“ Flig Balt, âgé de trente-huit à trente-neuf ans, était de taille moyenne, large d’épaules, la tête forte, la membrure vigoureuse. Sa figure, on n’aurait pu l’oublier, ne l’eût-on vue qu’une fois : grosse verrue à la joue gauche, yeux d’une effrayante dureté, sourcils épais et frisottants, barbiche rougeâtre à l’américaine, sans moustaches, bref la physionomie d’un homme haineux, jaloux, vindicatif. À son premier voyage sur le James-Cook, il avait embarqué comme maître quelques mois auparavant. Originaire de Queenstown, un port du Royaume-Uni, ses papiers le déclaraient Irlandais de naissance. ”
Citations sur “Flig Balt”
“ Quoi qu’il en soit, Vin Mod n’aperçut pas Flig Balt, et Flig Balt n’aperçut pas Vin Mod. Celui-ci, lorsque le soir arriva, après un dernier regard jeté au sombre édifice, revint lentement vers son auberge. Et alors, toujours plongé dans ses réflexions, il se disait : « Oui... c’est le seul moyen de le prévenir, et s’il échoue... Eh bien, après tout, je suis appelé comme témoin... je parlerai... et ce que Flig Balt ne dira peut-être pas... je le dirai, moi... oui !... je le dirai... et ils y passeront, les frères Kip !... » ”
“ En somme, Vin Mod s’inquiétait surtout des hésitations de Flig Balt. Il connaissait sa nature cauteleuse qui le portait plutôt à l’astuce qu’à l’audace. Aussi s’était-il toujours avisé qu’il faudrait l’engager un jour ou l’autre de manière qu’il ne pût plus reculer. Mais il entendait que toutes chances de réussite fussent de son côté, et revenait invariablement à cette idée de voir le commandement du brick passer entre les mains du maître d’équipage. En outre, il se promit de contenir Len Cannon, dont les impatiences pouvaient compromettre l’affaire. ”
“ « Je vous répète, dit le matelot, que, dans la taverne des Three-Magpies, il n’y a qu’à prendre, les yeux fermés... Nous rencontrerons ici les hommes qu’il nous faut, et disposés à faire le commerce pour leur propre compte... — Encore convient-il, observa Flig Balt, de savoir d’où ils viennent... — C’est inutile, pourvu qu’ils aillent où nous voudrons, maître Balt !... Du moment qu’on les recrute dans la clientèle d’Adam Fry, il n’y a qu’à se fier à eux ! » ”
“ C’étaient des marins du James-Cook, le maître d’équipage Flig Balt, en compagnie d’un matelot nommé Vin Mod. « Tu as donc toujours soif, Mod ?... demanda Flig Balt en remplissant le gobelet de son invité. — Toujours entre les repas, monsieur Balt, répondit le matelot. Le gin après le wisky, le wisky après le gin !... Ça n’empêche pas de causer ; d’écouter et d’observer !... Les yeux n’en voient que plus clair, les oreilles n’en sont que plus fines, et la langue n’en est que mieux pendue !... » ”
“ Aussi, se défiant de la faiblesse du maître d’équipage, Vin Mod avait-il tout intérêt à le tirer d’affaire, et peut-être en possédait-il les moyens. Très intelligent, très fertile en ressources, il savait que Flig Balt comptait sur lui. Qu’il parvînt à détourner le bras de la justice dans l’affaire du James-Cook, et ni l’un ni l’autre n’auraient plus rien à craindre !... ”
“ Bref, Len Gannon, Kyle, Sexton, Bryce, consentirent à rester jusqu’au jour où le brick mettrait à la voile pour Hobart-Town. Et, lorsque Flig Balt et Vin Mod furent seuls : « Ça n’a pas été sans peine !... dit celui-ci. — Nous n’en sommes pas plus avancés !... répondit l’autre. — Patience, conclut Vin Mod du ton d’un homme dont la résolution est prise, et lorsque le capitaine Balt fera choix d’un maître d’équipage, je compte bien qu’il n’oubliera pas Vin Mod ! » ”
“ On appareillerait le lendemain, dès l’aube, si l’on était au complet... et pour peu que l’homme eût quelque ami dans l’embarras, en quête d’un embarquement, il suffirait de le désigner, s’il se trouvait à cette heure dans la taverne des Three-Magpies... Len Cannon regarda maître Flîg Balt et son compagnon en fronçant le sourcil. ”
“ « Oui... pendant la traversée de retour, je venais d’entrer dans le carré... À ce moment, un violent coup de mer rejeta la valise hors de la cabine des frères Kip dont la porte était ouverte... Des pièces d’or roulèrent sur le plancher du rouf, des piastres, en même temps que des papiers s’échappaient de la valise, et ces papiers, c’étaient ceux du bord, qui avaient disparu depuis l’assassinat du capitaine. » Quant au poignard, si Flig Balt n’en avait pas parlé, c’est qu’il ne l’avait point vu. Il ignorait même que cette arme appartînt aux accusés... ”
“ Vin Mod fut le premier interrogé sur ce qu’il savait. Il n’y avait aucune franchise à attendre d’un homme si astucieux. Il parla de façon à dégager toute sa responsabilité... Il ne pensait pas que Flig Balt eût jamais eu l’intention de modifier la route du brick comme le supposait Karl Kip... Flig Balt était un bon marin... il avait fait ses preuves... on ne pouvait qu’approuver sa manœuvre pendant la tempête, et c’était injustice de l’avoir démonté de son commandement... « Assez ! » dit le président, que révoltaient le ton et l’attitude de Vin Mod. ”
Jules Verne,
Les Frères Kip
(1903)
“ En revanche, Flig Balt devint une sorte de héros. Quelle force de caractère!. Garder son secret jusqu'au jour de la comparution devant le Conseil maritime !.. Et n'y avait-il pas lieu d'excuser tout au moins cette tentative de révolte dans le but de soustraire le James-Cook au commandement d'un assassin, — révolte où le maître d'équipage risquait sa vie, en somme?. ”
Jules Verne,
Les Frères Kip
(1903)
“ Et, en vérité, il n'y aurait pas même eu à féliciter M. Gibson de sa résolution. Agir de la sorte, n'était-ce pas remplir un devoir d'humanité ?. Lorsque Flig Balt eut regagné l'avant, il raconta à Vin Mod ce qui venait d'être dit et ce qui venait d'être décidé. Le matelot ne fut pas plus satisfait que le maitre d'équipage. Après tout, peutêtre Nat Gibson s'était-il trompé. Peut-être même aucun des naufragés de la Wilhelmina ne s'était-il réfugié sur cette côte. ”
“ Il n’y en eut pas long à dire entre Flig Balt et Len Cannon. Le maître d’équipage confirma les propositions de Vin Mod. Pas de demi-mesures... On jetterait le capitaine par-dessus le bord, après l’avoir surpris dans sa cabine, et, comme on ne pouvait compter sur Hobbes, Wickley et Burnes, on les enverrait le rejoindre... Len Cannon n’avait donc qu’à s’assurer du concours de ses trois camarades, autrement dit à les avertir : ce n’est pas de leur part que viendraient les objections. ”
“ Ce que j’ai à dire à Flig Balt, j’aurais pu l’écrire... un bout de papier que tu lui aurais remis de ma part... Mais, si on le trouvait sur toi, l’affaire serait manquée... D’ailleurs, quelques mots suffiront et tu les retiendras... Dès que les policemen t’auront fourré en prison, tâche de rencontrer Flig Balt... Si tu n’y parvenais pas ce soir, que ce soit demain avant qu’on vienne le chercher pour le conduire au Conseil... — C’est entendu, Mod, répondit Kyle, et que lui dirai-je de ta part ?... — Tu lui diras... que l’affaire est faite... et qu’il peut accuser hardiment. ”
Jules Verne,
Les Frères Kip
(1903)
“ Vin Mod se précipita sur le malheureux, et de la main lui ferma la bouche, tandis que Flig Balt, du poignard qui avait été volé à bord de la Wilhelmina par son complice, le frappait en pleine poitrine. Harry Gibson poussa un suprême gémissement; puis ses yeux grands ouverts, d'où jaillissait un regard d'épouvante, se fixèrent une dernière fois sur ses meurtriers. La lame du poignard l'avait atteint au cœur, et, après une seconde d'angoisse, il retomba mort. ”
“ Attendez... attendez !... leur répétait Vin Mod. Rien ne presse... Que diable !... l’ami Balt vous fera venir comme témoins et nous clorons le bec à ceux qui voudront le charger, lui et votre camarade Len Cannon !... Est-ce que ce n’était pas notre droit de renvoyer ce damné Hollandais à sa cabine de passager... de rendre le commandement du brick au brave Anglais qui en était le capitaine ?... Si... n’est-ce pas ?... Eh bien, c’est ce qu’a voulu faire Flig Balt, et on le condamnerait pour cela !... C’est ce qu’a voulu faire Len Cannon... c’est ce que nous voulions tous faire !... ”
“ « Grâce pour lui... père... grâce pour lui ! » Mme Skirtle s’était unie à son fils, et tous deux suppliaient le capitaine, comme s’il eût pu faire droit à leur demande, comme s’il eût été le maître de rendre la liberté à Karl Kip ! Et, d’ailleurs, pouvait-on oublier pour quel crime les deux frères, après une peine capitale, étaient enfermés à perpétuité dans le bagne de Port-Arthur ?... Ne sachant rien des manœuvres de Flig Balt et de Vin Mod, comment M. Skirtle eût-il mis en doute la culpabilité des condamnés ?... ”
S. Ricard, Précis de la mythologie scandinave
“ Loke seul s’irrita de la gloire de Balder. Il se déguisa en vieille femme et se rendit à Fensale, résidence de Frigg. À son arrivée, la déesse l’interrogea sur les nouvelles des dieux, et Loke lui raconta qu’ils s’amusaient à tirer à la cible, et que l’invulnérable Balder leur servait de but sans être jamais atteint. Frigg ne s’en étonna pas, car c’était à elle que la nature et toutes les choses de l’univers avaient prêté serment de ne jamais lui porter préjudice. « N’y a-t-il rien au monde qui ne soit engagé par serment », demanda la vieille femme. ”
Collectif, Anthologie contemporaine des écrivains français et belges
“ Nol, accroupi dans l’âtre, frappait en riant la crémaillère avec les pincettes ; et dans le vent de nuit, dehors, le chien hurla. L’homme étranglé, il y eut une détente chez les assassins. Balt prit sa tête à deux mains, sombre, étonné de ce qu’il avait fait, et Bast alla à la porte, en proie aux coliques de la peur. Puis ils poussèrent le cadavre sous la table et burent ce qui restait de genièvre. Tous deux s’étaient assis, devenus faibles comme des enfants. ”
Collectif, Anthologie contemporaine des écrivains français et belges
“ Les deux Baraque s’étaient rapprochés. Un homme porteur d’une pareille somme prenait un intérêt inattendu à leurs yeux. Bast fit un mouvement machinal de la tête comme pour voir dans la poche du cousin. Tous deux se taisaient ; Bast souriait, et Balt regardait devant lui, profondément, voyant venir à lui une idée. — Allons Hein, dit-il, buvons ensemble un coup, puisqu’il en est ainsi. ”
Charles Braun, Légendes du Florival, ou la Mythologie allemande dans une vallée d'Alsace… (1866)
“ Rien ne peut plus lui faire rouvrir ses beaux yeux. Balder est mort, Balder n'est plus! Pauvre Frigga ! pauvre mère ! Et pourtant elle avait conjuré toutes les créatures, et pas une n'avait osé refuser, toutes avaient promis et juré. Oui, mais en s'adressant au chêne elle avait négligé le gui, ce petit parasite vert qui commençait à pousser là, à peine visible, sur une branche de l'arbre. Le gui n'avait donc rien promis, et Loki, le méchant Loki, le savait! En vain Frigga, en vain Odin lui-même essaya-t-il d'arracher l'àme de Balder à la noire déesse des morts ”
Hector Malot,
Romain Kalbris
(18..)
“ «Allons, mes enfants, dit Lapolade, profitons du jour qui reste pour nous disloquer un peu; ne nous rouillons pas les muscles. » Et il se plaça sur la galerie extérieure de la voiture, où Diélette lui apporta sa pipe allumée, tandis que Filasse et la Bouillie descendaient sur l'herbe du chemin une petite boîte à couvercle. Alors Filasse défit sa blouse, et, après s'être étiré les bras et les jambes, après avoir secoué sa tête comme s'il voulait s'en débarrasser, il ôta le couvercle et se fourra dans la boîte, où il disparut. ”
Alexandre Dumas,
Joseph Balsamo
“ Fritz abaissa son épieu, et, sur un signe du maître, le déposa dans un angle du vestibule. — Qui êtes-vous, monsieur ? demanda le comte, qui distinguait mal Philippe à la lueur de la lampe qui éclairait l’antichambre. — Quelqu’un qui veut absolument vous parler. — Qui veut ? — Oui. — Voilà un mot qui excuse bien Fritz, monsieur ; car, moi, je ne veux parler à personne, et quand je suis chez moi, je ne reconnais à personne le droit de vouloir me parler. Vous êtes donc coupable d’un tort vis-à-vis de moi ”
Charles Braun, Légendes du Florival, ou la Mythologie allemande dans une vallée d'Alsace… (1866)
“ Ni Uller avec ses flèches, ni Freyr avec son épée, ni Thor même avec son redoutable marteau ne parviennent seulement à effleurer le bout d'un cheveu. Balder lui-même a beau les encourager et du geste et de la voix, en leur criant ironiquement de viser plus juste et de lancer plus fort; il voit tous leurs projectiles s'envoler haut et loin par-dessus sa tête. C'est que tous ces projectiles sont ou de bois, ou de pierre, ou de métal, et tout cela n'a-t-il pas fait serment a Frigga? ”
Paul Arène,
La gueuse parfumée
(1876)
“ Enfin ! s’écria-t-elle en mordant à même une figue. Il est bien heureux pourtant que je sois morte, sans cela, Jean-des-Figues, tu ne t’en serais jamais aperçu. Roset avait raison : alors seulement, pour la première fois de ma vie, je compris combien je l’aimais. Et mon bonheur en vain poursuivi jusque-là, eût été le plus complet du monde, si au milieu de notre ivresse je n’avais entrevu, symbole touchant de l’instabilité de toute affection terrestre ! ce bon Balthazar qui, la première émotion passée, s’était mis, sans remords, à brouter un chardon superbe poussé sur la tombe de son ami. ”
Édouard Ducret,
Paris canaille : moeurs contemporaines
(1883)
“ Sur la place, devant le café des Colonnes, Baltid causait avec un jeune homme aux cheveux rouges, rasé comme un curé, qu'à son allure, à son veston anglais, à son petit chapeau, on reconnaissait à première vue pour un cocher endimanché. – Bigre, dit Baltid en voyant passer Ninette, quelle jolie fille ! – C'est la fille de Jonas, répondit le jeune homme, cette petite bête dont je t'ai parlé et qui m'a valu tant d'histoires. – Ah oui ! la vieille est jalouse de sa fille, elle prétend que tu lui fais de l'oeil. ”
Édouard Ducret,
Paris canaille : moeurs contemporaines
(1883)
“ Est-ce que lui et Firmin auraient fait un chou blanc terrible ? Sa stupéfaction et son angoisse augmentèrent encore quand il entendit Baltid lui dire : – Je connais du reste, plusieurs agents de la sûreté, et si j'en demandais un on me le donnerait ; mais je n'en connais qu'un qui soit capable de faire ce que je veux, c'est un nommé Firmin, or voilà huit jours que je ne puis arriver à mettre la main dessus. C'est pour cela que je veux prendre aujourd'hui un gaillard jeune et intelligent comme vous l'êtes. – Mais vous ne me connaissez pas ! – Je sais juger les hommes d'un coup d'oeil. ”
Hector Malot,
Un beau-frère par Hector Malot
(1869)
“ Friardel était seul, sans gardes et sans amis; tout à l'extrémité de la plaine, on voyait un homme et une femme qui, courbés sur leurs rateaux, arrachaient de l'herbe dans un chaume. A peine Cénéri s'était-il baissé qu'une compagnie de UN BEAU-FRERE. 193 perdreaux qui s'envola, et sur laquelle Friardel lâcha ses deux coups, le fit se redresser brusquement. La colère du chasseur l'emporta sur la raison; il sauta dans le champ : « Holà! » cria-t-il. A ce cri, Friardel se retourna, et quand Généri arriva sur lui, leurs deux regards se heurtèrent. ”
Frédéric Gustave Eichhoff, Tableau de la littérature du Nord au moyen âge… (1853)
“ Le culte de Frigga, la terre, était partout connu et respecté; celui des trois divinités, Odin, Thor, Freyr, dieu des saisons, dont les statues s'élevaient dans le temple d'Upsal avec leurs attributs respectifs, était reproduit en Saxe dans la triade de Wodan, Donar, Zio, dieu des combats. Le mythe même de Balder, plus généralement altéré à cause de sa délicatesse et de son profond spiritualisme, a laissé des traces évidentes dans un fragment tudesque du neuvième siècle, récemment découvert à Mersebourg, où tous les dieux se réunissent pour panser la blessure de Balder. ”
Édouard Ducret,
Paris canaille : moeurs contemporaines
(1883)
“ Voyez-vous, dit l'Anglais à Baltid, la voilà, domptée. J'ai voulu que vous vinssiez cette nuit, d'abord pour causer en toute sécurité, ensuite pour bien vous montrer comment je me suis rendu maître de cette créature. – La pauvre femme ! dit Baltid avec un geste de pitié. – Vous la plaignez 1 fit railleusement Gardiner, vous qui, tout à l'heure, vouliez que nous nous en débarrassions le plus vite possible ! – Parfaitement, reprit Baltid ; je comprends qu'on tue, mais non qu'on martyrise ! on peut noyer un chien, mais cela me fait mal de le voir torturer. ”
