe siècle, Cypre, par la nature et la variété de ses produits, par tout ce qui se raconte en Occident de sa richesse et de sa beauté, est comme une Inde en raccourci, une Inde moins éloignée et plus abordable que celle de l’Océan. ”
Cypre
Définition et enjeux
Citations sur “Cypre”
Georges Perrot,
L’Île de Cypre
“ Dans l’ordre moral comme dans l’ordre physique, il s’était donc établi, d’un bout à l’autre de l’île, une sorte de moyenne. Les Phéniciens de Cypre avaient tous appris le grec, comme le prouve l’usage des inscriptions bilingues; mais les Grecs de Cypre étaient, par l’esprit, les moins Grecs de tous les Grecs. Ils n’eurent jamais ni le goût de la liberté républicaine, ni les hautes curiosités de l’intelligence, ni la passion désintéressée du beau. ”
Georges Perrot,
L’Île de Cypre
“ Si de pareilles comparaisons n’étaient toujours, par quelques endroits, inexactes et forcées, nous dirions que la Cypre antique fait songer à l’Égypte et surtout à la Chine ; c’est, dans un certain sens, la Chine de la Grèce. La différence, c’est que cette Chine grecque est une île, placée entre l’Égypte, la Syrie, l’Asie-Mineure et la Grèce propre ; c’est une Chine ouverte, qui n’a jamais cessé d’être en étroites relations avec ses voisins, de les appeler sur ses rivages et dans ses ports hospitaliers. ”
Georges Perrot,
L’Île de Cypre
“ Les Grecs de Cypre restèrent donc soumis à l’ascendant d’une civilisation qui pouvait déjà se prévaloir alors d’un passé très long et très bien rempli. Ils étaient loin des grands foyers où s’alluma et où brilla le plus éclatante et le plus pure la flamme du génie hellénique ; ils étaient loin de l’Ionie, ce printemps de la Grèce, plus loin encore d’Athènes, son riche et glorieux été. Tout au contraire, ils étaient avec les Phéniciens en un contact intime et journalier ; par leur intermédiaire, ils se trouvaient rapprochés de l’Assyrie et de l’Égypte, plus tard de la Perse. ”
“ Tandis qu’Égine, le Péloponèse et l’Attique, tandis que toutes les côtes de l’Asie-Mineure offraient aux yeux du savant et de l’artiste les murs encore debout de leurs cités et de leurs acropoles, la courbe élégante, les gradins, parfois la scène de leurs théâtres, les façades variées de leurs tombes construites ou creusées dans le roc, les colonnes et les frontons de leurs temples les plus fameux, Cypre n’avait pour ainsi dire pas gardé de traces apparentes de l’antiquité. ”
“ Le passé de Cypre répond de son avenir. Jusqu’ici nous nous sommes contenté d’indiquer ce que la nature avait fait pour elle ; nous avons étudié la situation de l’île, son climat, son sol et les principaux des produits qu’il porte de lui-même, par l’effet de sa fécondité propre. Ici, depuis trois siècles, l’activité de l’homme a été languissante et mal réglée, quand elle ne s’est pas montrée, comme à propos de la forêt, malfaisante et follement destructrice. ”
Théodore de Banville,
Ballade à la louange des Roses
“ Reine de Cypre, ô Cypris triomphante ! La violette est sa pâle servante. Le chaste lys près du flot de cristal Reste épris d’elle, et n’est que le vassal De sa splendeur suave et grandiose, Et l’astre seul croit qu’il est son égal. ”
“ Une vie si facile et si plantureuse ne fait pas des cœurs énergiques, n’éveille guère le désir du mieux et l’instinct du progrès. Les anciens avaient remarqué cette placidité un peu lourde du Cypriote et l’avaient définie d’un mot : c’est un bœuf de Cypre, disait-on d’un esprit pesant, assoupi dans un bien-être fait tout entier d’habitude et de gourmandise repue. Par une de ces surprises, par un de ces paradoxes qui ne sont pas rares dans l’histoire, ce fut Cypre qui donna le jour au fondateur de la plus haute doctrine morale que le monde antique ait connue ”
“ Agissez ainsi en cette matière ; pas plus à Cypre qu’en Grèce et en Syrie ne prétendez proscrire l’industrie des chercheurs de trésors, ces braconniers de l’archéologie. Vous ne les arrêteriez point par vos défenses ; le pays est désert et les nuits sont longues ”
“ En 557, deux moines, que leurs voyages avaient conduits jusque dans l’Inde, rapportèrent à l’empereur des œufs de ver à soie, qui furent envoyés dans différentes provinces ; nulle part ils ne réussirent aussi bien que dans l’île de Cypre. Bientôt, sur toutes les pentes voisines de la mer et particulièrement sur la côte méridionale, les mûriers se multiplièrent ; partout ils mêlèrent leur brillante verdure et leurs larges feuilles au grêle et pâle feuillage de l’olivier. ”
Georges Perrot,
L’Île de Cypre
“ Les Grecs de Cypre avaient trop de sang oriental dans les veines, l’action de l’élément phénicien s’exerçait sur eux de trop près et d’une manière trop constante pour qu’ils fussent capables d’approprier ces rudimens des arts plastiques et cette série de procédés à l’expression d’idées et de sentimens nouveaux ; il y fallait le tempérament plus robuste, l’originalité plus franche d’une race plus pure, se développant librement sur une terre dont elle serait l’unique et souveraine maîtresse. ”
“ Princes de Cypre, répondirent les Ioniens, le conseil commun de l’Ionie nous a envoyés pour garder la mer, et non pour remettre nos vaisseaux aux Cypriens, et pour combattre nous-mêmes à terre contre les Perses. Nous tâcherons de faire notre devoir dans le poste où l’on nous a placés. Pour vous, rappelez-vous le dur asservissement où vous ont tenus les Mèdes, et combattez en gens de cœur. ”
“ Vient ensuite un printemps dont l’éclat, le charme et la fraîcheur ont laissé de profonds souvenirs à tous ceux qui ont parcouru les campagnes de Cypre entre les premiers jours de mars et le milieu de juin ; le rapide essor de la végétation est favorisé par de chaudes ondées qui viennent encore de temps en temps modérer les ardeurs du soleil. ”
Georges Perrot,
L’Île de Cypre
“ Par l’effet de sa situation même, ceux qui l’habitaient ont servi d’intermédiaires entre l’Orient et la Grèce ; ils ont transmis des germes qui devaient produire sur le sol de la Grèce des fleurs plus brillantes et de plus beaux fruits que dans leur terre natale et que dans cette station provisoire où ils avaient paru si bien s’acclimater. Cypre est un des endroits où les Grecs se sont trouvés le mieux placés pour recevoir à loisir de la main des Phéniciens cet ensemble de recettes et de procédés, de conventions et de méthodes que l’on a si bien appelé l’alphabet de l’art. ”
Georges Perrot,
L’Île de Cypre
“ Sans satisfaire toutes nos curiosités, Paphos et Golgos nous apprennent donc dans une certaine mesure ce que l’architecture religieuse fut à Cypre jusqu’aux derniers jours de l’antiquité, quelles formes elle préféra, de quel esprit et de quelles traditions elle s’inspira. Sur l’architecture civile et militaire, nous sommes moins renseignés ; il ne nous est pas resté une seule enceinte de ville, pas le moindre débris des forteresses ou des palais de ces princes qui étonnaient la Grèce par leur richesse et par les recherches de leur luxe. ”
Georges Perrot,
L’Île de Cypre
“ En dehors de ce qui touche au culte de la grande déesse adorée à Paphos et dans les principaux sanctuaires de l’île, nous savons bien peu de chose des religions cypriotes et des mythes qui leur étaient propres ; lorsqu’il ne s’agit pas de simples portraits ou de scènes de genre, nous avons donc souvent quelque peine à trouver un nom pour certaines figures que nous ont fournies les fouilles de Cypre, pour expliquer certains sujets qui se rencontrent dans les bas-reliefs des temples ou dans ceux des sarcophages. ”
Georges Perrot,
L’Île de Cypre
“ De toutes les statues recueillies à Cypre, les plus intéressantes sont peut-être ces images sacerdotales ; seules elles forment une série où l’on peut rétablir, jusqu’à un certain point, la suite chronologique et suivre à la trace les lentes modifications que subit un même type, les variations d’un style qui, tout en n’échappant pas à l’action d’influences successives, conserve avec une singulière ténacité les habitudes et les procédés qui lui sont propres. ”
“ À peine çà et là quelques vestiges d’aqueducs et de vieilles murailles ; à peine quelques tombeaux, formés de trois ou quatre grosses pierres rudement assemblées, comme celui qui, tout près de Larnaca, est devenu avec le temps une chapelle consacrée à la Vierge. Pour représenter un passé si brillant et si plein de souvenirs, c’était bien peu de chose que de pareils débris. À Cypre, une seule époque, une seule civilisation fait encore figure par les monumens qu’elle a laissés comme autant de témoins de sa puissance, c’est le moyen âge, c’est la civilisation franque. ”
Georges Perrot,
L’Île de Cypre
“ Les marchands phéniciens ont établi leur déesse à Cypre, le territoire le plus avancé vers l’est où se soit anciennement fixée une population grecque : on sait là les sanctuaires où les Grecs, quand ils sont venus s’établir dans l’île, ont trouvé la déesse syrienne déjà installée à demeure, où leur imagination a été frappée des symboles par lesquels on la représentait et de la puissance qu’on lui attribuait, où ils ont été charmés et séduits par la pompe de ses fêtes orgiaques et de leurs rites voluptueux. ”
“ Les savans travaux de M. Mas Latrie ont fait connaître l’histoire et l’organisation du royaume de Cypre sous les Lusignans ; ils ont montré comment c’était là crue le droit féodal avait atteint sa forme la plus logique et la plus pure, alors qu’en Europe il entrait en pleine décadence. Cet épisode de l’histoire du droit public et privé serait, sans nul doute, curieux à retracer ; mais, à vrai dire, il intéresse l’Occident plus que l’Orient ; tout ce travail législatif et juridique, l’île en a été le théâtre, mais la population indigène n’y a pris pour ainsi dire aucune part. ”
“ Différens indices conduisent pourtant à croire que dans les siècles de prospérité, sous les Lusignans comme sous les proconsuls romains, les premiers Ptolémées ou les rois de Perse, Cypre ne devait guère posséder et nourrir moins d’un million d’habitans. ”
“ Les fines cultures maraîchères, autrefois aussi l’une des gloires de Cypre, sont presque abandonnées ; on se contente de semer quelques fèves et quelques pommes de terre, quelques concombres et quelques melons. Les herbes et les racines des champs entrent pour beaucoup dans la nourriture du paysan ; c’est le cresson, le pourpier, l’asperge et l’artichaut sauvages. Pour tout dire d’un mot, M. Lang estime qu’un dixième tout au plus du sol de l’île est mis en valeur par la main de l’homme. ”
“ Cypre a donc joué dans l’histoire des idées religieuses et de l’art qui les interprète un rôle analogue à celui que nous avons essayé de définir par l’énumération des plantes nourricières et textiles que l’Asie a données à Cypre et que Cypre a données à l’Europe. C’est ce rôle que nous entreprendrons de faire connaître dans une prochaine étude ; la tâche nous est facilitée par les découvertes récentes dont Cypre a été le théâtre ainsi que par le déchiffrement de ses inscriptions restées si longtemps mystérieuses. ”
“ Aujourd’hui, comme le fait observer M. Lang, de tous les Grecs d’Orient, les Grecs de Cypre sont ceux que la grande idée, comme on dit à Athènes, a laissé le plus indifférens, ceux qui semblent le plus étrangers aux aspirations panhelléniques. Jamais ils n’ont donné aux Turcs le moindre embarras ; en 1823, ils ont vu massacrer leurs évêques et leurs primats sans essayer la moindre résistance, et, depuis lors, tandis que la Crète, par exemple, ne cessait de frémir et de s’agiter, ils ont toujours payé avec une docilité que rien ne lassait les lourds impôts dont ils étaient chargés. ”
“ La population de Cypre et sa richesse s’accrurent encore au siècle suivant, lorsque les musulmans envahirent la Syrie. Fuyant les Arabes, de nombreux émigrans abordèrent à ses rivages ; ils lui apportaient, avec ce qu’ils avaient sauvé de leur fortune, leurs bras et leur habileté professionnelle. Cependant l’île était trop voisine du continent pour n’être pas bientôt menacée, puis attaquée par les lieutenans des califes. Du milieu du VIIe siècle jusqu’à la fin du Xe, Cypre fut plusieurs fois occupée par les musulmans. ”
Élisée Reclus,
L’Homme et la Terre
“ L’île de Cypre était devenue l’une des terres européennes les plus prospères, grâce au mouvement de colonisation qui se maintint pendant la période de près de quatre siècles que dura la domination chrétienne, ce fut bien autre chose qu’une simple invasion d’aventuriers, comme ses historiens furent tentés de le croire. Chose étrange et qui témoigne bien de la différence des milieux, ces belles églises gothiques des villes cypriotes ne reçurent point de toits : elles étaient construites, comme jadis les temples grecs, pour laisser entrer dans leurs nefs la franche lumière du jour [55] . ”
“ Laissez-les donc fouiller partout où vous ne songez pas. à fouiller vous-même, et que le plus tôt possible M. Newton ou quelque autre entreprenne à Paphos ou à Amathonte, à Idalie ou à Golgos, des fouilles comme Cypre n’en a pas encore vu, des fouilles dont le journal soit tenu heure par heure et où un crayon sincère relève au fur et à mesure les traces même les plus légères de cet art qui nous est encore presque inconnu, l’architecture phénicienne. ”
“ Au nord, la Cilicie est à la même distance environ de Cypre que la Syrie à l’est et au sud-est ; mais la côte qui regarde l’Asie-Mineure est presque tout entière âpre et montueuse ; elle n’a que d’étroites bandes de terrain cultivable ou de courtes vallées, sans rades ni ports. C’est au contraire sur la côte orientale que s’ouvre la plus grande plaine de l’île ; dans ces parages, là même où la montagne domine la mer, elle y descend, presque partout, en pentes plus douces ou bien elle se borde d’une frange de sol uni et fertile ”
Élisée Reclus,
L’Homme et la Terre
“ Quoique fréquemment envahie par des conquérants et constamment visitée par des marchands pacifiques, Cypre est une terre de trop grande étendue pour que ses habitants n’aient pas réagi contre les importations de l’étranger et n’aient pas donné à leurs produits une empreinte nationale. ”
“ Or tandis que la Crète, surtout dans la région des Monts-Blancs, possède encore des bois de cyprès, cet arbre ne se rencontre plus guère dans l’île de Cypre à l’état sauvage ; on ne l’y trouve plus d’une belle venue que dans les cimetières et dans les jardins. Le gouvernement anglais cherchera, sans aucun doute, à mettre un terme à ce gaspillage, à cette destruction continue ; mais il lui faudra lutter contre des habitudes bien enracinées. Chrétien ou musulman, le paysan cypriote est convaincu que le bois, comme l’air et l’eau, n’a pas d’autre maître que Dieu, qui l’a créé. ”
Dominique Mallet, Les premiers établissements des Grecs en Égypte… (1893)
“ Ainsi, vers la fin de la domination saïte, l'Egypte exerce à Cypre une suprématie réelle. L'élément égyptien y devient prédominant et il laisse, dans toutes les oeuvres indigènes, une empreinte forte et durable. Cependant, malgré l'indolence de leur caractère, malgré une longue habitude de la soumission, les Cypriotes n'abdiquent pas tout espoir d'indépendance. ”
“ Grâce à cette sorte de révision, quand on abordera l’étude des monumens de l’art cypriote, on sera mieux préparé à en recueillir le témoignage, à en comprendre la valeur et le sens. II Quels furent les premiers habitans de l’île de Cypre ? Nous l’ignorons et nous l’ignorerons toujours. Ce que les historiens anciens s’accordent à déclarer, c’est qu’elle reçut des Phéniciens les premiers rudimens de la civilisation : « Ce sont eux, dit Strabon, qui apportèrent à Cypre la première culture, qui défrichèrent les champs et exploitèrent les mines. » ”
